MM. FEDERICO ET LUIZ MADRÀZO — CERDA — CLAVE — GALOFRE
CASTELLAKO ESPINOSA LUCA —
RIBERA — MURILLO — M Ue AÏTA DE LA PENCELA — MU. RAUCH
— KISS — FRACAROLLI — GALLI —
DELLA TORRE — BOTTINELLI — MAGNI — MARC H LSI
ARGENTI — MOTELLI — VAN HOVE — GEEFS
L'ancienne école espagnole, quoique moins répandue dans les galeries que les écoles italienne et flamande, a brillé d'une incontestable splendeur. La chaîne des Pyrénées s opposait jalousement à la sortie des chefs-d'œuvre nationaux ; mais quiconque avait pu visiter les, églises, les cloîtres, les résidences royales et les palais où Yélasquez, Murillo, Ribera, Zurbaran, Alonzo Cano, ont laissé tant de témoignages de leur génie, revenait pénétré d'admiration et en racontait des merveilles; nous- même, un triple voyage nous a convaincu de l'originalité profonde de l'art espagnol, le seul peut-être véritablement catholique, romantique, et qui ne doive rien à l'antiquité. Yélasquez, Murillo, Zurbaran, pour n'en prendre que la suprême expression, n'ont rien de clas-
2S8 LES BfiâUl-AKTS «H OTftOTE.
sique; ils puisent leurs idées à la foi commune, au sentiment populaire de leur époque. Vélasquez, bien qu'il ait fait deux voyages à Rome, n'en est pas moins resté le peintre chevaleresque de la grandesse ; son moindre coup de brosse le signe hidalgo, et il n'a pas emprunté sa vivace couleur au Titien, qu'il égale souvent. Murillo ne quitta jamais l'Espagne, et sa peinture profondément locale, qui part du réalisme le plus grouillant pour se perdre dans les vaporeuses stases de sainte Thérèse, n'a pas eu de modèle et hii appartient en propre. Zurbarram, avec 9es moines cadavéreux, la tête engloutie par la cagoule et le corps drapé d'un froc pâle comme un suaire, ne pouvait exister qu'au pays de l'Inquisition ; et quoique la vue de quelques tableaux du Caravage ail déterminé sa vocation d'artiste, il demeure exclusivement Espagnol. Goya fut le dernier de cette grande race d'artistesi il en a la fougue, la hardiesse, la bizarrerie et l'étrangeté; malheureusement des incorrections choquantes, des inégalités fâcheuses, déparent ses toiles, souvent laissées à l'étal d'ébauche.
A partir de Goya, l'imitation française prit le dessus: Aparicio, Madrazopère, copièrent 'David ; et aujounfhui, sans Fécusson semé de lions et de tours, on confondrait aisément les peintres d'Espagne avec les nôtres; c'est le cas d'appliquer le mot si connu : « 11 n'y a plus de Pyrénées. » — Ge qui est un bien en politique est un malheur en art, et nous aurions irimé que les peintres de Madrid et de Sévîlle se souvinssent davantage de leurs illustres aïeux. Hais Torigma- HtéTie se commande pas; <éBe résrihe d'un tempérament
PEINTURE, SCmgpMIJl*:. 2S1
spécial et d'un concours de circonstances qui ne se renouvellent plus: nous sommes au dix-neuvième siècle et non m seizième, et la France doit être glorieuse de préoccuper des artistes qui s'appellent encore Murillo et Ribera.
M. Federico Madrazo, par exemple, pour le charme, la grâce, l'élégance toute moderne, n'a rien à envier à nos meilleurs ^peintres de higk life. Winterhalter, Edouard Ita~ buffe, Vidal efles faiseurs en voguene sont pas plus fashionables. Rien ne rappeMe èhez le britlant artiste la charpente robuste, le coloris solide, la brosse ferme et magistrale de Vefesquez, qu'il a cependant sous les yeux ; il est si français qu'il en est Parisien. — Il peut prendre le mot comme une critique ou comme un éloge.
Le portrait de madame la duchesse 4e Medi*na~€œli est charmant, et plus que tous tes autres il a le caractère espagnol : la duchesse porte une basquine Tose avec 4es volants de' frange -noire entremêlée de houppes en soie, un capricieux costume andalou qui lui sied à merveille; la tête, aux yeux de diamant noir, au nez légèrement aquiHn^t coupé de narines roses, à la bouche vermeille comme une 'fleur de grenade, se distingue par une grâce fière et qui sent sa race. Les accessoires sont habilement traités; les étoffes frissonnent et miroitent comme de la soie véritable. M. Federico Madrazo, foten qu'il évite ces vigueurs extrêmes qui rébutent les gens d«u monde et se tienne dans la gamme claire de la palette, a un très-bon seetâment de couleur. Ses localités som franches, ses lumières terges, et le saog circule bien sons les chairs de ses figuras.
