‹ Les beaux-arts en Belgique de 1848 a 1857Chapitre 31 sur 49 · PAR M. TEN KATE · texte numérisé non relu

PAR M. TEN KATE

L'ordonnance de cette composition est savante et dénote un vif instinct dramatique. Le dessin est nerveux et spirituel, les attitudes pleines de sentiment et de caractère. Nous sommes fâchés seulement que celte œuvre si remarquable sous tant de rapports, soit Irailée dans un ton général terne, sombre et parfois opaque qui lui donne un aspect maussade et froid.

Dans noire prochain numéro, nous conlinuerons la peinlure de genre et nous aborderons les paysagistes en ayant sous les yeux, pour les apprécier, la grande et colossale nature du Muhlerlhal.

Nous demandons à nos lecteurs et à nos abonnés de nous accorder quelques jours de congé. L'écrivain comme Tartiste a besoin quelquefois de se retremper aux sources éternelles de la poésie et de la beauté.

De la vallée du Muhlertlia! près Beaufort.

DE KNYFK. — KiNDERMANS. — KELLY. — FOURMOIS.

Si nous avions à comparer les paysages qui figurent au salon, avec la nature formidable et grandiose, au milieu de laquelle nous écrivons ces lignes; si nous avions à comparer les petits sujets bourgeois composés d'un bout de prairie et de quelques maigres saules, d'une forêt bien peignée, ornée de rochers coquets qui semblent sorlir tout fraîchement de la main du lapidaire; si nous nous souvenions trop de toutes ces choses mignai'des , - honnêtes et convenables , nous devrions nous montier trop sévères. Nous avons devant nous une des plus belles pages de ce magnifique poëme de la création,

immense symphonie de formes et de couleurs qui résume, dans ses innombrables variations, toutes les rêveries de Tesprit , toutes les aspirations de Tàme, tous les caprices de la fantaisie la plus désordonnée. Nous errons, depuis deux jours, dans un vallon perdu dans le pli d'une immense forêt. Sous nos pieds surgissent des rocs géants éboulés, au milieu desquels mugit et bouillonne VE/irens noir, torrent sauvage qui revêt d'une mousse veloutée les blocs de granit qui obstruent son passage. Au-dessus de nous, perdus dans les vapeurs dorées, s'élèvent de robustes chênes dont les troncs sombres se détachent sur la muraille grise du roc qui borde tout le sommet du vallon. Au fond, penchés sur le torrent avec des altitudes désespérées , les hêtres noueux se tordent comme des reptiles pour aller chercher au loin un peu de terre végétale pour les câbles de leurs racines. Ici tout est l'image du chaos; des chênes brisés par la chute d'un roc immense^ forment sur l'Ehrens des ponts naturels. Dans les taillis se glissent, furtifs et rapides, les renards dont la robe se confond avec le ton des feuilles morles, ou bien encore quelque loup fauve à la démarche inquiète, au pas prudent et que le bruit sec de la batterie de nos fusils fait tressaillir et bondir au plus épais des fourrés. Chaque pas dans celte magnifique \allée offre des aspects nouveaux qui font le désespoir des artistes. Tantôt le vallon se resserre de manière à ne laisser qu'une brèche ouverte à travers laquelle le regard s'arrête avec ravissement sur une clairière fermée par des rocs éboulés et couveris de fougères, de lichens et de digitales. Tantôt le torrent écume avec fracas au milieu

des rocs géants qui barrent sa roule, et sous lesquels il disparaît pour reparaître plus loin, calme et apaisé, au milieu des fleurs d'un bassin naturel , tout baigné de soleil. On comprend ici Miorreur sacrée des bois et les sanglants mystères du druidisme qui se révèlent par quelques dolmens épars çà et là dans la forêt. Cette nature si puissante, si variée, si colossale, si menaçante, si sombre, puis si gracieuse et si pleine d'irritants mystères, écrase sous ses magnificences les âmes qui ne sont pas fortement trempées et dans lesquelles l'amour de l'art n'est pas robuste et passionné. Quelques-uns s'en vont après deux jours de contemplation ou de flâneries; il faut des Hercules pour dompter cette vierge robuste du Muhlertbal, la forcer à vous céder ses trésors et à vous révéler ses mystères. Quant aux paysagistes à terrains veloutés, à petits moutons et à petits moulins, ils feront bien de ne jamais mettre le pied dans cette forêt sacrée, ils n'en comprendraient pas les sublimes et majestueuses beautés. Qu'ils cultivent l'idylle, les prés fleuris, et mènent paître leurs brebis, nous sommes ici dans le domaine de Ruysdael et de Salvator Rosa!

