‹ Les beaux-arts au Palais de Monaco avant la révolutionChapitre 5 sur 8 · ANTOINE · texte numérisé non relu

ANTOINE

Au fastueux Louis I^'' succédait un prince dont la jeunesse s'était passée presque entièrement à la cour de France. Le prince Antoine avait reçu, en grande partie au collège de Clermont, une instruction soignée, et le milieu dans lequel il vivait était un des plus lettrés, un des I)lus accessibles aux goûts des arts, un de ceux où écrivains et artistes étaient le plus en faveur.

D'un esprit très ouvert, il avait acquis de bonne heure une fine connaissance des ressorts qui mettaient en action les influences et les brigr>es. Sa nature très impressionnable ressentait avec vivacité les moindres chocs ; mais il avait appris à réprimer les violences d'un tempéra-

ment emporté, et s'il en transpirait parfois quelque chose, ces échappées révélaient surtout un esprit très dominateur et toujours en éveil sur ses prérogatives et ses intérêts.

La nécessité de rétablir les affaires de sa maison, compromises par les prodigalités de son père, décida le prince Antoine à quitter cette cour, où il avait fait d'illustres et durables amitiés et où son alliance avec la branche française de la maison de Lorraine lui assurait un crédit et un rang hors de pair.

Il vint s'installer à Monaco, qu'il ne quitta plus guère, partageant son temps entre le Palais et la résidence champêtre de Garnolès, perdue dans les bosquets d'orangers et de citronniers de la côte de Menton.

Mais s'il s'était éloigné de Versailles, il ne l'oublia, pas plus qu'il ne voulut être oublié. Il entreprit, avec les amis qu'il avait laissés, une correspondance des plus actives, et il eut l'art de la conduire et de la soutenir de façon que l'éloignement et une absence presque continuelle pendant plus de trente années ne la ralentirent pas.

Les ducs de Berwick et de Roquelaure, le maréchal de Tessé. le chancelier de Pontchar-

train et surtout le duc d'Orléans qui^ bien que plus jeune d'une douzaine d'années,, s'était lié avec lui d'une étroite amitié, depuis les campagnes qu'ils avaient faites ensemble, tels étaient ses principaux correspondants (1).

Les lettres et les arts tenaient une bonne place dans ce commerce épistolaire auquel l'esprit mordant et caustique du Prince donne une saveur tout originale.

Très passionné pour la musique et le théâtre, sa correspondance avec le compositeur Destouches, surintendant de la musique du Roi, dont les lettres sont nombreuses aux archives de Monaco pour l'époque où l'auteur d'Issé dirigeait l'Opéra, témoigne de l'intérêt que les goûts lettrés d'Antoine I" prenaient au mouvement littéraire et au développement artistique.

Il excellait surtout à profiter des occasions favorables pour attirer sur lui et sur sa maison l'attention du Roi et des ministres. Il était en cela merveilleusement secondé à Paris par un homme d'une rare souplesse d'esprit, qu'on pourrait donner comme le type accompli de

(1) La correspondance du prince Antoine, intégralement conservée en minutes et en lettres reçues aux archives du Palais, constitue un ensemble des plus précieux pour l'histoire de 1700 à 1730.

l'agent confidentiel, l'auditeur général Bernardony. Les négociations que ce dévoué serviteur de ]a maison Grimaldi poursuivit pendant plusieurs années, à l'occasion du mariage de la princesse Louise-Hippolyte, sont un chef-d'œuvre d'habileté diplomatique.

Ce long séjour à Monaco y fixa les services administratifs dont une partie, sous Louis P"", avait dû suivre le prince et se déplacer continuellement. Antoine 1^^ est le créateur d'une administration assez solidement constituée pour avoir fonctionné après lui sans embarras, même lorsque ses successeurs eurent repris l'habitude de faire des absences prolongées.

