P. FLANDRIN — SALTZMANN DE CURZOH
BERCHERE — J. THIERRY — LAVIELLE — LAFAGB — NASOlf VILLIAMS — - WYLD — ZIEM
L'exposition de M. Paul Huet est très-brillante ; son œuvre s'y résume par quelques-unes de ses toiles les mieux réussies. M. Paul Huet représente dans le paysage le côté romantique, et il a eu son influence au temps de la grande révolution pittoresque de 1830. — Un des premiers il s'est inspiré, tout en gardant son sentiment particulier, de Gainsborough, Constable et autres naturistes d'au delà du détroit, et il a fait exprimer à l'huile les limpidités, les vapeurs, les transparences de l'aquarelle anglaise. Sa manière de concevoir le paysage est très-poétique, et se rapproche un peu des décorations d'opéra par la largeur des masses; la profondeur de la perspective et la magie de la lumière ; il excelle à rendre les intérieurs de forêt, dont les grands arbres se réfléchissent dans des eaux vertes et dormantes, à pencher le feuillage bleu des saules sur quelque lac étoile
de cygnes, à faire lever ou coucher le soleil derrière des brumes tour à tour argentées et incandescentes; ses ciels sont toujours éventés de brises, ses feuillages pénétrés de fraîcheur, ses lointains baignés d'atmosphère : sans doute, d'autres ont serré la vérité de plus près, mieux rendu les détails, mais nul n'a saisi comme lui la physionomie générale d'un site, et n'en a fait ressortir avec autant d'intelligence l'expression heureuse ou mélancolique. — On devine, à voir ses toiles, un peintre imbu de la lecture des poètes, et qui rêve devant la nature à la strophe de Lamartine ou an sonnet de Wordsworih.
Ce n'est pas que H. Paul Huet ne sache être réel lorsqu'il le veut : V Inondation à Saint-Cloud est là pour le témoigner. La Seine débordée a envahi la chaussée, et ses flots jaunes courent en tourbillons limoneux dans les allées basses du parc, baignant les voitures jusqu'au moyeu ; les arbres prennent Un bain de pied et découpent leurs cimes chauves, où l'automne n'a laissé que quelques feuilles rousses, sur un ciel gros de pluie, encombré de nuages bleuâtres. Au fond, l'on aperçoit l'autre rive qu'éclaire une zone de lumière livide; il était difficile de mieux rendre la lumière blafarde, l'eau terreuse, les branchages rouilles, et l'aspect étrange et désolé de l'inondation. Le Soleil couchant a un ciel comme H. Paul Huet sait les faire, inondé d'air, rutilant d'or et de pourpre, sans tomber dans ces excès de cinabre et de mine orange auxquels se livrent de moins fins coloristes pour exprimer cette heure splendide. Le Calme du matin se distingue par la sérénité limpide de
la couleur; la nature s'éveille aux premières lueurs de l'aube, reposée et fraîche comme une jeune fille qui entrouvre les rideaux de gaze do son lit. La rosée nocturne s'évapore, les eaux fument comme des encensoirs, les brumes matinales s'envolent, et les prés étincellent sous les réseaux des fils de la Vierge. — On retrouve dans le Fourré de forêt cette densité touffue, cette luxariance de frondaison, cette fraîcheur opaque (frigus opacum) dont l'artiste a le secret. Les mélancolies d'octobre assombrissent la Soirée d'Automne, tandis que le soleil brille joyeusement de son éclat méridional dans les Environs d'Antibes: le Marais s'endort paresseusement sous son manteau de joncs, de roseaux et de sagittaires, et ses eaux plombées^ miroitantes par place, reproduisent un ciel gris et brumeux; quelle bonne halte pour les sarcelles, les canards et les hérons !