Mais nous oublions que nous avons à parler du Salon de Bruxelles et non à dépeindre les agrestes et sauvages beautés du lit de YEIirens noir; à notre tour revenons à nos moutons.

M. De Knyfl* révèle dans ses tableaux des études consciencieuses et fortes. On sent partout chez lui l'étude laborieuse et minutieuse de la nature, mais nous cherchons en vain dans ses œuvres un sujet éclos d'une conception artistique personnelle et spontanée et dans la-

quelle sont venues se fondre les études faites devant la nature. Son tableau intitulé : Souvenir des Ardennes a de fort belles parties, notamment les avant-plans qui sont traités avec une fidélité irréprochable et un sentiment exquis de la mélancolique poésie qui plane sur les bruyères ardennaises. Les saules de gauche sont beaux de caractère et d'un choix heureux comme forme et altitude. Nous reprocherons aux lointains de manquer de transparence.

Le Souvenir de la Campine serait une œuvre d élite si l'eau du premier plan n'était par trop métallique, e( si elle avait la légèreté et la transparence que l'artiste a su si bien conserver aux flaques d'eau du second plan, lesquelles sont d'une exécution qui fait illusion. Mais ce que nousadmirons surtout dans cette toile, c'est le sentiment vrai, poétique et naïf que l'artiste a su conserver à ces bruyères perfides où la verdure recouvre des abîmes. Les genêts et les fougères, les terrains sont rendus avec une vérité de formes, de mouvement et de ton qui ne laisse rien à désirer, et qui dénote un pinceau spirituel, léger et hardi. Ici encore nous reprocherons à M. De Knyff de n'avoir pas su rendre la transparence vaporeuse de la ligne d'horizon qui ferme le paysage. Le ciel est lourd, opaque, et dépare celte œuvre qui, du reste, révèle un artiste consciencieux, mais trop timide pour oser laisser s'épanouir librement une conception artistique éclose dans le foyer des souvenirs que la contemplation de la nature doit laisser dans Tàme de tout véritable paysagiste.

M. Kindermans nous semble encore une de ces vie-

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limes de rengouemenl pour le gris qui a fait tant de viciimes en France et qui menace de s'élendre jusque chez nous.

M, Kindermans nous révèle, par ses tableaux, une nature douce, calme, qui aft'ectionne surtout les pelouses conslellées de marguerites, les saules secouant leur mobile chevelure sous l'haleine des zéphyrs, les ciels moutonnés et d'un azur laiteux, tout ce qui, en un mot, révèle le calme et cette poésie nonchalanle et endormie des beaux jours d été, lorsque les cigales chantent dans riierbe à moitié torréfiée par les rayons du soleil. Son Paysage (n° 338) est remarquable surtout par le senti- ~ ment que nous venons de développer. Tout y respire le calme accablantdes jours ardents de 1 été. Le ciel est d'une belle transparence et les nuages moutonnés semblent courir sur Tazur profond. Les lointains sont légers, lumineux, profonds et noyés dans une lumière charmante pleine de poésie. Les terrains des premiers plans sont traités avec une vérité et une science de détails que trop d'artistes remplacent par Và-peii-près récemment importé de France par les adorateurs du gris.

Nous reprocherons cependant à M. Kindermans de n'avoir pas donné plus de transparence à ses ombres, lesquelles sont opaques et dures, et d'avoir d'autre part donné trop peu de solidité à ses terrains de gauche qui ne révèlent pas suffisamment leur caractère, ni par le Ion, ni par l'aspect. Le feuillé de M. Kindermans est léger, hardi, et l'air circule bien dans cette œuvre, à ' laquelle nous ne reprocherons qu'un aspect monotone, triste conséquence de l'amour désordonné du gris.

Nous retrouvons les traces de ce fâcheux engouement dans une autre toile de M. Kindermans, intitulée : Vue prise sur les bords de la Senne, où de beaux avantplans consciencieusement étudiés, des saules dessinés avec une vérité et un caractère qui révèlent un esprit observateur, s'allient à un ciel tout imprégné de lumièie. Mais le ton systématique élend sur tout ce gracieux poëme des champs, sa déplorable influence. Ciel, arbres, eaux, saules, terrains, tout est glacé de cette teinte grise que des compères prônent comme étant fort distinguée et que de malheureux artistes copient avec tout le respect que l'on doit à un ton qui est fort bien porté en ce moment à Paris.