Madame la duchesse d'Albe est peinte avec beaucoup de charme et d'élégance. Le ruban rougfr de 1 ordre, qui raye sa poitrine, fait ressortir, par son ton vif, la fraîcheur des carnations; sous le pinceau de M. Hadrazo madame la duchesse de Séville étincelle de vie et d'esprit. Madame la comtesse de Yelches n'est pas moins bien réussie; les yeux parlent, la bouche s'entr'ouvre et sourit, et la lumière satine amoureusement de belles épaules trahies par l'échancrure d'une robe bleue d'une nuance harmonieuse et riche. M. Madrazo a surmonté heureusement cette difficulté de mettre du bleu clair à côté de chairs blanches, sans sacrifier Tune ou l'autre valeur. Dans le portrait de la nourrice de Son Altesse Royale la princesse des Asturies, l'artiste, au plaisir de reproduire un pur type espagnol, a joint celui de peindre un costume pittoresque et national. Au corsage de •velours vert agrémenté de jais, à la jupe rose ornée de multiples volants en dentelles noires, peut-être eussions-nous préféré le costume ordinaire des pasiegas, brassière de velours noir, jupe écarlate bordée d'un galon d'or, gazillon tortillé autour de la tête. Mais, pour être plus de cérémonie» celui-ci n'en est pas moins beau.
Les portraits d'hommes de M. F. Madrazo, quoique d'une bonne facture, ne sont pas aussi remarquables que ses portraits de femmes; M. Madrazo possède le don assez rare de comprendre et de rendre la beauté féminine moderne.
Outre ses portraits, l'artiste a exposé un tableau religieux, les Saintes Femmes au tombeau, qui ne manque pas de mérite. 11 y a une certaine grâce mélancolique dans les têtes
pâles de ces figures affaissées; mais l'aspect général est faible : le peintre a dépouillé ses tons brillants, pour donner à son œuvre la sobriété placide qui convient aux scènes de sainteté, et il en résulte une couleur grise et triste qu'un dessin d'une correction parfaite pourrait seul racheter.
M. Luiz Madrazo, le frère du précédent, a peint Y Enterrement de sainte Cécile dans les catacombes à Rome — un sujet reproduit fréquemment cette année ; — c'est une composition sage, bien entendue, assez bien dessinée et d'une couleur suffisante, à laquelle on ne saurait guère reprocher que l'absence d'originalité ; mais qui est-ce qui est original? deux ou trois hommes à peine dans un siècle. A défaut de génie, c'est déjà beaucoup d'avoir du talent.
Isabelle la Catholique donnant la liberté au fils de Boabdil, de M. Cerda, rappelle assez la première manière de M. Àry Scheffer, et témoigne d'un bon sentiment historique. — Isabelle est un sujet cher aux peintres espagnols; en voici une autre de H. Clavé, et une troisième de M. Galofre, qui a groupé avec beaucoup d'art dans son Episode de lu prise de Grenade, en 1491, les personnages célèbres du temps.
Ces tableaux, malgré la nationalité du sujet, n'ont rien qui les distingue de l'envoi des autres nations. Arrivons à quelque chose de plus espagnol. H. Castellano Manuel a réuni dans une toile de moyenne dimension des Toreros et des amateurs avant une course de taureaux; voilà le jamais assez loué — Francisco Hontes de Chiclana, celui qui a effacé la gloire antique de Romero, de Pepe Mo, de l'étudiant de Falcès, le héros, le dieu de la tauromachie, dont le
portrait, ertouïédecmipl^^ntfeoasiasftes, a rayonne vingt ans^ar les éventails, les nrarafftes *et les foulards, Montés, le grand Montés, la première épée delTEspague et du monde, qui prenait 'les taureaux par la queue et les faisait valser, et se drapait nonchalamment dans sa cape en face de leurs cornes aiguës comme des poignards! Hélas! maintenant son nom figere en 'lettres Wauches sur les cartouches %leus fle la place de Madrid, à côté fie ceux des illustrations du genre, et ce n'est pas un taureau de «Gavrria uu de Veraguas qui a tranché cette belle vie 1 . Les taureaux ue pouvaient Tien contre Montés. fl est mort pacifiquement dans son lit, comme un simple bourgeois, — de la fièvre.
Voici José Redondo, plus connu sous le nom de Chrclanero, le propre neveu de Montés, le eonthraateuT de «a gloire, le beau jeune homme svelte et blonde au coup d'œil si sûr, à la maîn si prompte, qui mettait tant d'élégance dans l'héroïsme, et portait pins galamment que pas un ses costumes étrocelants de broderies et de paillettes, à la grande admiration des -duchesses -et des manolas ; il est mort aussi celui-là, mais non pas sur la place, et tout Madrid en deuil a suivi son convoi. Parmi le groupe, regardez cette figure halée et brune, c'est Francisco Arjona Guillen, une excellenteëpée. et sur cette rosse, fiant l'œil droit est bandé, luan Alvarez Ohola, avec son chapeau à grands bords, sa veste courte .toute roidé de paillon, sa large ceinture et ses pantalons fle 'buffle doublés de tôle. Puisque le grand Sevffla n'est plus, on peut dire que nul prcaflor ne soutient d'un bras (lus robuste le taureau «au 'bout de sa vara. Cet autre, i5*est
N1HTIKE, SGULFDUAE. 2£>
À»g<d fiOfez ftegotevo, le tanéerèHeiro, m gaillard leste <et hardi; les autres «Mit «des afickrcaées — «des am*enrs — de ceux qoi se tiennent ^toujours près de la barrière «t apprécient savamment les orrops, (faute de ponvoir oomlbattre eux-mêmes, .comme ils reliraient fait au siècle dernier.
M. Espinosa nous introduit dans les coulisses mêmes de la placent mh&tmimtflzûespicadores essayant tours chevaux et pointant an mur -avec lewrs tances. Il nous mène ensuite au mataêero, le charnier oè les nroles traînent, en faisant cartttonner leors grelots, les chevaux tués pendant ta «ourse. — Ceci n'est pas le beau côte de la chose; mais le réalisme espagnol me s'effraye pas pomr quelques carcasses de hôtes mortes m quelques flaques de sang caillé. -Ce queies'deseendaots du Cid voient dan&s ces luttes -si répugnantes «à la sensiblerie septentrionale, c'est avant tout le courage moral, la supériorité de l'esprit snr la matière. — Nons dois ©«Duperas de l'animal, ils s'occupent de l'homme.
