‹ Les beaux-arts dans l'antiquitéChapitre 91 sur 120 · CARACTÈRE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL

son architecture, elle était déjà si bien constituée a qu'elle garda, comme le dit M. S. Reinach, son originalité propre et son génie tout diffèrent du génie grec » .

Caractères de rarchitecture romaine. — L'arcade. — La voûte. — La coupole sur plan circulaire. — Au point

de vue architectonique, tandis que les Grecs emploient surtout l'architrave supportée par des colonnes, l'architecture romaine a pour éléments principaux l'arc et la voûte. Elle développe et varie singulièrement l'indication que rÉtrurie lui a donnée sur ce point. Toutes ses constructions voûtées se ramènent à l'arc de cercle, au plein cintre; mais elle a connu non seulement la voûte en berceau, mais la voûte d'arête, la voûte en arc de cloître, la coupole hémisphérique sur plan circulaire. Le Panthéon d'Agrippa a même donné le plus bel exemple peut-être de ce genre de coupole. La forme circulaire et'demi-circulaire a été très souvent pratiquée par les architectes romains.

Au point de vue esthétique, la Grèce cherche avant tout l'harmonie des proportions et la perfection de l'œuvre; Rome veut la grandeur réelle et la puissance de l'effet La Grèce veut surtout produire l'impression du charme et de la beauté pure ; Rome veut surtout étonner et dominer. Elle n'a jamais été dépassée dans les grands travaux d'utilité publique, parce que, malgré son esprit pratiqué, même dans ses aqueducs, ses ponts, etc., elle ne se désintéresse jamais de l'art et veut réunir le beau à l'utile.

Le système architectural des Romains avait aussi l'avantage de laisser à l'architecte une liberté indéfinie pour varier ses plans. Le système de la plate-bande impose le plan rectangulaire, et l'espace resté libre entre les supports est nécessairement limité. Les architectes romains peuvent, au contraire, répondre aux exigences des programmes les plus compliqués , et ils le font avec une admirable aisance. « Suivant les* nécessités des services à pourvoir,

dit M. Martha, ils savent enchevêtrer une multitude de salles, et des superficies de hauteur et de niveau différents. » Ils montrent une habileté rare pour approprier un terrain à une construction déterminée, et surtout pour approprier cette construction à Tusage auquel on la destine. Ils ne perdent rien, a Ils utilisent tous les vides pour la convenance, en y distribuant les petits services ; pour la solidité, en les couvrant par de petits arcs qui, adossés aux grandes voûtes, leur servent de contreforts. » (Gh . Blanc.)

L'art romain est aristocratique. — Statues honorifiques. — Un autre caractère de l'art romain, et par lequel il diffère également de Fart grec, surtout de Tart athénien, c'est d'être aristocratique. Même lorsque Tégalité civile et politique semblait régner complètement dans la constitution et les lois, le peuple romain, qui avait été bouleversé par tant de révolutions et qui avait vu exiler ou massacrer tant de grands personnages, n'en conservait pas moins un respect naturel pour les grandes familles et les vieilles institutions*. Partout où il y a une aristocratie puissante, le portrait est en honneur. Il le fut à Rome, comme il devait l'être à Venise et en Angleterre.

Sans parler du jus imaginum qui en faisait d'ailleurs une sorte d'obligation, le nombre des statues honorifiques de l'Italie était tel dès le ii« siècle avant J.-C, que la Grèce de la décadence fut dépassée sur ce point. Caton, dans un discours qu'il prononça pendant sa censure, témoigne officiellement son indignation à ce sujet. Il s'irrite surtout de ce qu'on ait élevé dans les provinces des statues même à des femmes romaines ^.

En 157 avant J.-C, les censeurs firent enlever du forum, qui en était encombré, toutes les statues de magistrats qui s'y trouvaient, excepté celles qui avaient été élevées en vertu d'un

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