Nous ne voulons pas médire du (jris, nous savons fort bien qu'il y a en France des provinces entières où l'on ne croirait pas au vert de nos prairies, de nos ormes, de nos frênes et de nos forêts. Les Marseillais riraient au nez d'un tableau de Roelofs, d'Achenbach, de Kuylenbrouwer. Pour eux, le vert est une plaisanterie que les gens du nord se permettent vis-à-vis des gens du midi. Quand ils veulent vous donner une idée du vert, ils vous montrent un olivier, lequel est toujours gris. Or, nous ne voyons pas ce qui a pu autoriser M. Kindermans à transformer nos fraîches et verdoyantes prairies des bords de la Senne, en une sorte de paysage marseillais poudré à blanc comme une perruque d'oncle à succession de M. Scribe.

M. Belly nous arrive cette année avec deux tableaux qui peuvent conipler parmi les meilleurs du Salon. Nous voulons parler de la Forêt de Fontainebleau pendant

Vautomne et de la Plage de Normandie. La première de ces toiles fait Tadmiralion des artistes par le sentiment profond que le peintre a su répandre dans celle forêt dépouillée où se dressent mélancoliquement les squelettes chenus de grands et robustes chênes, étendant leurs bras dépouillés vers le ciel. Quelques peupliers et (juelques trembles où se balancent encore des feuilles jaunies que la première bise fera tomber, se dressent aux arrière -plans et se profilent sur un ciel d'un caractère plein de poésie automnale. Les arbres de M. Belly, comme ceux de Kuytenbrouwer, ont leur caractère et leur style spécial qui constituent surtout leur beauté. Il y a une physiologie morale du chêne, laquelle ne ressemble pas du tout à celle qu'on pourrait faire du hêtre ou de l'orme. C'est dans la compréhension profonde de ces harmonies végétales que réside, plus qu'on ne le pense, le succès des grands paysagistes. Le public sent ces choses vaguement, la vérité est pour lui une chose d'intuition; l'artiste analyse, médite, etdans l'attitude d'un arbre, dans la disposition et la courbure de ses rameaux, il mettra tout un poëme qui se révélera à ceux pour lesquels Ruysdael avait peint son Buisson mélancolique, •

Dans la Plage de Normandie, M. Belly a déployé un talent hors ligne. Rien de beau, de vrai, de lumineux, d'aéré comme cette plage immense bordée par la falaise que Ton voit se dérouler et se perdre à l'horizon en s'estompant graduellement dans les vapeurs des lointains.

Le ciel est d'une vérité et d'une beauté d'exécution qui font de cette partie du tableau un véritable chefd'œuvre.

La flaque d'eau à droite sur le premier plan est d'une transparence admirable. Le sol sablonneux de la plage est rendu avec une vérité de ton qui fait illusion; mais ce qui constitue surtout la beauté de celle œuvre, c'est un sentiment profond de l'espace, une intelligence de la lumière qui n'a pas d'analogue dans toutes les toiles qui figurent au Salon.

Nous ferons cependant une critique de cette belle œuvre. Les personnages répandus sur la plage ont tous, ceux des derniers plans comme ceux des premiers, la même valeur pour l'œil du spectaleur. 11 manque entre les derniers et les premiers des plans crair intermédiaires. Tels qu'ils sont, ils font l'effet de personnages vus dans une chambre obscure, tant les silhouettes sont nettement découpées, heurtent âpreineiit le regard et font une dissonnance comme ton dans l'harmonie profonde de cette belle composition^ où la plage et le ciel sont d'une fidélité d'exécution et d'une vérilé de caraclère qui montrent que l'art peut quelquefois s'élever jusqu'à la traduction fidèle des œuvres de Dieu !

M. Fourmois est un de ces artistes qui ne se perdront jamais par excès d'audace. Ses compositions sont sobres de détails, et nous lui reprocherons d abuser un peu du moulin à eau. Artiste consciencieux, esprit réfléchi, ce n'est pas le frein qu'il faut à cette nature un peu endormie, mais l'éperon. Avec les grandes et belles qualités de M. Fourmois, son dessin correct, son coloris harmonieux, quoiqu'un peu timide, son intelligence des beautés de la nature, — mais des beautés calmes et un peu froides seulement, — nous ne pardonnerons pas à M. Fourmois

de s'isoler dans le souvenir de ses études d'après nature, lesquelles se font trop sentir dans ses tableaux.

Peu d'artistes étudient un sujet aussi patiemmeni, aussi minutieusement que M. Fourmois; mais ce que nous lui demanderions, ce serait une œuvredans laquelle toutes ses éludes viendraient se fondre dans une création large et sponlanée, où le sentiment de la nature remplacerait le calque monotone et exact de Tétude. II manque à M. Fourmois un peu plus de confiance en ses forces, car il a tout ce qu'il faut pour prendre une des premières places parmi les paysagistes de notre époque.