LeGambat de tawrmuxà Madnid, de M. Luca, cffoe cette particularité, qoeîle drame est double, car «ne barrière partage l'arène en deux : cet arrangement bizarre met quelquefois deux taureaux aux prises-avec la même épée «toronpiquent l'intérêt; les taureaux de bonne race franchissent aisément une barrière de cinq ou six pieds de haut. Nous n'avons pas vu de ptaoe disposée ainsi, mais nous savons que «la chose se'pratique. Cependant il nous semble que dans un divertissement parement oculaire on ne dok présenter qu'un objet à te vue.
«Ges»diflérentes scènes so»t très-vraies et très*exaotes; nous
y aurions désiré un peu de la fantaisie féroce et du caprice de Goya dans ses planches intitulées Toromaquia.
M. Rtbera a représenté YOriginedela famille de los Girones; M. Murillo, les Bergers de Virgile. Us portent là des > noms bien lourds et qui écraseraient des talents plus robustes.
Une toute jeune fille de la Havane, mademoiselle Aïta de la Penuela, a peint avec beaucoup de naïveté, de vigueur et de franchise une Petite paysanne des Vosges et son propre portrait, fort gracieux, puisqu'il est ressemblant. Nous regrettons que mademoiselle Aïta, qui a un talent tout particulier pour les animaux, n'ait pas exposé une superbe chatte au poil blanc comme un duvet de cygne, et posée spirituellement comme un génie du foyer domestique sur une parti* tion de la Gerenentola, que nous avons admirée au vitrage d'un marchand de tableaux de la rue LafQtte.
La Toscane n'a que quatre tableaux, plus remarquables par la beauté des cadres que par le mérite de la peinture. L'envoi des États pontificaux est insignifiant. Florence et Rome ont le droit de se reposer, elles ont assez fait pour se recueillir un siècle ou deux.
Nous voici arrivé au bout de notre tâche. Nous n'avons pas tout dit : cependant nous croyons n'avoir laissé en arrière rien de supérieur ou de caractéristique. La peinture a, malgré nous, envahi une bonne part de l'espace que nous voulions réserver à la sculpture; mais cet art sérieux et sévère est naturellement beaucoup moins productif, et les œuvres hors ligne y sont beaucoup plus rares : l'Allemagne
n'a que le monument du grand Frédéric, par Raucli, dont . un modèle réduit a pu seul être exposé, et le Saint Georges combattant le dragon, de M. Kiss. On ne peut guère juger du premier que l'arrangement, qui est ingénieux et pittoresque. Le Saint Georges, malgré sa grandeur colossale et l'heureux profil de sa silhouette, pèche par la minutie des détails. Le cheval est couvert d'un réseau de veines, et les rugosités de la peau du dragon sont rendues avec un soin par trop zoologique. L'Italie, sous la rubrique de l'Autriche, n'a plus ni Ganova ni Bartolini, mais elle a gardé toute son habileté pour tailler le marbre : on sent, en regardant son exposition, que les blanches veines de Carrare ne sont pas taries encore, et qu'on y puise à pleins blocs. L'Atala et Chactas, de M. Fracarolli ; la Folle par amour, de M. Galli, méritent d'être cités; il y a une singulière morbidesse dans la femme nue et roulée sur un canapé, que M. le marquis délia Torre intitule YOrgie. VArmide abandonnée, de M. Bottinelli, ne manque pas de grâce.
Le Socrate de M. Magni indique certaines tendances romantiques ou réalistes rares chez les statuaires italiens, naturellement classiques. Le philosophe se piète bien sur sa base, et sa physionomie transpire le génie et la finesse, à travers son masque de laideur triviale. Si ['Angélique montre avec ses formes charmantes que M. Magni sait faire un torse, la Femme masquée prouve qu'il chiffonne le marbre en plis de soie et le brode en dentelles avec une merveilleuse souplesse. Mentionnons encore la Bacchante de M. Marehesi, la Chrétienne martyre de M. Argenti, la Vierge voilée de
M. MatellL,. «a. touf de fera» seuèptumiL La Belgique a: le Nègre afirès la ImUmmé» de M. Van Hovev nue nigoueevse étate; la statue d« xm Léepeld et le Làm omammt. de M*. Geefo. Quant à la Grèce, par seuwair de Phidias» ce* que nous pouvons; faire; de fha filial en sa faveur, c'est & te renvoyer à- la* prochaine Exposition universeKe.