Le besoin de pourvoir à uiie correspondance incessante l'avait amené à diviser en deux secrétaireries le travail d'expédition des affaires. La secrétairerie italienne comprenait l'administration de la Principauté, les relations avec Rome, les princes et les états d'Italie ; elle fut établie dans la galerie du nord-est, au premier étage, au-dessus de l'ancienne porte du Palais et sous la bibliothèque. La secrétairerie française était chargée des Domaines de France : duché de Valentinois , marquisat des Baux, comté de Garladès et des correspondan-

ces avec la cour de Versailles ; elle était installée, comme nous l'avons dit, dans les pièces de l'étage inférieur de l'aile sur la place, les plus rapprochées des grands appartements.

Antoine P^ s'était logé dans l'appartement d'Honoré II, auquel il avait joint trois pièces de rétage inférieur, immédiatement au dessous, et à la suite de la secrétairerie française, dans l'angle Nord : il communiquait donc directement de son appartement avec les deux secrétaireries.

C'est de là qu'il veillait incessamment aux événements qui se déroulaient dans l'Europe méridionale. Ces relations épistolaires, qu'il avait organisées pour la satisfaction d'un esprit toujours en mouvement, étaient appelées à rendre d'éminents services. Antoine P"" était aussi bien informé de ce qui touchait l'Italie que de ce qui se passait à Versailles ; l'histoire n'a pas assez dit combien il s'est acquis de droits à la reconnaissance de la France par les avis sûrs, condensés avec une lucidité merveilleuse, que presque tous les ordinaires apportaient à Versailles, tandis que le Prince faisait parvenir les communications secrètes par lesquelles s'entretenait la confiance chez les amis que la politique française avait conservés en Italie.

C'est ainsi que, pendant la guerre de la succession d'EspagnCj il suivait tous les mouvements militaires dans la Rivière et tenait en éveil l'attention des généraux français. Après là paix d'Utrecht, il continua ce rôle, et le Régent n'eut pas de collaborateur plus précieux, d'aide plus habile ni plus actif que son ancien ami de jeunesse, pour débrouiller les intrigues qui se fomentaient en Italie, surtout à l'époque des affaires du cardinal Albéroni.

Nous nous serions moins étendu à cette place sur le caractère et le- rôle diplomatique d'un prince qui mériterait une étude historique très développée, si son pajs, sa fortune et le palais dont il avait fait sa demeure n'avaient reçu le contre-coup des événements auxquels il prenait une part si utile. Sa fidélité à la France devait peser lourdement sur ses intérêts matériels. Il allait bientôt se trouver entraîné dans des nécessités qui annulèrent les efforts déjà faits pour réparer les brèches profondes occasionnées par les imprudences grandioses et ruineuses du règne précédent.

Monaco bénéficia d'abord des premiers succès de la guerre de la succession d'Espagne : le

Prince obtint un instant cette extension de frontières jusqu'à la Turbie qui avait été Tambition séculaire de sa famille. Puis, cette conquête disparut dans les revers de la France ; et il fallut que l'allié dévoué du Roi Très-Chrétien songeât, avec ses seules ressources, à mettre sa place à l'abri d'une attaque. Des travaux d'armements, de fortifications^ de consolidation de l'enceinte et des bastions, furent entrepris à grands frais, et il fallut parer à l'acquittement de ces dépenses.

Dans des circonstances semblables et pour subvenir à la pénurie de son trésor épuisé, Louis XIV avait dû, en 1689, sacrifier les meubles couverts de métaux précieux, les objets ciselés d'or et d'argent qui faisaient des salons de Versailles et surtout de la Galerie des Glaces un lieu d'une incomparable richesse.

Antoine I^"" avait été témoin de l'anéantissement de ces merveilles. Pressé à son tour par la nécessité, il dut se résigner en 1708 à suivre ce lamentable exemple, au moment même où Louis XIV était obligé d'employer une fois encore cette suprême ressource.

Ainsi fut détruite cette argenterie qui était la gloire du palais de Monaco : ces bancs et ces dressoirs d'argent, cette énorme aiguière, la plus grande qu'on eût faite à Gênes au commen-

cernent du XVIP siècle, tous ces objets qui excitaient l'admiration des hôtes d'Honoré II et des visiteurs du Palais. Les meubles eux-mêmes ne purent être épargnés ; ceux qui étaient enrichis d'ornements d'argent ou d'or se virent dépouillés, pour la fonte, de leur somptueuse décoration.