La Chute d'eau dans le Dauphiné est une œuvre consciencieuse et sage, qui aurait pu devenir un beau détail dans une composition plus vasie. Il y a là de belles parties savamment traitées, notamment les rocs du fojid. Ceux de gauche rappellent trop le bois, et quant au ciel, il a une parenté très-étroite avec le papier brouillard.

Dans son Moulin dans la Campine, nous l'elrouvons toujours le caractère de \ étude et cette absence lie conception artistique libre et personnelle qui prend ses éléments dans la nature pour les enchâsser ensuite dans une composition où l'artiste imprime le cachet de son originalité et de la poésie qu'il y a en lui. Dans cette toile, l'air et l'espace sont rendus avec une vérité remarquable. Le ton général de cette œuvre est sage, harmonieux. Le ciel est d'un beau caractère plein de menaces d'orage. Nous n'aimons pas beaucoup les arbres que M. Fourmois a mis dans ce paysage; leur caractère banal et sans distinction ni originalité prou\e

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tout le danger qu'il y a pour Tarlisle à s'asservir trop a la nature.

La création est le grand magasin où Dieu a mis à la disposition des poêles et des artistes tous les éléments nécessaires pour encadrer ou étoffer les douleurs, les joies, les espérances de Tàme humaine. C'est à ce titre surtout que l'homme régit et domine la terre, selon l'ordre que Dieu donna à Adam.

Incliner la pensée, la puissance créatrice, fût-ce même devant l'altitude des Cordilières ou les fureurs de l'Océan, est pour l'artiste un acte d'abdication ; or, l'artiste est un roi qui ne peut abdiquer sans mourir.

11 devient difficile de parler d'art lorsque tous les yeux sont tournés vers la Crimée et toutes les oreilles tendues vers Sébastopol. Aussi, la guerre qui est le règne de la brutalité^ le triomphe du boulet et du sabre, sera toujours profondément détestée par tout ce qui porte un cœur d'artiste, par tout ce qui veut la libre expansion des facultés humaines, et non leur compression et leur marasme sous la cloche de plomb du despotisme, quelque sanglants et glorieux (jue soient ses drapeaux.

M. Kuytenbrouwer,

Nous sommes parfailemeiil placé pour parler de M. Kuylenbrouwer. Nous avons pu étudier sur le nu cette nature sérieuse, médilalive, cet esprit plefn de respect pour Part sacré, d amour pour la nature, talent robuste et vigoureux, dédaignant le côté bourgeois et mignard de la nature, laissant à d autres les petits moulins, les prairies jalonnées de saules, mais s attaquant vaillamment aux hêtres séculaires, aux chênes antiques à la vaste ramure, aux vallons sauvages dans lesquels la main de l'homme n'a pas laissé sa sotte et prosaïque empreinte. Aussi l'agreste et sérieuse nature des Ardennes, duMuhlerlhal, devait-elle séduire cette organisation mâle et virile qui doit regretter chaque jour ces sombres forêts de la i\Ieuse,de la Semoy et de la Moselle, à travers lesquelles les légionnaires de César et les soldats de Karl Martel se frayaient leur route la hache à la main.

Peu d'artistes comprennent comme Kuytenbrouwer ce que nous appelions, il y a peu de jours, la physionomie morale d'un chêne ou d'un hêtre. Sous son pinceau un chêne est un poème, une strophe verdoyante et harmonieuse, dans celle immense symphonie de formes et de tons qui résume la création. Ses hêtres font rêver, ses chênes ont quelque chose de druidique et rappellent V horreur sacrée des forêts vouées à Wodan ou à Irminsul. Plein de dédain pour le métier, Kuylenbrouwer presqu'en communion conslanle avec la nature a pu surprendre ses secrets qu'elle ne livre qu'à ceux qui l'aiment par-dessus tout et trouvent dans ses mystérieux entretiens de quoi se consoler des coteries, de l'ignorance des commissions, du crétinisme. des amateurs et de la

Cl iliqué d'ai l, confiée par quelques journaux à des garçons pâtissiers.

Par une de ces bizarres fantaisies d'artiste que nous constatons sans prétendre les expliquer, Kuytenbrouwer a envoyé à V Exposition industrielle ses œuvres les plus capitales, celles dans lesquelles rayonnent et éclatent son talent si vigoureux et si hardi, sa touche si large et si plantureuse.