LA CttàPBLEE DIS* FORTS B4PÎTOMAITX k SMUT-ROCH" PAS M. CHASSÉKUP
Quelques critiques avaient paru, aux derniers Salons, s'étonner et s'affliger du petit nombre de tableaux d'histoire exposés, lis tiraient môme die cette rareté toujours croissante des conclusions défavorables sur l'état de la grande peinture en France, et prétendaient que l'art, perdant de vue l'idéal, se rapetissait et s'amoindrissait jusqu'aux habiletés inférieures du genre : cette opinion, que semblait justifier l'aspect général des galeries peuplées de sujets épisodiques ou de fantaisie, manquait cependant de justesse, bien qu'elle fût partagée par une portion du public. Ces
*iques, fort éclairés d'ailleurs, ne se rendaient pas compte /un fait très-simple et qui a changé la physionomie des expositions. Depuis quelques années, la peinture murale, c'est-à-dire la décoration sur place des édifices publics ou religieux, a pris un développement considérable, grâce à l'initiative et à la direction intelligente du Gouvernement; on ne fait plus de ces commandes vagues de tableaux dont la destination devait être trouvée ultérieurement, et qui, après avoir brillé quelques semaines au Salon, perdaient une partie de leur mérite aux endroits où ils étaient suspendus, sous de faux jours et de trompeuses perspectives. On assigne à chaque artiste, jugé capable d'un pareil travail, une salle, une chapelle, une coupole, un hémicycle, une frise, une imposte, un plafond, dans un palais ou dans une église, et là, éclairé par le vrai jour sous lequel son œuvre doit être vue, entouré de l'architecture qui forme le cadre de sa composition, le peintre sent son talent devenir plus grand et sa manière plus large; c'est à l'usage de la fresque que l'Italie doit la supériorité de ses écoles. La fresque, ou, pour parler plus exactement, la peinture murale, exige de sérieuses qualités; la composition, le dessin, le style y prévalent sur les délicatesses d'exécution perdues à distance; au contact de l'architecture, la peinture se fait plus fièreet plus robuste : elle prend la mate solidité des murailles de pierre et la force tranquille des colonnes de marbre : elle cherche à se faire éternelle comme l'édifice auquel elle est liée. Plus de petits effets mesquins, d'adroites ressources de métier, de coquetteries à la mode, mais une
sérénité sévère, une beauté élevée et calme, un art pur et dédaigneux des vulgaires réalités : Orcagna, Giotto, Mantegna* Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Corrége, André del Sarte, ont pris dans ce travail viril une grandeur qui ne s'acquiert point aux tableaux de chevalet.
La plupart de nos vieilles églises, soit que les décorations dont elles étaient ornées au moyen âge eussent disparu sous l'action du temps, soit qu'elles eussent été dévastées par les iconoclastes révolutionnaires, offraient aux yeux le spectacle d'une misère affligeante ; leurs voûtes avaient perdu leurs ciels d'azur étoiles d'or; le badigeon recouvrait dans les chapelles les ombres à demi effacées des fresques anciennes ; partout la muraille apparaissait froide et pâle; les temples modernes et les édifices neufs, avec leur blanche crudité, attendaient également un vêtement de peinture. Les artistes sont à l'œuvre, c'est la cause pour laquelle le Salon n'est plus tapissé que de tableaux de genre, de paysages et de portraits, sauf quelques rares exceptions. Loin que la grande peinture soit abandonnée, elle est, au contraire, plus cultivée que jamais et dans les meilleures conditions de l'art. Les tableaux d'histoire et de sainteté ne se font plus sur toile, mais sur les murs des monuments et des églises. Si Delacroix n'envoie au Salon que de petites toiles, que de rapides ébauches, rayées pourtant de sa griffe léonine, c'est que la Chambre des députés, la Chambre des pairs, la galerie d'Apollon, le salon de la Paix, s'enrichissent de splendides peintures. Flandrin n'a pas exposé, il est vrai ; mais allez voir à Saint -Vincent -de -Paul l'immense panathénée de h. 14
i*2 LES BEAOKr*M& Btf BMOPE.
saintes» et de saints qui & déraul&sur une double temàbpuis le portail ipsqju à- l'hémicycle peiaipar Bûiot, aaofrptttar des-diapellesr de Seint-Séveri», du«cœvr. de Saiat-Germaii*dea-Pxés et.de la basilique néo-byxa»tina de. Noue*. SiCau.ture n'a pays fiai, son tahleaa- des enrôlement* uoloutaima, demander ont la raison à SabUrEustaahe;. vou& vou* êtes plaint sans doute de. ne plus voir de. ces fins portrait* si ressemblants et si précku2c.tL'Atmaury Duval :.il revôt d'une (unique de fresques la. nudité de l'ÂgUsa de SaiuttGermaiar aa-bsLye; lehmann a été absorbé par les peintures» do* la salle de bal à. L'Eôlelr de-Ville, où. Riesenen, NuUe*, Lanr délie, Benouville*. Cabanaly ont déployé sur une pluaigpaade échelle leurs aptitudes, diverses*. — Perria finit ai Notcer Dame-de-Lorette unetadmirabte, chapelle du. plus haut style religieux. — iM.. Ingres, s'il ne-fait plus l'Œdipe* nid.'Oda*lisque v ni le portrait de M. Bertin de Vaux, peijitL'apothéose de, Napoléoni — Gérome a décoré da peinturas, murales d'un grand goût, le: Conservatoire des>arte.etaiétiei»i,Théor dore Ghasaériau,, outre sa chapelle de Saintrllarr^ eu son monumental escalier, du Conseil d!Étai* vient da termina* d.'im portante travaux à, Saint Roob. Le niveau, da; l'art ne ^'est donc pas abaissé,, comme ou pourrait le croira.. . Jamais. travaux plus sérieux. niont été exécutas avacuaar activité plus intelligente.; pac malheur, les monument* dan* lesquels ces, peintures son* uenfermées sont quelquefois da difficile accès, La, foule; les, ignoco, ou.ne s : y r porte pa&;,a'«9t Càaheuxy car l'école fraoçaj&a moderne » révélé, danfenaa salle qui. ne s'ouvra qu'un jour de fête, danaunechapeU*
hantée par ta seule dévotion, de 'hautes qualités de composition, (dépensée et.de style. Si ce mouvement se continue une dizaine d'années 'encore, et rien ne foit supposer qu'^l foive s'interrompre, J les édifices publics de Paris deviendront autant ^#e musées 'qu'on visitera comme eeux de Venise, de Florence ou de Rome. Tîous insistons sur cette tendance si trt?leà l'art et qu'on n'a peut-être pas appréciée comme «îl ïe fallait. Quelques stations aux endroits que nous avons indiqués en passant auraient pu convaicre les plus i*erédules que ta peinture monumentale et religieuse comptait ée «nombreux adeptes, et que le genre traitéaujourd'hut avec tarot de réalité et de charme ne distrayait pas de la Techerche de l'idéal. . *
la chapelle peinte à Sanrt-Roch parM. Th. Chassériau se compose de deux tableaux se Taisant 'face et peints à l'Imita «»r le <mur d'une manière «rate 'qui imite la fresque facîie- *nent altérable sous nos climats humides. Le jour est trèsbeau, chose assez Tare dans ^es îbas-côtés des églises ; et comme la peinture n'est pas miroitée de luisants, on peut ta voir sans peine, même quand cm se tient en dehors de 1a grille qm 'ferme !ta -chapelle.
