MM. PIERRE DE CORNELIUS — KAULBACII — CHENAVARD
Rarement un artiste a joui de son vivant d'une gloire égale à celle de M. Pierre de Cornélius. Il est admiré comme s'il était mort; l'Allemagne le vénère presque à l'égal d'un dieu; les littérateurs les plus illustres ont rendu hommage à son génie, et il domine en chef absolu une école nombreuse d'élèves et d'imitateurs; le pouvoir l'a traité comme Charles-Quint Titien, et Léon X Raphaël. A l'étranger sa renommée est immense, bien que sa peinture y soit peu connue, car tout son œuvre consiste en pages murales qui ne se peuvent détacher des édifices qu'elles décorent : de même que Michel-Ange, « son maître et son auteur, » il a, dans sa superbe, dédaigné toute sa vie l'huile, comme bonne pour les femmelettes et les paresseux : la fresque, avec son grand style, ses fiertés brusques, son exécution infaillible et ses qualités monumentales, l'a pris tout entier, et nous ne croyons pas qu'il existe de lui un seul tableau de chevalet;
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du moins nous avons visité les principaux musées des villes d'outre-Rhin sans en rencontrer un.
Bien avant la révolution romantique, qui ne se produisit guère en France que vers 1825, Cornélius avait rompu hardiment en visière aux surannées traditions classiques, ou plutôt académiques; il montait en paladin ce Pégase que . W. Kaulbach lui fait chevaucher sur les fresques extérieures de la Pinacothèque nouvelle, à Munich, et portait de terribles coups de lance aux têtes à perruque de l'hydre du rococo. Retiré à Rome, au milieu d'un petit cénacle composé d'Overbeck, de Schadow, de Schnorr, de Vogel, de H. Hess, il se retrempait aux sources pures de Part. Tout le jour se passait en études des grands maîtres, et le soir en interminables discussions esthétiques; au bout de la semaine, on se montrait ce qu'on avait fait. Le prince Louis de Bavière admirait et écoutait, et plus tard devait, avec une munificence royale, fournir aux adeptes de la nouvelle doctrine les moyens de réaliser leurs théories : il leur bâtit des basiliques, des cathédrales, des pinacothèques etdesglyptothèques, des palais et des galeries, presque toute une ville qu'il leur donna à peindre, en leur faisant ces loisirs sans lesquels l'artiste est forcé de demander sa vie au métier. Ce dut être une existence charmante, et surtout dans le premier enivrement, lorsque chacun croyait encore en sa mission et que la communauté de but ne permettait pas aux amours-propres de s'isoler.
On ne saurait dénier à Cornélius les plus hautes ambitions. Jamais artiste ne posa son idéal si au-dessus des vul-
•garîtés et ne se traça un programme d'un* telle rigutor. Selon nous, cette rigueur est outrée: la peinture, quoiqu'on puisse y donner une large place à la pensée, n'est pas et ne saurait être une abstraction; le cerveau conçoit l'œuvre, mais c'est la main qui F exécute; et, si la main est maladroite et ne traduit qu'imparfaitement, l'idée perd beaucoup de sa valeur, et devrait alors être écrite au lieu d'être peinte.
Cornélius, en ne faisant que des compositions et ies cartons reportés et coloriés sur le mur par des élèves ou des collaborateurs, oublie que Michel-Ange, le plus austère penseur qui fut jamais, exécutait tout lui-même et poussait les soin jusqu'à faire ses pinceaux, broyer ses couleurs, appliquer son enduit; il ne s'en remettait à personne pour ces détails humbles en apparence, et si importants en réalité; ce grand homme sentait la valeur de l'individualité dans une œuvre d'art. — Quand on regarde le Jugement dernier ou le plafond de la Sixtine, on est vivement impressionné par la grandeur du style, la puissance du modelé, la sobriété sévère du ton local. L'âme du maître est présenta partout et vivifie les moindres détails. Sa science résout sans réplique les difficultés qui se présentent au fur et à mesure de l'exécution. Il s'est infusé dans son œuvre. Son sang y eircule, les gouttes de sa sueur en ont détrempé les tons; il a pénétré l'immense muraille de ses effluves magnétiques; à l'abattement sombre, au morne désespoir de quelques figures, on devine qu'il était malheureux ce jour-là; à la violence superbe, à la touche triomphante de qpelques autres, que son courage s'était relevé; m a Miehel-Aoge mtote
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devant les yeux; spectacle sublime, etr le pbts beau qu'il aoil donné de contempler ! Les pf ophètes, les sibylle»» les élns et les damnés, ce drame colossal, et cette pensée, profonde, certes, voilà qui est admirable; mais ee qui nous émeut eneore davantage, c'est la griffe du lion sur ee mur.
L'année dernière, nous étions à Munich, dans la Glyptothèque, et nous examinions, d'un œil plus étonné que ravi, V Histoire des dieux et des héros de Pierre Cornélius; nous nous faisions le plus Allemand possible pour admirer, mais notre enthousiasme avait de la peine à prendre l'essor. Cependant quelle composition ingénieuse! quelle savante ordonnance! quelle philosophie de l'art et de l'histoire! quel symbolisme à rendre jaloux Creuteer! Le soir, lorsque, rentré à notre hôtel, nous décrivions ces fresques, qui nous avaient laissé si froid, nous étions surpris de voir combien tout cela se déduisait exactement et produisait sur Le papier un récit plein d'idée, d'intérêt et de charme; et nous nous demandions si Cornélius n'aurait pas mieux fait de jeter le crayon et de prendre la plume. Chaque programme de ses . compositions est un poëme, une histoire, un traité de philosophie, un mémoire archéologique, où Ton ne saurait rien trouver à reprendre. Le dessin, n'est guère pour lui qu'une sorte d'écriture hiéroglyphique, et il abandonne aux manœuvres» le soin de colorer eu rouge, en bleu ou en vert les anubis, les éperviers sacré&et les serpents emblématiques dont.il a indiqua la contour.
On n'a en quelque sorte,, dans ces fresques ainsi traitées, que l'intention du peintre, son. idée, et non. son art; sa
science, et non son tempérament, et l'effet produit est inférieur à la conception. Nous autres Français, qui attachons peut-être une importance excessive aux mérites de l'exécution, aux qualités de la pâte, à l'adresse de la touche, à l'harmonie de la couleur, aux mille ressources de la palette, nous éprouvons un désappointement ou une impression désagréable devant ces immenses pages où un art impersonnel s'exprime par des mains étrangères et semble éviter le plaisir des yeux comme une concession au vulgaire.
C'est donc dans ses cartons, et non dans les peintures qui portent son nom, qu'il faut chercher le véritable Cornélius ; et sous ce rapport son envoi à l'Exposition universelle en donne une idée plus juste que les fresques de la Pinacothèque ancienne, de la Glyptothèque, et même de l'église Saint-Louis, beaucoup plus individuelles cependant, et dont il a peint lui-même plusieurs parties.
Le choix de cartons pour les fresques des portiques du Cimetière royal (Campo Santo) en construction à côté du dôme, à Berlin, représente bien le talent et la manière du maître.
Les sujets sont tirés de l'Apocalypse, ce poëme mêlé de ténèbres et d'éclairs que saint Jean écrivit sur le rocher ardent de Pathmos, halluciné de jeûnes, et où la prophétie biblique semble ivre de haschich oriental. La première composition, divisée par les convenances architecturales en lunette, tableau et prédelle, offre, à sa partie supérieure, les sept Anges versant les coupes de la colère de Dieu sur la terre et les eaux, sur la mer, sur le soleil et dans l'air.
Ces anges terribles, vigoureusement musclés, font leur office d'exécuteurs des vengeances célestes en se souvenant peut-être un peu trop des anges herculéens qui sonnent le clairon du jugement dernier à la chapelle Sixtine. Cornélius a si longtemps vécu dans l'intimité de Michel-Ange, que ces réminiscences involontaires ne doivent pas lui être reprochées; elles font partie de la constitution même de son talent.
La destruction du genre humain par renvoi des quatre cavaliers, la Peste, la Famine, la Guerre et la Mort, tel est le sujet du tableau, une des plus belles compositions de Cornélius assurément : cette scène d'épouvante apocalyptique est traitée avec une violence, une férocité, une sauvagerie qui fait penser au vertige sanguinaire et aux exterminations grandioses des Niebelungen: le vieil élément germanique y fait disparaître toute imitation italienne, tout archaïsme étranger; là, Cornélius se montre vraiment fort, vraiment grand, vraiment original.
