‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 8 sur 40 · SALLE VIII · texte numérisé non relu

SALLE VIII

Il est difficile de n’être pas touché par le sentiment qui s’exhale du petit tableau de M. Wallis, la Fenêtre de la prison. Ce n’est rien ! une petite Italienne qui râcle un air sur un violon, pour égayer les hôtes d’une prison, dont la clôture est moins sévère que celle de Mazas... et voilà tout ! La fillette, dont la tête est char* mante, et dont le visage respire une douce compassion, suffit à la fortune d’une œuvre. Celle de M. Wallis serait remarquée partout.

Si vous voulez voir un bon portrait, regardez celui de M. Kennedy par M. J. Petit. Le juste-au-corpsde buffle, sur lequel tranche la large ceinture noire ; le ruban bleu, passé en sautoir et portant une médaille ; la face ridée, rougeaude et truculente, tout cela forme un ensemble d’une r^re vigueur, et vous laisse l’impression d’une peinture puissante et saine.

Un autre tableau, fort intéressant, c’est celui que M. W. Q. Orchardson, appelle la Heine des èpées^ la touche est spirituelle et piquante, l’ensemble trèsharmonieux, dans sa gamme un peu passée. La jeune reine des épées, qui s’avance, fière et superbe, sous la voûte d’acier des glaives étincelants, est peut-être insuffisamment modelée; mais elle est d’un bien beau mouvement, pleine de noblesse et de fierté.

La Saison des roses, par M. Goodal, est certainement un des tableaux dont l’exécution approche le plus du trompe-l’œil, donnant l’illusion complète de la réalité. M. Goodal est le Firmin Girard de l’Angleterre. Les moindres détails prennent chez lui un caractère de force et de vérité extraordinaires. Les roses, le buis des plates-bandes, les bordures de reinesmarguerites arrivent à une imitation si fidèle que la nature a peur de s’y tromper.

Nous ne saurions mieux terminer cette rapide revue de la peinture anglaise à notre Exposition universelle et internationale de 1878, que par l’examen des œuvres d’un Anglais d’adoption, M. Alma-Tadéma.

M. Alma-Tadéma est hollandais de naissance; mais il a quitté les^ borda du Zuy-der-Zée pour les rivead^r

la Tamise, et les rîclies amateurs des Trois-Eoyaumes se disputent aujourd’hui sous le feu des enchères ses œuvres d’une saveur singulièrement originale.

M. Alma-Tadéma nous envoie dix tableaux devant lesquels les plus indifférents ne passent jamais sans s’arrêter un moment .

Cet artiste possède une véritable originalité . Il est lui-même et non pas un autre. On le reconnaît dès qu’on a touché le seuil de la salle où il se trouve . Le choix des sujets qu’il traite, et plus encore la façon dont il les présente au public, contribuent à sa vogue.

Il marie agréablement le genre à l’histoire, et il est tout à la fois archaïque et piquant. C’est là un compromis qui ne réussirait peut-être pas à tout le monde, mais où excelle cet habile homme.

M. Alma-Tadéma manque peut-être un peu de clarté dans sa façon de concevoir et de rendre une idée, ce qui est certainement une grande faute dans les arts plastiques et graphiques, où le sujet doit se montrer à nous d’une façon si nette et si claire que nous le saisissions et le comprenions d’un seul regard, sans qu’il soit besoin d’explications ni de commentaires. Il faut bien avouer qu’il n’en est point toujours ainsi avec M. Alma-Tadéma; mais nous devons reconnaître qu’il sait toujours prendre sa revanche dans les détails. On retrouve dans ses tableaux une prodigieuse quantité de types, les uns énergiques, les autres délicats, mais ceux-ci comme ceux-là peints avec finesse ou avec force, et traités de façon à intéresser profondément le spectateur. On aura certainement l’embarras du choix entre tant de choses intéressantes et délicates,

soit comme sujet, soit comme exécution, un Empereur romain ou la Fête des vendanges^ la Danse pyrrKique ou la Dernière plaie d"^ Égypte ; un Jardin romain ou xmQ Audience chez Agrippai mais, quoi que l’on ait pris, on peut être certain d’avance que l’on aura tiré un bon numéro. M.' Alma-Tadéma tient une loterie où il n'y a que des gros lots.

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