‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 26 sur 40 · SALLE II · texte numérisé non relu

SALLE II

Celle-ci est incontestablement une des salles les plus intéressantes de l’Exposition du Champ-de-Mars. Nous y trouvons réunis Gérome, Gustave Boulangerj Français, Berne-Bellecour, Firmin Girard, Vibert* Perrault, Landelle, Corot, Appian, Harpignies’

Taraud, Parot, Courbet, Belly, d’autres encore, qui se rencontreront bientôt sous notre plume.

Jamais nous n’avons eu devant les yeux une plus belle collection de Gérômes. Les œuvres d’un de nos plus grands peintres gagnent singulièrement à ce rapprochement momentané, et se font valoir les unes par les autres. Gérôme n’est pas seulement un grand peintre, c’est un grand artiste; maître de sa forme, il veut la mettre au service de ses idées, et il a beaucoup d’idées. C’est un chercheur, un raffiné, un dilettante. L’histoire et la fable lui sont également familières, et il va chercher dans l’une et dans l’autre le sujet de ses toiles, d’un fini si précieux, qui sont l’événement du Salon où elles paraissent, et devant lesquelles la foule s’amasse, malgré la loi sur les attroupements. La plus aimable variété a présidé aux envois de M. Gérôme à l’Exposition universelle. Nous ne ferons point un choix entre ces tableaux divers, également dignes d’attention et d’étude. Comment ne pas citer cependant ces pages hors de pair : V Eminence grise^ les Femmes au hain, la Garde du camp^ le Bain turc^ et ce Lion couché^ dont l’œil, sous sa paupière soulevée, a l’éclat lumineux d’une émeraude.

M. Français occupe une place à part, qu’il s’est donnée à lui-même, et que personne ne lui enlèvera dans l’école du paysage contemporain. Moderne par le sentiment, il est classique par la forme générale de l’œuvre, par la recherche de la noblesse et du style, dans ses lignes harmonieuses et bien balancées, et par l’emploi toujours habile de la figure humaine, qu’il

sait mieux que personne placer au milieu des scènes de la nature qu’il crée ou qu’il interprète, — faisant en cela œuvre d’artiste, — mais qu’il ne reproduit jamais avec la fidélité servile d’un certain nombre de paysagistes de ce temps, qui n’en sont pas moins arrivés à une très-enviable liotoriété. J e pense, en écrivant ces lignes, à cette belle toile intitulée : Daphnis et Chloé^ prêtée à l’Exposition du Champ de Mars par le Luxembourg, ce Louvre des artistes vivants, où elle occupe si bien sa place... en attendant mieux.

Le tableau que M. Firmin Girard intitule « Les Feuilles mortes y> restera parmi ses meilleures œuvres. L’exécution matérielle est toujours puissante, sans être, cependant, poussée à l’extrême comme dans certain s tableaux de lui, le — Marché aux fleurs^ par exemple, — et le couple amoureux — et heureux — qui passe dans ce joli paysage lui donne un charme de plus.

Nous devons à M. Gustave Boulanger de bien intéressantes restitutions de la vie romaine. M. Boulanger a tout à la fois la science et l’art ; mais, chez lui, les mérites de l’érudit ne nuisent point aux qualités de l’artiste pittoresque . Elles les complètent, voilà tout. Quel que soit le sujet qu’il traite, il n’oublie jamais, etje l’en veut louer sincèrement, que le premier devoir de l’artiste, c’est de créer et de montrer de pures et belles images, capables de réveiller en nous l’idée de la beauté. Il y a réussi, et ses toiles, la Promenade sur la voie des tombeaux, à Pompéi, le Bain d'été, dans la même ville, et les Comédiens romains, répétant leurs rôles, nous offrent des types féminins pleins de charme et do grâce.

David de Noter, uti Belge naturalisé français, s^est livré à l’étude des natures mortes avec autant de succès que de constance, et l’on peut dire qu’il est aujourd’hui un des maîtres en ce genre. Il serait difficile de pousser plus loin l’exécution de ses deux tableaux exposés au Champ-de-Mars : Vases anciens et accessoires; et Raisins de Kahylie, Nous avons peutêtre un trop curieux souci de la forme humaine pour nous complaire excessivement dans la contemplation de ce genre borné et un peu sec qui s’appelle la Nature morte. Mais nous avouons toutefois qu’entre les mains d’un artiste comme M. de Noter, et avec une exécution poussée aussi loin, l’effet est tel, que nous sommes obligés de revenir sur nos préventions.

C’est qu’en effet, M. de Noter a une rare habileté de main, et une entente remarquable de la composition. Ces deux belles toiles appartiennent à M. Borniche, un de nos éminents collectionneurs.

M. Berne-Bellecour et Gteorge Vibert sont frères... par les femmes — deux beaux-frères. Mais leurs tableaux n’ont aucun air de famille. Ils n’ont entre eux qu’un seul point de ressemblance — et c’est de la ressemblance morale — je veux dire la vivacité et le piquant de leurs compositions, car ils sont gens d’esprit tous les deux, et l’on s’en aperçoit à leurs oeuvres qui amènent aisément le sourire sur les lèvres. M. Berne-Bellecour expose un Officier de marine^ et un Coup de canon^ toile populaire, qui fut très-remarquée en son temps; M. George Vibert, le Départ des «mm, jolie scène espagnole ; La Cigale et la Fourmi^

piquante paraphrase de la fable ; La Toilette de la Madone^ un petit chef-d’œuvre de finesse et de vérité.

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