Le premier cavalier, qui s'élance monté sur un cheval blanc, porte un costume d'une barbarie orientale ; ses traits, écrasés comme ceux des Éthiopiens, sont convulsés par une exaltation hideuse; il flaire et subodore les victimes que Dieu lui livre; il décoche une flèche, et sur son dos sonne un carquois plein de dards empoisonnés. C'est la Peste.
Le second cavalier enfourche un cheval noir; il est vieux, chauve, affreusement décharné; ses cuisses plates, ses genoux osseux pressent les flancs maigres de sa monture, et sa main disséquée élève des balances, signifiant que le blé
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se vend» an poids (te i'or. Ge vieillard macatae, e'est. la Famine.
Le troisième cavalier, qui monte le cheval roux, mania avec un mouvement d'une violence et d'une furie incroyables une grande épéeà deux mains, semblable à celles da moyen âge. 11 est jeune, et sa draperie flottante permet d'apercé wîr une musculature athlétique; ses cheveux hérissés par la vent de la course, ses sourcils contractés, sa bouche arquée à ses ceins> donnent à sa physionomie une implaeafcilité fatale; celui-là ne sa laissera attendrir ni par les cris de l'homme, ni par les pleurs de la femnu, ni par le sonpir de la vierge. — C'est la Guerre..
Le quatrième cavalier serre de ses rotules pointues comme des éperons les côtes du cheval pâle; sa peau parcheminée dessine hideusement les saillies du squelette* et sur son masque camard, aux orbites creuses, aux tempes é vidées» à la bouche sans lèvres* voltige le ricanement sardonique du néant; ses bras décharnés manœuvrent une large faux, et de ses épaules anguleuses pend, comme un suaire, un lambeau de draperie. — C'est, la Mort.
La cavalcade insensée, martelant le vide de ses sabots de fer, passe comme l'ouragan sur la foule éperdue qui se précipite et se renverse en toutes sortes d attitudes de stupeur» d'épouvante et de désespoir, avec des prostrations>. de&ettacémente rendus de la maniôce la pins énergique.
Au-dessus de la cavalcade volent dans le ciel», chauvessoum du crépuscule de l'Apocalypse* des visions difformes el monstrueuses* plus, laides* plus terribles, et plus» sôùttre*
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que tous les diables dont le Dante a peuplé «soneauohemar en spirale. La fantaisie allemande est maîtresse en ces imaginations lugubres, où le laid se combine avec l'effrayant.
Il y a dans cette composition une grandeur sinistre tout à fait en harmonie avec le sujet. Le dessin âpre, l'anatoraio sèche, ta facture rude du maître, ajoutent à l'effet de cette scène terrible.
Au-dessous du tableau, l'artiste a représenté les œuvres de la charité chrétienne : visiter les prisons, consoler les affligés, montrer le chemin aux égarés, en groupes paisibles qui reposent du tumulte et de la furie de la composition supérieure.
L'autre carton offre une disposition identique: dans la lunette, Satan est précipité par l'ange qui tient la clef de l'abîme et la chaîne pour lier le méchant, tandis qu'un autre ange montre à l'apôtre la Jérusalem céleste.
La Jérusalem céleste, coiffée, comme une Cybéle,- d'une couronne murale, et vêtue d'une longue robe aux chasles plis, descend, supportée par douze anges déployant pour la soutenir une vigueur d'athlète, vers un rivage où sont groupés, dans dos poses de mélancolie résignée et d'attente déçue, dos vieillards» des entants et des femmes: sans* doute, l'apparition radieuse leur apporte l'espé*anco. Rlias loin, sur ta mer, naviguent deux nefs dont la proue sa rengorge en poitrail de cygne»* comme celle dos trirèmes antiques, et que manonivimt do robustes rameurs.
La prédalle de ce tableau, bien inférieur à celui de ktdoa* tratàon du genre humain, a pour sujet do* œuvres pies :
donner à manger à ceux qui ont faim, et à boire à ceux qui ont soif. L'agape chrétienne a peut-être ici trop l'air d'un banquet antique.
A ces cartons est jointe une des figures placées entre les grands tableaux, et représentant les huit Béatitudes du sermon sur la montagne : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice. •
Cette figure est une belle femme assise, d'un dessin assez fier, qui lève les mains vers le ciel ; à côté d'elle, un jeune enfant tient une corne d'abondance ; un autre se hausse pour lui faire un collier de ses petits bras, avec un mouvement d'une grâce charmante. Ce groupe repose sur un piédestal ornementé de mascarons, de satyres et de sirènes aux corps terminés en rinceaux d'arabesques, dont le sens allégorique nous échappe totalement : nous avons pourtant lu récemment la Symbolique d'un bout à l'autre, mais nous ne pouvons découvrir la signification cachée sous ces emblèmes bizarres; à vrai dire, cela nous tourmente peu, puisque la figure est bien campée et d'un bon style .
Kaulbach est connu en France par la gravure de la Mat* son des fous et de la Bataille des Huns, que chacun a pu voir à la vitrine de Rittneret Goupil; il a envoyé la Tour de Babelet divers fragments d'une grande composition cyclique déroulant l'histoire de l'humanité, destinée à décorer le vestibule et l'escalier du nouveau musée de Berlin. Les principales époques climatériques du genre humain y sont représentées par quelque fait mythologique ou historique, que commentent familièrement une frise et des sujets accesson
res; les tableaux sont : la Tour de Babel , Homère et les Grecs, la Destruction de Jérusalem, la Bataille des Huns, la Conquête du Saint-Sépulcre et le Temps moderne, dont Faction n'est pas encore choisie. — Nous n'avons à nous occuper ici que de la Tour de Babel.
Lylacq, la tour des énor mités, vient d'être sillonnée par la foudre; son sommet fumant s'écroule sous le pouce de Jéhovah, accompagné des anges de colère; les travailleurs, effrayés et ne se comprenant plus, commencent a se disperser, quoique le conducteur essaye, le fouet à la main, de les ramener à l'ouvrage.
Assis sur la plate-forme de son palais, Ninus se révolte en son cœur contre ce dieu inconnu ; il grince des dents, fronce les sourcils et frappe son genou du poing, au milieu de ses courtisans éperdus, de ses concubines effarées et de ses idoles impuissantes. Il ne peut pas admettre, le roi superbe, que cette tour, dont le faite, baigné par les nuages, devait éternellement s'élever jusqu'aux cieux et défier un nouveau déluge, se soit ainsi écroulée et ne présente plus qu'un vaste amoncellement de briques et de bitume, que le sable du désert va bientôt recouvrir. Déjà l'on raille sa puissance, et la solitude se fait autour de lui.
La famille humaine s'est mise en marche, et trois longues caravanes s'avancent vers l'Avenir, symbolisant les races de Cham, de Sem et de Japet.
La race de Cham, qui découvrit et railla la turpitude de son père, est la plus bestiale de toutes; la fumée de la malédiction semble s'être attachée à sa face noire: un prêtre, ju-
ché sur un buffle aux yeux louches, au mufle baveux, et tenantentre s es bras un fétiche monstrueux, conduit le troupeau sombre; derrière lui marchent une vieille Stryge pilant des herbes vénéneuses» et composant des philtres, une jeune ûUe qui lui baise superstitieusement le bord du manteau, et des guerriers sauvages brandissant des armes barbares; le cortège hideux va se perdre dans les profondeurs mystérieuses de l'Afrique, poussé comme par une sorte de boute, pour y cache* sa laideur et sa stupidité.
Les fils de Sem s'avancent sur un chariot traîné par des bœufs, où trône un roi pasteur qui symbolise la vie patriarcale ; ses enfants l'entourent avec amour et respect ; le fils tient la boulette et la fille le fuseau, emblèmes des industries primitives. Une jeune mère sourit du haut du char à ses derniers nés> qui jouent sur le dos des bœufs avec des grappes de raisin ; des brebis et des agneaux, ayant en tête un bélier aux cornes recourbées comme celles de Jupiter Ammon, suivent docilement leurs maîtres.
