‹ Les beaux-arts en EuropeChapitre 10 sur 16 · GAYRARD — RUDE — SALMON — CORDIER, ETC · texte numérisé non relu

GAYRARD — RUDE — SALMON — CORDIER, ETC

lia vraie eai:poàtion de H. Barye est au palais de Tlnduatrie, où l'artiste figure comme fabricant de bronzes. Il n'a

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mis à Tavenue Montaigne qu'un seul morceau, mais cir morceau est un chef-d'œuvre : le Jaguar dévorant un lièvre. Avec quelle volupté féline la bête féroce étreint dans ses pattes puissantes le pauvre lièvre pantelant, qui, les oreilles cojichées, l'œil arrondi de terreur, attend le coup de grâce! Son dos s'arque, ses babines se froncent, des frissons de plaisir courent sur son poil comme des ondulations de moire; ses muscles tressaillent, tout son être trahit Forgasme de la cruauté qui va se satisfaire! C'est tout un poème que ce groupe, et un poëme plein de significations sinistres: la force et la faiblesse, le bourreau et la victime, Thomme et la destinée. Qu'a fait le lièvre pour être dévoré par le jaguart quel crime expie la mort violente d'un animal si doux? yat-il donc des races fatalement sacrifiées à d'autres? M. Barye ne traite pas les bêtes au point de vue purement zoologiqae; quand il fait un lion, un tigre, un ours, un éléphant, il ne se contente pas de mériter l'approbation de messieurs les professeurs du Jardin des Plantes. Quoiqu'il soit exact et vrai au plus haut degré, il sait que la reproduction de la nature ne constitue pas Tart; il agrandit, il simplifie, il idéalise les animaux et leur donne du style; il a une façon fière, énergique et rude, qui en fait comme le Michel-Ange de la ménagerie. Le. premier il a osé, chez nous, décoiffer les lions de cette perruque à la Louis XIV dont les statuaires les affublaient, et qui leur prêtait une vague ressemblance avec Racine ou Boileau; il leur a ôté de dessous la griffe cette grosse boule de marbre si ridicule, et les a représentés grommelants, hérissés, incultes, secouant leur crinière écheveléc, et

t^aat en arrêt sous leur ongle d'airain un serpent gonflé de poison, ou bien encore tirant de leur profonde poitrine ce rugissement sourd, ce tonnerre caverneux qui arrête l'antilope au bord de la source et fait pâlir TArabe du dé* sert sur son cbeval aux jambes rapides; il a trouvé la beauté particulière de cbacun de ces tyrans de la montagne, de la forêt et de la plaine, dont les formes rivalisent de perfection avec celles de Tbomme; et maintenant la fable de la Fontaine n'aurait plus de motif pour dire :

Si les lion» savaient sculpter;

les lions peuvent s'en rapporter à M. Barye.

Ce que M. Barye fait pour les fauves habitants des sables et des jungles, M. Lechesne le fait pour les oiseaux, les lézards, les couleuvres, et tout ce monde animé qui fourmille dans les feuillages des arabesques. De la convention de Tornement il les a ramenés au vrai; et bientôt, les détachant des frises où ils battaient des ailes, traînaient leurs écailles imbriquées, ou se suspendaient à la volute d'un rinceau, il les a isolés en groupe en les mêlant à la figure humaine, et en a tiré un parti tout nouveau; les Dénicheurs forment comme les deux chants d'une idylle antique : des enfants — cet âge est sans pitié — ont découvert un nid dans un buisson, et ravi à leur mère des petits couverts à peine du premier duvet; mais la vengeance ne s'est pas fait attendre : un serpent s'élance des broussailles et pique les imprudents, qui se débattent en vain dans ses replis, effarés et tordus n. H

i$î LES REâUX-ARTS^ en BOROPE.

e^mne les flb de LaocooB êvm les Bœnés ie ïhydfe. U leçon, sanséoDle, est nn pen forte; mais pourvoi éêtniire ce qo'on ne peut créer? — D'ailleurs, aux yewt de M. Lechesne, qui les aime tant et les fai< si bien, (^grifieran oiseau (toit paraître une barbarie impardonnable. Gomme il a merveîMeusement rend» la furie impuissante de la mère oiselle, qui, le beetendu^ les plumes liérissées, tache de défendre sa coirvëe contre les maraudeurs! et comme il a pathétiquement éparpitlé les oisillons s<tr les âéhm ie leur nid brisé, lorsque le serpent, en dardant sa langue fourchue, se dresse et fait lâcher leur proie aux enfants !

La Citasse au sanglier figurerait magnifiquement au rondpoint de quelque forêt princîère; queHe anrimatîon! quelle ?érité! quelle furie! Le Ironre aboie, glapit et mord; toute la mente s^'est accroché© à la ftôte, qui à Toreille, qui au jarret, qui àFéchine; quelques chiens érîscéres roulent, les quatre fers en l'air, sous les coups de boutorr, et la bnre formidable, retroussant de ses crocs sa lèrre calleuse, apparaît hideusement, coiffée de mâtins opiniâtres qui ne veulent point lâcher prise. C'est un des plus beaux groupes cynégétiques qu'on puisse voir, et que du FouîHotix approuvemit s'il revenait au monde.

M. Fremiet est aussi un animalier de première force. Son Chien courant blessé, regardant d'un air piteux le bandage qui lui serre la patte est d^^une vérité étonnante; il faut avoir vécu longtemps dans Tintîmité du chenil pour saisir à ce point l'expression canine. Ravageod et Ravageode, chiens bassets, avec leurs pattes» torses et leur allure dqetée, ont

KINTURI» SCULPTURE. 1«5

tome It finesse et t«rat l'esprit des haseels 4e Deeatnps. Les Ckemux de halage tirent de toutes leurs forces, et leur épaisse et robaste encolure rappelle la manière vigoureuse de Géf îcaait. La ChmUe et ^es Petits sont un olier-d'œuvre; il est vraÛBtnt incroyable que le marbre a^assoupUsse au point de rendre le poil soyeux et l'anatomie moeUeuse du efau. Les petits foaiUem sous le ventre de leur mdrev et la tettent avec une ardeur et nne gourmandise amusantes ; il y en a un surtout qui s'épate et trébuche de la façon la plus eomiqoe. Le Céorabinier^ YArtilienr à cheval^ le VoUigeiirj le Gendarme à cheval, le Brigadier des gtddes^ ^nt de ehamantes statuettes, et font partie d'usé edleetiott des différentes armes de l'armée française eommandëe par l'Empereur.

