PAR M. PECHER
On reconnaît chez M. Pécher les traces d'une élude profonde et sérieuse des grands maîtres, qui se distinguent surtout par la noblesse du siyle et la purelé
nerveuse du dessin. L'un des tableaux exposés par M. Pécher est sans contredit la meilleure coniposilion religieuse qui figure au salon. Dans le Christ portant la croix, nous trouvons cette grandeur et cette noble simplicité de style que nous cherchons en vain dans les (artines religieuses exposées par messieurs tels et tels. Le dessin de M. Pécher est pur, net et hardi sans témérités. Ses draperies sont d'un style pur et élégant et cependant toujours vraies et accusant bien le nu sous leurs plis. Le soldat qui fouetle le Christ est fièrement campé et dessiné avec une mâle vigueur.
La téte du Christ est belle de résignation et de sentiment. On sent le Dieu sous celte chair que les lanières du fouet déchirent. L'attitude du Christ lémoigne bien l'affaissement des forces de l'humanité succombant dans la chair, mais invincible dans l'esprit. La main qui soutient la croix est dessinée avec une pureté et une élégance dignes des maîtres. Les délails et surtout l'armure du soldat témoignent chez M. Pécher de consciencieuses études archéologiques.
Il est fâcheux toutefois que cet artiste qu'un bel avenir attend, ne s'inspire pas davantage de l'école flamande quanta la couleur. Révélez par la pensée le Christ portant la croix du coloi is de Jordaens, et vous aurez une oeuvre d'élite dans laquelle le sentiment, le slyle et le coloris se fondront en un tout harmonieux, grand et vrai.
Le coloris de M. Pécher, un peu sec, un peu terne, timide, n'osant aborder les tons brillants et transparents comme nos grands maîtres flamands, témoigne des in-
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fluences qui le dominent en ce momenl; un peu plus de laisser-aller à ses lendanceset àses iustincls llanfiands, el M. Pécher aura bien peu de chose à acquérir encore.
La Lecture au Couvent est une petite composition d'une grâce et d'une simplicité charmantes. Le jeune moine tenant le livre est dessiné avec un sentiment plein d'onction et de calme. Le vieux moine a sa pensée ailleurs et rêve du monde, de ses séductions et des gracieuses apparitions qu'il y rencontra. La tête du jeune moine respire un calme intérieur et doux qui contraste avec l'amertume secrèle qui se lit sur les traits du vieillard.
Le coloris de cette œuvre est vigoureux et harmonieux, mais avec des tendances un peu sèches et âpres, notamment dans les draperies.
Intérieur de ville hollandaise.
PAR M. WEISSENBRUCH.
Si quelque chose pouvait démontrer que la peinture est autre chose que la reproduction fidèle et minutieuse de la nature et qu'elle demande avant tout l'incarnation d'un sentiment moral ou d'une idée humaine dans une
œuvre d'art — ce serait sans doute ce tableau qui, comme vérité, est \ç^plus fort du salon, etqui nous inspirerait un ennui profond si nousavionsà le subir pendant deux heures.
Les briques, les tuiles, les meurtrissures des vieux murs, les ardoises du toit sont rendues avec une vérité et une fidélité minutieuses qui portent l'illusion au plus haut degré.
Ce tableau est la nature vue dans une glace, et si le beau de la nature pouvait jamais éire le beau de l'art, cetle œuvre serait le summum de l'art, l'idéal du beau dans le vrai.
Heureusement pour les fabricants de trompe-l'œil \\ n'en est pas, et il n'en sera jamais ainsi !
Les Espions.