Le défilé de la race japétique est conduit par un jeune homme plein d'élégance et de force, monté sur un beau cheval qu'il dirige hardiment ; là sont rassemblés les plus nobles types et les formes les plus pures ; c'est sur le front des fils de Japet que Dieu est le plus visible. La migration qui doit fonder dans la suite des siècles la société européenne s'enfonce à l'horizon lointain. Dans un coin du tableau, l'architeete de Babel tient encore le plan de la tour, et se débat contre des travailleurs révoltés.
Telle est, à peu près, la disposition de cette vaste scène,
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dont nous ne pouvons qu'indiquer les principaux épisodes et les groupe» les plus importants.
Ce carton gigantesque et de forme circulaire dénote chez M. Kaulbach une imagination puissante, un sentiment profond du grand art, et nos artistes feront bien de l'étudier : le dessin a du style et de la correction , quoiqu'il soit parfois un peu conventionnel ; mais il serait injuste d'exiger dans une si vaste machine l'imitation rigoureuse de la nature; beaucoup- de détails doivent y être élagués eu simplifiés.
La figure de la Tradition, eiposée à côté de la Tour de Babel, est très-ingénieusement trouvée : une vieille femme, assise sur la pierre d'un dolmen, écoute ce que lui chuchotent à l'oreille les corbeaux d'Odin, dont l'un sait le bien et l'autre le mal ; son regard errant flotte dans le vague, et sa main distraite joue avec des débris du passé ; près d'elle gisent des armes rouiklées, des couronnes antiques, des crânes de héros légendaires à demi déterrés ou semés dans les herbes; l'Histoire, qu'elle précède et à qui elle fournit souvent ses premiers chapitres, a déjà l'aspect plus classique ; la sorcière est devenue une muse. Moïse et Solon ont une grande et fière tournure : l'un représente la loi divine, l'autre la loi humaine.
Ces cartons sont exécutés à fresque dans le nouveau musée de Berlin, et nous irions les voir si nous n'avions peur que l'exécution ne- diminuât l'idée, comme cela arrive souvent lorsqu'il s*agît de peinture allemande.
La Tour de Babel est placée à l'Exposition universelle, au
fond de la salle de sculpture, dont les cartons de Chenavard couvrent les parois latérales, et donne ainsi lieu à de curieux rapprochements. (La pensée de Kaulbach a beaucoup d'analogie avec celle de Chenavar&Jqui, lut aussi, voulait dérouler l'histoire de l'humanité dans un vaste poëme pittoresque auquel ont manqué les murailles, mais qui n'en restera pas moins comme un des plus glorieux efforts de ce temps-ci. yjljenavard est un peintre qui ne peint pas, — comme s'il était né en Allemagne ; — il possède une immense érudition artistique et philosophique , et il se sert du fusain pour écrire ses systèmes; c'est le seul homme que nous puissions opposer à Cornélius, à Kaulbach, à Schnorr et autres idéalistes germaniques JNous avons fait jadis de ses compositions une analyse longue et détaillée qui nous dispense aujourd'hui d'y revenir, et le public, en regardant, après la Tour de Babel de l'Allemand, h Philosophie de l'histoire du Français, peut se convaincre que l'ancien reproche de frivolité qu'on adresse à notre nation a depuis longtemps cessé d'être juste. 11 y a autant d'idées, de mythes, de symboles, de sens mystérieux et de profondeurs allégoriques dans l'une que dans l'autre : Y Enfer , le Purgatoire, le Paradis, ne sont pas non plus des lithographies de romance ; et, en dehors de leur portée humanitaire, le Commencement de Rome, le Siège de Carthage, les Temps d'Auguste, les Chrétiens aux Catacombes, Attila, Luther àWittemberg, le Siècle de Louis XIV, sont de magnifiques tableaux qui n'attendent que la couleur et que la couleur gâterait peut-être. Seulement, nous doutons qu'aucun Allemand puisse aborder l'ère moderne
aussi franchement que Ta fait Chenavard dans son dessin de la Convention nationale, d'un effet si réel et si fantastique à la fois.
«M. HÇBKER — ACHENBACH — RŒDER — MAGATS — KNAUSS
— VAN MCYDEN —
HOCKERT — EKMAN — EXKER, ETC., ETC.
- L'école allemande n'est pas au grand complet : Overbeck, l'un de ses maîtres les plus purs, n'a rien envoyé. Nous le concevons : c'est une nature chaste, timide, mélancolique, qu'effrayerait le tapage d'une exposition universelle. Depuis longues années Overbeck habite Rome, où nous avons eu l'honneur de le voir. Cette ville morte, que galvanise à peine le contact des étrangers, convient à ses habitudes de méditation silencieuse; son esprit peut y errer en paix le long des cloîtres blancs, drapé du froc, et laissant traîner ses larges sandales sur le pavé sonore, à la suite de l'ange de Fiesole et de frà Bartolomeo. Personne n'a mieux saisi qu'O-
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veritoek h poésie du vieux catboitcime; — quoiqu'il ait fait plus de dessins et de fresques que de peinture à l'huile, le pieux maître n'ignore cependant aucun des secrets de l'exécution. Son tableau de Y Allemagne et V Italie, que nous avons vu à la Pinacotbèque nouvelle de Munich, tiendrait sa place, pour le charme tendre et la grâce ingénue, parmi les premiers ouvrages de Raphaël lorsqu'il imitait encore le Pérugin. Les Peintres catholiques rendant hommage à la Madone du musée de Francfort, sont peints avec habileté, et la fresque de Saint François d'Assise, dans l'église du même nom, n'offre pas ce ton rebutant et cette manière âpre qui déparent les ouvrages, les mieux pensés de Cornélius. Nous croyons qu'Overbeck eût été apprécié en France comme il le mérite.
L'école de Dusseldorf s'est également abstenue. Elle représente une face de l'art allemand. Son absence est regrettable, quel qu'en soit le motif.
Parmi les peintres de genre, M. Httbner doit être cité au premier rang. Les Adieux des émigrante à la patrie sottt une composition pleine de eeenr et de tristesse. Avant de se confier aux vagues de F Atlantique qui vont les emporter vers des destins inconnus, les pauvres émigrés font une visité suprême au cimetière où dorment les chers morts, qui jouissent an meîns de cette douceur de reposer sur le sol natal. Hélasl les tombes aimées ne recevront pins de couronnes; la croix de bois noir tombera vite, et personne ne la relèvera; l'herbe épaisse et vivaoe des lieux funèbres nivellera les fosses, et les ancêtres ne sentiront plus filtrer à
PEINTUBE, SCULPTURE. &tô
travers la terre les larmes tièdee des .enfants; la pluie seule s'égouttera dans leurs cercueils. Une vieille femme en béguin noir, qui pouvait espérer hisser ses os au cimetière de son village, prie, agenouillée sur une touafee; deux belles et robustes jeunes filles, se tenant enlacées, s'abandonnent à leurs pensées douloureuses; un jeune homme, le sac au dos, pleure silencieusement, le visage couvert de ses mains; sur un petit raur en ruine est ouverte la Bible de famille, la Bible qu'on lira dans quelque katte 4e troncs d'arbres à peine dégrossis, à la lueur fumeuse d'un éclat de pin; et alors on pensera, le cœur serré, à ta chaumière paternelle, où la misère semblait presque douce.
Le Droit de chasse cause une impression pénible. Un garde-chasse, sur l'ordre du seigneur, a blessé d'un coup de feu wn paysan coupable d'avoir tué un sanglier qui fourrageait so* cfearap. Le malheureux, tout sanglant et déjà convulsé par l'agonie, .s'efforce d# regagner sa chaumière soutenu par son fils criant vengeance. €e tableau ne manque pas d'énergie, mais la scène qu'il représente n'<e$ heure»sèment plus possible: les Nemrods du jour ne sont pas si férocement jaloux de leur chasse.
Le paysage et le genre sent cultivés en Prusse avec assez de succès, mais dans un cachet particulier d'originalité. M. André Àchenbach est à coup sûr un bon paysagiste; il sait peindre, il a le sentiment de la nature; mais il ne peut lutter oMtre des hommes iris que Gabat, Rousseau, Paul Huet, Corot, Fiers, Bellel, ftaubigay, Fiançais, pour ne nommer que les plus illustres.
li y a du sentiment dans la Bénédiction paternelle de M. Rœder; malheureusement, l'exécution faible et pâle trahit l'idée, qui est excellente. Les portraits de Jenny Lind et de madame Rossi-Sontag, de H.JHagnus, sont de fort bonnes toiles.