En se promenant dans le déswt, le lion de H. Jaooptemard s'arrête et flaire le sable avec inquiétude. Sous le jaune linctful s'ébauehe vaguement une forme humaine; des pieds sortent de la terre mouvante; le simoun a jeté son drap ie poussière sur un voyageur que le vent découvre à demi; mais la lioa n'est pas l'hyène, il lui faut une proie vivante, et il ne profanera pas le cadavre. Il y a de l'invemion» de l'étude et de l'originalité dans ce bronze.

On ne pratique plus guère aujourd'hui la sculpture sur bois, Tart des Voivuggen, des Berruguete, des Gornejo- Boqae, des Montâmes, qui a produit tant de chefs-d'œuvre enclavés dans les menuiseries des chaires et des chœurs aux cathédrales de Flandre et d'Espagne. Ce n'est pas que le précédé aoit perdu ou que k talent manque, mais la mode

n'y est plas : regardez le MaineauetlaMimcheée H. Knecbt, et TOUS verrez que toutes les merveilles da passé qu'on admire sont encore possibles : ce n'est plus du bois» c est de la plume, du duvet» qu*un souffle soulèverait à coup sûr.

Sans nous arrêter plus longtemps à la ménagerie, ao chenil» à la volière» retournons à l'homme, qui est le but le plus noble que Part et surtout la statuaire puisse se proposer. Assez de lions, de chiens et d'oiseaux.

L'ambition du colosse tente les jeunes artistes, qui vou* draient tous tailler la statue d'Alexandre dans le mont Athos. N'ayant pas de montagne à sa disposition, H. Christophe a modelé une gigantesque statue de femme accroupie, qui, si elle se levait, emporterait le toit de TExposition, comme le Jupiter d'Oiympie eût, en se dressant, crevé le plafond de son temple. Cette géante, digne par sa taille d'épouser ua Titan de la mythologie, noie ses grandes mains dans les cataractes de ses cheveux ruisselants, et ploie ses fortes épaules sous le poids d'une infortune immense comme elle; on dirait la Niobé d'une race disparue, pleurant la mort d'enfants de dix pieds de haut. Le livret l'intitule la Dour kur^ projet de tombeau; nous le voulons bien, mais du tombeau d'Og, roi de Bazan, de Teuto-Bocchus, ou du héros inconnu qui dort à l'entrée de la mer Noire, sur la côte d'Asie, dans son cercueil de douze coudées.

Au reste, la dimension ne fait rien à l'affaire : placez la figure de M. Christophe, coulée en bronze, sur un socle de granit, au sommet de la colline du Père-Lachaise, elle produira un fort majestueux effet et découpera Hèrement à Tbo-

rixon sa silhouette démesurée. Ou I*a eonfinée, nous ue sauvons trop pourquoi, dans une crypte de toiles vertes à rentrée du salon de sculpture, où Ton a peine à la découvrir malgré' son énormité. Il y a cependant de nombreuses qua* lités dans ce bloc colossal, et il a fallu beaucoup de science, d'énergie et de courage, pour pétrir dans sa glaise antédiluvienne ce mastodonte humain, dont la gracilité moderne semble s'être effrayée. Vingt pieds, qu'est cela, à côté du Memtwfif de la Minerve, du JupUet\ de Y Apollon Rhodien, de Y Apennin, du Saint Charles Borromée, de la Bavaria de Schwanthaler? Pourquoi chicaner un artiste de talent pour quelques mètres de plus ou de moins? Regardez la Dotdeiir par le petit bout de la lorgnette, et vous la remet* trez ainsi à l'écbelle ordinaire. Ne^fait pas, après tout, des colosses qui veut.

C'est à l'école d'Orcagna, de Nicolas Pisano, de Donatello et de Ghiberti que s'est formée mademoiselle de Fauveau : elle a un sentiment très-fin de Tart du moyen âge, assoupli déjà par l'approche de la Renaissance, et personne mieux qu'elle n'a compris le gothique italien, si différent du gothique septentrional; elle donne à ses figures une grâce fluette qui ne va pas jusqu'à Tasoétisine émacié des sculptures de cathédrales, mais s'éloigne tout autant des formes épanouies du paganisme. Sa Sainte Dorothée^ avec les meurtrissures et les gouttelettes de sang qui perlent sur son dos, semble sculptée, dans son arcade à trèfles découpés, par un pieux ciseau du quinzième siècle.

Nous avons retrouvé avec plaisir, à cette Exposition, la

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imne fdk confiant mm iecretà Vèm», de M. Jonfùroy . Qaelie eonfidenee enfentiBe nurmare à l'oreille de maffbre eette illette STelle et fine, à la gorge aaisBante, qui hiereaoore jouait avee sa peupée? LMndalgente dëesae en soarit.

La Px^cM, de M. Oudiné, s'ëvanouH avec une grâce char* mante sur ses ailes de papilion ; XAènm^ de M. Parraed, Dioiitre sa vigoureuse el savante moscnlafture; la Vrièrt, de M. Jaley, joint pieasement ses mains dia{Aa»es; la JHiifettr, k Bêverie, Sowenir de P&mpeiy la Bmcdtante, du méioe avtenr, se font remarquer par Télëgance de la forme et le beau traraH du marbre. La statue d*Àgrijipine ei CaUfula, de M. Maillet, a une grande tournure. M. Loison a fait une Nymphe d'vn modelé pur et suave, où Tidéal se mêle au vrai dans une proportion heureuse.

Il y a de la fougue, du mouvement et de la force dans le Roland furieux, de M. J. Dus^gneur, cherchant à briser les cordes dont les pasteurs Tout lié. Les muscles se crispent, les chairs pantellent, le masque se convulsé; et devant cet énergique morceau on pense au MUon de Crotone^ de Puget, et aux cariatides barbares de la rue degli Uomini, à Milan. C'est de la robuste et puissante sculpture.

Les bustes de la Cruvelli, de M. E. D., les portraits des enfants de H. le duc et de madame la duchesse d'Alto ont cette morbidesse, cette élégance et cette gr&ce souple qai caractérisent le talent de M. Gayrard fils, qu'une mort prématurée vient d'enlever aux arts.