Saim Philippe baptisant l^euwuqtre de ta reine Gandace; Saint François Xavier, apôtre desïnées et du Japon, baptisant des infidèles et des gentils, 'forment^ sujet de ces deux compositions : saint Philippe, qu'il -ne fatrt pas confondre avec l'apôtre de ce mora, JftitlMra des sepfc premiers diacres etow&is -parles apôtres; Mprêcfoa rÉvangfle à Samarie «e* mourut à €ésarée,tm ses quatre filles vielles prophétisaient.
L'action la plus connue de sa vie est celle représentée par l'artiste, à qui elle offrait un thème des plus pittoresques et tout à fait approprié à sa nature. On sait que l'eunuque, rencontrant Philippe sur sa route, fut tout à coup frappé de la grâce, descendit de son char et demanda le baptême. L'eunuque de la reine d'Ethiopie est entré dans le fleuve jusqu'à mi-jambe et s'incline avec une attitude pleine de respect et de foi dans l'eau régénératrice que le saint, placé à côté de lui, répand sur son front. C'est le baptême primitif; un fleuve sert de cuve baptismale, la main puise au courant et les palmiers de la rive remplacent les colonnes de l'église. Ce fut ainsi que saint Jean ondoya le Christ. Le saint, dont les traits mâles et caractérisés annoncent le robuste travailleur évangélique, l'infatigable pêcheur d'hommes, lève au ciel des yeux illuminés d'un rayon divin ; une draperie large et souple enveloppe son corps et contraste avec le torse nu du néophyte. — Sur le bord du fleuve est arrêté le char, dont un jeune écuyer tient les chevaux en bride. — Ces chevaux, dont le harnachement rappelle celui des attelages ninivites, ont des chanfreins, des têtières et des colliers ornés de houppes d'or d'une magnificence orientale ; leurs têtes superbes secouent avec fierté ces espèces de mitres qui leur donnent l'air de prêtres égyptiens coiffés du pschent ; des reflets argentés moirent leur pelage soyeux. V. Théodore Chassériau, qualité rare chez un peintre d'histoire, connaît à fond le cheval, et lorsque les convenances du sujet lui permettent d'en introduire dans une composition, il sait toujours en tirer un bon parti. Le cocher se
penche en avant avec un mouvement plein de naturel pour regarder la scène dont le sens lui échappe et qui l'étonné plus qu'elle ne l'édifie. Une femme, nonchalamment soulevée sur le coude, laisse errer ses yeux nonchalants sans prendre intérêt à ce qui se passe ; son costume bizarrement splendide, ses paupières teintes de henné, les bracelets qui jouent autour de ses poignets, indiquent le luxe du sérail et font comprendre les fonctions du nouveau converti. Derrière elle une négresse tient élevé un parasol d'une forme conique et singulière dont l'analogue se retrouverait dans les basreliefs assyriens. — Une des originalités de M. Chassériau est la compréhension profonde de ces types exotiques; Tantique Orient, avec ses races bigarrées, lui est familier, et il . rend à merveille les différences caractéristiques. — Au sentiment de la beauté grecque, il joint celui de la beauté asiatique, comme si, formé à l'école d'Athènes ou de Sicyone, il avait longtemps habité Sardes, Éphèse, Milet ou Suse ; ses voyages dans l'Afrique française n'ont fait que confirmer cette disposition naturelle chez lui; aussi ce sujet convenait-il on ne peut mieux à son talent.
Le saint François Xavier, apôtre du Japon et des Indes, avait pour lui le même mérite, et il y a non moins réussi : *e saint est entouré d'échantillons habilement contrastés des races étranges qu'il convertit à la foi du Christ. Une négresse, un soldat, une mère indienne tendant ses bras chargés d'un petit enfant, et plusieurs autres figures d'Indous et de Japonais dans des poses de recueillement et d'adoration, forment un premier plan dominé par le saint debout au
milieu de ecJtte forte agenouillée ; m *ête, «tatade de ferveur, enfiévrée d'extase, «acérée de pénitence, spiritnalkée jusqu'au déoharnement, vxmles imeiMfeures têtes ascétiques de Murillo et de Zuvharan; saint François Xavier verse sur le eràue rasé du guerrier barbare l'eau d'une iroveite qu'M % prise d'un plateau d'argent tenu par on jeune acolyte d'une physionomie ingénue et (naïve, où respire la foi la pkisentière. Au femd,oinmoroeaiDi»gîû, »u*ea|Hicb©nëerDi^ai9sé, comme s'il cherchait l'ombre dit okutoe «sons cet ardent soleil des Indes, forte haut d'étendard catholique, vn grand crucifix d'argent dont la poinle forme le sommet de oette pyramide de figures heureusement groupées.