H. Knauss (de Bade et Nassau) s'est révèle' de la façon la plus brillante, au Salon de 1 853, par le Matin après une fête de village. Avec ce tableau, qui lui a valu sa réputation en France, il en a exposé trois autres que nous allons décrire.
Des bohémiens ont établi leur pittoresque campement dans un bouquet de chênes. La libre et sauvage famille a fini son installation en plein air; la vieille rosse blanche qui traîne le maigre bagage des saltimbanques est dételée et tire quelques brins d'herbe de sa lèvre pendante; une belle jeune fille dorée de haie fait un bout de toilette et démêle avec un peigne édenté sa chevelure crespelée et brune; des enfants deminus se roulent à terre; un jeune homme sommeille étendu sur le gazon. Tout cela est fort innocent; mais les paysans ne voient pas sans terreur ces vagabonds basanés au type étrange, aux yeux d'un noir mystérieux, qui promènent par le monde leur liberté insouciante et vivent en parias sur le bord de la civilisation sans vouloir y jamais entrer; ils les soupçonnent de maraudage, de vol d'enfants, de sorcellerie, et ils sont allés requérir l'autorité du lieu. Pendant que le magistrat interroge les bohémiens, ils se tiennent à une distance respectueuse, armés de pioches, de bâtons et de fléaux, prêts à lâcher leurs chiens si le résultat de l'enquête est défavorable.
Le magistrat, le nez chaussé de lunettes et revêtu de ses insignes, épelle le passe-port crasseux, fatigue à tous ses plis, tatoué de visas, que lui présente une vieille au teint de bistre, à la physionomie de sorcière, aux roides cheveux gris, drapée d'un lambeau de tartan, qui semble lui donner des explications sur quelque signature douteuse avec une éloquence sénile et verbeuse.
Un grand drôle, coiffé d'un feutre roussi à tous les soleils, détrempé à toutes les pluies, en veste de velours éraillé et miroité, chaussé de bottes crevant de rire par toutes les coutures, s'appuie contre le tronc du chêne dans une pose où se trahit l'aisance disloquée du faiseur de tours : un lièvre el une poule pendent à sa ceinture, mais il a soin de se tourner de façon à dérober à l'interrogateur ces victuailles, qu'il n'a point, à coup sûr, achetées au marché.
Ceci est le drame sérieux; voici la petite pièce: le chien du magistrat, parodiant l'action de son maître, semble demander aussi le passe-port à un singe assis sur son derrière* pelé, dans une jaquette rose dont sa queue relève le bord. Le singe, peu disposé à reconnaître l'autorité, broche de» babines, grince des dents et écarquille les yeux, au grand effroi de l'animal civilisé.
Nous soupçonnons M. Knauss de nourrir, à l'endroit des bohémiens, la même secrète tendresse que Lénau ou Àchim d'Arnim, et il serait bien fâché si ses modèles allaient coucher en prison : ce serait dur, en effet, pour des gens habi- . tués à dormir sous le pavillon étoile du ciel.
Ce tableau est peint avec une finesse rare et une observa* n. 12
lion pleine de sagacité; la touche, spirituelle, ferme et libre, annonce un maître; la couleur, quoique agréable et vraie, manque peut-être un peu d'épaisseur, et il y a dans le feuillage des arbres abus de tons bleuâtres.
h Incendie de la ferme nous montre une famille de paysans surprise par les flammes dans son sommeil : on déménage en hâte; les buffets, les chaudrons, les vaisselles, s'estassent au premier plan. On emporte l'aïeule paralytique, que suit la petite fille en chemise. Le grand-père, agenouillé, prie, tandis que la ménagère active le sauvetage, Tout ne sera pas perdu : les bestiaux effarés^ chassés par les garçons de ferme, sortent de l'étable en mugissant, et, au* dessus du toit que couronne une gerbe d'étincelles, la cigogne éveillée s'élève comme à regret en battant la fumée de ses ailes. — Nous retrouvons ici ce type de jeune fille aimé de H. Knauss, et avec raison, qu'il a mis dans ses trois tableaux en variant seulement la teinte des cheveux. L'artiste n'est pas tombé dans la pyrotechnie vulgaire de ces sortes de sujets, et il a évité ces lumières rouges et ces ombres bleues si désagréables; la nuit va finir et les arbres découpent leurs silhouettes noires sur le ciel froid du matin, dont la lueur naissante éclaire les figures.
Quel charmant tableau que le Matin après tme fête de village! quels types vrais, sans caricature, que ceux du vieux musicien qui regarde le fond de son verre, du4ro«a* bone arrivé à la période philosophique de l'ivresse, des dent joueurs se défiant de leur probité réciproque, du paillasse encore hébété de son sommeil lourd! et comme toute cette
FEMITURE, SCflLPTMI. *0T
trivialité est relevée par la délicieuse figure de cette jeune fille blonde qui tient sur se6 genoux la tète de son amant endormi, et dont les yeux d'azur limpide semMe»t ne rien voir de cette ignoble scène!
Dans la Promenade aux Tuilerie*, une jeune be&ne trèscoquettement attifée conduit un baby habillé comme l'enfant adoré d'une famille riche, traînant un de ces lapins blancs qui battent du tambour; un petit nègre en livrée de groom suit à distance respectueuse d*un air ennuyé : il aimerait bien mieux gambader et courir; mais que voulea-TOus! on n n a pas de beaux galons pour rie».
M. Knauss a gagné ses éperons dans ce grand teornoi. de l'art; bien peu de champions peuvent lui disputer le- prix du genre, et il sera vainqueur, à moins que M. Leys n'entre en lice.
L'envoi de la Suisse renferme un petit chef-d'œwre : le Réfectoire des cœpucins à Albano, près Rome, de M. Van flfuyden. Bans une grande salle voûtée, aux murs blanchis à la chaux, les révérends pères, rangés par files, prenne** leur maigre réfection sur de longues tables de bois, pendant qu'un religieux leur fait la lecture. Ces belles têtes tonsurées et barbues, ces frocs bruns à larges plis se détachant d'un fond clair, ont une quiétude monastique, une sérénité claustrale très-bien rendues: — un banquet si sobre, et qui ferait paraître des orgies les repas Spartiates, ne devrait pas avoir de parasites; il en a cependant : des chats attendent, gravement accroupis, quelque rogaton, et des pîee **miKères sautillent, picorant les miettes du festin : les moines parais-
sent s'amuser de cette naïve gourmandise. — Une Mère et son enfant sont aussi une fort jolie chose.
La Suède et la Norwége, malgré leur latitude septentrionale et leur jour polaire, possèdent des peintres remarqua- - blés; l'art est une plante vivace et qui fleurit partout, là même où le renne ne trouve sous la neige que du lichen à brouter; car elle a sa racine dans le cœur de l'homme, et l'imagination est le soleil qui la fait épanouir.
Le Prêche dans une chapelle de la Laponie suédoise, de H. Hockert, a le double mérite de l'originalité du sujet et de l'habileté de l'exécution. Monté sur une espèce de chaire, le pasteur lit la Bible; les assistants F écoutent avec une attention laborieuse; les femmes allaitent ou contiennent leurs marmots, et la fumée s'élève vers l'ouverture du toit en tourbillons bleuâtres. Les costumes d'étoffes épaisses, les broderies de couleur, les colliers de plaquettes de cuivre, les types bizarres de ces personnages que la peinture reproduit peut-être pour la première fois, vous arrêtent et vous produisent une impression étrange; ajoutez à cela que M. Hockert a cette force de ton, cette puissance de clairobscur et cette énergie de brosse qu'on admire chez Delacroix, et vous conviendrez que la Suède, quoique arrivée tard, à cause des glaces du Sund, à l'Exposition universelle, n'y fait pas trop mauvaise figure.
La Fête champêtre au jour de la Saint- Jean, province de Sudermanie; les Soldats suédois logés chez une famille allemande pendant la guerre de trente ans, de M. Ekman, sont de très-jolis tableaux.