Vous vous souvenez de la promptitude merveilleuse a«se laquelle HéKngue ébaudiait une statue dans la pièce de Bm-

PftllfrUfiË, SGULFTOftfi. W

venuto Cellini; vous comprendrez pourquoi en voyant la statuette si spirituelle, si vivante et si bien campée de M. E. Giraud, en bronze, et V Histrion répétant son rôle, coiffé de son masque rejeté en arrière, petit marbre charmant qu'on croirait retiré d'une fouille de Pompeï.

Le Jeune Pêcheur napolitain jouant avec une tortue, de M. Rude, que vient de frapper une mort subita, repentinaque, n'a pas besoin de nos éloges; il est reconnu depuis longtemps poar un des meilleurs morceaux de la statuaire moderne. Le Mercure remettant ses talonnières après avoir tranché la tête à Argus est également une œuvre d'un mérite supérieur.

Disons un mot, p(Nir finir, des pitres fines de M. Salmon. Les portraits de l'Empereur et de l'impératrice, sur ecHrnatine du Brésil et sur onyx d'Allemagne, sont très res* semblants dt très-fins d'exécution. Sa Tête de Syracme^ gravée sur une énorme émeraude, dans le plus pur style antique, se dessine avec des reflets et des transparences d'une riobesse incroyable. Sa Tête de nègre, en onyx, est, malgré sa petitesse, aussi vraie que le Noir do M. Gordier, ce sculpteur ordinaire des races exotiques. Sortant du Salon, vous vicMis creyfiB peut-être quitte de la sculpture; nuHenient: on en a mis partout. A la porte se dresse un maréchal Gérard en bnmze, de M. Gordier; et plus btn, dans les Ghamps- Siysées, vous trouvez un général Bapp, d'une fiôr« tournure, de li« Bartboldi, et une statue équestre de TEmpereur, <ieM. Deiiay.

i9ê LES BEAUX-ARTS EN EUROPE.

MM. PIERRE D£ CORHELIUS — RACLBilCIi — GHEHAVARD

Rarement un artiste a joui dé son vivant d'une gloire égale à celle de H. Pierre de Cornélius. Il est admiré comme sMl était mort; TAIlemagne le vénère presque à Fégal d'un dieu; les littérateurs les plus illustres ont rendu hommage à son génie, et il domine en chef absolu une école nombreuse d'élèves et d'imitateurs; le pouvoir Ta traité comme Charles-Quint Titien, et Léon X Raphaël. A l'étranger sa renommée est immense, bien que sa peinture y soit peu connue, car tout son œuvre consiste en pages murales q(|i ne se peuvent détacher des édifices qu'elles décorent : de même que Michel-Ange, « son maître et son auteur, » il a, dans sa superbe, dédaigné toute sa vie Tbuile, comme bonne pour les femmelettes et les paresseux : la fresque, avec son grand style, ses fiertés brusques, son exécution infaillible et ses qualités monumentales, Ta pris tout entier, et nous ne croyons pas qu'il existe de lui un seul tableau de chevalet;

du moins nous avons visité les principaux musées des villes d'outre-Rhin sans en rencontrer un.

Bien avant la révolution romantique, qui ne se produisit guère en France que vers 1825, Cornélius avait rompu hardiment en visière aux surannées traditions classiques, ou plutôt académiques; il montait en paladin ce Pégase que W. Kaulbach lui fait chevaucher sur les fresques extérieures de la Pinacothèque nouvelle, à Munich, et portait de terribles coups de lance aux têtes à perruque de Tbydre du rococo. Retiré à Rome, au milieu d'un petit cénacle composé d'Overbeck, de Schadow, de Schnorr, de Vogel, de H. Hess, il se retrempait aux sources pures de Tart. Tout le jour se passait en études des grands maîtres, et le soir en interminables discussions esthétiques; au bout de la semaine, on se montrait ce qu'on avait fait. Le prince Louis de Bavière admirait et écoutait, et plus tard devait, avec une munificence royale, fournir aux adeptes de la nouvelle doctrine les moyens de réaliser leurs théories : il leur bâtit des basiliques, des cathédrales, des pinacothèques et des glyptothèques, des palais et des galeries, presque toute une ville qu'il leur donna à peindre, en leur faisant ces loisirs sans lesquels Tartiste est forcé de demander sa vie au métier. Ce dut être une existence charmante, et surtout dans le premier enivrement, lorsque chacun croyait encore en sa mission et que la communauté de but ne permettait pas aux amours-propres de s'isoler.

On ne saurait dénier à Cornélius les plus hautes ambi^ tioDs. Jamais artiste ne posa son idéal si au-dessus des vul-

garitës et ne se traça un programme d'une lelte rigwor. Selon nous, cette rigueur est outrée : la peinture, qowqa'on puisse y donner une large place à la pensée, n'esl pas et ne saurait être une abstraction ; le cerveau conçoit TceuTre, mais c*est la main qui Texécute; et, si la main est maladroite et ne traduit qu'imparfaitement, Fidée perd beaucoup de sa valeur, et devrait alors être écrite au Heu d'être peinte.

Cornélius, en ne faisant que des cerapositio&s et des cartons reportés et coloriés sur le mur par des élèves ou des collaborateurs, oublie que Michel-Ange, le plus aoslère feaseur qui fut jamais, exécutait tout lui-même et poussait le soin jusqu'à faire ses pinceaux, broyer ses couleurs, appliquer son enduit; il ne s'en remettait à personne pour ces détails humbles en apparence, ^ si importants en réalité; ce grand homme sentait la valeur de Tindividualilé dans une oeuvre d'art. — Quand on regarde le JugmneiU iemer ou le plafond de la Sixtino, on est vivement imftt'essioDné par la grandeur du stjle, la puissance du modelé, la sobriété sévère du ton local. L'âme du maître est présente partout et vivifie les moindres détails. Sa sctance résout sans réplique les difficultés qui se présentent au fiur et à mesure de l'exécution. Il s'est inâisé dans son œuvre. Son sai^ y eîreule, les gouttes de sa sueur en ont détrempé les Ions; il a pénétré l'immense muraille de ses effluves magnétiques; à l'abetteBient sombre^ au nofne désespoir de quelques figures, on devine qu'il était maUieareux ce laur-là; a la violence SHperbe, à k touche tri«mpàatt(e de fuekiiies autres, fse snn ûQorage s'était relevé; en a MîoM-AAge mésie

ffiflITURE, SCUliPTURii:. m

dei«al ies jmK; speGtade mUmm, et le plus beau qu'il aaîl domé de eontenyltr! Les pruiphétes, le» «ibyUes, les éhi8 éi ks damié&, ee drame coloasal, et «elle pensée profonde, fiertés, voilà qui est admirable; mais ce qui nous émeut eueore davaatage, c'est la griffe du lion sur ee »ur.

