‹ Les beaux-arts dans l'antiquitéChapitre 5 sur 120 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

représente ? C'est que le sujet disparaît, et que l'individu seul, le créateur subsiste. En veut-on un autre exemple? On dit communément a bête comme un chou » ; mais qui oserait dire bête comme un chou peint par Chardin ? C'est que l'individu, l'être humain, a passé par là ^ » Le cachet personnel que l'artiste imprime à son œuvre s^appelle le style. L'on aura de même le style d'une école, d'une époque, de tout un peuple. On donnera plus spécialement le nom d'œuvres de style à celles qui auront manifesté les aspirations à la fois les plus élevées et les plus personnelles, telles que les sculptures de Michel-Ange ou de Phidias. De ce que nous venons de dire, il résulte que deux tendances se font sentir dans les œuvres d'art, le réalisme et l'idéalisme, tendances qu'on a opposées, surtout de nos jours, dans des luttes plus bruyantes que décisives. Le réalisme absolu nous paraît non seulement peu désirable, mais tout à fait impossible. D'ailleurs le réalisme et l'idéalisme sont faits pour s'entendre encore aujourd'hui, comme ils se sont entendus dans les œuvres de tous les grands maîtres. Car si le réalisme ne sert trop souvent qu'à déguiser Tabsence de goût, d'imagination et de perspicacité dans la vue de la nature, Tidéalisme n^est souvent aussi que la maladresse et l'insuffisance, parées d'un beau nom ; il est plus facile d'appliquer des formules que de représenter des formes intéressantes. N'y a-t*il pas d'ailleurs deux espèces de réalismes... au moins? Le réalisme qui fait de la platitude un principe est-il le même que le réalisme créateur d'un Yélasquez ? D'autre part, où y a-t-il plus d'idéalisme ? est-ce dans une œuvre qui veut avant tout la perfection des formes, ou plutôt dans celle qui recherche principalement Texpression des passions de Tâmc, quitte à sacrifier la beauté des lignes ? Ëléiismts de l'œuvre d^art. — Dans toute œuvre d^art il y a à considérer trois éléments principaux auxquels se rapportent tous les jugements critiques dont^elle peut être l'objet : !<> la technique, c'est-à-dire la matière et les procédés employés;

1. Cité par M. Ghesneaa dans la Peinture anglaise, p. 316, note. On nous pardonnera d'avoir rappelé cette boutade expressive d'un artiste justement estimé, et qui avait pleine autorité pour parler ainsi.

L'ART ET LA SCIENCE xi

2<> la composition et l'expression ; 3o l'exécution ou la forme, sans laquelle l'œuvre d'un artiste, quelque bien doué qu*il soit pour la composition et Texpression, n'arrÎTe pas à se constituer véritablement.

L'art et ul matière. — La géologis et l'architecture. — Les arts, appelés à dompter la matière, n'en sont pas moins liés à elle dans leurs conditions d'existence, comme l'âme l'est au corps. Cuvier a fait remarquer avec raison combien grande a été sur ce point l'influence de la constitution géologique du sol dans les divers pays : « Chaque minéral, dit-il, peut trouver quelque emploi ; et de sa plus ou moins grande abondance dans chaque lieu, du plus ou moins de facilité qu'on trouve à se le procurer, dépendent souvent la prospérité de chaque peuple, ses progrès dans la civilisation, tous les détails de ses habitudes. La Lombardie n'élève que des maisons de brique, à côté de la Ligurie qui se couvre de palais de marbre. Les carrières de travertin ont fait de Rome la plus belle ville du monde ancien ; celles de calcaire grossier et de gypse font de Paris une des plus agréables du monde moderne. Mais Michel-Ange et Bramante n'auraient pu bâtir à Paris dans le même style qu'à Rome, parce qu'ils n'y auraient pas trouvé la même pierre. » Si cela avait été de son sujet, Cuvier aurait trouvé des exemples encore plus nets dans le caractère de l'architecture chaldéenne et l'origine de la voûte, dans les formes qui furent imposées aux sculpteurs égyptiens par les seuls matériaux qu'ils avaient à leur disposition*, etc.

L'art et la sgiekce. — Quoi qu'il en soit, les arts plastiques, aussi bien que la poésie, sont surtout affaire d'inspiration et de talent. Mais ce n'est pas à dire que la science leur soit inutile. Un artiste de génie qui fut en même temps un grand savant, Léonard de Vinci, a défini ainsi le rôle de la science dans les arts : c D'une manière générale, dit-il, la science a pour office de distinguer ce qni est impossible de ce qui est possible ; l'imagination, livrée à elle-même, s'abandonnerait à des rêves irréalisables ; la science la contient en

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