Qui croirait, en voyant cette Boutique de barbier à Séville, si blonde, si chaude, si transparente, qu'elle peut lutter avec les meilleures aquarelles anglaises et qu'on y cherche le nom de Cattermole, qu'elle soit de M. Egron Lunderen, né à Stockholm?
M. Tidemand a exposé trois excellents tableaux : les Hangiens, secte religieuse de Norwége; le Maître d'école villageois faisant F examen des enfants dans une école de Norwége; les Adieux. Ce dernier se distingue par un profond sentiment religieux. Près d'un cercueil que Ton va enlever, une famille pleure et se lamente. Les différentes expressions de la douleur sont admirablement rendues : la tête de la femme, immobile et comme pétrifiée dans son chagrin, est superbe.
Le Danemark, la patrie d'Hamlet, s'est bien montré. M. Exner, avec ses Paysans de Vile d'Amack et son Repas champêtre, peut prendre place à côté des meilleurs peintres de genre anglais ou français; il a de la finesse, de l'observation, une grâce rustique, et sa couleur, quoique un peu crue, est agréable. — Le portrait de femme âgée de M. Gertner, vaut un Ignace Dunner pour la vérité méticuleuse des détails, le rendu de l'épiderme, la précision de la touche : on ne saurait pousser le trompe-l'œil plus loin : le bonnet, la collerette, font illusion.
MM . LEYS — THOMAS — PORTAELS — VERtAT HAMMAN
— FLORHHT WILLEMS — VAN MOI» — DEGREUX — ALFRED STEVSIW
La Belgique soutient honorablement le poids d'u* glorieux ; l'art n'y flamboie plus comme au temps de Rubens, mais cependant les aïeux n'auraient pas à rougir dô leurs fils : les bonnes traditions de la Flaqdre se sont conservées dans le royaume de Léopold, et les tableaux rangés s*us l'écusson du lion belge font bonne figure à l'Exposi* tioa universelle ; s'ils n'ont pas l'originalité tranchée, da* peintura anglaisée, ils brillent par cfiappréoi&Wes qualités de feoturo, dont. tmp, souvent, peut-être, 1* secret est sm prunté à la France, ce qui ne veujfe pas diw> qu'il n'y ait en Belgique des artistes ayant un oachefc distiaçfctf et particulier.
Au premier rang nous placerons M, Leys. — Est-ce donc là, dira la critique, un peintre original ? Ses toiles ont un air archaïque et rappellent les anciennes peintures des mai-
FBUtTUUE, SCULPTURE. 2il
très flamands et hollandais, ou plutôt allemands. S'il est permis de ressembler à quelqu'un , c'est sans doute à son père, et M. Leys est dans ce cas : chez lui il n'y a pas imitation, mais similitude de tempérament et de race ; c'est un peintre du seizième siècle venu deux cents ans plus tard ; voilà tout. Les âmes n'ont pas toujours l'âge de leur apparition dans la monde. M. Leys est un élève de Wolgemuth ou d'Albert Durer qui ne s'est produit que de nos jours , par une de ces combinaisons mystérieuses qui ne sont pas si rares qu'on le pense, et dont on pourrait citer maints exemple».
M. Leys a envoyé trois tableeux, trois chefs-d'œuvre: la Promenade hors des mur», le Nouvel An en Flandre, les Trentaines de Berthal de Haze.
Un passage du Faust de Gœthe a fourni le sujet de la Promenade hors des murs. Noua ne pouvons résister au plaisir de le citer : « Hors des portes obscurea et profondes se pousse une multitude de gens diversement vêtus. Avec quel empressement cbacu» court aujourd'hui se réchauffée aux rayons du soleil ! Ils fêtent bien la résurrection du Seigneur, car ils sont eux-mêmes ressuscites : échappés aux sombres appartements de leurs maisons basses , aux liens de leurs habitudes vulgaires et de leurs vils trafics, v aux toits et aux plafonds qui les écrasent, à leurs rues, sale» et étvajiglées, aux ténèbres mystérieuses: de leurs églises, tous ils renais* sert à la lumière. »
La silhouette d'une ville allemande, avec se& portes masses remparts crénelés, ses xçmm flanquées* è'éekatt*
guettes, sa flèche de cathédrale découpée en scie, ses pignons pointus, ses toits en escalier, ses fenêtres aux vitres maillées de plomb, qui s'allument au soleil couchant, remplit pittoresquement le fond du tableau de M. Leys.
Au-dessus de la ville s'étend un ciel pommelé de petits nuages rougeâtres. Au premier plan se promènent les bourgeois dans leurs habits de fête : ici c'est un amant soutenant le coude de sa maîtresse, qui l'écoute comme Marguerite écoutait Faust ; là un couple* d'époux que suivent non passibus œquis des marmots de différentes grandeurs; plus loin, un groupe d'amis ou d'écoliers en belle humeur. M. Leys semble avoir été le contemporain de ces honnêtes citadins, si heureux d'être sortis de leurs arrière-boutiques et de leurs chambres basses, tant il a rendu leurs physionomies, disparues du monde, avec une intimité familière. On ne retrouve plus de telles figures que dans les vieilles planches sur bois qui portent le monogramme d'Albert Durer et d'Hol~ bein. Les costumes ont aussi une propriété étonnante, et l'on dirait que M. Leys n'a jamais vu un paletot de sa vie, tant il a coupé d'un pinceau certain ces pourpoints à crevés, ces chausses tailladées, ces collets à fourrure, et tant il est au courant de la mode de 1 520 !
Le Nouvel An^en Flandre a des tons rances de vieux tableau qui ne permettraient pas de le distinguer d'un Ostade ou d'un Rembrandt: les vitres de la boutique sont glacées de ce bitume chaud et transparent dont le peintre d'Amsterdam dore les carreaux et enfume les boiseries; la neige ouate la rue silencieuse, maculée par les semelles des rares
passants; une vieille enveloppée de la faille noire s'éloigne, tremblotante et courbée, après avoir reçu l'aumône , que d'autres attendent encore sur le seuil de la porte entrouverte.
Les Trentaines de Berihal de Haze demandent quelques explications pour être comprises. L'étainier Bértbal de Haze, cbef du serment de l'ancienne arbalète, décédé en 1312, légua à l'église Notre-Dame son attirail de guerre, savoir: son meilleur corselet, son morion, son gorgerin, son arbalète, son carquois avec les flèches, et son couteau recourbé, pour que le tout y fût appendu, dans la chapelle du Serment, après la trentaine.
Ici il nous prend un scrupule grammatical sur la prose du livret: les Trentaines de Berthal de Haze ne signifient rien ; il faudrait dire : le Trentain de Berthal de Haze. Ouvrez le dictionnaire de Napoléon Landais, vous y trouverez : a Trentain, substantif masculin, terme de liturgie; nombre de trente messes qu'on fait dire pour un défunt. » Mais cette petite chicane est de maigre importance; revenons au tableau.
Les armes du défunt sont déposées devant l'autel : la veuve, entourée de ses jeunes filles, est agenouillée et courbe sa tête sur un livre de prières : tout ce groupe est plein de cette grâce triste et résignée que savaient si bien rendre les peintres du moyen âge dans leurs physionomies féminines. Derrière se tient debout le fils de l'étainier, beau garçon svelte et déjà robuste, sur qui pèse désormais la responsabilité de la famille ; il songe à son père mort, mais il pense aussi à
314 LES BEAUX, AftTS IN EUROPE.
l'aveair. Un pe« plus loi» sont placés les amis et les eoafrères, plus ou moins indifférents ou recueillis, selon leur degré dMntimké avec le défunt ; dans les stalles dm chœur, les chantres, aux figures pittoresquement triviales, braillent les psaumes comme des gens que ne sauraient torcher ces cérémonies funèbres dont ils ont l'habitude. L'architecture de l'église ferme un fond vigoureux à ces personnages bien campée, bien distribués, et qui reçoivent une lumière directe.
Les tètes sont dessinées et peintes avec un* finesse raie, les attitudes, les costumes, tout est bien du temps ; — aucune note moderne ne détonne dans cet harmonieux concept et ne dément la date de 1542. Holbein n'aurait pas rendu cette scène autrement. Vous voyez bien que nous avions raison de vous dire que H. Leys n'était pas un imitateur, mais un semblable.