L'aanëe domiôre, nous élictts à Municb, dans la Glyptotbèque, et nous exafflinions» d'un œil plus étonné que ravi, V Histoire des dieuafet des béros de Pierre Cornélius; nous nous faisions le plus Allemand possiUe pour admirer, mais notre ealAuMisiasme avait de la peine à pr^dre Tessor. Cependant quelle oompositieoa ingénieuse! quelle savante ordonnftuee! quelle philosophie de Tari et de l'histoire ! quel symbolisme à rendre jaloux Greutzer! Le soir, lorsque, rentré à notre hôtel, nous décrivions ces fresques, qui nous avaient laissé si froid, nous étions surpris de voir combien tout cela se déduisait exactement et produisait sur le papier un récit plein d'idée, d'intérêt et de charme; et nous nous demandions si Cornélius n'aurait pas mieux fait de jeter le crayon et de prendre la plume. Chaque programme de ses compositions jBst un poëme, une histoire, un traité de philesoptiie, un mémoire archéologique, où Ton ne saurait rien trouver à reprendre. Le dessin n>st guère pour lui qu'une sorte d'écriture hiéroglyphique, et il abandonne aux manœuvres le soin 4q colorer en rouge, en bleu ou en vert les anubîs, les éperviers sacrés et les serpents emblématiques dont il a indiqué le contour.

On n'a en quelque sorte^ dans ces fresques ainsi traitées» que riatention du peintre^ son idée, et non son art» sa

science, et non son tempérament, et l*effet prodait est inférieur à la conception. Nous autres Français, qui attachons peut-être une importance excessive aux mérites de Texécution, aux qualités de la pâte, à l'adresse de la touche, à rharmoniie de la couleur, aux mille ressources de la palette, nous éprouvons un désappointement ou une impresâon désagréable devant ces immenses pages où un art impersonnel s'exprime par des mains étrangères et ^mble éviter le plaisir des yeux comme une concession au vulgaire.

C'est donc dans ses cartons, et non dans les peintures qui portent son nom, qu'il faut chercher le véritable Cornélius'; et sous ce rapport son envoi à l'Exposition universelle en donne une idée plus juste que les fresques de la Pinacothôque ancienne, de la Glyptothôque, et même de Téglise Saint-Louis, beaucoup plus individuelles cependant, etdoDt il a peint lui-même plusieurs parties.

Le choix de cartons pour les fresques des portiques du Cimetière royal (Campo Santo) en construction à côte du dôme, à Berlin, représente bien le talent et la manière du maître.

Les sujets sont tirés de TÂpocalypse, ce poëme mêlé de ténèbres et d'éclairs que saint Jean écrivit sur le rocher iirdent de Pathmos, halluciné de jeûnes, et où la prophétie biblique semble ivre de baschich oriental. La première corn* position, divisée par les convenances architecturales en lunette, tableau et prédelle, offre, à sa partie supérieure, les sept Anges versant les coupes de la colère de Dieu sur la terre et les eaux, sur la mer, sur le soleil et dans Tair.

Ces anges terribles, vigoureusement musclés, font ]eur office d'exécuteurs des vengeances célestes en se souvenant peut-être un peu trop des anges herculéens qui sonnent le clairon du jugement dernier à la chapelle Sixtine. Cornélius a si longtemps vécu dans Tintimité de Michel-Ange, que ces réminiscences involontaires ne doivent pas lui être reprochées; elles font partie de la constitution même de son talent.

La destruction du genre humain par renvoi des quatre cavaliers, la Peste, la Famine, la Guerre et la Mort, tel est le sujet du tableau, une des plus belles compositions de Cornélius assurément : cette scène d'épouvante apocalyptique est traitée avec une violence, une férocité, une sauvagerie qui fait penser au vertige sanguinaire et aux exterminations grandioses des Niebelungen: le vieil élément germanique y fait disparaître toute imitation italienne, tout archaïsme étranger; là, Cornélius se montre vraiment fort, vraiment grand, vraiment original.

Le premier cavalier, qui s'élance monté sur un cheval blanc, porte un costume d'une barbarie orientale; ses traits, écrasés comme ceux des Ethiopiens, sont convulsés par une exaltation hideuse; il flaire et subodore les victimes que Dieu lui livre; il décoche une flèche, et sur son dos sonne tm carquois plein de dards empoisonnés. C'est la Peste.

Le second cavalier enfourche un cheval noir; il est vieux, chauve, affreusement décharné; ses cuisses plates, ses genoux osseux pressent les flancs maigres de sa monture, et sa maiil disséquée élève des balances, signifiant que le blé

Digiti:

ii4 LES BBAVI-AKTS Kff UftOPE.

se vendu a» poîde de Ter. Ce yîeiUaid macabre, c^est Id Faoûiie.

Le troisiôaie cavalier, qiû moule le cheval nmx, marne avec ua mouvemeat 4^iiiie violeftee et d'une f uiie incroyaUes une grande épëe à deux mains, semblable à celles du moyen âge. Il est jeune, et sa draperie ileltanle permet d'apereevoir une musculatore athlétique; ses cheveux hérissés par le vent de la course, ses sourcils contractés, sa bouche arquée à ses coius, donnent à sa physionomie une implaeabilité fatale; celui-là ne se laissera attendrir ni par les cris it rhoinme, ni par les pleurs de la femme, ni pairie soupir de la vierge. — C'est la Guerre.

Le quatrième cavalier serre de ses rotules pointues c(»itte des éperons les côtes du cheval pâle; sa peau parcheminée dessine hideusement les saillies du squelette, et sur son masque camard, aux orbiles creuses, aux tempes évidées, à la bouche sans lèvres, voltige le ricanement sardonique da néant ; ses bras décharnés manœuvrent une large faux, et de ses épaules anguleuses pend, comme un suaire', un lambeau de draperie. — C'est la Mort.