M. Français a pu faire impunément le voyage d'Italie. La vue de ces grands horizons, de ces terrains rouges mamelonnés de chênes verts, de ces collines sculptées dans le marbre, de ces herbages d'où se soulèvent les buffles cuirassés de vase, n'a pas troublé son œil à tout jamais. Heureux homme! la malaria du style ne l'a pas atteint; sans doute son nom le protégeait, et au retour de Rome il a su peindre encore les paysages de France. Le Sentier dans les blés n'a rien de poussinesque; d'un côté, une tranche de blés mûrs; piqués de bluets et de coquelicots; de l'autre, un revers de fossé ombragé de quelques touffes de buissons,au milieu, le sentier; par-dessus, un ciel taché de deux ou trois" gros nuages qui font se hâter le moissonneur. — Rien
n'est moins historique; mais quel accent de nature! quelle touche libre et franche, sans négligence et sans minutie! Le Souvenir d'Italie se fait remarquer par la simplicité de la ligne et la largeur de l'effet. — Un coteau, derrière lequel s'éteint le soir, découpe sur le ciel son arête que bossellent deux arbres sombres; son flanc est rayé d'une route que suit un voyageur à cheval. Comme couleur, la Fin de l'hiver est peut-être ce que M. Français a fait de plus ardent et de plus riche; un soleil rougeâtre scintille dans les braises des nuées, à travers des arbres encore privés de feuilles, et sème de paillettes étincelantes une eau où des pêcheurs plongent leurs filets.
Nous aimons beaucoup la Vue prise au ravin de Nepi, près de Rome. L'on se figure d'ordinaire les pays chauds incendiés de tons flamboyants; c'est une erreur : l'intensité de la lumière décolore les horizons, découpe les lignes, donne des nuances bleues aux ombres et fait paraître presque blancs les objets éclairés; c'est ce qu'a parfaitement compris M. Français : cette eau encadrée de collines d'un gris d'ardoise, et rayée comme une vitre par un diamant d'un mince filet argenté, ces feuillages noirs et ce ciel de plomb rendent avec une vérité extrême, malgré leur froideur apparente, l'heure embrasée de midi aux plus chauds jours d'un été romain. Souvent les paysagistes ne savent pas faire les figures ; pour ne citer qu'up exemple illustre, Claude Lorrain empruntait le pinceau ami de Paul Brill pour animer ses tableaux. H. Français n'en est pas réduit là. Le Paysan rabattant sa faux montre qu'il en sait
aussi long qu'Adolphe Létaux, Hédouin, Millet, Brion ou tout autre rustique : la pose est naïve, le geste vrai et la couleur charmante.
Ne pouvant rendre compte de toutes les toiles de M. Jules André, qui en a exposé quatre, nous choisissons le Pont du Tatiron, sur le Torrion, près de Bourganeuf; — la rivière serpente au milieu du paysage en s'enfonçant à l'horizon avec une fluidité rare et une étonnante illusion de perspective aérienne: au premier plan, sur chaque rive, se dressent quelques bouleaux au tronc satiné, feuilles et peints à merveille; au delà, la plaine se déroule lumineusement sous un ciel clair, et le pont enjambe la rivière de ses arches chancelantes. Il y a beaucoup d'air et d'espace dans ce cadre.
M. Fiers a eu l'ingénieuse idée de symboliser les quatre saisons, non pas comme les faiseurs d'impostes, au moyen de figures allégoriques, mais, ce qui est bien plus naturel, par quatre paysages indiquant le printemps, Tété, l'automne et l'hiver; les amandiers fleuris, les blés mûrs, les feuillages jaunissants, la neige, ne sont- ils pas aussi significatifs et plus neufs que Flore, Cérès, Pomone, et ce vieux qui se chauffe la main à un feu de marbre?
Nous retrouvons dans les onze toiles de M. Paul Fiandrin : Montagnes de la Sabine, une Nymphée, Gorges de V Atlas, la Lutte, Bords du Gardon, Solitude, Paysage, les Tireurs d'arc, Vallée de Montmorency, le Verger, Paysage, toutes le&qualités sobres et sérieuses du maître.
Quoiqu'il n'étudie pas la nature d'assez près, et que trop souvent la convention dirige son pinceau, nous aimons le
talent de M. Paul Flandrin : s'il n'est pas toujours vrai, il n'est jamais commun. Ses paysages ont quelque chose delégant, de poétique, de littéraire; ses arbres manquent peut-être de sève, mais ils ont leurs racines dans l'antiquité ot Ton sent que les bergers de Téglogue ont lutté sous leurs rameaux en strophes alternées : ce sont des êtres érudits qui ont fait leurs classes et se souviennent de Tityre ; n'est-ce donc rien que la noblesse, le choix, le goût? Sans doute, il suffit d'aller se planter devant un bouquet de chênes ou de châtaigniers, et de le copier juste; mais pourquoi ne pas admettre aussi la composition, le style, l'arrangement? pourquoi ne pas encadrer des rêves antiques dans des sites idéalisés? La noblesse, la distinction, sont les qualités de H. Paul Flandrin. Malheureusement ses paysages, avec leurs masses de verdure sombre, ont l'air d'être vus au miroir noir ; la touche est mince, et le manque d'épaisseur dé la pâte leur donne l'aspect de peintures sur porcelaine.
