PAR M. MATHIEU
On a oublié, dans celle toile bruyanie (jui appelle tous les regards, le clial, le serin et rargenterie de la maison.
DE mS A 1837.
VIIT
Gevartius chez Rubens.
PAR M. SCHAEFELS.
Dans ce tableau assez distingué comme ordonnance, l'arlisle semble s'être laissé inspirer par le souvenir du Mariafjc de Henri IV d'Isabey. C est le même coloris brillant, vigoureux, mais dur et sec. Nous ne savons ce que Gevariiiis peut raconler à Rubens; mais le peintre, au nom prédestiné, semble ne pas entendre son visiteur et paraît tout absorbé dans les douces béatitudes d'une heureuse digestion. Il n'est lié à l'action ni par le geste, ni par l'attitude, ni par le regard.
Où diable M. Scbaefels a-t-il trouvé les deux chiens qui hgurent dans son œuvre? L'épagneul à mufle de lion et une levrette d'une forme inédite sont fort curieux.
Somme toule, ce tableau, comme une foule de tableaux de l'école d'Anvers, n'est qu'un prétexie à accessoires, à bahuts, à bric-à-brac.
Nous errons par le Salon, cherchant quelque toile où une grande conception revêtue d'un style pur et hardi,
(l'un coloris sobre et harmonieux à la fois, arrête la foule. Hélas! à la place de Gallait, nous trouvons M. Dobbelaere; Keyzer a chargé M'^'^Geefs de le remplacer, et, ma foi! elle s'en est tirée de façon à s'attirer la jalousie de son chef d'emploi; Slingeneyer s'en rapporte, comme appréciation de son talent, aux margraves et aux princes bataves qui achètent sans marchander et sans s'occuper de toutes ces rocamboles de style, de dessin, de coloris, dont les critiques d'art et l'instinct de la foule tiennent un si grand compte; Wappers dort sur ses couronnes de jadis ; Leys a pour représentants quelques jeunes gens qui ont adopté ses procédés de fabrication. Seul, Portaels est resté sur la brèche et n'a pas déserté devant l'ennemi.
Il nous semble que la Belgique qui s'est toujours montrée si prodigue envers ses artistes, qui depuis vingt ans paye, tous les trois ans, d'immenses tartines historiques garnies de bonshommes, tantôt en bois de noyer, tantôt en cire, tantôt en cuir de Cordoue; il nous semble, disons nous, que la Belgique aurait le droit de dire à ces dédaigueux : que les Expositions ne sont pas un piédestal au profit de quelques vanités bruyantes et avides, mais une manifestation solennelle de l'intelligence artistique d'un peuple dont le plus beau titre de gloire est l'auréole qui rayonne au front de sa grande école du xvn^ siècle. Il nous parait encore que tout n'est pas dit pour un artiste lorsqu'il est parvenu à endosser à un ministère quelconque un sujet clérical ou libéral, selon les tendances des cabinets. Ces commandes du gouvernement ont cela de bon pour l'amour-propre de ces mes-
sieiirs, qu'une fois leurs tableaux fournis, ils disparaissent pour toujours dans des lieux mystérieux, inconnus, des greniers lénébreux, où nos arrière-neveux les découvriront un jour avec moins d'admiration que de surprise.
Défense d'un défilé. — Cimetière juif à Prague. — Petite fille à l'église.
PAR M. CZERMACK.
Voici un jeune artiste que la Muse a traité en enfant gâté et qu'elle a comblé de ses plus précieux dons : la distinction des idées, l'borreur du banal, la poésie du style, la noblesse du dessin, et à l'âge où d'aulres talonnent encore pour chercher leur voie normale, M. Czermack a trouvé la sienne, toute brillante des plus fécondes promesses pour l'avenir.
