LA GRAVURE EN MEDAILLE
pour un emploi pratique, comme la monnaie. Cependant ils n'ont pas hésite à s'adresser pour cela à des artistes du premier ordre. C'est ici que se montre un exemple remarquable de l'union intime qui existe quelquefois directement entre le beau et l'utile. On sait que ce qui constitue à proprement parler la monnaie ,' c'est la suppression de la nécessité de peser le lingot, par l'application sur les fragments de métal d'une empreinte connue qui, sous la garantie des pouvoirs publics, en constate le poids et la composition. Quels que soient les avantages de ce système, il facilite la fraude. Il faut empêcher le plus possible que cette empreinte ne soit imitée. Or, ce qu'oa Imite le plus difficilement, c'est le génie, ou, à son défpvUt, le talent. On rit encore du consul Mummiusqui, après le sac de Corinthe, remettant à des rouliers des chefs-d'œuvre d'Apelle ou de Polyclète, leur déclarait qu'ils en étaient personnellement responsables, et que s'ils en perdaient ou en laissaient détériorer quelques-uns en chemin, ils seraient condamnés aies refaire. On comprend donc toute l'utilité pratique d'avoir des monnaies d'un grand mérite artistique. C'est ainsi qu'aujourd'hui on s'adresse de même à des artistes de grand talent pour donner le dessin des billets de banque.
Nous remarquons cependant qu'en général les monnaies ont un caractère archaïque prononcé, et que chez un même peuple les anciens types se maintiennent d'autant plus, surtout lorsqu'il s'agit des temps reculés, que ce peuple est plus commerçant et qu'il fait un plus grand usage de cet instrument universel des échanges. Cela tient à ce. que la monnaie a surtout une valeur d'opinion, et qu'il y a intérêt à lui conserver un aspect bien connu à l'étranger, qui lui donne un cours plus assuré. C'est ainsi qu'on frappe encore, pour le commerce avec certaine^ peuplades, des florins à l'cfûgie de Marie-Thérèse d'Autriche. C'est ainsi que, malgré la dépréciation du papier-monnaie italien et quand les espèces françaises faisaient prime, elles n'en étaient pas moins refusées dans bien des villages, même du bassin du Pô.
Les monnaies athéniennes du temps de Périclès (fîg. 59)
semblent d'une génération au moins antérieure à Phidias.
Elles n'en sont pas moins fort belles. Si les Grecs ont eu des
ivaux dans les autres arts, on peut affirmer que dans la gravure
des monnaies ils sont restes incomparables. Cela tient nob seulement au génie de leurs artistes, mais à leurs procédés de fabrication. Ce n'était pas à Taide d'une machine, c'était au marteau que les monnaies étaient frappées, et on sent dans la frappe même la main de l'ouvrier.
Apogée de Tart monétaire en Sicile. Eimon; Ëvainé-
tos. — C'est en Sicile que Tart monétaire arriva le plus tôt à son apogée. C'est là qu'il se débarrassa le plus promptement de toute trace d'archaïsme. Est-ce à dire qu'il avait pu s'y perfectionner plus tôt parce qu'il y aurait été plus anciennement pratiqué? Au contraire; c'est parce que la monnaie n'y avait été importée que par les colons grecs de la seconde période de colonisation, 'qu'il n'y eut pas les mêmes traditions et les mêmes habitudes commerciales à ménager. Sans doute les Phéniciens s'étaient établis fort anciennement en Sicile ; mais comme ils commerçaient avec des peuples barbares, qu'ils procédaient par échange, et qu'ils allaient justement chercher dans leurs lointains voyages des métaux précieux, ils n'avaient pas un intérêt immédiat à se servir de la monnaie, ni à en répandre l'usage. Aussi n'eurent-ils une monnaie qu'à l'imitation de celle des colonies grecques de l'île.
On peut affirmer que les plus belles monnaies du monde ont été frappées à Syracuse. Déjà, dans le courant du v° siècle, Euménos et Sosion s'étaient placés au premier rang des graveurs de leur temps ; mais ils furent dépassés dès la un du siècle par Kimoii et Evainétos, qui travaillaient pour Denys l'Ancien. Dans aucun temps, dans aucun pays on n'a fait de monnaies plus belles que \Qspentecontalitraàe Kimon et d'Evainétos. S'il fallait choisir entre ces deux noms, Evainétos devrait être mis au premier rang : c'est le plus grand des graveurs en médaille de tous les temps et de tous les pays. On peut distinguer chez lui deux manières. A ses débuts (fin du V® siècle), son style et son faire participent de ceux d'Eu-
KIMOK; EVAIWETOS, THfiODOTOS I3S
ménos; il « encore quelque raideur, quelque dureté. fl C'est Raphaël dans sa première manière, encore sous l'influence du Pérugin. Peu à peu sa manière s'assouplit; il gagne de la douceur et de la liberté, mais en gardant toujours un accent de grandeur simple et de sévérité jusque dans la grftce, qui atteint au sublime, i (Lenorhant.) Les médailleurs siciliens se rattachent à l'école dorienne, k ta précision et à la science du modelé de Polyclète. Syracuse et les plus importantes des colonies de Sicile
Pig. 4'.— HouuIb d« SjrMuse, gravjopar ËTUBétos.