Les deux tableaux ont le môme sens : l'admission des gentils convertis et régénérés dans le sein de l'Église; mais le ipremier représente Je .christianisme primitif, dont la morale existe déjà tout entière sans que les rites «ment encore filés, ici l'eau sainte tombe delà main creusée -en coupe; là, d'un vase ciselé et de métal précieux; le cérémonial s'est ajouté au dogme si la pensée est restée toujours la môçse : ces idées se comprennent mieux que nous ne les espromims devant ces peintures remarquables où M. Théodore «Ghassértaa a su conserver la sévérité religieuse sans sacrifier oie* des ressources de l'art moderne, car, si la convenanoe indique, dans «ne église byzantine ou gothique, de «'astreindre à certaines formes archaïques pour rester en harmonie avec 4e style de l'édifice, la -construction relativement récente «de Saint-ifcoeh permettait au peintre de restar ftu-Hmême -et de oeipas se vieillir.
?E*NTUÏIES ttUflÀifS. toi
Le swnt Philippe et \e saint f FraiïçoÈs Xavier Trous paraissent dignes, tfflsme les surpassent, du Christ au jardin Ses fflivier*, en Sommeil des np&tres, de la chapelle de Saiwte- Marw^Egyptiewne, de 'T'eseaf ter du Conseil d'Étaft et des a«tres peintures religieuses cru monumentales de M. Chasséfhih ; it h »pris dans la conduite de ces grandes pages aine ampleur, «ne solidité et une élévation de style qui ne mii- «ent en Tten à fa eouletrr *€ft au mouvement, et ne lui enlèvent rien de «a délicatesse, comme fa prouvé au dernier 8*l»n son Tepi4nrium de Pompe*.
JI
1A «CHAWBIiLE DE LA VIERGE A L EGLISE NOTRE-DAWE-DE-LORETTE PAR H. VICTOR OR8EC
Victor iJfreel a'a pas tun de ees noms que Ja fonde répète ; il «a vécu (entouré d'un petit groupe d'élèves fervents, en dehors des eoterâee, dans une jsorte de Tbébaïde de veeueit- •kment et d'austérité. De longs séjeius à Rome J'avatart rendu presque étranger à sa propre patrie, et, pendaat quïïl
préparaît patiemment son œuvre, le silence, l'oubli et l'obscurité descendaient sur lui. Le peu qui avait transpiré de sa peinture n'était pas fait pour séduire à une époque où le sens de l'art religieux n'existait pour ainsi dire plus. Figurezvous Overbeck à Paris, au plus fort de la gloire de David, et vous aurez une idée de l'effet que dut produire Victor Orsel avec son dessin ascétique, ses tons pâles, ses fonds d'or et son symbolisme rigoureusement chrétien. — Quelques esprits distingués remarquèrent cet artiste si chaste, si sobre, si pur et d'un sentiment si élevé. Hais ces sympathies restèrent isolées, et le public passa inattentif, sinon hostile, devant ces toiles qu'il méprisait comme gothiques, un mot après lequel il n'y avait plus rien à dire. Tant de froideur et de dédain eussent découragé une vocation moins ferme que celle d'un artiste épris du beau pour lui-même et soutenu par une piété solide. Il pouvait d'ailleurs se consoler en entendant traiter Ingres de barbare et sa peinture de retour aux plates images du quinzième siècle. Ce n'étaient pas des ignorants, mais des critiques de profession qui appréciaient ainsi les œuvres du plus grand maître des temps modernes, alors méconnu. Par bonheur, Victor Orsel se trouvait posséder quelque fortune, sans quoi il eût peut-être plié sous ce double poids de l'indifférence et de la misère. — Grâce à cette position exceptionnelle, il fut dispensé du moins de prostituer à des travaux vulgaires, auxquels d'ailleurs il eût été peu apte, son talent, d'une timidité et d'une délicatesse virginales, et put suivre en paix le plan d'études qu'il s'était proposé.
PEINTURES MURALES. *4ft
Dès l'enfance, Victor Or sel, comme s'il eût été prédestiné à Fart chrétien, fut confié à un ecclésiastique d'un grand mérite, reçut une éducation morale sérieuse, et le sentiment religieux s'enracina profondément dans cette âme tendre. — Sous la direction éclairée de M.Revoil, homme instruite! peintre estimable de l'école lyonnaise, Orsel prit le goût des recherches savantes. Tout jeune, il comparait les livres saints aux monuments figurés de l'Egypte et de la Perse; il en cherchait les rapports et se mettait au niveau de connaissances alors acquises. Aussi H. Cbampollion fut-il émerveillé quand il vit le tableau du Moïse présenté à Pharaon, tableau conçu et terminé avant les musées égyptiens et le déchiffrement des hiéroglyphes, et qu'il n'y trouva rien à changer.
