‹ Les beaux-arts en Belgique de 1848 a 1857Chapitre 29 sur 49 · PAR M. COL · texte numérisé non relu

PAR M. COL

Nous disions tantôt que la bégueulerie contemporaine pourrait s'effaroucher du chien à Vos à moelle de M. Slevens; mais ce chien, cherchant son idéal dans le fumier de la rue, est une œuvre pleine d élévation et de noblesse auprès de Tincroyable sujet choisi par M. Col. Les bouchers ont l'air d'avoir sur les épaules les tê(es des animaux dont ils portent fièrement les aloyaux. Le bourgmestre est stupide comme une tête de veau, les lauréats sont ignobles d'instincts brutaux ; sur toutes ces têtes, vous ne lisez que les appétits les plus matériels de la béte, et dans ce concours d'entre-côles, la race bovine l'emporte sur la race humaine.

Ce qui nous irrite plus encore dans cette oeuvre triviale, sans but et sans pensée, c'est que quelques parlies sont traitées avec une harmonie et une richesse de palette que nous verrions volontiers mettre au service d'un ordre d'idées plus élevées que celles qu'on peut montrer dans un étal de boucher ou dans le charnier d'un abattoir.

LES BEAUX-Ains EN BELGIQUE

Un Concert sur les Lagunes

PAR M. UE PIGNEROLLE.

Preuve irrécusable des progrès de l'iiiduslrie des . papiers peinis en France. — Recommandé aux méditations de M. Lorsont et aux fabricants de produits analogues en Belgique.

Il y a de belles qualités comme composition et coloris dans le tableau de M. Troost, représenlant V Album de Salvator Rosa. — Les attitudes des personnages sont vraies et pleines d'abandon. La gorge rocheuse qui s'ouvre sur la caverne est bien éclairée, et le bout de paysage qu'elle laisse entrevoir est rendu avec un senliment distingué et poétique. Nous sommes fâchés pour M. Verhoeven de ne pouvoir lui adresser les mêmes éloges; mais la façon dont il a conçu son Don Carlos est tellement inédite et imprévue, qu'elle amène le fou rire sur toutes les lèvres. Le roi Philippe II paraît surprendre le jeune prince au moment où celui-ci exécute {hs jetés-battus avec la reine. L'attitude du roi témoigne un étonnemenl profond de voir son frère qui vient de

terminer, un entre chat, tirer lepée en |)assanl la jatnbe droite au-dessus de la jambe gauche, el se maintenir ainsi par un miracle d'équilibre.

Que dire de M. Wittkamp, de celle chose pâteuse, opaque et terne qu'il nous a envoyée, cette année? Il y a là des flots et une mer dont lartisle peut récianif^r la paternité, car jamais Dieu ne se rendit coupable de pareils flots et de semblable ciel.

Quelques mauvais plaisants qui veulent abuser de notre candeur et de notre bonne loi, nous assurent gravement que M. ZiiMMERMÂN, qui vient d'exposer les deux cauchemars artistiques connus au catalogue sous le nom de Faust et Mépfiistophélès et de Paysage grec animé par des femmes centaures — est un artisle d'un grand mérite et qui jouit d'une haute réputation en Allemagne. S'il en est ainsi, c'est que Zimmerman a montré aux Allemands autre chose que la peinture fantastique de son Paysage grec. La critique ne peut prendre de pareilles choses au sérieux, elle ne peut que remercier M. Zimmerman d'alléger sa tâche en lui olFrant l'intermède joyeux et désopilant de ses œuvres. Le Paysage grec surtout suffirait à dérider le goutteux le plus invétéré. Rien de plus jovial que ces femmes centaures qui ruent à trois kilomètres derrière elles. Il y a là un pauvre lion blessé qui semble occupé à agonir d'injures les femmes centaures qui paraissent en avoir eu plus d'un à son égard, si on en juge par le javelot qui le transperce. Quant au ton général de ce paysage, il tient du pain d'épice et de la galette de Dinant, ce qui rend cette œuvre fort appétis>-anle pour beaucoup de spectateurs.

Le Faust est une orgie de palette qui démontre quelle influence la bière de Munich peut exerc'ersur la peinture. Le ciel et le paysage appartiennent au pays des rêves ; le tout est éclairé par un feu de Bengale fort réjouissant à voir.

11 y a un sentiment et une grande inlelligence dos douleurs humaines dans le tableau de M. Lambrichs, intitulé Ji^sèrc. La touche, encore inexpérimentée, a cependant déjà le sentiment de lefl'et. Quelques philanthropes bien repus trouveront à cette œuvre un cachet de socialisme, parce qu'elle représente quelques pauvres diables grelottant de faim et de froid à la grille d'un chàleau. Que M. Lambrichs laisse dire, lart, comme la poésie, a sa mission, qui consiste à rappeler aux heureux du monde qu'auprès d'eux il y a des pauvres, des malheureux dont ils doivent être les tuteurs et les soutiens, sous peine de n'être plus des chrétiens.

Le Christ porlant !a Croix. — La Lecture au Couvent,

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