SALLE VII
U Entrée de Charles- Quint à Anvers j par M. Mackart, est le plus grand et le plus beau tableau historique de l’exposition autrichienne. Il produit beaucoup d’effet sur le public, et la foule se presse devant les nombreux personnages dont il a rempli son cadre. Il faisait bon être souverain dans ce temps-là ! Le puissant monarque, monté sur un cheval Isabelle, s’avance à pas lents à travers les rues jonchées de fleurs et
pavoisëes de drapeaux. Il est précédé d’un peloton d’archers et d’un essaim de femmes nues, à l’antique et à la païenne, qui portent les attributs de la souveraineté. Le fait est d’une exactitude historique; ne jetons pas la pierre à l’artiste qui n’a fait que le reproduire. L’œuvre est remarquable par le fini du détail, l’habileté de la main, l’éclat de la couleur, la sûreté du dessin et la rare beauté de quelques-uns des types qu’il nous offre. Ces types n’appartiennent point tous à la nationalité flamande ; il en est un certain nombre que Vienne, patrie du peintre, pourrait réclamer, et qui font sans doute les délices du Prater pendant les beaux soirs d’été. Nous sommes loin de nous plaindre de cette bigarrure, étant naturellement disposé à donner beaucoup de liberté à l’artiste, et lui reconnaissant le droit de prendre la beauté là où il la trouve. Si nous lui faisions un reproche, ce serait plutôt de n’avoir point imposé à son œuvre une assez forte unité, et d’avoir dispersé en quelque sorte l’intérêt dans vingt places à la fois. Ce n’est pas là une condition normale pour une œuvre d’art, qui doit offrir au spectateur une sorte do point lumineux vers lequel sa pensée et son regard se portent tout d’abord. M. Mackart, dont le succès n’a pas été un seul instant douteux, se fait pardonner ce défaut par la pompe de sa mise en scène, et par l’éblouissement du spectacle.
Otto van Thoren a été un des premiers à populariser parmi nous la peinture autrichienne encore peu connue. M. Otto van Thoren, bien qu’il aborde le
genre, quand il lui plaît de le faire, et qu’il le traite d’un pinceau souple et facile, est surtout célèbre comme peintre d’animaux. On sent qu’il a vu de trèsprès les héros qu’il aime à reproduire, et qu’il a vécu dans leur familiarité intime. 11 a étudié leurs mœurs, et, avec lui, on n’a jamais à craindre une faute ou une erreur. Mais la fidélité èonsciencieuse dont il se pique ne nuit jamais en rien à la franchise et à la liberté de sa touche. Il a su, mieux que personne, être tout à la fois exact et poétique. Doué d’un sentiment de la nature, en même temps très- vif et très-juste, il ne s’y livre point cependant avec une verve irréfléchie . Loin de là ! il a cru qu’il était indispensable de féconder l’inspiration par la science ; aussi a-t-il su fortifier, par de longues et savantes études, les dispositions naturelles les plus heureuses. C’est ainsi qu’il se concilie tout à la fois les suffrages toujours discrets des juges éclairés ; et les applaudissements, moins fiat teurs peut-être, mais plus retentissants, de la foule .