‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 16 sur 40 · SALLE XV · texte numérisé non relu

SALLE XV

^TATS-UNIS d’aMERIQUE

L’exposition industrielle des Etats-Unis d’Amérique, prise dans son ensemble, se fait surtout remarquer par une sécheresse systématique, un dédain voulu de tout ce qui pourrait ressembler à la recherche de la beauté, une poursuite à outrance de l’utile, et le culte absolu de la chose essentielle et pratique. Il y a là pour nous un augure trop certain de ce qui nous attendait dans les galeries de l’Exposition artistique du même pays. Je me suis dit en les parcourant, que si les Américains aiment autant la peinture qu’ils le disent, ils font bien de gagner des dollars pour payer celles que nous leur envoyons, car l’huile de leur cru fait très-mal en tableaux. La peau rouge reprend sans doute peu à peu son empire sur l’Européen transporté par-delà l’Océan, et la sauvagerie regagne le terrain qu’elle avait perdu. Il est vraiment étrange que, dans une agglomération d’hommes aussi considérable, dans un centre si ardent d’activité, et d’une activité qui se projette dans tant de directions à la fois, la création artistique occupe une si petite place.

Reconnaissons, du moins, que les arrangements matériels de la salle ne laissent rien à désirer et que la cymaise, avec sa jolie garniture de velours vert, a vraiment une apparence fort engageante, et que l’on

voudrait y voir s’aligner une rangée de chefs-d’œuvre Hélas I ces chefs-d’œuvre, l’exposition américaine ne nous les donnera point.

Je veux citer pourtant une toile assez poétique de M. Dana., intitulée Solitude^ et qui enferme la mer immense dans un cadre étroit. C’est la nuit, et du milieu des nuages, la lune laisse tomber ses blanches et froides clartés sur l’abîme mouvant des vagues bleuâtres. Il y a là une réelle intelligence de l’effet.

J’ai aussi remarqué une excellente étude de femme, portrait des mieux réussis, comme expression, comme modelé et comme couleur.

Au milieu de tant de choses mauvaises, d’un goût qui n’est pas même douteux, je cite avec plaisir et j’étudie avec satisfaction un tableau dont je puis louer tout à la fois et la composition et l’exécution.

Je veux parler de V Enterrement de la Momie^ de M. Frédéric Bridgman, qui nous offre une foule de curieux détails sur la vie égyptienne; mais M. Bridgman est trop artiste pour sacrifier le côté pittoresque à l’archéologie, qui ne se présente jamais chez lui que comme accessoire. 11 est vrai que cet accessoire est fort bien rendu, et que tout le tableau est d’une coloration puissante et agréable. C’est un enterrement du genre gai !

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