Il en fut de même des toiles d'or de Venise et des lourds ornements de tentures, des galons et des crépines d'or, dont le plus grand nombre était venu du mobilier rapporté de Rome à la mort de Louis I".

Au moyen de ce qu'il envoya à la Monnaie d'Aix, Antoine P"" put réunir une somme très considérable à laquelle s'ajouta le produit de la vente d'une certaine quantité de bijoux (1).

Le soin de parer aux difficultés financières qui furent, dès le commencement de son règne, la très grande préoccupation d'Antoine P"", ne l'empêcha pas de continuer au Palais les amé-

(1) Nous devons faire remarquer que les objets ainsi aliénés ne constituaient qu'une partie de l'argenterie et surtout des bijoux qui existaient au Palais. On envoya à la fonte les pièces de grand apparat et principalement celles qui, marquées au chiffre d'Honoré II et à ses armes, étaient ornées des insignes de la Toison d'Or rappelant le protectorat espagnol.

liorations et les embellissements que nécessitait une habitation permanente.

Nous avons dit que ce prince avait un goût très prononcé pour les lettres et la musique ; il cultivait lui-même la poésie, à l'exemple de beaucoup de grands seigneurs de ce temps, et l'on a conservé un assez grand nombre de pièces fugitives qui ne sont dénuées ni d'esprit ni d'agrément. Outre quelques-unes, conçues dans le genre pastoral alors à la mode, beaucoup abordaient la forme satirique; le trait y est souvent décoché avec une finesse et une malice délicatement acérées.

Parfois Antoine P"" mit en musique celles de ces pièces destinées à être chantées ; Monaco eut même sous son règne une troupe de comédie et d'opéra entretenue aux frais du Prince.

La salle Grimaldi avait déjà vu, sous Honoré II, en février 1654, le ballet des Entretiens de Diane et d'^ApoUon, écrit avec élégance et en vers souvent heureux par le grave Vénasque Ferriol. La duchesse de Valentinois, marquise des Baux, Aurélia Spinola, belle-fille d'Honoré II, y avait figuré à la tête des nombreux seigneurs et des dames de la cour alors si brillante , de Monaco , comme le comportait l'étiquette d'un divertissement dans lequel

Louis XIV, à la même époque, était si jaloux de tenir sa place.

Dans cette même salle Grimaldi, si bien disposée pour les fêtes et les plaisirs princiers, Antoine I®"" fit représenter la plupart des pièces lyriques^ en faveur au commencement du XVIIP siècle, dont les partitions, très volumineuses, figurent dans l'inventaire de sa succession.

Il apportait à la musique une véritable passion ; il prenait même une part active aux travaux de sa troupe d'opéra. Il avait dans sa jeunesse connu particulièrement Lulli et avait conservé pour son souvenir un véritable culte.

Ceci nous amène à faire connaître un fait curieux qui se rapporte à ce grand artiste. On n'apprendra pas sans intérêt que la canne dont se servait Lulli pour diriger son orchestre fut léguée par lui au Prince, alors duc de Valentinois. Antoine 1" ne dédaigna pas de faire souvent servir cette précieuse relique au même usage à Monaco. Dans une de ses lettres au compositeur Destouches, il rappelle ce détail intéressant pour l'histoire musicale, et nous sommes heureux de reproduire ici un fragment de cette lettre qui, outre son intérêt historique, donnera une idée de l'allure pleine de

verve et d'esprit de la correspondance du Prince (1).

« Ma musique, quoique petite, est, je vous assure,

très bonne. Elle n'est point indigne de chanter celle du Poulet d'argent.

«..,. J'ay des raisons particulières àsoutenirles beautés à''Issê (2) que j'ay le premier senties et publiées, car vous n'avez pas oublié que je fus votre conducteur à Fontainebleau quand le Roy l'entendit.