On peut rattacher encore M. 6. Saltzmann à l'école des stylistes, bien qu'il ne dédaigne pas la couleur. Les Tom- , beaux étrangers dans les environs de Nepi offrent des lignes sévères, une certaine recherche antique; mais ils sont peints avec une Solidité et une vigueur qui rappellent les procédés, de Decamps. Quels ossements recouvrent ces énormes pierres pareilles à des dolmens celtiques, et dont les fissures ont donné naissance à de grands arbres? des Pélasges, des Étrusques, des Galates? On ne sait. — Il suffit que le site ait une majesté mystérieuse.; l'artiste nest pas si curieux que l'antiquaire. Le Souvenir de Provence joint à
un dessin sévère une couleur chaude et lumineuse.
Lui aussi, H. de Curzon, semble rêver l'alliance de l'idéal et de la nature; son Démocrite témoigne d'une préoccupation du Poussin qui ne saurait être nuisible au jeune artiste, car il est historique par tempérament; il n'accepte pas les arbres comme ils se présentent; il leur donne du style, de l'élégance, de la noblesse, et il doit professer pour la végétation de la banlieue un dédain tout aristocratique ; il va demander à la Grèce, où nous l'avons rencontré, de plus hautes inspirations. Sa Vue de V Acropole prise du Virée nous a remis en mémoire cette matinée, une des plus belles de notre vie, ou, du tillac du bateau à vapeur autrichien, nous aperçûmes la silhouette ébréchée du Parthénon, dorée par un rayon de soleil, entre le Parnès et l'Hymette. M. de Curzon a très-bien rendu les lignes magnifiques de ces terrains, qu'on croirait modelés par Phidias. Gomme s'il ne pouvait se rassasier de cette scène admirable, le jeune artiste a peint une autre Vue de la Citadelle d'Athènes prise de Vllissus; les superbes colonnes du temple de Jupiter, la porte d'Adrien, forment les premiers plans, et au fond s'élève le Rocher sacré. — Les Bords du Céphise prouvent encore l'amour de M. de Curzon pour cette noble terre, berceau et tombe du beau !
L'Orient n'est pas représenté à cette Exposition par un aussi grand nombre de croyants qu'à l'ordinaire : la caravane, sans doute, n'a pu arriver à l'ouverture du Salon ; cependant, voici M. Berchère qui nous apporte une Vue prise à Matarieh t aux environs du Caire. Une lumière
éblouissante crible le feuillage métallique des caroubiers, et sème le sable jaune de rayons semblables à des pièces d'or; c'est là que, selon la tradition du pays, fit halte la sainte famille. Avis aux peintres qui voudront faire de la couleur locale ; ils pourront consulter comme document le tableau de M. Berchère.
Nous ne pensons pas que M. J. Thierry se soit jamais juché sur la haute selle d'un dromadaire, ce qui n'empêche pas la Route des Caravanes de poudroyer sous l'ardent soleil du désert avec une vérité toute locale. — Adrien Guignet n'avait pas vu l'Egypte, et cependant, qui Ta peinte plus exactement que lui? L'œil de l'âme, chez quelques natures privilégiées, voit aussi juste que l'œil de la chair. La Lisière de forêt, quoique M. J. Thierry ait pu l'étudier sur place, n'est à coup sûr pas plus réelle que ces sables blancs où l'artiste n'a pas laissé la trace fugitive de son pied. Puisque nous en sommes à M. Thierry, disons quelques mots de sa Ronde du guet ramassant un homme ivre. La scène rappelle un peu par sa disposition la Mort de Valentin, par Delacroix. Le groupe nocturne est pittoresquement éclairé, et le fond, composé de maisons moyen âge aux pignons aigus, aux toits denticulés, aux étages surplombants, montre une science de perspective et d'effet qui trahit dans l'artiste un de nos premiers décorateurs de théâtre.