L'école belge, adonnée plus spécialement au genre, n'a pas produit un grand nombre de tableaux d'histoire , et, sous ce rapport, elle se rapproche de l'école anglaise ; nous avons remarqué cependant une composition historique de M. Thomas, qui renferme, chose rare ! une idée neuve : c'est un Judas errant pendant la nuit de la condamnation du Christ. Le monstre qui a livré son divin Maître et Ta désigné aux soldats par un baiser, prostituant à la trahison la caresse de l'ami, bourrelé de remords poignants, court comme une bête feuveà traversla campagne; aux rayons pâles de la lune il a perçoit, étalées à terre, deux poutres croisées d'une façon sinistre : c*test le gibet qu'on prépare pour la Passion du lende-
PE1NTU4U5, SGVLPTURl. «1&
mai*. Là tarière y est encore implantée, et les ouvriers, fatigués de leur travail, donnent paisiblement en attendant le jour. A cet aàpeet r son visage se cofevulse d'horreur, et il sent encore plus vivement son crime ; les chiens irrités de sa conscience lui Mordent le cœur à belles dents : il y a une poésie tragique dans cette rencontre du traître et de l'instru* ment du supplice.
M. Portaëls semble avoir voulu faire un .pendant au tableau de M. Thomas; il nous montre Judas terminant sa vie horrible par le suicide ; l'enfer même se trouvera souitté par cette âme atroce, pour laquelle une éternité de tourmenta est trop courte. La composition de H. Portaëls est un peu théâtrale , mais ne manque pas de vigueur. M. Portaëls est fécond. Ses ouvrages forment sur le livret une liste nom* breuse: il a une grâce facile dont il abuse peut-être. La FUeuse grecque, oubliant ée faire tourner son fuseau pour regarder son enfant endormi, est une charmante figure. Il y a de l'esprit et de ta couleur dans la toile intitulée Un conteur dans les rues du Caire. Quoique entachées d'un peu d'afféterie, la Jeune Juive £ Asie Mineure et la Jeune Femme des environs de Trieste, qui ne sent que des études ajustées, ont ce charme coquet qui semble appeler la gravure ou la lithographie.
Nous ne connaissions jusqu'à présent M. Verlat que comme animalier; il était habile à faire sauter du fond des jungles à k nuque du buffle le grand tigre fauve rabane de velours noir, ou à dresser pesamment sous la hache du bûcheron l'ours brun descendu des montagnes. Maintenant il s'attaque
à l'homme, et il lance héroïquement Godefroy de Bouillon à l'assaut de Jérusalem. « La tour de Godefroy s'avance au milieu d'une terrible décharge de pierres, de traits, de feu grégeois, et laisse tomber son pont-levis sur la muraille. Soutenu des principaux chefs, Godefroy enfonce les ennemis, s'élance sur leurs traces et les poursuit dans Jérusalem. » M. Verlat a mené ses troupes avec vigueur; ses guerriers se battent bien : c'est une mêlée terrible, pleine de furie et de mouvement.
V Espoir et la Déception sont deux bonnes scènes de comédie animale. La Fontaine en eût souri. Ici un renard haletant, l'œil allumé de convoitise, guette des perdreaux; là il ne saisit que les pennes de la queue d'un canard qui s'envole. Les habiles ne réussissent pas toujours.
On connaît en France M. Hamman, qui hante nos expositions depuis quelques années. H. Hamman a étudié la palette de Paul Véronése; il sait peindre; sa couleur chaude, claire et mate, rappelle la gamme vénitienne. Christophe Colomb, monté sur sa caravelle la Santa-Maria, découvre la première terre d'Amérique, l'île de Guanahani, Tune des Lucayes, le il octobre 1492, au lever du soleil.
Les pressentiments du génie n'ont pas menti : la voilà qui s'élève comme une fleur des eaux entre l'azur du ciel et l'azur de la mer, celte Atlantide de Platon, cette terre vierge, contre-poids du vieux monde! Plus d'incrédulité, plus de révolte; l'équipage tombe à genoux sur le tillac de la caravelle, autour du hardi navigateur.
Adrien Willaert est un tableau très-remarquable. Ce
PE1NTU1B', SGULPtURE. 317
maître, né à Bruges en 1490, et l'un des plus, célèbres du seizième siècle, fait exécuter à Venise une messe en mnsiquto de sa composition, la première, dit-on, qui ait été faite; les moines à qui sont confiées les parties valent ceux de Granet; leurs physionomies et leurs attitudes montrent qu'ils s'acquittent de leur tâche avec zèle et conscience. L'architecture est fort bien traitée.
On se souvient de la Vente de tableaux et de la Jeune Veuve, de M. Florent Willems, qui eurent tant de succès au Salon de 1853. — L'Intérieur d'une boutique de soierie en 1660 et Coquetterie ne sont pas inférieurs à leurs aînés. Ce sont deux sujets bien simples, mais qui suffisent à un véritable peintre. Près du comptoir sur lequel le marchand déploie des étoffes, sont groupées de jeunes dames accompagnées d'un cavalier; un petit commis avance une chaise; rien de plus. Mais quelles charmantes têtes, quelles soies et quels velours! — Une jeune femme, vêtue d'une de ces robes de satin à cassures brillantes, à reflets de perle, qu'affectionnent Terburg et Gaspard Nestcher, s'accommode devant un miroir de Venise. Elle se présente le dos au spectateur, et Ton regretterait de ne voir que ses blanches épaules et sa nuque où se tordent les poils follets d'une chevelure blonde, si la glace ne trahissait à propos son délicieux visage.
M. Van Moër a dérobé à Decamps un rayon de son soleil pour en plaquer les murs de plâtre de ses intérieurs de cour.
Sans être réaliste à la façon de H. Courbet, M-Degroux a fait aussi son Enterrement d'Ornans dans le Dernier adieu. u. 13
2*8 LES BEAUX-ARTS JUf. MUftOPE.
Suv une neqp d'une blancheur funèbre m détachant en *oie ka croix, de bot* du. etpetûMe.;, la. fc» anveru. d#n& la •aiwgslétr attend sa prcâe, 1* m&boire béante; la famiUe sanglote, les» anus, pleurent silencieusement*, et deux, enfants egcieicr regatéent au fond du teou avais, l'insouciance, de leur. âge. Appuyé sa* sa bêche,, le fossayeur. attend que tes prières soient finies pour jeter cette; première» pelletée qui neteatk si terribleureitf sur las, planches du cercueil; uason 4u'on< n'oublie jamais I G!est froidv «avrant et sinistre. Par un parai iftBjft et, par une neige* semblable bous descendions au fond de sa. fasse notre pauvre, ami Gérard de Nerval» U Enfant malais n'a. rien de commun avec la poétique li*d dUhkwad; auprè&de cô grabat,, les, anges ne chanteraient 0a&, il» pleureraient, ki, la tristesse est vraiment trop noire, fiôp-étouSante^ NM&(v?éféron*la Promenade* Un joli abhé, donnant la* bras k un vieux, pcètre eaurbé et marchant avec peine, aperçoit an delà d'un champ, de blé un couple d'amants qui si* en volent» bras dessus, bras dessous;, lui aussi e& jeune,- mais> comme les victimes de Mézence, U est attacM vivant à ua cadavre. Cela est peint spirituellement, et l'inteiUiea. comique, qui, plus marquée» pourrait devenir de mauvais, gp&t, s arrête juste a temps.
Est-ce ua effet. du climat?. U neige beaucoup dans, les tabtaaux des peintres. belges i Ceqtion appelle le Vagabondage, de M. Âlfaed Stevens» nous montre une pauvre femme ramassée par une patrouille — un jour de neige. Un ouvrier fouilla à sa p oohe pour «n. tirer le sou vértdegrisé de l'aumône; utteâlégpn& tend sa bourse. La malheureuse aura
quuttLde vérité ni è'ëtargie*; s* conte**, qwrfquwremfen»dm-, es* bonne ; mais il a te tort de cents* ses cauieure #uu ttaifciroir ? e» défaut se* rettroaw dm* te Premier Bm&n»* marvtf r efcaBwî da ne ses autres toSm, qaoiqwe moins.sensHUb.