étaient d'origine dorienne, et la lulte acharnée que Syracuse et ses alliées avaient soutenue contre Athènes au V* siècle s'était opposée à ce que l'art attique y répandit comme ailleurs son influence.
Les snccesseurs d'Ëvainétos. Théodotos de Clazomèae. — Dans la génération suivante, on représenta souvent sur les monnaies des têtes de face, chose qu'Évainétos et ses contemporains ne s'étaient permis qu'exceptionnellement. C'était une conséquence des progrès analogues de la peinture. C'est ce que l'on voit sur les œuvres de Théodotos de Clazomène [vers 353). Théodotos subit certainement l'influence de l'école de Scopas, qui justement sculptait non loin de là le Mausolée. Mal-
136 L'ART GBEC
gré la beauté de ces eeuvres, les Grecs comprirent que c'était surtout le profil qui convenait à la gravure en monnaie. Là encore l'art et l'utilité pratique étaient d'accord. Car les têtes de face devaient présenter un plus haut relief, ce qui amenai! une usure et une perte par le frai plus rapide et plus considérable ' .
Apogée de la céramique : les vases à reliefs; le vase de Ciimes*. — Un art qui pour la composition a plus d'un rapport avec la gravure en médaille, la céramique, qui recherche aussi la simplicité des formes et des sujets, comme la netteté de la ligne, arrive également alors k son apogée, et c'est le style attique qui tend à prédominer dans toute la Grèce a Alors, dit M. Colllgnon, les formes robustes font place auK formes juvéniles, les poses sont charmantes de simplicité et de natu- Fig. »s. - v»>e d» Dirius. (Nïpies.) ^él-- Lcs aTlistes ne dédaignent pas d'orner de fort petits vases servant de jouet aux enfants, et ils les décorent de compositions dont les jeus de l'enfance forment les motifs. » Après une période de transition pour laquelle nous signalerons le vase de Brj/gos, représentant
t. Les Grecs ont iiubï fut d'admlrgbles grarnrca bei barin 4ur bronze comme on le voit par les miroira qui nous sont parTeaus. 1. CoUiipiaa, ArchiologH fricgnc, p. IM et BniT.
CERAMIQUE. — TANA6RA 127
la dernière nuit de Troie (Naples), et le vase du Louvre, où Ton voit Linos donnant une leçon à Musée, nous arrivons aux vases attiques d'une élégance parfaite, tels que le vase où Ton voit Darius méditant la conquête de la Grèce (Naples), et ces lécythes blancs ayant un sens funéraire dont la fabrication semble avoir été spéciale à TAttique (déposition funèbre du musée d* Athènes).
La céramique ne s'en tient pas à la peinture. On ajoute aussi des ornements dorés et des reliefs rehaussés euxméme d'or. Le vase trouvé à Cumes (aujourd'hui au musée de l'Ermitage à Pétersbourg) est l'œuvre la plus considérable de la céramique grecque. Il n'est pas signé. Mais un vase analogue trouvé à Kertch et qui date environ de 380 porte la signature : Xenophantos Athénien.
Les figurines de terre cuite. Tanagra. — C'est au IV® siècle que se place la période la plus parfaite pour les figurines de terre cuite, d'usage en général funéraire, qu'on retrouve dans les divers pays grecs, mais dont les échantillons les plus remarquables proviennent de Tanagra en Béotie et de Myrina en Asie Mineure.
A côté d'œuvres de caractère archaïque ou d'un style sévère appartenant aux périodes précédentes ou reproduites traditionnellement^, nous voyons apparaître des figurines d'un art moins religieux et plus raffiné,, d'une variété et d'une élégance qui ont fait dire que sans elle l'idée que nous nous faisions du génie grec était incomplète. Lqs coroplastes du v« siècle, dans cette fabrication qui est d'un caractère industriel et courant, se servent sans doute de moules dont ils reproduisent en grand nombre les empreintes*. Mais avec les mêmes moules ils savent produire des œuvres sensiblement différentes. Une figurine est souvent composée de plusieurs parties moulées séparément, qu'on ajuste dans des attitudes
1. CertaineB de ces petites oeuvres ont un grand caractère de majesté reli« giense (buste estampé du Déméter. L. Heuzey, Monuments grecs, 1873).
2. « Vous fabriquez vos généraux, comme les mouleurs d'argile leurs statuettes, pour la place publique, non pour la guerre. » (Démosthènes, 1" Phil., 26.)
L'ART GREC I. De plu», l«s coroplaeles reprennent après coup & la pointe telle ou telle partie pour lui donner un caractère particulier, lia trouTent moyen de faire preuve d'une imagination i inépuisable , et leur génie inventifest servi par une rare habileté de main. Aux tempe des guerres médiques , on plaçait à cûté du mort des
bijoux et des
nrmes; plus
tard on persiste
par tradition
à placer dans
le tombeau
des figurines;!
„i.™.fig..
rinee seront de
linées « à lui
rappeler dans 1
autre vie les
compagnons de
son existence
mortelle» ». C
es fignrinee
noue donnent 1
s renseigne-
mente les plus
précieux sur
la vie grecque,
et nous font
que tous autres monuments les attitudes, les manières d'être des tlellènes. Rien ne montre Fig. *». - Figanum d* l'ousn. davantnge à quel point l'art avait partout pénétré que la découverte de quelqu'une de ces œuvres exquises dans les tombes les plus modestes.