Nous nous sommes souvent étonné que les peintres de paysages n'aient pas demandé à la nature d'hiver des aspects nouveaux. On dirait que pour eux tout finit à l'automne. Lorsque la dernière feuille tombe;, ils referment
leur boite et rentrent à la ville ; la campagne est cependant encore bien belle pendant cette saison, en apparence déshéritée, où les prairies et les arbres déposent leur verte parure. M. Lavieile paraît être de notre avis ; il aime à profiler sur un ciel gris le squelette menu des ormes et des bouleaux, à dessiner les pas étoiles des corbeaux sur la nappe blanche de la neige : c'est ainsi qu'il a peint, au mois de janvier, ce Barbizon où les peintres vont par bandes étudier au mois de juin. Il y est resté malgré les frimas, et il a fait un bon tableau. Nous en dirons autant de M. Lafage; sa meilleure toile est certes cette longue allée d'arbres dépouillés où sautillent des pies; l'effet est original et vous transporte bien au milieu des bots à la fin de novembre.
H. Nason a peint un Troupeau de dindons au milieu d'un champ coupé d'un mur contre lequel s'appuie la din~ donnière; eh bien, ce motif si vulgaire est rendu avec tant d'esprit, qu'on s'arrête devant ce troupeau stupide et qu'on le regarde longtemps.
Pour finir cette revue, citons 10! . Lambinet, La pierre, Desjobert, Bodmer, Pron, Brissot de Varville, Leroy, Brest, Wagrez, qui tous ont fait preuve de talent, et dont nous regrettons de ne pouvoir apprécier les œuvres une à une.
La marine se rattache au paysage au moins par la rive, et nous placerons ici MM. Williams Wyld et Ziecn, qui continuent à courir en gondole sur les canaux et les lagunes de Venise avec un talent toujours égal: La Régate au seizième siède est un des tableaux tes plus importants de H .Wyld : la mer est couverte de gondoles, de barques et
de vaisseaux pavoises; à droite, le palais du doge élève sa façade rose; au fond, s'arrondissent les coupoles blanches de Santa-Maria-della-Salute. Cela brille et fourmille d'une façon extraordinaire. Le Grand Canal, les Environs de Rtnne, le Château d'Heidelberg, sont des choses charmantes. M. Zeim a fait une Fête à Venise flamboyante comme une queue de paon : le ciel resplendit, l'eau scintille en écailles lumineuses; les banderoles se déroulent avec des frissons de soie, et les barques traînent dans la mer les beaux tapis de Perte.
MM. WIHTKXHALTEA — ED. DUBUFE — RICARD — RODAKOWSKY AMAURY-DUYAL — PÉRIGHOH
Les Anglais ont eu de tout temps des peintres de high life consacrant leurs pinceaux à la représentation des individualités aristocratiques. Quand leur île ne leur en fournissait pas, ils faisaient venir du continent des maîtres célèbres, tels que Holbein et Yan Dyck, dont les ouvrages peuplent les galeries des palais et des manoirs. Plus tard parurent Lesly,
iU LES BEAUX-ARTS EN EUROPE.
Reynolds et enfin sir Thomas Lawrence, le plus faahionable, le plus homme du monde, le plus élégant de tous. Aujourd'hui, Grant, Hayter, Macnee, Boxait et plusieurs autres continuent cette tradition ; ils savent allier une ressemblance suffisante 'aux exigences de la mode, et conservent avant tout à leurs modèles l'air comme il faut; leurs portraits de ladies seraient reçus dans les salons les plus exclusifs; ces vignettes de livres**?/* beauties se présentent admirablement, font bouffer le satin de leur jupe, tournent du doigt le bout de leurs spirales lustrées, remontent l'épaulette de leur corsage et s'asseyent avec une nonchalance dédaigneuse sur un fauteuil à pieds dorés, près d'une console rocaille ou d'une colonne qu'enveloppe un rideau de pourpre. L'ombre ose à peine effleurer leurs carnations de nacre de perle, leurs teintes de rose pétries avec du lait ; autour d'elles les étoffes miroitent opulemment, les bijoux scintillent de tous leurs feux, les dentelles" palpitent comme des ailes de colombe, l'hermine ducale étend sa neige mouchetée de noires virgules; elles baignent dans l'atmosphère dorée des hautes sphères; l'orgueil de la race et du luxe respire à travers leur grâce, dans leurs prunelles d'azur et sur leurs lèvres de cerise, que plisse le sneer anglais.