3111. J. STEVEKS — ROBBE — VAS SCHANDEL — BOSSCEI — KKYF
— WEISSEMBRUCfc — BOSBOOM —
HAYEZ — STEINLE — BERTINI — RUPELWIESER — IKDUNO
— ISGAITOI — CAFFI —
KPWiArSSEG — F. KAULBACTT — R. ZIMMER1ÎANW
M?. Sfttvens, Vanimafief ; marché de pris sur te» traces & ML Jadis. : » a> te dewin énergique, la sciBnce tfattacto, I* pâtosotiiiav te kmffiee magistrate te eœ (teinter,, une couleur àttawt,. H» pm> bbhk* parlais : mais* il eau Altère pair te pensée philosophique. Tandis que M. Jadin, avecumphidiftfrmcii 8«p6fJtev peiiil de» mettes rayâtes on primsières, et se mettre^ m qftriqu» sort», la Paarl Vévooèse de* chiew^ Ml Stetiena, ann» «tosctar b beauté et la puauae 1 dépara;
prend ses modèles dans la rue; il envisage le chien au point de vue socialiste, et proteste contre l'aristocratie des king- Charles, desbleinheim, des bichons de la Havane, des pointers, des levrettes, des mopses, des carlins. — Un Métier de chien, qui fut tant admiré à l'un de nos derniers Salons, indique une profonde sympathie pour la gent canine. Tirent-elles la langue, sont-elles assez haletantes et fatiguées, ces pauvres bêtes attelées à une lourde carriole et se reposant quelques minutes le long d'un mur plâtreux, tandis que le maître boit ou fume à l'estaminet! Si les chiens avaient leurs entrées à l'Exposition et voyaient ce tableau navrant, il leur inspirerait sans doute des idées de révolte et les ferait se ruer avec fureur sur les mollets de l'homme, ce tyran de la création. Cette toile eût dû faire recevoir d'emblée M. Stevens membre de la Société protectrice des animaux. L'Intrus t V Épisode du marché aux chiens de Paris, ont les qualités sérieuses de M. Stevens : le type des têtes, les attitudes, les robes, sont parfaitement observés; \ePhilosophe sans le savoir n'est autre qu'un chien prolétaire cherchant fortune dans un tas d'ordures bêché par le crochet du chiffonnier; parmi des écailles d'huîtres, des zestes de citron, une carapace de homard vidée, reliefs d'un festin délicat, il a trouvé un os à moelle, et, sans connaître Rabelais, que M. Stevens a lu pour lui, il s'applique à en tirer la quintessence.
« Vitesvous oncques chien rencontrant quelques os médullaires? C'est, comme dit Platon, la beste du monde la plus philosophe. Si vu l'avez, vous avez pu noter de quelle
dévotion il le guette, de quel soing il le garde, de quelle ferveur il le tient, de quelle prudence il l'entoure, de quelle affection il le brise et de quelle diligence il le sugce. Qui l'induict à le faire? Quel est l'espoir de son estude? Quel bien prétend-il ? Rien qu'un peu plus de mouelle. »
Il est difficile de mieux illustrer cette phrase si pittoresque et si vraie qui a échappé au crayon de Gustave Doré, le traducteur sur bois de maître Alcofribas Nasier.
Dans la Surprise, un barbet aperçoit son image réfléchie par une glace de Venise posée contre un mur. Il n'est pas assez fort en optique pour s'expliquer ce phénomène inquiétant, et flaire le cristal en grommelant entre ses crocs. Est-ce un autre lui-même, un ami ou un ennemi? Toute sa pose pétille d'interrogations. Provisoirement U se tient prêt au combat si le spectre trompeur qui imite tous ses mouvements s'élance sur lui.
Ceux qui prétendent que les animaux n'ont pas d'idées n'ont qu'à les regarder en présence d'un objet inconnu pour eux : leur physionomie exprime alors toute une série de raisonnements et de réflexions d'une évidence extrême. Nous n'oublierons jamais l'attitude d'un de. nos chats mis inopinément en présence d'un perroquet. Il l'admit d'abord comme un poulet vert, bizarrerie dont il parut se rendre compte; mais, lorsque le perroquet prononça une phrase de son répertoire, il nous lança un regard qui voulait dire clairement : « II n'y a pourtant que l'homme qui parle, explique-moi ce prodige. » Et depuis il eut toujours grand'peur de l'oiseau.
11 >est rare que Ton peigne les animaux danstctes teifes de ai va^efibdiHwnaiôns que JafCaïajràté de H. Henri Rabbe. ta sujet historique s'y développerait à l'aise; — à 1 <e*o©p*iina Au fa maux -taureau de Paul Potter, au musée de la Magre, cas unique .parmi l'œuvre du maître, — nous «'.avons j*mais vu un troupeau de cette grandeur» — La Gampine, mot spécial <à la Belgique, est, comme on sait, une kimense plaine herbue, miroitée de ilaques d'eau et ae confondant avec l'horizon, assez semblable, moins l'ardeur du saleil, à m* landes de France. Celle sorte de désert flamand ne manque >pas de majesté et le soleil, se débattant ooflrtre les vapeurs, y produit At beaux effets de lumière. — C'est un fond excellent .pour des {groupes de taureaux, 4e bœufs, de Fâches, deigétrisses, ruminant agenouillés sur legaraa, sedésalléfiant aux mares, ou levant T*ersike<eiel nomade leurs modes lustrés et noirs d'où pendent des filaments -de bava. IL ftofehç, qui peint .«gaiement «bien ie jpaysage et les bestiaux, a tiré très-ibonjpam de«a»s*acfres blanches, dorées on fauves queiect les troupeaux dispersés bw de tapis vert éas pcairies. Les bâtes du ^remèr «plan sont dessinées av<ec une rare science anatomique et coloriées à faire altosion: l'air ©raciale dans les fonds et pousse les nuages amoncelés an banjos grisâtres.
« fieux qm friment «ceftte note seront oentents, » disait Bilboquet, Je célèbre sahimbanqtte, -en eoufflaat dasts «a clarinette un la (unique. C'est *sn imot qu'on peut transposer is laaofmatque à la peinture «an face des (tableaux lonjcOTS.tes mêmes de M. Van Schandel : ils consistent m une lime
tmwfnMs , sotlotitm. m
blene et tm fanal jatme. *L*%rt flamand *vaft 8é}à£kafceM, qw consuma s» fie à peindrai mm bougie aHumée abrités par une main rose. M. Tan Sehandel e* mois* exdasif. — Qe&èKets-àe Iiiwniêrelactw»o«t«éihiittes bo^eaisdeiiaoslfis pays et de *mis les temps, «j» lesOToieut Aiïfioiles -et s'étonnent de cette iwnwetftewagie. La Vue éeitotterdam, Je Jfan» cité au poisson, doivent avoir <été payés fart cher, «car à leur pyrotechnie As joignent «ne exécution blairaautée, polie, Wchée et «ans h moindre épaisseur.
*Les Tmersrwnmnvs isur te %miié Gwtmde, ute M. Bobsuet, sont d'une extnaordittaire vérité locale, que nous pouvons oertfiereamroetéflïOTn oculaire- >Ges vieilles comstractions n'ont pas le ton noir des ru mes septentrionales : le temps les a brouillées <et non 'broies; les pierres cuites wt eovtffitee «par 8e soleil iressamblent & «ne pean ragiaense 4'«range, «ton dînait qu'elles sont cimentées de lumière; ks tours incandescentes se profiflevt sur <un cield'anaziir Jéger et en* la gaze d'argent de la Sierra Nevada, tandis que km pied est baigné de oes ombres bleues qu'en ne voit que dans tes pays chauds. Le Xeni! fuit «bien sur son te à moitoéidessécké, et Job maisons aux stores de sparterie sont peintes javec «ne réalité qui va jusqu'au trompe-l'œil. Les Ruines moresques, dans les montagnes (de &anda, .se Ion t remarquer par tes mêmes «qualités de relief, d'éclat et . d'illusion. Nous aimons moins la Cathéàrate ée Sévtite avec la procession dm deux patronnes.
