III. — LA SCULPTURE GRECQUE; SON CARACTÈRE GÉNÉRAL
Pourquoi la sculpture est Tart grec par excellence et pourquoi les Grecs Tout porté à la perfection. — Le sentiment du beau et le réalisme grec. — La cité. — La religion. — Les jeux gymniques etranatomie vivante. — Le costume. — Enseignement artistique. — Les familles d'artistes. — D'ailleurs, quel que soit le point de départ, c'est le but atteint qui importe surtout. Or les Grecs amenèrent la sculpture à sa perfection. Tout d'ailleurs devait contribuer, sans parler du génie naturel de leurs artistes, à donner à cet art en Grèce la place la plus haute. La sculpture aime la perfection limitée, l'expression dans le geste, plus que dans la physionomie, la vérité dans l'attitude, mais en tenant compte toujours de la clarté et de l'harmonie de la ligne générale. Plus que tout autre art, elle doit songer à la beauté plastique. Or nul peuple n'y fut plus sensible que les Grecs. Nul n'eut un sentiment plus vif et plus
désintéressé de la beauté aimée et admirée pour ellemême, et Ton peut dire qu'ils y attachaient une sorte de respect religieux.
« Hélas! disent les vieillards troyens en voyant passer Hë« lène près des portes de Scées, hélas! ce n'est point sans raison que des peuples rivaux pour une femme si belle endurent avec constance des maux affreux ! Ses traits, sa démarche, rappellent les déesses immortelles. » Ainsi ils ne songent même pas à maudire celle qui a été pour eux la cause de tant de peines. Ils se bornent à souhaiter € qu'elle parte sur les vaisseaux des Grecs et qu'elle n'amène pas leur perte et celle de leurs enfants ». Lorsque Polyxène est frappée d'un coup mortel sur le sépulcre d'Achille, elle songe, en cet instant suprême, à rectifier les plis de sa robe, pour quUls ne présentent rien de disgracieux au moment où elle tombera'. Philippe deCrotone, raconte Hérodote , fut vénéré comme un demi-dieu dans un temple qu'on lui éleva à Egeste, parce qu'il avait été le plus beau de ses contemporains.
La religion tout entière servait à entretenir ce sentiment. Les divinités se personnifiaient dans un idéal suprême, mais un idéal humain bien défini dans ses formes.
La mythologie des Grecs leur permettait plus facilement qu'à d'autres de donner une figure individuelle aux idées. Mais ce n'était pas là une assimilation artificielle, métaphorique, péniblement et subtilement cherchée. Sans doute la mythologie n'était pas le fétichisme; cependant elle n'était pas non plus dans l'esprit des Grecs un pur symbole. Il y avait même pour les plus sceptiques un fond de tradition religieuse et nationale qui faisait naître chez eux, en présence d'Apollon et de Minerve, une émotion réelle. La patrie et la religion étaient intimement unies. Le Dieu était le protecteur de la cité, et les héros auxquels
1. Le poète la compare, non pas à une statue ordinaire, mais à une statue religieuse (Âya^fia).