L'horreur du banal est surtout ce qui distingue M. Czermack. Toutes ses compositions sont empreintes d'un sentiment magique et profond qui s'allie toujours à je ne sais quoi de poétique et de grand. Laissant à d'aulres les faciles sujets d'intérieur, les bahuts et les pots, les veuves et les oeuvres où une pièce de veloyrs est le
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principal personnage, M. Czermaek puise ses inspirations dans les traclilions de la chevaleresque et giien ière Hongrie, ou dans les souvenirs de la rude el poélique liolième. Sa Défense d\m défilé est une œuvre fière et \ aillante sur laquelle a passé le souffle des batailles. Des guerriers, postés derrière une barricade de rochers et d'arbres abattus, attendent Tennemi, Tun l'arc tendu, l'autre appuyé sur un vaste bouclier et le sabre au poing; mais tous deux ont aux lèvres un sourire précurseur de la victoire. Dans le fond, un guerrier portant une niasse d'armes jette un regard plein d'une dédaigneuse confiance vers le ravin par lequel doit monter l'ennemi. Kien de plus fièrement dessiné que les deux guerriers qui gaident le défilé; il y a dans leur attitude une grandeur màle et sauvage, une noblesse si dédaigneuse el si fière, que nous chercherions en vain par tout le Salon \m groupe trailé avec celte distinction el celle virilité de style.
Le coloris de celle œuvre est vigoureux et sain, mais peut-être un peu terne, car dans son Cimetière des juifs à Prague, le jeune artiste a montré à quelles harmonieuses richesses de palelte il peut atteindre.
C'est une pensée mélancolique et gracieuse à la fois qui a inspiré à M. Czermaek le sujet de son Cimetière juif. Parqués par rintolérance autrichienne dans leurs ghetlos , les juifs n'avaient pour lieu de réunion que leur cimetière, el c'est là (jue M. Czermaek nous montre les femmes juives guidant les premiers pas de leurs enfants sur la tombe des ancêtres, (^es membres roses de renfance, ces chaiis moitié fruil et moitié chair, font un
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profond et poétique contraste avec les froides pierres sépulcrales qui gardent leurs liôtes pour Télernité. Un gai et joyeux soleil, anime toute cetle scène disposée avec un véritable sentiment du pittoresque et empreinte d'une émotion vraie, intime et charmante.
Ici encore, dans le port gracieux et noble des femmes, dans la naïveté des mouvements des enfants, dans la vérité profonde du groupe de vieillards qui s'entretient d'affaires sur une tombe, avec un abandon et une simplicité d'altitudes qu'on ne rencontre que chez les maîtres, nous retrouvons chez M. Czermack cetle distinction de style, ce sentiment poétique et élevé qui constitue le caractère principal de cet artiste. Ses femmes ont ce beau type oriental, ces chairs d'ambre doré, ces poses languissantes que M. Portaels a si bien compris cette année. Les carnations sont cliaudes et harmonieuses, les chairs palpitent, et l'on sent la pourpre de la vie circuler sous leur tissu élastique et moelleux.
Les fonds de cette belle œuvre sont rutilants de soleil, et à travers ce cimetière planlé de monstrueux sureaux qui semblent étreindre les tombes comme d'informes reptiles, on sent circuler les boulfécs chaudes et parfumées d'une belle journée d'été.
Eh bien ! cetle œuvre si harmonieuse et si poélique n'a pas trouvé grâce devant un jeune critique que son inexpérience des choses de l'art conduit à d'étranges appréciations^ en même temps qu'elle révèle de temps en temps des hérésies historiques dont les ateliers font des gorgeschaudes. Ainsi, tandis que cet Aristarque novice accable de ses éloges les plus nauséabondes tartines du Salon
et élève à des médiocrilés des piédestaux qui dureront, hélas! un jour; tandis qu'il se fait le consolateur des toiles affligées et des palettes malheureuses, ce critique inexpérinfienté accuse M. Czermack de tendre à n'être plus qu'îm agréable peintre de genre!
Que Rubens et Jordaens lui pardonnent ce blasphème, . et puisse-t-il le confesser avec la candeur qu'il a mise à reconnaître que la mère de Moïse était une honnête femme et son accusateur un ignorant!
Une Petite fille à l'église, — bijou de sentiment, de dessin et de coloris. Qu'est-ce que M. Delloye-Tiberghien, banquier, peut trouver d'amusant dans cette œuvi e charmante? Nous n'aimons pas à voir les coqs être les possesseurs de pareilles perles.
Les Tableaux religieux.
Nous ne savons en vériié quelle falale influence pèse sur la peinture religieuse, mais jamais nous n'avons vu rien de plus banal, comme pensée, expression et composition, que les immenses tartines qui ont la prétention d'être des tableaux religieux et qu'on désignerait d'une