...... J'ose dire au surplus, avec vérité, qu'à l'exception de Paris, il n'y a nul endroit où l'on exécute mieux qu'icy ; et que vous seriez un peu édifié de me voir parfois battre la mesure et donner les mouvements avec la fameuse canne de Lully. C'est une relique que je conserve soigneusement et que j'adoptay le moment d'après sa mort. — On pourrait même dire, à l'égard de cette illustre canne, ce que le soldat disoit après la mort de M. de Turenne. voyant les généraux embarrassés dans le parti qu'ils dévoient prendre : « Qu'on lâche sa Pie, disoient-ils (cheval qu'il montoit ordinairement), elle nous conduira bien. » — J'en use ainsi avec cette canne : elle part d'elle-même; et, à ma taille gigantesque près, quand je l'ay en main, on me prendrait pour un second Marais. »

Les constructions entreprises au Palais sous ce règne se rattachent à la défense de la place.

([) Archives du Palais. Lettres particulières du prince Antoine. Lettre à Destouches du 6 décembre 1729. (2) C'est le chef-d'œuvre de Destouches.

La partie des bâtiments s' étendant au nord-ouest du côté de Serravalle fut couverte par une traverse, en arrière des grands bastions ; mais l'ouvrage le plus apparent est V oreille qui flanque la descente, sous la face nord-est du Palais, et dont la masse donne un relief tout original à cet accès de la forteresse.

Une seule œuvre extérieure fut entreprise dans un but de décoration : ce fut Tornementation de la façade de Taile de la place, sur la cour d'honneur.

Cette façade tranchait par sa nudité avec les autres côtés de la cour, soit qu'elle fût restée sans ornements depuis Honoré II, soit plutôt que la décoration peinte ait disparu, par suite des intempéries plus sensibles pour cette exposition au nord-ouest.

La partie la plus importante de ce travail fut l'adjonction aux trois fenêtres du centre de cette façade, à l'étage supérieur, d'un grand balcon orné d'un accoudoir à trois compartiments, en fer forgé. Chaque compartiment, d'un dessin fort élégant, contient le chiffre entrelacé du Prince : A-I. On releva en même temps, par des pilastres, par quelques bandeaux et par des moulures, la surface sans reliefs du mur, et on plaqua une peinture en grisailles sur les parties planes.

Lorsqu'il ordonna ce travail, en 1701, Antoine P"" se fit présenter plusieurs projets, et quelques-uns des dessins qui furent soumis ont été conservés aux archive du Palais (1). Il n'est pas possible de savoir auquel d'entre eux le Prince s'arrêta, toute trace ayant disparu bien avant que S. A. S. le Prince Charles III ait fait exécuter l'ornementation actuelle, qui se relie à la décoration générale de la cour. Nous pensons cependant qu'on se contenta d'encadrer les fenêtres, et d'orner de consoles les couronnements figurés.

Obligé, par raison d'économie, de se restreindre aux aménagements intérieurs du Palais, Antoine l" j apporta une certaine recherche. Plusieurs appartements furent garnis de boiseries sculptées, et on donna à ceux qui étaient déjà décorés, un aspect plus gai.

Marie de Lorraine, femme du Prince, occupait l'appartement royal ; les Princesses, ses filles, étaient installées dans l'appartement

(1) L'un de ces dessins est remarquable par la richesse et la profusion des ornements. Il multiplie les niches, les statues, les cariatides terminées en gaines ou en queues de monstres marins. C'est un curieux spécimen de l'art ornemental italien à cette époque de décadence.

autrefois occupé par Louis I", à la suite duquel, dans l'aile sur la promenade Sainte-Barbe, la princesse Marie s'était en outre réservé deux pièces, qui constituaient son appartement d'été, exposé au nord- ouest, sur le parterre.

Toutes ces installations exigèrent le renouvellement d'une partie du mobilier. Le chiffre auquel atteignit, pendant le règne et surtout postérieurement à la paix d'Utrecht, la dépense relative à cet objet, est fort considérable.

Cette nouvelle décoration en boiseries, adoptée par le Prince Antoine pour ceux des appartements qu'il restaura, comportait des peintures encastrées soit comme trumeaux, soit comme dessus de portes. Les inventaires de la succession indiquent, en effet, au moins une trentaine de toUes exécutées pour cet objet.

