‹ Les beaux-arts en Belgique de 1848 a 1857Chapitre 10 sur 49 · DR 1848 A · texte numérisé non relu

DR 1848 A

(lire de quelle poélique et charmante mélancolie M. Bossuel sait animer ces mosquées désertes, ces cours immenses du Généralife ou de FAlhambra, témoins des dernières splendeurs de celle race arabe si intelligente et si chevaleresque. Soit qu'il nous fasse voir un coin de la cour des Lions, où tombèrent les Abencerrages, Boaddil sortant deGrenade, soit qu'il nous fasse enirevoir les sinistres prisons de l'inquisition de Séville, toujours M. Bossuet émeut le cœur et remue la pensée. Ces pierres, qu'elles soient baignées de lumière ou d'ombre, ces riches efflorescences jaillies du ciseau arabe vous racontent, dans la langue mystérieuse de l'art, les choses du passé, mille traditions de gloire, de poésie et d'amour. C'est cette voix intime et myslérieuse des monuments d'un peuple éclipsé, mais dont le génie se manifeste si énergiquement dans sa splendide architeclure, que M. Bossuet sait rendre avec un rare bonheur et une si harmonieuse richesse de palette. Malheureusement, l'Allemagne, l'Angleterre et la Hollande, qui possèdent les oeuvres capi laies de M. Bossuet, ont pu apprécier mieux que nous tout ce qu'il y a chez cet artiste de puissance d'évocation du passé, de pureté de dessin et de magie de coloris.

IFS BEAUX-AUTS EN BI-IJilQlJi:

La Délivrance de Leyde,

PAR M. WITTCAMP.

En peinture, comme en liltéralure^ il faut se garder des réminiscences. Rien de plus perfide que certains souvenirs qui creusent à la pensée un sillon fatal d'où elle ne peut plus sortir. On croit être original et neuf, tandis qu'on se traîne à la remorque de rinlelligence d'autrui , pour aboutir à un déplorable pastiche ou à une banale contrefaçon. C'est ce qui est arrivé à M. Wittkamp, qui, nous ne savons trop pourquoi, est allé s'éprendre d'un sujet traite* avec un rare bonheur par M. Wappers,à l'époque où dcsamisimprudents n'avaient pas encore mis sur son talent l'éteignoir des honneurs et des dignités. Et puis , M. Wiltkamp devrait savoir qu'il y a des dangers à traiter une seconde fois certains sujets, alors surtout qu'on n'apporte dans la lutte que des forces médiocres, une conception artistique banale et froide, dépourvue de distinction et de chaleur. C'est là surtout ce qui a nui à Witlkamp, qu'un sujet original aurait peut-être plus heureusement inspiré. C'est là ce qui a paralysé son pinceau et produit cette touche lourde et pàleuse et ce style commun qui font de son anivre

une véritable défaite. Puis , comment M. Witlkamp n'a-t-il pas vu qu'en choisissant , dans Tépisode de la délivrance de Leyde, le moment où le secours arrive, il détruisait tout Tintérét du drame et glaçait Témolion de la foule. Vous montrez la faim et les pâles spectres qu'elle enfante. C'est bien; mais en même temps vous nous montrez à l'horizon les navires qui viennent mettre un terme à ces misères. Vous glacez l'intérêt, vous tuez le drame. C'est ce qu'avait fort bien compris M. Wappers, qui avait su éviter prudemment cet écueil, en nous montrant l'héroïque Van der Werf dans un moment où nul ne sait quel sera le dénoùment de ceite lutte acharnée d'une cité contre la puissance espagnole.

Nous espérons que M. Wittkamp saura prendre une brillante revanche à la prochaine exposition d'Anvers. Qu'il suive désormais ses inspirations personnelles, au lieu de se traîner dans le sillon creusé par d'autres; qu'il assouplisse sa touche et épure son style, et nous n'aurons bientôt plus que des éloges à lui donner.

Les Macédoniens anéantis par Belgms. — Esquisses

PAR M. HEXDRICKX.

Nous ne chicanerons pas M. Hendrickx sur l'authenticité de son Belgius, que nous soupçonnons fort être

de la famille de Francus , autre personnage historique aussi vraisemblable que Belghis. El comme il s'agit ici, avant tout, d'une question d'art et non d'une question historique, nous admettrons volontiers le Behjins, personnage inventé fort heureusement pour donner une clymologie rationnelle au nom de Belge, et nous reconnaîtrons que M. Hendrickx s'est montré un heureux interprète d'un des beaux faits d'armes attribués à ce héros mythique.

Il y a chez M. Hendrickx de belles et grandes qualités artistiques. Il possède à un haut degré le sentiment du pittoresques et l'ordonnance dramatique. Son épisode de Belgius, quoiqu'un peu empreint des réminiscences des batailles de Lebrun, dénote une imagination fertile. Cette lutte homérique, où les éléphants, ces citadelles mouvantes, portent des groupes de combattants dardant leurs javelines et opposant leurs traits à la hache germaine; ce péle-méle épique et sublime, où chars, chevaux , éléphants, Romains et barbares sont enchevêtrés avec des étreintes mortelles, rappelle, en quelques parties, les rudes et sublimes mêlées de Salvator Rosa.

Il est fâcheux, diront les boutiquiers et les bourgeois, que l'artiste , au lieu d'une œuvre finie , ne nous ait donné qu'une esquisse fougueuse, heurtée, pleine d'audacieuses témérités, et faite sous l'influence de la fièvre de la gestation artistique. Nous trouvons, au contraire, fort heureux que M. Hendrickx ait osé montrer en public une œuvre où la fougue de la pensée et les frémissements de l'enfantement artistique se retrouvent dans

chaque coup de pinceau. Nous aurons toujours , Dieu merci! assez de toiles peignées, léchées et heurrées d'après les règles et les traditions, et la tyrannie du bourgeois et du marchand ne doit pas faire oublier que dans le public des expositions il y a encore des natures vierges pour lesquelles la peinture la mieux tricotée de M. Brias ne vaudra jamais une chaleureuse esquisse de Gallait, de Block ou de Decamps.

Statues. — Grisailles. — Tableaux

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