Certes, il y aurait beaucoup à dire, au point de vue de l'art sérieux, sur ces charmantes et frivoles représentations mondaines; un critique chagrin pourrait y reprendre des anatomies impossibles, des yeux trop grands, des bouches trop petites, des extrémités effilées outre mesure, un coloris fardé, un papillotage fatigant. Mais pourquoi le monde de
l'élégance n'aurait-il pas aussi son idéal en dehors de Tantique et des types éternels de beauté? La Vénus de Milo habillée paraîtrait singulièrement lourde dans un drawing room à Buckinham-Palace ou à un bal des Tuileries, eûtelle même retrouvé ses bras.
La France a toujours été moins romantique que l'Angleterre. — L'art des Grecs et des Romains lui sert de prototype, et les peintres de notre pays ont dé la répugnance pour représenter les physionomies, les mœurs et les costumes de leur temps. — Lorsqu'ils font des portraits de femme, ils tâchent de les ramener autant que possible à leur idéal, et les ajustent en camée ou eu médaille. Nos modes féminines sont pourtant charmantes, et il ne serait pas difficile d'en tirer bon parti ; malheureusement la draperie prévaut encore sur la robe, et les bandelettes antiques sur les chapeaux de Baudrand ou de Lucy Hocquet ; Paris n'a pas comme Londres des peintres fashionables, par suite de cet esprit classique ; on a d'ailleurs ici un dédain profond pour le gracieux, le joli, l'élégant : tout le monde veut être sublime.
Ces réflexions nous sont suggérées par le grand tableau de M. Winterhalter, Y Impératrice entourée de ses dames d'honneur. M. Winterhalter a toujours cherché la grâce, et il l'a souvent trouvée ; sa manière coquette et brillante se rapproche de celle des peintres anglais dont nous parlions tout à l'heure. SorkDécaméron y quoique les qualités sévères de l'art y manquassent, avait un charme qu'on ne peut nier ; ce charme existe avec les mêmes défauts dans la toile qu'il a exposée cette année, et qui est une de ses plus importantes : h. *
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l'Impératrice, au milieu d'un paysage épanoui «et fleuri, forme le camée d'un bracelet de femmes posé sur un gazon de velours comme sur un écria; elle occupe le centre de la composition, et préside avec une majesté affable et pleine de grâce le cercle groupé à ses pieds en des attitudes d'un abandon respectueux.. C'eût été un sujet admirable pour un coloriste que cette guirlande de jeunes femmes assises ou penchées daos leurs riches toilettes parmi l'herbe et les fleurs; mais, peut-être un peu trop préoccupé de 1 élégance, M. Winterhalter n'a pas tiré tout le parti possible de ces étoffes aux nuances fraîches et claires, de ces chairs satinées, .de ces chevelures brunes ou blondes ; il n'a pas donné assez de souplesse aux plis, assez de solidité -aux tons; ii a fait abus du luisant et de la transparence. Gravé, son tableau produirait une estampe charmante ; le burin lut prêterait de l'harmonie ; — c'est, une ressemblance de plus qu'a l'artiste avec les Anglais, dont les œuvres doivent tant aux Finden, aux Cousins et aux Robinson. Le portrait de l'Impératrice de forme ovale „ est ainsi devenu populaire.
M. Edouard Dubufe, dont nous n'avons pas-oublié le charmant portrait de femme en rose exposé au Salon de 1850-51 , sacrifie, lui aussi, aux grâces mondaines : si les artistes lui reprochent l'afféterie et le maniérisme, assurément ses modèles ne se plaignent pas de lui ; il est frais, soyeux, transparent; sous son pinceau, toute ride et toute fatigue disparaissent : il fait joli; — il vaudrait mieux faire beau; mais c'est toujours cela. Nous ne pouvons juger de la ressemblance de «es portraits, ne connaissant pas les originaux ; seulement
nous voyons des tètes gracieusement souriantes, des étoffes aux reflets miroitants, des fonds d'une riche fantaisie; et notre œil est séduit, s'il n'est pas convaincu.
