PAR M. ZIEM
Si les poètes sont menteurs quelquefois, il faut avouer que les artistes ne leur cèdent guère dans l'art d'arranger la vérité et de rhabiller de façon à la rendre méconnaissable. Aussi faut-il l'affirmation péremptoire du catalogue pour nous convaincre que ce spendide paysage, ce ciel
dont l'azur profond est si doux et sur lequel courent de légers nuages nacrés, ce port aux eaux transparentes dans lesquelles se mire le ciel, cet horizon si lumineux et qui semble aboutir au pay s des rêves — ces matelots vêtus de velours nacarat, ce gracieux navire dont on ferle les voiles, — que toute cette composition si gracieuse qui semble un souvenir d'un de ces pays fantastiques de l'Orient, décrits par les poètes ,«que tout cet ensemble si harmonieux, si splendide, si brillant, si pur, si lumineux— soit le port de Marseille, que nous avons connu sale, infect, avec ses eaux croupies, réceptacle des immondices d'une ville de deux cent mille âmes. Il faut que M. Ziem nous affirme que ces montagnes azurées, baignées d'une lumière si suave, sont les collines âpres, nues, galeuses et grises au pied desquelles s'étend la vieille cité phocéenne. Quant à nous, nous intitulerions ce tableau : Vue d'un port situé dans les Mille et une Niiits.
Notre-Dame de Bon Secours,