SALLE VII
M. J. F. Watts occupe un rang distingué parmi les portraitistes de la Grande-Bretagne, et les portraits du duc de Cleveland, de M. Robert Browing et du général lord Lawrence sont bien faits pour lui donner chez nous la célébrité dont il jouit chez nos voisins.
Jjdi Proserpine de M. E. J. Poyntek fait descendre la peinture d’histoire au niveau du tableau de genre, et l’on peut dire qu’elle s’éloigne considérablement du type classique et des traditions de l’art grec. Mais cette jolie créature, que nous voyons cueillant des asphodèles dans les jardins des Champs-Elysées, est d’une adorable expression. C’est assez pour moi, et je ne songe point à me demander si j’ai sous les yeux la fille de Cérès ou de quelque honnête bourgoise de Londres. Poyntcr me montre une tête charmante : je suis content et le tiens quitte du reste.
SirEdwin Landseer est toujours le premier peintre d’animaux de l’Angleterre. Il jouit de l’autre côté du détroit d’une popularité qui est la plus douce récompense de sa vie honnête et laborieuse. La gravure, la pothographie, la lithographie, en un mot
toutes les formes de la reproduction ont répandu ses œuvres dans les plus aristocratiques châteaux et dans les plus modestes cottages des Trois-Eoyaumes, Je le comprends, quand je regarde les belles toiles exposées chez nous par Sir Edmn, Sa Tente indienne, avec ses chiens, ses chevaux, et ses singes, amis et commensaux familiers de l’homme, ses Cygnes attaqués par des aigles, son Singe malade, ses deux Chiens, assis gravement à ses côtés, et le regardant peindre, sont de ravissantes compositions, traitées avec beaucoup d’habileté, et un sentiment poétique tout à fait remarquable.
M. J. E. Millais passe à bon droit pour un des chefs de l’école anglaise : il expose chèz nous une douzaine de toiles, dont chacune mériterait une étude spéciale. J e me contente de citer un délicieux tableau de famille intitulé les Trois sœurs, où nous voyons trois jeunes filles, appartenant aux classes moyennes, peintes avec une franchise et une sincérité d’impression qui nous enchantent. Il y a aussi beaucoup de distinction et d’élégance dans le portrait de Bischofsheim, et une remarquable puissance de ton et de modèle dans le GardÂen de la Tour de Londres ; M . Millais nous a également envoyé quelques paysages intéressants, entre autres celui qu’il intitule Froid octobre. Comme presque tous les peintres anglais, celui-ci s’occupe trop du détail et ne voit point d’assez haut l’ensemble des choses. Je suis pourtant obligé de reconnaître qu’il arrive à l’effet par la vigoureuse fidélité avec laquelle il reproduit la réalité qu’il a sous les yeux. Mais c’est une copie plus qu’une
interprétation, et, dans les arts, l’interprétation sera toujours supérieure à la copie.
Je rencontre dans cette salle quelques sculptures dignes d’attention. Tel est par exemple VEros de M. SiMONDS, un joli marbre, torse élégant, petite tête fine, d’une expression suave, et dont la note personnelle est assez accentuée.
On regarde beaucoup et l’on ne saurait trop regarder le profil charmant de la Princesse Alexandra^ femme du prince de Galles, et future reine de la Grande Bretagne, par M. d’Epinay. Le front semble un peu rétréci aux tempes ; mais l’arrangement de la coiffure est très distingué, et la tête, avec sa bouche si fine, est d’un galbe enchanteur.
Sous ce titre JVausica, M. Calter Marshall nous montre une écuyère qui crampe, avant de s’habiller. Le modèle n’est pas sans mérite ; mais je ne veux plus que l’on me parle de la pudeur anglaise !