Nous avons salué dans H. Ricard un petit-fils de Van Dyck : ce n'est pas un imitateur, c'est un descendant du peintre qui a laissé tant de chefs-d'œuvre à Windsor et à Gênes. M. Ricard fait le portrait en artiste et en maître, et ses cadres pourraient figurer aux galeries anciennes sans désavantage; il a une couleur exquisement vieillie, sur laquelle le temps semble avoir déjà mis sa patine, et qui, empêchant ses portraits d'être trop crûment actuels, en fait des tableaux que tout le monde regarde avec intérêt. Celui de madame A. S. est une chose magnifique : la tête a une puissance de relief extraordinaire ; l'œil étincelle, la narine respire, là bouche va s'ouvrir et parler; et quel ton splendide ï quelle fleur de vie ! comme la lumière joue dans ces beaux cheveux ondes, sur cette poitrine superbe et ces mains fines noyées dans les soies d'un bichon de la Havane ! quel goût romanesque et bizarre d'ajustement dans cette robe noire aux crevés cerise, qui rappelle les toilettes des portraits de Bronzino!
N'y a-t-il pas quelque chose de mystérieux et de profond dans cette tête de madame *** qui fait penser à la Joconde de Léonard de Vinci 1 L'œil est noir comme la nuit, la bouche semble fermer son pli sur un secret railleur que l'on voudrait deviner, mais en vain; les cheveux glissent silencieusement en bandeaux sombres le long d'un 'front d'ivoire qui renferme une pensée impénétrable. Madame la comtesse ***, dont la blancheur hyperboréeone a été célébrée par les poêles
d'Allemagne et de France, et qui est sans doute une de ces femmes-cygnes des légendes du Nord, offrait à M. Ricard une occasion de tons laiteux, opalins, nacrés, dont il a profité en coloriste consommé qu'il est. Tout est blanc ; aux joues seulement, deux petites taches roses, comme le reflet du soleil de minuit sur la neige du pôle. Nous aimons beaucoup le portrait de M. Chenavard, l'auteur des cartons du Panthéon. C'est une belle tête fine et songeuse de philosophe antique, peinte avec une grande largeur. M. P*** sort de la , toile, tant la lumière rayonne vivement sur son front poli.
Le portrait du général Dembinski, de H. Rodakowski, produisit une grande sensation au Salon de 1852, et on l'admire encore beaucoup maintenant; ce vieux général, avec son teint hâté et sa moustache blanche, méditant quelque plan de bataille sous sa tente, avait un accent superbe et une fierté toute magistrale ; cela sortait de la facture des portraits ordinaires et s'élevait aux sévères conditions de l'histoire. Quelle simplicité et quelle vérité dans cette figure de femme âgée, croisant sur sa robe noire des mains si souples, si moites, si vivantes! quelle fine couleur blonde martelée çà et là de tons vermeils! quelle pénétrante bonhomie d'expression! quelle intimité cordiale de ressemblance! — Les Flamands ni les Hollandais n'ont rien fait de mieux. Le portrait de M. Villot, conservateur du Musée, est excellent.
Est-ce une épigramme contre la Tragédie qu'a voulu faire M. Amaury-Duval en représentant mademoiselle Rachel sous des couleurs si pâles, avec un aspect si mort, au milieu d'un intérieur pompéien, couvert encore de la cendre grise de
l'éruption? — Certes la Tragédie est sobre de tons, elle ad* met à peine la tache noire des prunelles dans son masque de marbre; cependant l'artiste aurait bien pu hasarder quelques nuances plus vives. Il a vraiment outré le sérieux et la solennité de la chose ; mais, lorsque les yeux se sont accoutumés à cette gamme volontairement éteinte, on admire la noblesse et la pureté du dessin, le modelé si délicat dans son relief effacé, le goût parfait de rajustement, la science archaïque des détails, toutes les qualités fines et sévères du maître. — Le portrait de M. L. B. nous semble jusqu'ici le chef-d'œuvre de M. Amaury-Duval. Avec quelle fermeté précise se découpe ce noble profil, et quelles admirables mains se croisent sur cette robe d'un bleu si vif et si hardi! — M. *** est une merveilleuse étude de vieillard; on a rarement rendu avec plus de conscience et de vérité les rides, les méplats, les dépressions et les ravages de la sénilité.
Nous ne parlons pas ici des quatre dessins Redemptio, Verbum, Misericordia, Humanitas, cartons d'un fragment des peintures murales exécutées à fresque dans l'église de Saint-Germain-en-Laye, nous réservant de faire plus tard un article séparé sur ce travail, un des plus importants qu'un artiste français ait entrepris, et que nous suivons depuis longtemps avec toute l'attention qu'il mérite. Dans le style religieux, M. Amaury-Duval a retrouvé l'inspiration des maîtres du Campo Santo, des Orcagna, des Simmone Hemmi, des Benozzo Gozzoli, et il se sert de leurs procédés matériels; les peintures murales de Saint-Germain-en-Laye sont les seules véritables fresques que nous connaissions en France, c'est-
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à-dire exécutées sur mortier frais, si Ton en excepte les peintures du porche de Saint-Germain-rAuxerrois par de Mottez.