Des cinq panneaux destinés à orner un salon, trois au moins sont des œuvres capitales comme composition et exécution. L'un représente un vallon sauvage et encaissé au fond duquel roule un torrent dans lequel se mirent les murs escarpés du roc. Rien de poétique et d'agreste comme cette composition, dans laquelle les plans de roc à droite et les moutons épars sur la berge sont inférieurs au reste de l'œuvre.

Le Dénicheur cVaicjles représente un rocher fendu par une crevasse colossale, à travers laquelle bondit et écume un torrent qui disparaît dans le fond brumeux du ravin. Un homme suspendu dans l'espace cherche à s'emparer d'une nichée d'aiglons, tandis qu'autour de lui planent, robustes et terribles, des aigles immenses, troublés dans leur solitude et qui menacent l'audacieux chasseur de leurs becs et de leurs serres redoutables. Toute la partie gauche de ce panneau est d'une vérité d'exécution qui fait illusion. La partie supérieure, noyée dans les vapeurs du torrent qui se brise au fond du gouffre, est d'une harmonie admirable et d'un caractère vraiment ossianique. Un ciel lumineux et profond domine ce drame émouvant et celle nalure âpre et sauvage.

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Une Chasse au sanglier, (loisième panneau, offre de grandes lémérilésde composition, lieureusemenl siii inonlées, il y a là un hélre robuste et colossal qui, à lui seul, est un tableau.

Un quatrième panneau nous semble emprunté à la vallée du x\Iuhlerlhal. 11 représente le flanc d'un vallon s'inclinant vers le torrent qui en baigne le fond. Une cornichede rocs géants affectant les formes les plus bizarres, couronne lâ crête du val. A droite, un chêne, vrai roi des solitudes sylvestres, étend au loin sa vigoureuse ramure. Tout dans cette œuvre respire cette sainte et sublime poésie des forêts, inconnue aux citadins qui appellent forêts les magasins de baliveaux de Groenendael et de Boitsfort.

Le cinquième ^panneau est êmpreint d'un caractère doux et mélancolique, plein d'irritants mystères. Il représente un vallon marécageux dans lequel des hérons méditent gravement debout sur une patte. Rien de plus poétique et de plus charmant que cette solitude ombreuse où la lumière elle-même semble amortir ses rayons pour ajouter aux mystérieuses harmonies du paysage. Il est fâcheux que le ciel faux de ton ne soit pas digne des premiers plans du tableau, traités d'une manière magistrale.

Les tableaux exposés nu salon de peinture parM. Kuytenbrouwer, sauf la Meuse au mois de mai, sont loin de valoir ceux que le caprice de l'artiste a envoyés à l'Exposition industrielle. La Meuse au mois de mai est une églogue fraiche et charmante toute parfumée de senteurs printanières. Des vapeurs azurées s'élèvent lentement du lit du fleuve. Sur le premier plan des chevaux

DE 184S A 18o7.

de liâlage, pittoresquement accoutrés, étoffent heureusement le paysage. Les plans de rocs latéraux sont consciencieusement étudiés, les lointains vaporeux et légers; il est fâcheux que Teau mate et lourde manque de transparence et de vérité.

VIntcrieiir de forêt nous montre des dénicheurs d'oiseaux. Le coloris de cette œuvre est riche et vigoureux. Les arbres sont dessinés avec un vif sentiment de vérité et empreints d'un grand caractère. Nous ne comprenons pas, toutefois, comment les gamins juchés sur le chêne ont pu escalader son tronc colossal.

Nous n'aimons pas la Forêt de Sumava, qui porte les traces d'un faire hàlif cl lâché.

Vue prise dans les Ardennes

PAR M. QLINAUX.

M. Quinaux ;ious semble affectionner les aspects calmes et rêveurs de la nature. Esprit consciencieux et probe, on trouve chez lui la trace d'études sérieuses. Sa vue prise dans le grand-duché de Luxembouig est une œuvre attrayante et d'un aspect harmonieux. Le ciel lumineux fait illusion comme vérité et transparence.

Les arbres de l'arrière plan sont (ruiie facture un peu lourde. Les vaches sont rendues avec beaucoup de mouvement et de vérité.

La Vue prise dans les Ardennes justifie ce que nous venons dédire de M. Quinaux. 11 y a là un vif sentiment de la nature, une grande intelligence de ses diverses harmonies, une exécution facile, heureuse, quoique souvent le ton soit un peu cru et que la lumière ne pénètre pas suffisamment les massifs de verdure.

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Les Espions.

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