M. Knyf a faitnne49oèHeme<éti>de de terrain dans lu «fin** vière ubêndomée* MM. Wewsembruck et Boaboom imitent,
m LES MAUX-ARTS Bit EUROPE.
l'«n Van der Heyden, et l'autre PeOerneef : deux bons guidas. C'est-à-dire que H. Weissembruek aime à représenter ces vieilles maisons hollandaises au toit en escalier, au faite couronné d'un nid de eigognes se mirant à l'eau brune d'un canal ; ces quais plantés d'arbres que frêle le lourd koff à la proue couleur de saumon, relevée d'une bande de vert prasin ; ces ponts aux poutres enchevêtrées; ces cathédrales de brique fermant la perspective; et que H. Bosboom se plaît à peindre ces hautes nefs blanches aux voûtes historiées de blasons, aux chœurs encombrés de tombeaux et de menuiseries, au pavé miroitant sous la lumière oblique.
La salle de l'Autriche, avec son mélange de noms allemands et italiens, n'a pas un caractère bien déterminé : les tendances sont diverses comme les pays, et l'impression qui vous reste est incertaine. M. Hayez, dont Henri Bey le parle à plusieurs reprises, a joui et jouit encore dans la haute Italie d'une réputation qui nous semble difficile à expliquer. Cet artiste, qu'on admire à Venise en face de Titien, de Tintoret et de Paul Véronèse, est un romantique à la façon de Fragonard fils et autres novateurs de 1820; il en est encore au moyen âge troubadour, au moyen âge pendule : son Alberie de Romano, frère d'Ezzelin, tyran de Padoue, se rendant prisonnier, avec sa femme et ses enfants, au marquis d'Esté; sa Bice del Balw trouvée dans le souterrain du château de Rosate; ses Femmes vénitiennes se vengeant d'une rivale, ont l'air de vignettes agrandies d'un roman à chevaliers, à châtelaines et à pages — genre Marchangy . — Malgré le goût suranné de sa peinture, H. Hayez, il faut le dire, a la brosse
très-habile, et sa couleur, quoique trop transparente et trop noyée d'huile, n'est pas désagréable. Son portrait de madame Juva ne manque pas de grâce; les chairs ont de la fraîcheur et de la morbidesse.
Il y a du mérite dans YÈve de H. Steinle; la mère des humains file son vêtement sous un arbre, dans les branches duquel joue, non plus le serpent tentateur, mais un bel enfant cueillant un fruit qui, cette fois, n'est pas le fruit défendu. — Eve paraît tout à fait consolée du paradis perdu, — n'est-elle pas mère ?
La Parisina, de M. Bertini, séduit par la langueur abandonnée de son sommeil. Elle dort sans se douter que le farouche Azzo épie sur sa lèvre les murmures du rêve. Qu'elle est charmante avec ses beaux bras découverts et sa poitrine nue, d'une forme si pure, d'une couleur si fraîche et si vivante !
L'Assomption delà Vierge, de M. Kupelwieser, tableau d'autel pour l'église métropolitaine de Colocza de Hongrie, montre que l'artiste a l'érudition de la bonne peinture, à défaut d'originalité personnelle. Ses groupes sont arrangés adroitement, son dessin a de la correction, sa couleur de l'harmonie ; mais on peut faire un tableau semblable en prenant une figure à Titien, une autre à Raphaël ou à Corrége; l'impression directe de la nature n'y est pas.
Nous aimons beaucoup les deux Induno, Dominique et Jérôme, car ils ont l'un et l'autre beaucoup détalent ; malgré la désinence du nom, rien n'est moins italien que les toiles de ces deux artistes, qu'on croirait élèves d'isabey ou de Le-
pûttovin, oe qui n'est pas, car ils on* étudiéi l'Académie de Nàka. Laur touche, à tous deux, est nette, vive, découpéeleurs personnages, un peu minces, s'enlèvent des fonds comme frappés à l'emporte-pièce ; mais personnages, accessoires, Août pétille si spirituellement, qu'on ne pense pas à leur ten faire un reproche. Nous n'entrerons pas ici dans le détail de leurs nombreuses toiles, cela nous mènerait trop loin ; citons seulement de Dominique les Réfugiés d'un village incendié* Pane e lagrime, les Contrebandiers; de .Jérôme, la Scène militaire, la Ctdsinière, les Musiciens. — .Las deux frères paraissent être irès-goûités dans leur >pay&, et cette fois le succès n'a rien qui nous étonne; chacun déferas «tathl eaux porte .au livret, au-dessous de sa désignation, le tto&Btde l'heureux possesseur.
Nous ne croyons pas qu'on puisse pousser iplus loin l'illusion que ne Ta fait M. Inganni dans la Fête nuptiale aux environs de Brescia .: cnest une noce de paysans qui a pour théâtre aine grange ou une salle 'dosteria éclairée par des lanternes et de6 globes de (papier, portant cette inscriptions Viva la sposa ! — L'effet d -abord est sourd, mais lorsque l'œil s'habitue à cette lumière factice, on est surpris de^on extrême vérité ; le diorama ne rendrait pas mieux ce jeu d'ombres et.de clairs; les figures se groupent avec un naturel parfait, et leurs costumes prêtent à la peinture; les ièmmes .portent, piquées dans leurs nattes, oes épmg]es d'argent à tête en olive, qui font ressembler les .paysannes lombardes à des déesses coiflees de la couronne *idéxde.
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fhrVéntâen, M, Caffî, a trouvé le moyen, après Canaletto, après Bonnington, après Joyant, après Wyld, après Zieai,de peindre Venise sous un aspect nouveau. Sa vue duiGrand Canal et de Santa Marra délia Sahite en hiver, avec un cuà gris, une eau blafarde «et un œil de neige sur les coupoles n sur les palais, est une véritafble innovation,. — Le Carwaval à Rome fourmille, babille et scintille aux lueurs de cent mille moœoleMi, dans cette 'longue avenue de palais qui va de la place 'du Peuple aux pieds du €apèt»le, le plus joyeusement et ie plus pittoresquement du monde. M. Gaffi a peint aussi une vue du Forum, pleine de lumière et de «h MI.
4a Vue prise dans la Styrie, de M. Kuwasseg, est d'un bon sentiment de nature <et d'-une habile exécution . — Nom en dirons autant de son tableau intitulé Paysage. <
la Bavière ^a pas une exposition Irès-considérable; les artistes allemands, 'comme nous l'avons dit, font peu ée tableaux et s* abonnent principalement à la peinture murale; c'est ce qui fait que, pour avoir «une idée bien arrêtée ewr leur «compte, it faut aller dams 'leur pays. M. Frédéric Kauibaoh, sang doute frère du grand Kaulfeach, de Munich, a envoyé des portraits pleins de mérite: le premier représente rameur 'de la fHspersion de Babel dans son atelier; la tête est intelligente et fine, les yeux vivent, les «narines respirent, et les lèvres viennent de laisser échapper la fumée d'une cigarette que l'artiste tient encore à la main, — une main, par parenthèse, très-bien dessinée et peinte. Sur un socle est écrite une assez longue inscription en allemand,
que nous aurions dû nous faire traduire. Le Portrait (Tune dame, — il n'est pas autrement désigné sur le livret, — brille par la distinction, la grâce et l'esprit. M. F. Kaulbach, mérite assez rare, met de l'âme et de la lumière dans les yeux. A notre point de vue, sa peinture n'est pas assez nourrie, assez épaisse : il môle trop d'huile à ses couleurs, ce qui rend ses toiles un peu minces d'aspect.
Parmi les paysagistes bavarois, citons H. Richard Zimmermann. Son Paysage d'hiver est très-remarquable : des stalactites de frimas pendent aux arbres, qui ressemblent à des ramifications de vif-argent ; l'eau s'est changée en blocs de glace, et les corbeaux noirs sautillent sur la neige scintillante. Au-dessus s'étend un ciel opaque et sombre ; il fait un de ces temps où les loups et les renards viennent pleurer au seuil des habitations humaines. Des voyageurs transis se sont arrêtés à la porte d'une ferme d'où rayonne une bonne lueur rouge bien chaude et bien hospitalière. Ils vont se réchauffer au foyer bienfaisant, et s'ils repartent, ce ne sera que l'estomac bien garni et leur gourde remplie dune liqueur fortifiante. Le froid et blanc poëme de l'hiver a rarement été mieux rendu que dans cette toile gelée, qui vous fait claquer les dents rien qu'à la regarder, et devant laquelle le thermomètre de l'ingénieur Chevallier marquerait assurément quinze degrés au-dessous de zéro.