M. Pérignon a plusieurs bons portraits. It possède cette élégance et cette netteté d'exécution que recherchent les gensdu monde, et qui lui ont valu son succès. Cette année, il ne s'est pas borné à reproduire les modèles aristocratiques qui posaient devant lui, il a fait un tableau représentant des paysans des Àbruzzes, dont les types sauvages sont très-bien compris et rendus.
Si M. Chaplin ne laissait pas ses toiles à l'état d'ébauche, il serait un portraitiste tout à fait remarquable. Son portrait de femme en noir et son portrait de femme en blanc ont une simplicité de pose, une aisance d'attitude, une sincérité de physionomie, qu'on ne saurait trop louer; mais ce ne sont que des préparations; le champ de la toile est à peine couvert, et tes coups de brosse s'entre-croisent visiblement, comme des mailles de tricot; un peu de pâte sur ce frottis spirituel, ce serait charmant.
Arrivons au pastel. Le Galilée à Velletri de M. Maréchal semble plutôt un fragment de fresque détaehé d'une muraille qu'un dessin fait avec des crayons de couleur; le pastel, sous le doigt de M. Maréchal, atteint à des vigueurs incroyables et vaut les plus robustes peintures ; le Galilée a une force de tons que ne dépasseraient pas Tintoret, Guerchin, Ribeira et les plus fougueux coloristes. — Le vieillard est là, suivant par l'étroite fenêtre le mouvement des astres dans le bien noir de la nuit; des pensées cosmogoniques s'agitent dans les plis de son front : — c'est la veille du génie. — Le Loisir,
PIMTUIE, SCULPTURE* 1M
représenté par une belle Jet»»* étendue dans les herbes d'une elairièfe, rappelle, ave&sa grâce abandonnée et moite, > la délicieuse Madeleine cêuehée du Ccwrége à la galerie de Dresde. Le Pitre effrayé p*r un aspic; Y Etudiant, sans avoir l'importance du Galilée et du Lotrir, portent la griffe du maître.
M. Bida ne fait pas de peinture; il est vrai qu'il n'en a pas besoin. Ses dessins orientaux sont colorés comme des Decamps et des Marilhat. Avec du noir et du blanc il est parvenu à rendre la lumière, la chaleur ardente et l'éclat de ces bel tes contrées animées du soleil : le Retour de la Mecque, la Cérémonie du Dosseh, le Barbier arménien, ta Femme fellah, vous font entrer mieux qu'un voyage dans l'intimité des mœurs de l'Orient. M. Bida dessine avec beaucoup, de style et de pureté, et fait ressortir les nobles types de l'Islam.
Holbein est mort depuis des siècles, sans cela on pourrait croire que le portrait de H. Bracquemond est de lui, tant ce dessin se découpe sur son fond d'or avec une patiente finesse et une vigoureuse étude de la nature! Il faut une singulière puissance pour s'incarner à ce point dans l'originalité d'un autre.
Depuis que madame de Hirbel est morte, c'est madame Herbelin qui occupe le premier rang parmi les miniaturistes, dont Hnvention du daguerréotype semble aVoir diminué le nombre. Voici cependant madame Isbert, une jeune femme, qui arrive avec un cadre contenant trois portraits et deux copies r Marguerite au rouet, d'après Àry Scheffer; Aérienne Lectwreur, d'après Vanlbo, d'un ton charmant et
d'une délicatesse extrême d'exécution ; il est difficile de pointiller l'ivoire avec plus de finesse et d'esprit. Le portrait de madame A... est d'une ressemblance parfaite : les mains, mérite assez rare, sont très-fines et très-bien dessinées.
«M. 0. TASSAËRT — COURBET — HILLEMACHER — 1IERBSTH0FFER
— JOLIM GARIOT — LANOOE — HERVIER —
CALETTI — TH. FRÈRE — FLAND1N — LAtTRENS — COLONISA
D'iSTRIA — GUILLEMIN — PLDYETTE —