Mais là ne se borna pas le concours qu'Antoine P"" demanda à la peinture pour l'ornement de son Palais. Tout entier aux souvenirs de Versailles, de cette Cour de France dont il continuait à suivre de loin la vie et le mouvement, il aima à s'entourer des portraits des hommes illustres avec lesquels il avait vécu ou qu'il avait entrevus dans son enfance. Il avait également présents à sa pensée les faits d'armes

— Bédé l'époque héroïque du grand règne pendant laquelle son père avait si noblement figuré, souvenirs de gloire, dont le récit avait frappé son oreille d'enfant. Il ne pouvait surtout oublier les glorieuses campagnes de la seconde partie du règne, où, maintes fois, il avait mérité de voir son nom et celui du régiment de Valentinois figurer avec honneur. Des peintres célèbres avaient retracé ces batailles, ces prises de places fortes, ces pompes militaires. Antoine tint à retrouver autour de lui la reproduction de ces hauts faits et celle des chefs-d'œuvre qui en perpétuaient la mémoire.

Telle est la cause de la création dans le Palais d'une salle spécialement consacrée à ces souvenirs, la Salle des Conquêtes. Cette salle, située dans l'aile sur la place, à l'étage supérieur, entre l'appartement d'Honoré II et la nouvelle salle des Gardes, s'ouvrait sur le corridor, du côté de la cour, par la seconde porte à partir de l'escalier des grands appartements.

Outre une quinzaine de portraits de ministres et de maréchaux de France, elle était ornée de douze toiles, représentant des sièges et des batailles du règne de Louis XIV. C'étaient des copies des célèbres tableaux de Van der Meulen.

La salle de billard, presque attenante à la salle des Conquêtes, contenait encore quatorze vues de places fortes, tandis que les pièces inférieures de l'appartement privé du Prince étaient ornées de la reproduction &e^ Batailles d' Alexandre , par Lebrun.

Ces copies de toiles fameuses, les compositions originales des panneaux et dessus de portes, aussi bien qu'une vingtaine de peintures également originales exécutées à Monaco même , sont l'œuvre de deux artistes dont la vie se passa au Palais et dont les ouvrages, pas plus que la réputation, n'en ont franchi l'enceinte. Les peintres Bressan et Vento ne figurent dans aucun autre catalogue que dans celui du Palais. Ils appartenaient à deux familles attachées à la maison du Prince depuis plusieurs générations. L'un d'eux, Jean-Augustin Vento, descendait certainement d'un des frères Vento, jDeintres de Menton, que nous avons signalés sous le régne d'Honoré IL Quant à Joseph de Bressan, il était le petit-fils du chevalier de Bressan, secrétaire du même Prince ; il avait accompagné à Rome le prince Louis P"" lors de son ambassade, et ce voyage avait dû développer ses goûts artistiques.

En dehors de leur long séjour au Palais, nous ne savons rien d'eux. Tout porte à penser

qu'entretenus aux frais du Prince, ils se formèrent à Paris, où ils exécutèrent quelques-unes des copies que nous retrouvons à Monaco.

Jean- Augustin Vento est l'auteur des reproductions de Van der Meulen de la Salle des Conquêtes^ des vues de places fortes, des Batailles d' Alexandre et d'une infinité de peintures exécutées d'après des estampes. Son œuvre originale se compose des principaux trumeaux et dessus de portes, notamment des attiques de la salle Grimaldi, représentant des Jeux d'enfants ; on lui doit, en outre, plusieurs tableaux d'assez grande dimension, une Chaise au cerf et quatre toiles représentant les Quatre Eléments.

La part de Bressan est aussi considérable comme nombre de tableaux. Ses copies sont presque exclusivement des reproductions de portraits, entre autres celle du grand portrait de Louis XIV, par Rigaud ; il avait laissé, en outre, au Palais une dizaine de toiles originales parmi lesquelles s'en trouvait une, plus importante que les autres, dénommée dans les inventaires la Famille de la Maison, tableau où il avait groupé, autour du Prince, ses filles et son frère, l'abbé de Monaco, depuis archevêque de Besançon.

