SALLE V
Nous voici maintenant dans l’ Autriche-Hongrie? qui tient fort honorablement sa place dans notre grand concours national, et qui nous offre deux ou trois toiles qu’il faut ranger parmi les œuvres à succès de l’Exposition universelle. D’abord, et dès le seuil de la porte, je me vois en face d’un artiste d’un véritable talent, d’une habileté de main singulière, et qui a reçu de la nature un don d’émotion puissant et communicatif. Peu d’hommes aujourd’hui, meme parmi les peintres les plus célèbres, voient les choses aussi dramatiquement que Munkacsy, car c’est de lui que j’entends parler ici. J’ajoute qu’il excelle à les rendre comme il les voit, et que son exécution arrive aux plus grands effets par les moyens les plus simples, les plus honnêtes et les plus sincères. Esprit naturellement mélancolique, Munkacsy a recherché longtemps, avec une préférence dont il ne faisait point de mystère, les sujets tristes et lugubres. Il aime les petites gens, les malheureux, les bannis, les exilés, lesj déportés, les transportés et les condamnés de toutes les catégories. Il aime aussi les brigands, les rôdeurs de barrière, et, en général, tous les gens de sac et de corde, contre les-
quels cette pauvre société, qui n’en peut mais, et qui pourtant prétend ne pas mourir encore, est bien obligée de se défendre, si elle ne veut pas être égorgée par eux.
Aujourd’hui, cependant,^ voici que le grand artiste, comme si ses yeux étaient maintenant éclairés par un plus doux rayon de la vie heureuse, nous offre des scènes moins lamentables. Je ne vois rien, en effet, de mélancolique dans cet Intérieur cT atelier^ égayé par la présence d’une jeune et très-aimable femme. L’autre toile de Munkacsy : Milton dictant à ses filles son Paradis perdu, est bien loin aussi des données sinistres dans lesquelles le peintre s’était complu jusqu’ici. C’est une des plus belles toiles de l’Exposition, et la meilleure œuvre de son auteur. La tête du poète est magnifique d’expression, et ses filles sont absolument sympathiques, toutes trois dans ces teintes à la fois grises et chaudes, obscures et vives, dont il a seul le secret aujourd’hui. La médaille d’honneur décernée à l’illustre Hongrois par le Jury international a été saluée par les acclamations unanimes du public et de la critique.
Très-joli paysage, largement compris, vigoureusement peint par M, de Paal, le compatriote et l’ami de Munkacsy.