‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 21 sur 40 · SALLE XIX · texte numérisé non relu

SALLE XIX

Le lecteur chercliera dans cette salle une douzaine de tableaux signés du nom éclatant de Lièon Bonnat. Le succès obtenu par de telles œuvres dans les Salons où elles ont figuré rendent notre tâche si facile... qu’elle en devient impossible. Citons; saluons; passons I

Une Rue à Jérusalem révèle un rare sentiment pittoresque, et une force singulière d’exécution ;

Le Scherzo^ doux badinage de deux jeunes femmes qui se lutinent, amène un sourire sur toutes les bouches;

Le tableautin intitulé : « Non piangere /y> cane pleure pas ! y> est une petite merveille de sentiment. Jamais pinceau n’eut plus de douceur ni plus de tendresse ;

Le Barbier nègre est un tour de force de perspective, de pose et de modelé. Bonnat lui-même ne fera peut-être jamais rien qui surpasse en énergie et en vérité cette petite scène à deux personnages, si habiiement groupés.

Je ne parle pas des portraits de Bonnat. Ils passe-

ront un jour des heureuses maisons qui les possèdent, et dont ils sont la joie — personne ne le sait mieux que moi, qui écris ces lignes en face d’une adorable tête de femme signée de lui — dans les galeries publiques dont ils seront l’orgueil.

Quinze tableaux de Meissonier, c’est un beau lot! Ils ne sont pas tous d’égale valeur. A force de faire petit, M. Meissonier en arrive parfois à faire confus. Telle de ses têtes qui tiendrait sur le quart de l’ongle, vue même à la loupe, n’est plus qu’une tache de couleur. Il ne faut pas travailler pour les Lilliputiens. Plus peintre qu’artiste dans le sens supérieur du mot, M. Meissonier ne se préoccupe guère du choix de ses sujets, empreints souvent d’une certaine vulgarité; mais, au point de vue de l’exécution, c’est une main d’ouvrier vraiment incomparable, et l’on peut dire que là où il est bon il est excellent. Si l’on en excepte son portrait d’Alexandre Dumas, exposé au Salon de 1877, toutes les autres œuvres de M. Meissonier sont inconnues du public, qui n’en aura que plus de plaisir à les voir.

La demi-douzaine de toile de M. Lewis BrowK, a autant de variété que d’éclat. Je recommande plus particulièrement la Marée montante^ sur la grève du mont Saint-Michel, personnages très-bien peints, paysage grandiose, tache de lumière dans l’immensité.

Ici, comme partout, J ules Works, s’est montré spirituel et malicieux, plein de cette verve et de cet /mmour que chacun connaît. Dans la Fleur 'préférée, dans

le Départ pour la reme^ dans le Maréchal’ ferrant^ dans le Tambour de la ville, on aura des spécimens excellents de cette manière si originale et si charmante qui a fait la fortune des tableaux de Jules Worms... et la sienne.

Ceux qui aiment les œuvrer bienvenues, la peinture élégante et distinguée, relevée encore par un vrai sentiment poétique, reverront avec bonheur, dans cette salle déjà si riche, le tableau de M. Henry Levy, exposé en 1874, et acheté pour le Luxembourg, Le corps de Sarpédon apporté à Jupiter par la 7no7*t, et son frère le Sommeil. Le monde homérique a rarement trouvé chez nous un interprète plus fidèle, et je ne sais ce que je dois préférer dans cette vision olympienne ou la distinction de la facture ou le charme et la suavité du coloris.

On se promènerait volontiers dans les jolis paysages de M. Btjsson, pleins d’air, d’espace et de lumière. Je trouve un charme souverain de mélancolie dans celui qu’il appelle la Dernih^e feuille. Comme l’eau calme reflète avec grâce les arbres aux rameaux dépouillés et jaunissants, qui se regardent dans son limpide miroir.

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