En dehors de ces deux artistes attitrés, qui furent pendant nombre d'années , et longtemps après la mort du prince Antoine, chargés spécialement du soin et de la conservation des richesses artistiques du Palais, Monaco produisit encore, à cette époque, un peintre appartenant, lui aussi, à l'une des plus anciennes familles du pajs, Horace Sigaldi. Un tableau de lui se trouvait, sous Antoine P% dans l'appartement de la princesse Louise-Hippolyte ; il représentait une Vénus entourée de nymphes et d'amours.

Le fait artistique capital du règne d'Antoine I", c'est la visite et le séjour au Palais, d'un peintre destiné bientôt à une grande célébrité.

Le passage de Jean- Baptiste Van Loo a laissé de durables souvenirs à Monaco. Il y avait longtemps que sa famille se trouvait dans la région ; son père habitait Nice, dès avant l'époque où commença le règne d'Antoine I". Ce voisinage fut peut-être la cause naturelle qui mit en relations le Prince avec le père et le fils.

Un incident de la vie de Jean-Baptiste expliquerait en tous cas son introduction à Monaco d'une façon très plausible. Il s'était marié à Toulon. Lors de l'invasion de la Provence par

les coalisés en 1707, alors qu'on pût craindre un siège, Jean-Baptiste, dont la famille avait eu à souffrir cruellement pendant le siège de Nice en 1705, s'enfuit précipitamment. On rapporte que toutes les voitures se trouvant prises, il ne put se procurer qu'un âne pour porter sa femme et son jeune enfant. Il dut faire à pied la route de Toulon à Aix, dont sa mère, fille du sculpteur Fossé, était originaire et où il s'établit.

Pendant ce séjour à Aix, il peignit quelques toiles très remarquées qui commencèrent sa réputation, et il trouva des protecteurs. L'un de ceux qui s'intéressèrent le plus à sa renommée était M. Lenfant, commissaire des guerres en Provence ; ce fut pour lui que Jean-Baptiste Yan Loo exécuta une des meilleures œuvres de cette époque de sa jeunesse : L'Assemblée des Dieux. Or, M. Lenfant avait dans son service le contrôle de la place de Monaco ; en outre, sa famille comptait plusieurs officiers ayant administré les domaines des Princes comme fermiers généraux. Il est tout naturel de supposer que, lorsque la mort de son père ramena Jean-Baptiste à Nice, il reçut de M. Lenfant des recommandations pour Antoine P^

C'est alors qu'il vint à Monaco. Dans Tinter-

valle du temps qui s'écoula avant son départ pour Turin, en 1712, il fit pour le Palais un assez grand nombre de peintures, en outre des portraits d'Antoine P", de Marie de Lorraine et de leurs trois filles. (1)

Plus tard, lorsqu' arrivé à la célébrité, Jean- Baptiste Van Loo vint habiter Paris, il retrouva encore la famille d'Antoine !«', et il exécuta ces charmants portraits des enfants de Louise-Hippoljte, qui seuls ont survécu de son œuvre à Monaco, et qui font l'ornement de deux salles des grands appartements.

On voit par ce qui précède que le nombre des portraits était devenu très considérable au Palais. Nous ne devons pas manquer de mentionner ici une œuvre hors ligne, qui fort heureusement a été conservée. A l'exemple d'Honoré II, dont les traits ont été reproduits par le plus grand maître de son temps, le prince Antoine confia le soin de son portrait à Hyacinthe Rigaud. On retrouve dans cette œuvre vigoureuse les plus éminentes qualités du maître : la

(i) C'est à cette même époque que Jean-Baptiste Van Loo exécuta à Gênes plusieurs portraits, surtout des portraits de femmes. ( Voyez Dussieux : Les peintres français à V étranger) .

vie. la personnalité du modèle, l'expression morale. Cette toile, de grandes dimensions, dans laquelle le Prince est représenté presque en pied, peut à bon droit passer pour une des meilleures du grand artiste.

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