[Le but que voulait atteindr e Orsel, c'était l'expression morale; il commença donc par étudier Lesueur, Poussin, Dominiquin, chez qui la forme n'est que le voile transparent de l'âme, et qui laissent voir plus à découvert l'émotion et Fidéej il notait, dans les rues de Rome, les mouvements naïfs, les physionomies significatives, que ses promenades parmi le peuple le. mettaient à même d'observer ou qu'il pouvait saisir dans des rencontres fortuites; [par une sorte de déduction philosophiquement religieuse, il voulait arriver de l'esprit à la matière, du contenu à l'enveloppé, de l'âme au corps. Il pensait, en pur chrétien, que le sentiment primait la forme, et il s'occupa de la partie psychique de la peinture avant de songer à la partie plastique!
Cependant, comme l'idée doit avoir pour vêtement la
flM LES MÀU*-*RTS «EW «MOPE.
haute, sot» tpmte de *e f» Ôtee perceptible, Viietor^vsel jartajhm 4e fofignes -oomemphrfietis devantes «lampes et lee «loge* d« Vatican pour élever «on style et surprendre tes secieteide la forme assurée «et complète ; de Raphaël 4J passa àjMmigm, à ffietto et aux martres du Gampo^nto de Mse, m (pleins d'onction et de mysticité-, 'en même tomps, il étudiait avec amour d'antiquité gianque, prise à «es 'origines, dans ses ims-netliefs de tombeaux, d'une >grâce si «pow et«i teoehante, où le paganisme s'attendrit presque jusqu'à la ntikaneelie chrétienne ; et comme tante recherche conscien- Motedu fcea* aboutit à l'adoration des ^chefe-d' œuvre 4ke ^antiquité, l'idéal que poursuivait si laborieusement Victor iisel tfut désormais fixé. — Comme il île disait h*Hm£me avec un rare bonheur d'expression, il eût voulu « tcqttiser Mart grec. »
Baçtiser l'art grec, c'est-à-dire mettre l'ème dan» »cette ferme si Mie, si tranquille, si lumineusement eevevne, qui sendrieûMtceesgtble «rus souffrances etamt misfresftumaines, et sews laquelle ces dieux de nmaifare jouissent « de laplé- •ttwdede leur immortalité, >» comme dit 1e grand -poète de Weymer. dette idée offrait d'immenses diffieultés de 'réalisation : les principes de l'art grec <et de l'art chrétien sonrt tellement 'opposés, qu'une fusion semble presque impossible entrerais: ; d'un exahe 4a matière et l'autre la repousse; 4e premier déifie ue que leseeond foule aux pieds. Cependant les merveilleux artistes 4e la renaissance om su donner au Christ la beauté d'Apollon, àitéhovàhBe'lle du^upiter^lympien, à k «Vierge celle 4e foncm ou de Iftnerre, en leur
MMmnwt, ua oamotèfa; religieux; non paa, ùmiMy è'u* asfiéûwne eutaé, eomma les vamçm peintures du* moyen
il. convenait, à llîgjise. triomphante;.
La difCécenee qjiîoiL remaïqu* entifeYkft» flfea»l et ta artiste* diLseiâèiaesiéûlo qui s' û^^ GhafiMT«Miv©e
de l'antiquité est celle des bas-reliefs d'Égine aux métope du ParthéûûûJPetsuadé que glus le& former de, L'art sont primitives plus elles se rapprochent de la rigidité du. dogart, ilia cherché Les ligue» simples r les contours ac»âtas„la^attitude&uuipeu roides et l'aspect archaïque des vieux.seul§teu» grecs» La^ chapelle de. la Vierge, à«Notre^Dame-dô»Leset4e,,a founoi au. peintre une heureuse, occasion d'appliquer 00e théomesjbet, important travail, a usé les dernièresannées de sa vie», et il est mont laissant quelqMe&pannaaux.vida&qf»l ont été achevés pieusement sur ses cartons ou d'après, sou tcacé par des. élèves, fidèles»
Lorsque F artiste obtint sa. 'chapelleries, sujets historiques de la vie de la Vierge, étalent déjà pris par les. peintres ebarvgf s de décorer la. nef et le chœur ; il y av-aii de quoi, embarrasser un esprit moins profondément imbu.de latpoasiedu catholicisme et du parfum, myatique des légendes sacrées. A cette, chapelle consacrée spécialement à Marie, Victor Orsel fa, chanter les litanies de. la Vierge, hymne peinte qui ua ^.interrompt jamais et déroula ses versets sur les pieds droits, les pendentifs* les pénétrations, et monte connue un cb^thme.liturgique.versfleti'one de la mère du. Sauveur.
Chaque appellation des litanies, cet. adorable poème* ou
le dévot semble s'endormir dans son extase comme un derviche tourneur, sous l'incantation des épithètes accumulées, a fourni au peintre le thème d'un tableau, ou d'un caisson, ou d'un ornement, car rien n'est donné au hasard dans cette œuvre religieusement consciencieuse, et le moindre détail se rattache au sens général par un symbolisme ingénieux et neuf.
