‹ Les beaux-arts dans l'antiquitéChapitre 6 sur 120 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

nous enseignant ce qui ne peut pas être. Il ne suit pas de là que la science renferme le principe de Fart, mais qu'on doit étudier la science ou avant Tart ou en même temps, pour apprendre dans quelle limite Tart est contraint de se renfermer. »

L'inspiration et la règle. — Il ne faut donc pas que l'artiste ait peur de la science. Dans l'art, les règles ne nuiront pas à rinspiration, pas plus que dans la morale elles ne détruisent la liberté, puisque, au contraire, elles en sont la condition même. Schiller a dit : « Il faut que les règles de l'art deviennent pour le poète (il aurait pu dire pour tout artiste) une seconde nature, et qu'il arrive à les appliquer comme les règles de la morale le sont naturellement p'ar un homme bien élevé. C'est alors seulement que l'imagination, délivrée de ses liens (les plus durs et les plus nuisibles),... retrouvera toute sa puissance et toute sa liberté. » Schiller a raison. Le manque de goût le plus provoquant, le plus outrecuidant, est bien plus involontaire qu'il n'en a l'air.

' La théorie et la pratique. — Mais dans l'art, comme dans toutes les connaissances non abstraites, la pratique a précédé la théorie, l'œuvre a nécessairement précédé la critique^. Est-

1. C'est ce que dit Cicéron en parlant de Péloquence; et cependant il se rattache à Tëcole de l'Académie : « Ce que des hommes éloquents avaient faits d'eux-mômes, d'autres l'ont observé et l'ont imité; l'éloquence n'est pas née des règles de l'art, mais ce sont les règles de l'art qui sont nées de l'éloquence. » M. Brunetière (mais il est un peu orfèvre dans la matière) a plus d'une fois exprimé un avis différent. — Glissons ici l'indication des principaux traits de VHistoire de l'esthétique ou science du beau. L'esthétique a son origine dans l'enseignement de Socrate. Elle se constitue avec Platon (F. p. 133). Aristote, sans se séparer de leurs doctrines, apporte dans cette étude plus de précision. Il est fort regrettable que son Traité du beau soit perdu. Les siècles suivants vivent sur les théories do ces deux grands maîtres. Cicéron touche à la théorie du beau nu début de son Orator, et ailleurs. Pline, comme l'avait fait Juba II, nous donne, dans son Histoire de la nature, qui est une encyclopédie, do nombreux détails sur l'histoire des arts dans l'antiquité. Entre autres passages de Quintilien, signalons le parallèle qu'il établit (Institution oratoire, liv. XII, ch. x) entre les écoles oratoires et les écoles de peinture ou de sculpture. VOlympiqtu de Dion Chrysostome est le plus intéressant morceau de. critique artistique de l'antiquité. Il y suppose Phidias expliquant devant ses compatriotes comment il a conçu et exécuté son Jupiter Olympien. Il y compare éloqucmment la sculpture et la poésie. Ce sera le sujet du Laocoon de Lessing. Sans nous arrêter à Philostrate, à Lucien, nous rappellerons Longin ou l'auteur, quel qu'il soit, du Trailé du sa^ hUme, A la même époque, le néo-platonisme do l'école d'Alexandrie vient

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ce à dire que la théorie soit inutile ? L'intérêt de î«i théorie, c'est qu^ayant la pratique pour point de départ, elle la pré* cise, puis la développe et bientôt la précède. (Ceci est vrai surtout pour l'architecture et la musique, plus liées à la science que les autres arts.) Nous en verrons principalement la preuve dans l'histoire de la voûte. La théorie donne la possibilité d'aller à peu près à coup sûr là où l'on n'arrivait auparavant que par des tâtonnements, et de réunir sous une règle commune des applications plus ou moins isolées.

L'art et la. horaxe. — Vouloir confondre le beau et le bien, l'art et la morale, c'est nuire à l'un et à l'autre. Il n'y a certes pas opposition dans leurs principes, mais l'art, comme la science, comme la vertu parfaite, est désintéressé. Il est à lui-même sa propre fin. L'art a une grande action sur les âmes. Il importe donc que cette action soit salutaire ; et comme, d'autre part, il n'a pas de but moral par lui-même, il faudra que l'âme de l'artiste soit élevée pour qu'il élève l'âme de ceux qui contemplent son œuvre, car c l'œuvre se

donner un nouvel essor à l'étude du beau^ avec Plotin, Porphyre, etc. C'est à ces doctrines que saint Augustin se rattache. — Au moyen ftge, il n'y a pas de critique artistique proprement dite. Elle reparaît en Italie à la fin de la Renaissance; il nous suffira de citer Vasari. Ni les réflexions éparses dans les œuvres de Fénelon, ni VEssai sur le beau du P. André, ni môme VEsthetica de Baumgarten, publiée de 1750 à 1759, ouvrage écrit en latin, qui eut l'honneur, peu mérité, d'imposer son nom à la science dont il s'occupe, parce qu'il fut le premier traité méthodique composé sur la matière, ne don* nent vraiment ni une base ni des modèles à la critique artistique. Il faut arriver à Lessing et à Diderot. Lessing, dans son Laocoon (1767), traite des limites réciproques de l'art et de la poésie. Il est loin d'être d'accord avec son compatriote et contemporain Winckelmann, qui venait de publier son His~ toire de l'art chez les anciens (1764). Les Salons de Diderot (1765-1767) donnent un des premiers exemples d'une critique passionnée et vivante appliquée aux œuvres d'art. De plus, V Encyclopédie, nous montre Diderot faisant une place fort large pour le temps à la critique artistique, dans des articles inspirés souvent d'un ouvrage allemand fort remarquable, la Théorie universelle des beauX'orts de Sulzer. C'était en effet l'Allemagne qui allait donner au principe du beau dans la philosophie une place telle, qu'on peut dire qu'elle en a peut-être exagéré l'importance. Kant consacre à l'art la troisième partie de son grand système la Critique du Jugement (1790). Schelling, dans son Discours sur les rapports de l*art avec la nature (1807), simple opuscule de quelques pages, nous paraît poser la base de l'esthétique moderne. Le Traité d'esthétique ^ ouvrage posthume d'Hegel, mort en 1831, sort en grande partie de là.

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