La cavalcade insensée, martelant le vide de ses sabots de fer, passe comme Touragan sur la feule éperdue qui se préciçile ^ se renverse en toutes sortes d atdtudes de stupeuTi d'épouvante et de désespoir, avec des prostrations, des ciliBireaents rendus d» la maaière la plus àiergiqua.

An-dessus de la cavalcade volent dans le ciâl» chaavae- Murts du crépuscule de TApoûalypse, des visions diffonnes «liiàensttuduse&, plus laides, plus tecribles iSt ipbis aiwti^

PtlIfTUBE, SCULPTURE. 1«5

qee ums les ^Ues dont le Dante a peuplé soncaucbeniar en spirale. La fantaisie allemande est maîtresse en ces inaginations lugubres, où le laid se combine avec Teffinyant.

Il y a dans cette composition une grandeur sinistre tout à fait en harm<»iie avec le sujet. Le dessin âpre, Tanatomie sèche, la facture rude du maître^ ajoutent à Teffet de cette scène terrible.

Au-dessous du tableau, Tartiste a représenté les œuvre.s de la charité chrétienne : visiter les prisons, consoler les affligés, montrer le chemin aux égarés, en groupes paisibles qai rqiosent du tumulte et de la furie de la composition supérieure.

L'autre earton offre une disposition identique: dans la lunette, Satan est précipité par Tango qui tient la clef de Tabime et la chaîne pour lier le méchant, tandis qu*un autre ange montre à Tapôtre la Mrusalem céleste.

La lérusalmn céleste, coiffée, comaae une Gybèle, d'une couronne murale, et vêtue d'une kmgue robe aux chastes pUs, descend, supportée par douze anges déployant pour la soutenir une vigueur d'athlète^ vers un rivage où sont groupés, dans des poses de mélancolie résignée et d'attente déçue, des vieillards, des enlants et des femmes : sans doute, Tapparition radieuse leur apporte lespéranoe. Pluskin, ^uria loer, naviguent deux nefs dont la proue se rengorge en poitrail de cygne, comme celle des tiirémes antiques, et que maM9uva«at de robustes rameurs.

La prédeUe de ce taUeau, Uen îniérieur à ^eim de ladies^ tniGiHm du feore humain, a fom m^ 4m <mvcas pies ;

196 LES fiBAUX-ARTS BN EUROPE.

donner à manger à ceux qui ont faim, et à borre à ceux qui ont soif. L'agape chrétienne a peut-^tre ici trop Tair d'un banquet antique.

A ces cartons est jointe une des figures placées entre les grands tableaux, et représentant les huit Béatitudes du sermon sur la montagne : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice. »

Cette figure est une belle femme assise, d'un dessin assez fier, qui lève les mains vers le ciel ; à côté d'elle, un jeune enfant tient une corne d'abondance ; un autre se hausse pour lui faire un collier de ses petits bras, avec un mouvement d'une grâce charmante. Ce groupe repose sur un piédestal ornementé de mascarons, de satyres et de sirènes aux corps terminés en rinceaux d'arabesques, dimt le sens allégorique nous échappe totalement : nous avons pourtant lu récemment la Symboliqm d'un bout à Tautre, mais nous ne pouvons découvrir la signification cachée sous ces emblèmes bizarres; à vrai dire, cela nous tourmente peu, puisque la figure est bien campée et d'un bon style .

Kaulbach est connu en France par la gravure de la Maison des fam et de la Bataille des Huns, que chacun a pu voir à la vitrine de Rittner et Goupil; il a envoyé la Tour de BabdQi divers fragments d'une grande composition cyclique déroulant l'histoire de l'humanité, destinée à décorer le vestibule et Fescalier du nouveau musée de Berlin. Les principales époques climatériques du genre humain y sont représentées par quelque fait mythologique ou historique, que commentent familièrement une frise et des sujets aecessoi-

Digiti:

res ; les tableaux sont : la Tour de Babd , Homère et les Grecs^ la Destruction de Jérusalem, la Bataille des Huns, la Conquête du Saint-Sépulcre et le Temps moderne, dont Taction n'est pas encore choisie. — Nous n'avons à nous oc* cuper ici que de la Tour de Babel.

Lylacq, la tour des énormités, vient d'être sillonnée par la foudre; son sommet fumant s'écroule sous le pouce de Jéhovah, accompagné des anges de colère ; les travailleurs, ef* frayés et ne se comprenant plus, commencent à se disperser, quoique le conducteur essaye, le fouet à la main, de les ramener à l'ouvrage.

Assis sur la plate-forme de son palais, Ninus se révolte en son cœur contre ce dieu inconnu ; il grince des dents, fronce les sourcils et frappe son genou du poing, au milieu de ses courtisans éperdus, de ses concubines effarées et de ses idoles impuissantes. 11 ne peut pas admettre, le roi superbe, que cette tour, dont le faite, baigné par les nuages, devait éternellement s'élever jusqu'aux cieux et défier un nouveau déluge, se soit ainsi écroulée et ne présente plus qu'un vaste amoncellement de briques et de bitume, que le sable du désert va bientôt recouvrir. Déjà Ton raille sa puissance, et la solitude se fait autour de lui.

La famille humaine s'est mise en marche, et trois longues caravanes s'avancent vers l'Avenir, symbolisant les races de Cham. de Sem et de Japet.

La race de Cham, qui découvrit et railla la turpitude de son père, est la plus bestiale de toutes ; la fumée de la malédiction semble s'être attachée à sa face noire: un prêtre, ju-

i08 LES BBÂUX-ARTS EN ES^ftOPE.

cfaé sur un teHe aux jevx loudtes, au ««Se baveux, et tenaniratre ses bras un féticbe laMiAnieus, eoftdukietrou^u sombre; derrière lui mardieiit uêe vieille Stryge pilant des berbes vésëaeiises ei «omposaat des philtres, une jeuBe fille qui lui baise superstitieuseoieiit le bord du luauteaB» et des guerriers scruva^^es braiMJtssant des armes barbares ; le cortège hideux va se perdre dadis les profondeurs mystérieuses die TAfri^fiie, peussé conme par uq6 sorte de honte, pour y cacher sa laideur ei sa stapidîté.