Les demi-coupoles et les archivoltes, recouvertes d'un fond d'or, représentent, parleur éclat et leur hauteur, comme la région céleste de la composition. Là, Victor Orsel a placé les scènes diverses ayant trait à l'apothéose de la Vierge. La mère du Sauveur, la reine du ciel, la reine des martyrs, la reine des vierges, la reine des patriarches, se détachent sur une mosaïque dorée comme on en voit encore aux basiliques primitives qui n'ont pas subi le sacrilège d'une restauraration inintelligente. C'est dans l'atmosphère d'or de la lumière divine que Marie tient son fils sur ses genoux, écoute les litanies des anges agenouillés, présente la croix aux chrétiens entre l'ange Gabriel , messager de rédemption, et l'archange Michel rengainant son glaive inutile, puisque le démon est vaincu ; sourit tristement aux martyrs dont ses souffrances sous l'arbre de douleurs ont dépassé les supplices; pose la couronne d'immortalité sur le front de sainte Catherine, accompagnée de sainte Agnès et de sainte Geneviève, et montré l'enfant Jésus aux patriarches, qui du fond des limbes tendaient les bras vers le Messie.
Les pendentifs sont occupés par les sujets suivants, aussi tirés des litanies: le Salut des Malades, la Consolation des
Affligés, le Secours des Chrétiens, le Hefuge des Pécheurs, pieuses dénominations dramatisées'avec l'art le plus ingénieux. Salus infirmorum : la Vierge tenant l'Enfant divin dans ses mains vient au secours d'un malade, à la prière d'une jeune fille; Jésus donne sa bénédiction au grabataire; la mort s 1 enfuit et la confiance, apportant le calice et l'hostie, arrive près du moribond. Consolatrix afflictorum : la Vierge présentant une branche d'olivier, symbole de paix, à la femme et à la fille d'un martyr pleurant sur un tombeau. Le deuil s'éloigne, la consolation suit l'apparition divine. Auxilium christianorum, la Vierge écrase du pied la tête du serpent et rassure les chrétiens; — l'hérésie et l'islamisme prennent la fuite. — Cette appellation fut ajoutée aux litanies à l'occasion de la bataille de Lépante. Refugium peccatorum : la Vierge protège contre les démons du libertinage et de l'avarice une jeune fille qui a prévariqué, et un homme dont la bourse et le poignard marquent le crime. Ils ne se sont pas réfugiés en vain sous le manteau de la mère d'indulgence.
Les figures de ces sujets sont de grandeur naturelle, d'un ton mat, clair et doux, qui rappelle l'aspect de la peinture à l'eau d'oeuf ou de la fresque comme la pratiquaient Giotto, Orcagna, Bennozo Gozzoli et les maîtres primitifs. Victor Orsel n'a pas cherché le trompe-l'œil, la profondeur et les illusions de la perspective et du raccourci. Il s'est tenu au méplat, simplifiant les lignes, élaguant les détails, de sorte que son œuvre habille la chapelle qu'elle décore comme une tapisserie ancienne aux nuances un peu passées envelop- . ". 15
pan* avec respect l 'architecture sans y faire de trous et sans en déranger les aplombs. C'est un parti que devraient adopter tous ceux qui exécutent des peintures murales : le pinceau y perd sans doute quelques ressources, mais la décoration y gagne en assiette, et en gravité.
Les pieds-droits renferment dans des panneaux, des cartouches, des médaillons de dimensions plus restreintes, les autres dénominations des litanies, la Tour d'ivoire, la Rose mystique, l'Étoile du matin, r Arche d'alliance, la Tour de David, le Miroir de justice, la Maison d'or, le Trône de sagesse, symbolisés de la façon la plus spirituellement chrétteone, et avec une science de l'antiquité sacrée que peu d'artistes ont possédée à ce point : l'érudition la mieux informée ne trouverait rien à reprendre à ces restaurations hébraïques.
Une foule d'anges, de saints, de confesseurs, de prophètes et d'apôtres, répondant à chacune des cpithétes de la litanie, s'étagent sur les faces extérieures et intérieures des pieds-droits. Nous avons remarqué, parmi les autres, saint Paul secouant dans la flamme la vipère attachée à sa main, symbole du démon repoussé dans l'enfer; la mère des Machabées, Niobé juive, ayant à ses pieds les sept têtes coupées de ses fils, d'une grande beauté de conception et d'exécution, et des figures d'Anges, de Puissances et de Séraphins d'une suavité toute céleste. Les personnages symboliques en grisaille ont une grandeur vraiment sculpturale et feraient de superbes bas-reliefs.
Ces différentes compositions 9ont reliées entre elles par
des ornements d'un goût exquis et d'une invention trèsheureuse, tirés du symbolisme sacré : ce sont des étoiles, des sphères, des trônes, des enlacements de lis, des guirlandes de lierre, des rameaux d'olivier, des branches de pin, des festons de vigne, ayant leur signification mystique appropriée au sujet qu'ils encadrent. Ces arabesques qui concourent au sens général de l'œuvre sont exécutées avec cette perfection qu'on admire dans les missels à miniature du moyen âge.
Victor Orsel a passé seize années à ce travail, qui sera son plus beau titre de gloire, peu compris, souvent raillé et n'ayant de consolation que l'admiration de quelques disciples devenus ses amis. Pour le mener à bien, il entama son patrimoine avec un désintéressement rare, et dont sans doute il lui sera tenu compte là-haut; Orsel nous représente un de ces artistes pieux des premiers temps du christianisme qui peignaient avec des formes grecques des sujets de la Bible et de l'Evangile au-dessus des autels et des tombeaux de martyrs, sous les voûtes obscures des catacombes ébranlées par le passage des triomphes romains. — Nous ne saurions trouver une plus fidèle image de son talent et de sa vie. — La crypte ouverte à la lumière du ciel, les curieux sont tout surpris de trouver dans des symboles de dévotion le pur souvenir de la Grèce antique, et s'ils ne croient pas, du moins ils admirent.