LE DUC DE VALENTINOIS
Nous avoiis fait plus haut allusion aux habiles négociations par lesquelles Antoine P"^ assura la continuation et la descendance de la maison de Grimaldi, en substituant à son nom le représentant d'une des plus glorieuses familles de France.
L'époux de Louise-Hippoljte appartenait à une race où le goût des arts était, s'il se peut, plus en honneur encore que chez les Grimaldi. Depuis des générations, les Matignon avaient associé leur nom à des créations qui les avaient fait bien mériter de l'art et des artistes français.
L'un des plus illustres d'entre eux, le maréchal Jacques II de Matignon, avait, au milieu des occupations incessantes d'une des existences militaires les plus glorieusement remplies du XVP siècle, transformé en une superbe demeure la vieille forteresse féodale de Thorigny.
Il ne s'était pas contenté d'élever un des châteaux les plus vastes de la Basse-Normandie, il l'avait orné d'une quantité d'objets d'art rapportés de ses campagnes d'Italie .et que les correspondants qu'il conserva longtemps au-delà des monts continuèrent à augmenter. Mais avant tout, soucieux de recueillir les monuments qui éclairaient l'histoire de son pays natal, il leur fit une place d'honneur àThorignj.
L'archéologie et Tépigraphie ne sauraient oublier qu'on lui doit la conservation de la célèbre inscription diie Marbre de Vieux ou de Thorigny qui constitue un des monuments les plus précieux pour l'histoire de l'administration et de la géographie des Gaules. Ce fut en 1580, dans l'intervalle qui sépare la campagne de Picardie de son départ pour le gouvernement de la Guienne^ que le maréchal fit transporter au château de Thorigny ce monument capital, afin de le mettre à l'abri de la destruction.
Ses descendants devaient suivre les mêmes traditions favorables aux arts. Thorigny s'enrichit, au milieu du XVIP siècle ^ d'une série de peintures de maîtres, parmi lesquelles figure une œuvre importante par son étendue et son originalité ; nous voulons parler des onze grandes toiles dans lesquelles l'ingénieux et fécond
Claude Vignon retraça les épisodes les plus célèbres de l'histoire des Matignon. (1)
Thorignj ne fut pas, du reste, le seul lieu que les Matignon se plurent â orner d'oeuvres artistiques. A la même époque, l'hôtel de Matignon, au faubourg Saint-Germain, à Paris, se couvrait de peintures exécutées par Boullongne père, tandis que l'évêque de Goutances, Léonor de Matignon, appelait, pour la décoration de sa cathédrale, le sculpteur marseillais Du Parc.
Jacques Léonor de Matignon, devenu duc de Valentinois par son mariage, en 1715, avec la princesse Louise-Hippoljte de Monaco, avait donc puisé dans les traditions de sa famille ce goût des arts qui est un des plus intéressants côtés de cet esprit si distingué.
Après la mort d'Antoine P^ et celle de Louise- Hippolyte, le duc de Valentinois fit de très rares visites à Monaco. Le plus long séjour dont le souvenir se soit conservé eut lieu à l'époque où le duc, en 1732, conduisit son jeune fils, le prince Honoré III, prendre possession de sa souveraineté.
(1) La curieuse correspondance de Claude Vignon, relative à l'exécution de ces peintures, existe en original aux archives du Palais de Monaco.
Ce n'était pas sans froissement que le prince Jacques Léonor avait dû se résigner au simple rôle de tuteur de son fils, alors que, se fondant sur un précédent, celui du mariage de la princesse Claudine au XV* siècle, il avait réclamé les droits que lui assurait, pensait-il, la substitution de noms et d'armes à laquelle il s'était soumis. L'impression pénible qu'il ressentit l'éloigna d'un pays où il avait déjà éprouvé une désillusion de même nature, à l'avènement de sa femme Louise-Hippoljte.
Il tint cependant à laisser, par un travail durable, la trace de son passage au Palais. L'appartement des Bains, cette partie si originale de l'œuvre d'Honoré II, avait été, sous les deux règnes précédents, extrêmement négligé. Se trouvant extérieur au Palais, il n'avait pas été utilisé et avait servi de magasin. Il en était résulté de fortes dégradations qui, en 1732, avaient pris un caractère assez sérieux pour que certains points menaçassent ruine. Le duc de Valentinois en ordonna la restauration. Plusieurs parties qui étaient restées inachevées furent complétées, et, pour perpétuer le souvenir de ce travail, le duc, en regard de la belle inscription posée sous le règne d'Honoré II et dont nous avons donné ailleurs le texte, fit
placer une plaque de marbre sur laquelle étaient rappelées les réparations accomplies par ses soins. Le travail fut terminé en 1734.
La plaque de cette inscription n'a pas été conservée, comme celle d'Honoré II, lorsque le bâtiment des Bains fat démoli sous Honoré Y. Nous la reproduisons d'après la copie transcrite par ordre du duc de Valentinois dans un dossier relatif aux inscriptions du Palais, que nous avons retrouvé aux archives :
JACOEUS, DUX VALENTINENSIS