Los fils de Sem s'avaacdnt sur un chariot traîné par des bœufs, où trône un roi pasteur qui symbolise la vie patriarcale; ses enfants rentoiareataviecanour et respect; le fils tient laiimiieite et la fille le fuseau, ^nblèmes des industries primitives. Une ;jeane mère sourit du haut du char à ses derniers nés, qui jouent sur le dos des bœufs avec des grappes de raisin ; des brebis et dcfs agneaux, ayant on tète un bélier aux cornes recourbées comme celles de Jupiter Ammon, suivent docilement leurs maîtres.

Le défilé de la race japétique est conduit par un jeune homme plein d'élëganœ et de force, monté sur un beau cheval qu*il dirige hardiment ; là sont rassembla les plus ao: blés types et les formes les plus pures ; c'est sur le fro&t des fils de Japet que Dien est le plus visible. La migration qui doit fonder dans la suite des siècles la société européenne s'enfonce à Thorizon lointain. Dans un coin du tableau, IV- (^itecte de Babel tient encore le plan de la tmr, et se débat contre des travaiUeurs révoltés.

Tais est, i peu prés, la dispcâlim de cette vaste acéoe,

PEIKTUlie, 8CDLPTUAE. 199

dont nous ne ponfoss qu^Mîqoer tes principaux épisodes et les groupes les plus importamis.

Ce earton gigantesque et 4e forme eireiilaire déaole chez M. Kaulba^ une imagination puissante, nn sentiment profond d« grand art, et nos artistes feront bien de Tétudier : le dessin a d« stjie et de la correction , quoiqu'il soit parfois un pea oenventionnei ; mais il serait injuste d'exiger dans une si vaste machine l'imitation rigoureuse de la nature ; beaucoup de détails doivent y être élagués ou simplifiés.

La figure de la Tradition, exposée à côté de la Tour ée Babely est trés-ingénieusement trouvée ; une vieille femme, assise sur la pierre d'un dolmen, écoute ce que lui chuchotent à roreiUe les corbeaux d'Odin, dont Tun sait le bien et Tautre le mal ; son regard errant flotte dans le vague, et sa main distraite joue avec des débris du passé ; près d'elle gisent des armes rouillées, des couronnes antiques, des crânes de héros légendaires à demi déterrés ou semés dans les herbes; THistoire, qu'elle précède et à qui elle fournit souvent ses premiers chapitres, a déjà Taspect plus classique ; la sorcière est devenue une muse. Moïse et Solon ont une grande et fiére tournure : l'un représente la loi divine, l'autre la loi humaine.

Ces cartons sont exécutés à Presque dans le nouveau musée de Berlin, et nous irions les voir si nous n'avions peur que l'exécution ne diminuât l'idée, comme cela arrive souvent lorsqu'il s*agit de peinture allemande.

La 7&ur de Babd est placée à l'Exposition universelle, au

fond de la salle de scalpture, d(Mit les cartons de Chenavard couvrent les parois latérales, et donne ainsi lieu à de curieux rapprochements. La pensée de Kaulbaeh a beaucoup d'analogie avec celle de Ghenavard, qui, lui aussi, voulait dérouler Thistoire de F humanité dans un vaste poème pittoresque auquel ont manqué les murailles, mais qui n*en restera pas moins comme un des plus glorieux efforis de ce temps-ci. Ghenavard est un peintre qui ne peint pas, — comme s'il était né en Allemagne ; — il possède une immense érudition artistique et philosophique , et il se sert du fusain pour écrire ses systèmes; c'est le seul homme que nous puissions opposer à Gornélius, à Kaulbacb, à Schnorr et autres idéalistes germaniques. Nous avons fait jadis de ses compositions une analyse longue et détaillée qui nous dispense aujourd'bui d'y revenir, et le public, en regardant, après la Tour de Babel de T Allemand, h Philosophie de V histoire du Français, peut se convaincre que l'ancien reproche de frivolité qu'on adresse à notre nation a depuis longtemps cessé d*étre juste. Il y a autant d'idées, de mythes, de symboles, de sens mystérieux et de profondeurs allégoriques dans Tune que dans l'autre': Y Enfer, le Purgatoire, le Paradis, ne sont pas non plus deis lithographies de romance ; et, en dehors de leur portée humanitaire, le Commencement de Rome, le Siège i^ Cartilage, les Temps d'Auguste, les Chrétiens aux Catacombes, Attila, Luther à Wittemberg, le Siècle de Louis AiF, sont do magnifiques tableaux qui n'attendent que la couleur et que la couleur gâterait peut-être. Seulement, nous doutons qu'aucun Allemand puisse aborder l'ère moderne

PfiINTUlE, SCULPTURE. 20t

aussi francbement que Ta fait Chenavard dans son dessin de la Ckmvention natiantde^ d'un effet si réel et si fantastique à la fois.

Mil. BUBKER — ACHEMBACU — RŒDER — MAGKUS — KNAUSS

— VAM MDTDEN —

HOCKERT — EKMAN — EXNER, ETC., ETC.

L'école allemande n'est pas au grand complet : Overbeck, Tun de ses maîtres les plus purs, n'a rien envoyé. Nous le concevons : c'est une nature chaste, timide, mélancolique, qu'effrayerait le tapage d'une exposition universelle. Depuis longues années Overbeck babite Rome, où nous avons eu Tbonneur de le voir. Cette ville morte, que galvanise à peine le contact des étrangers, convient à ses habitudes de médi* tation silencieuse; son esprit peut y errer en paix le long des cloîtres blancs, drapé du froc, et laissant traîner ses larges sandales sur le pavé sonore, à la suite de Tange de Fiesole et de frà Bartolomeo. Personne n'a mieux saisi qu'O-

803 LES BIAUl-ARTS BIf RBIOPE.

veiteek h poésie do vieux eatholieiâBnç — qnoifu'ii ait fait 'plos de des^ns et de fresfiies que de petnlare à l'huile, le pieux maître n'ignore cependant aucun des secrets de Texëcution. Son tableau de Y Allemagne et Vltalie, que nous avons vu à la Pinacothèque nouvelle de Munich, tiendrait sa place, pour le charme tendre et la grâce ingénue, parmi les premiers ouvrages de Raphaël lorsqu'il imitait encore le Pérugin. Les Peintres catholiques rendant hommage à la Madone du musée de Francfort, sont peints avec habileté, et la fresque de Saint François d'Assise, dans l'église du même nom, n'offre pas ce ton rebutant et cette manière âpre qui déparent les ouvrages les mieux pensés de Cornélius. Nous croyons qu'Overbeck eût été apprécié en France comme il le mérite.

