‹ Les beaux-arts au Palais de Monaco avant la révolutionChapitre 7 sur 8 · ANNO SALUTIS M. D. CC. XXXIV · texte numérisé non relu

ANNO SALUTIS M. D. CC. XXXIV

Aucun goût personnel n'attirait donc le duc de Valentinois à Monaco ; beaucoup de raisons devaient , au contraire, lui en faire trouver le séjour pénible. Sa jeunesse s'était passée en Normandie et à Paris : là aussi s'étaient heur eu-

sèment écoulées les années d'une union dont aucune traverse n'avait troublé la sérénité. Louise-Hippoljte était morte à Monaco, loin de lui, au seul moment où les difficultés venues du rang auquel le duc croyait pouvoir prétendre, avaient paru élever entre eux un léger malentendu : le malheur qui l'avait frappé brusquement dans ses affections n'était pas fait pour lui rendre désirable l'habitation de la Principauté.

Il ne changea donc rien à son séjour habituel ; de bonne heure dégoûté de la Cour dont il suivait les événements avec un intérêt quelque peu railleur, il s'en éloigna de plus en plus, tout en restant très ferme et très chatouilleux sur ce qui touchait à son rang et à ses prérogatives. Il continua à cultiver les hautes amitiés qu'il avait faites et en particulier son intime liaison avec le tout puissant cardinal Fleurj, mais il vécut dans une demi retraite, occupé de l'éducation de ses enfants, et surtout de ce séduisant comte de Yalentinois, son fils préféré, qui eut avec lui tant d'analogies de goûts et de caractère. 11 se livra avec ardeur aux lettres, à la musique dont il était passionné, et à son goût pour les arts.

Il avait fait de sa maison de Passj une demeure ouverte seulement à un petit nombre

d'amis, triés parmi les esprits les plus raffinés du temps, et il entretenait avec bon nombre d'hommes distingués une correspondance assidue, où se révèle la délicatesse d'un lettré qu'attirait un mouvement d'idées alors revêtues de tout le prestige et de toutes les séductions de la nouveauté.

La culture intellectuelle du duc de Valentinois le mettait à même de tenir dignement sa place dans un pareil milieu ; on en possède d'intéressants témoignages, car en dehors de nombreux opuscules restés inédits, il a laissé quelques fragments, quelques morceaux fugitifs, publiés pour la plupart dans le Mercure de France soub le voile de l'anonyme, et dont ses notes donnent l'état détaillé. Ces morceaux mériteraient d'être réunis; on y apprécierait les qualités originales de ce charmant et gracieux esprit.

S'entourant de ce qu'il pouvait rassembler d'œuvres artistiques, il créa un cabinet, dont la réputation fut bientôt faite et qui compta pour l'un des plus riches. Il avait surtout une collection d'antiques, marbres et bronzes, pour la formation de laquelle le château de Thorigny fournit ses plus précieuses pièces. Quoiqu'il eût réuni un grand nombre de toiles de peintres de toutes les écoles, il avait en peinture une

prédilection pour les Hollandais, et il fit d'importantes acquisitions des maîtres de cette école (1).

Le palais de Monaco ne pouvait éviter de payer tribut à la formation de cette nouvelle collection. Lors de son voyage en 1732, le duc avait distingué quelques-unes des toiles qui faisaient l'honneur de la demeure des Grimaldi. La salle de l'Alcôve, près de la chapelle Saint- Jean, contenait alors réunies la plupart des plus belles oeuvres provenant presque exclusivement d'Honoré H. Le duc de Valentinois en emporta quelques-unes lorsqu'il retourna à Paris ; d'autres envois lui furent encore faits en 1733 et 1734 j en sorte qu'une centaine de tableaux, dont au moins soixante toiles de maîtres et une quarantaine de portraits, quittèrent Monaco et prirent le chemin de Paris.

Les tableaux dont les èoUections du Palais furent ainsi dépouillées, après avoir été soumis à une restauration entreprise par le peintre GoUins, allèrent grossir les richesses de la maison de Passy.

Malgré les pertes graves infligées à ce mo-

(1) Nous nous proposons de consacrer ultérieurement au cabinet du duc de Valentinois une notice pour laquelle nous avons trouvé aux archives du palais de Monaco les documents les plus complets.

ment au Palais, il y resta encore un grand nombre d'oeuvres de premier ordre ; et si la collection fut diminuée, elle fut loin d'être anéantie.

Sur Tordre du duc deValentinois, les peintres Bressan et Vento durent entreprendre un inventaire détaillé et un récolement. Or l'inventaire d'Honoré II, en 1663, comptait 722 toiles; le récolement saUe par salle exécuté en juin 1734, après l'enlèvement des tableaux transportés à Paris, monte à 1,083, auxquels il faut encore ajouter 43 autres toiles rapportées de Garnolès pour combler quelques-uns des vides laissés dans les appartements. Notons cependant que les miniatures, et les plus humbles images peintes de piété comptent dans ces chiffres et que les objets de cette nature figurent en grande quantité dans les inventaires.

Les tableaux ne furent pas les seuls objets dont l'enlèvement appauvrit le Palais de Monaco. Un grand nombre de bijoux et de pièces d'orfèvrerie, extraits surtout de la Salle des Porcelaines, suivit la même route, ainsi que la plus grande partie de la bibliothèque musicale du prince Antoine P"".

Aucune de ces œuvres d'art ne devait rentrer

à Monaco ; à la mort du duc de Valentinois, les collections artistiques de son cabinet passèrent de la maison de Passy à l'hôtel de Monaco, au faubourg Saint- Germain.

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