L'école de Dusseldorf s'est également abstenue. Elle représente une face de Fart allemand. Son absence est regrettable, quel qu'en soit le motif.

Parmi les peintres de genre, M. BUbiier doit être eitë au premier rang. Les Adieux des émigrants à la patrie sont une composition pleine de eœor et de tristesse. Avant de se confier aux vagues de TAtlan tique qui vont les emporter vers des destins inconnus, les pauvres émigrés font une visite suprême au cimetière où dorment les chars morts, qui jouissent au moins de celte de«eeur de r^oser sur le sol natal. Hélas! les tombes aimées ne reeevront phis de couronnes; la croix de bois noir tombera vite^ et personne ne la relèvera; l'herbe épaisse et vivace des lieux funèbres nivellera les fosses, et les ancêtres ne sentiront plus filtrera

FEINTITRE, SCULPTUBK. 9K

trayars la t«rre tes brmes tiédis d6& estiAts; la plnie seule s'égoullera dans; lewr^ œreueils. Une vigile femme en béguin noir, qui poonÂc espérer laisser ses os au eimetiére de son Triage, prie, ag<eno«illëe sur une tomle; deux belles et robustes jeunes filles, se tenant enlacées, s'abandonnent à leurs pensées douloureuses; un jeune bomme, le sac au dos, pleure sileneieusement, le visage couvert de ses mains; sur un petit nnir en ruine est ewerte la Bible de famille, la Bible qu'on lira dans quekfoe butte de tro&os d'arbres à peine dégrossis, à la lueur femeuse d'un éclat de pin; et alors on pensera, le cœur serré, à la chftumiére paternelle, où la misère semblait presque douce.

Le Droit de chasse cause une impression pénible. Un garde-chasse, sur Tovdre du seigneur, a blessé d'un coup de feu un paysan eoupable d'avoir tué on sanglior qui fourrageait son cèamp. Le malheureux, tout sanglant et dë^ convulsé par ^agonie, s'efforce de regagner sa chaumière soutCTU par son fils criant vengeance. Ce tableau ne manque pas d'éuM'gie, mais la scène qu'il rqnréseste n'est heuren* sem«it plus possible : les Neuifods du jour ne sont pas si férocement jaloux de leur citasse.

Le paysage et le genre sent cultivés en Prusse avec assez de succès, ma» dans un caiébH particulier d'originalité. M. Andié Achenbach est à coup sûr un bon paysagiste; il sait peindre, il a le s^atimait de k nature; mats il ne peut itttter œstre des hommies tels que Cabat, Rousseau, Paul Huet, Corot, Fiers, Miel, Daubigfty, Français, pouF ne nommer que les plus illustres.

S04 LES BEÂUX-ARTS Efl EUROPE.

H y a du sentimeiit dans la Bénédictim paternelle de M. Rœder; malheureiuiemeiit, rexéeution faible ei pâle trahit Fidée, qui est excellente. Les portraits de Jenny Und et de madame Rossi-Sontag, de H. Hagniis, sont de fort bonnes toiles.

M. Knauss (de Bade et Nassau) s'est révélé de la façon h plus brillante, au Salon de i 855, par le Matin après une fêU de village. Avec ce tableau, qui lui a valu sa réputation en France, il en a exposé trois autres que nous allons décrire.

Des bohémiens ont établi leur pittoresque campement dans un bouquet de chênes. La libre et sauvage famille a fini son installation en plein air^ la vieille rosse blanche qui traîne le maigre bagage des saltimbanques est dételée et tire quelques brins d*herbe de sa lèvre pendante; une belle jeune fille dorée de hâle fait un bout de toilette et démêle avec un peigne édenté sa chevelure crespelée et brune; des enfants deminus se roulent à terre; un jeune homme soinmeille étendu sur le gazon. Tout cela est fort innocent; mais les paysans ne voient pas sans terreur ces vagabonds basanés au type étrange, auxy0ux d'un noir mystérieux, qui promènent par le monde leur liberté insouciante et vivent en parias sur le bord de la civilisation sans vouloir y jamais entrer; ils les soupçonnent de maraudage, de vol d'enfants, de sorcellerie, et ils sont allés requérir Tautorité du lieu. Pendant que le magistrat interroge les bohémiens, ils se tiennent à une distance respectueuse, armés de pioches, de bâtons et de fléaux, prêts à lâcher leurs chiens si le résultat de l'enquête est défavorable.

Le magistrat, le nez chausse de lunettes et revêtu de ses insignes, épelle le passe-port crasseux, fatigué à tous ses plis, tatoué de visas, que lui présente une vieille au teint de bistre, à la physionomie de sorcière, aux roides cheveux gris, drapée d*un lambeau de tartan, qui semble lui donner des explications sur quelque signature douteuse avec une éloquence sénile et verbeuse.

Un grand drôle, coiffé d'un feutre roussi à tous les soleils, détrempé à toutes les pluies, en veste de velours éraillé et miroité, chaussé de bottes crevant de rire par toutes les cou* tares, s*appuie contre le tronc du chêne dans une pose où se trahit Taisance disloquée du faiseur de tours : un lièvre et une poule pendent à sa ceinture, mais il a soin de se tourner de façon à dérober à l'interrogateur ces victuailles, quMl n'a point, à coup sûr, achetées au marché.

Ceci est le drame sérieux; voici la petite pièce: le chien du magistrat, parodiant l'action de son maître, semble de* mander aussi le passe-port à un singe assis sur son derrière pelé, dans une jaquette rose dont sa queue relève le bord. Le singe, peu disposé à reconnaître Tautorité, broche des^^ babines, grince des dents et écarquille les yeux, au granit effroi de Tanimal civilisé.

Nous soupçonnons M. Knauss d& nourrir, à Tendroit des bohémiens, la même secrète tendresse que Lénau ou Achim d'Âmim, et il serait bien fâché si ses modèles allaient coucher en prison : ce serait dur, en effet, pour des gens habitués à dormir sous le pavillon étoile du ciel.

Ce tableau est point avec une finesse rare et une observa- II. 12

Digiti:

âê6 LES BEAUX-ARTS EN EUROPE.

lion pleine de sagacité; la lottche, spirituelie, ferme et libre, annonce un maître; la couleur, quoique agréable et vraie, manque peut-être un peu d'épaisseur, et il y a dans le feuillage des arbres abus de tons bleuâtres.

VIncendie de la ferme nous montre une famille de paysans surprise par les flammes dans son sommeil : on déménage en hâte; les buffets, les chaudrons, les vaisselles, s'entassent au premier plan. On emporte Taieule paralytique, que suit la petite fille en chemise. Le grand-père, agenouillé, prie, tandis que la ménagère active le sauvetage. Tout ne sera pas perdu : les bestiaux effarés, chassés par les garçons de ferme, sortent de Tétable en mugissant, et, audessus du toit que couronne une gerbe d'étincelles, la cigogne éveiUée s'éiève comme à regret en battant la fumée de ses ailes. — Nous retrouvons ici ce type de jeune fille aimé de U. Knauss, et avec raison, qu'il a mis dans ses trois .tableaux en variant seulement la teinte des cheveux. L'artiste n'est pas tombé dans la pyrotechnie vulgaire de ces sortes de sujets, et il a évité ces lumières rouges et ces ombres bleues si désagréables; la nuit va finir et les arbres découpent leurs silhouettes noires sur le eiel froid du matin, dont la lueur naissante éclaire les figures.

Quel charmant tableau que le Matin après une fête de viUage! quels types vrais, sans caricature^ que ceux du vieux musicien qui regarde le fond de son verre, du trombone arrivé à la période philosophique de Tivresse, des deux joueurs se défiant de leur probité réciproque, du paillasse encore hébété de son sommeil lourd! et comme tonte cette

PEIÏITITRE, SCULPTOBB. Wl

trivialité est relerée par la dëlicîeiise figure de cette jeune fille blonde qui tient sur ses genoux la tête de son amam endormi, et dont les jeux d'azur limpide semMevt ne rien voir de cette ignoble scène!

Dans la Promenade attz TidlerieSy une jeune bonne trèscoquettement sfttifée conduit un baby babillé comme Tenfant adoré d'une famille riche, traînant un de ces lapins blancs qui battent du tambour; un petit nègre en livrée de groom sait i distance respectueuse d'un air ennuyé : il aimerait bien mieux gambader et courir; mais que voulei^veus? on n'a pas de beaux galons pour rien.

M. Knauss a gagné ses éperons dans ce grand tournoi de l'art; bien peu de champions peuvent lui disputer le prix du genre, et il sera vainqueur, à moins que H. Leys n'entre en lice.

L'envoi de la Suisse renferme un petit chef-d'œuvre : le Réfectoire des capucins à AlbanOy près Rome, de M. Van Muydeh. Dans une grande salle voûtée, aux murs blanchis à la chaux, les révérends pères, rangés par files, prennent leur maigre réfection sur de longues tables de bois, pendant qu'un religieux leur fait la lecture. Ces belles têtes tonsurées et barbues, ces frocs bruns à larges plis se détachant d'un fond clair, ont une quiétude monastique, une sérénité claustrale très -bien rendues : — un banquet si sobre, et qui ferait paraître des orgies les repas Spartiates, ne devrait pas avoir de parasites; il en a oependant : des chats attendent, gravement accroupis, quelque rogaton, et des pies famiKéres sautillent, picorant les miettes du festin : les mornes paraîs-

SOS LES BBAUX-AETS EN EUROPE.

sent s'amuser de cette naïve goumajQdise. — Une Mère et son enfant sont aussi une fort jolie chose.

La Suède et la Norwége, malgré leur latitude septentrionale et leur jour polaire, possèdent des peintres remarquables; Tart est une plante vivace et qui fleurit partout, là même où le renne ne trou?e sous la neige que du lichen à brouter; car elle a sa racine dans le cœur de Thomme, et l'imagination est le soleil qui la fait épanouir.

Le Prêche dans une chapelle de la Lapanie suédoise, de M. Hockert, a le double mérite de Toriginalité du sujet et de rhabileté de Texécution. Honte sur une espèce de chaire, le pasteur lit la Bible; les assistants Técoutent avec une attention laborieuse; les femmes allaitent ou contiennent leurs marmots, et la fumée s'élève vers Touverture du toit en tourbillons bleuâtres. Les costumes d'étoffes épaisses, les broderies de couleur, les colliers de plaquettes de cuivre, les types bizarres de ces personnages que la peinture reproduit peut-être pour la première fois, vous arrêtent et vous produisent une impression étrange; ajoutez à cela que H. Hockert a cette force de ton, cette puissance de clairobscur et cette énergie de brosse qu'on admire chez Delacroix, et vous conviendrez que la Suède, quoique arrivée tard, à cause des glaces du Sund, à TExposition universelle, n'y fait pas trop mauvaise figure.

La Fête champêtre au jour de la Saint- Jean, province de Sudermanie; les Soldats suédois logés chez une famille ailemande pendant la guerre de trente ans, de H. Ekman, sont de très*jolis tableaux.

Qui croirait, en voyant cette Boutique de barbier à Séville^ si blonde, si chaude, si transparente, qu'elle peut lutter avec les meilleures aquarelles anglaises et qu'on y cherche le nom de Catlermole, qu*elle soit de M. Egron Lunderen, né à Stockholm?

M. Tidemand a exposé trois excellents tableaux : les Hangiensy secte religieuse de Norwége; le Maître d- école villageois faisant Vexamen des enfants dans une école de Norwége; les Adieux. Ce dernier se distingue par un profond sentiment religieux. Près d'un cercueil que Ton va enlever, une famille pleure et se lamente. Les différentes expressions de la douleur sont admirablement rendues : la tête de la femme, immobile et comme pétrifiée dans son chagrin, est superbe.

Le Danemark, la patrie d'Hamlet, s'est bien montré. M. Exner, avec ses Paysans de VUe d'Amack et son Repas champêtre^ peut prendre place à côté des meilleurs peintres de genre anglais ou français; il a de la finesse, de l'observation, une grâce rustique, et sa couleur, quoique un peu crue, est agréable. -— Le portrait de femme âgée de H. Gertner, vaut un Ignace Dunner pour la vérité méticuleuse des détails, le rendu de Tépiderme, la précision de la touche : on ne saurait pousser le trompe-l'œil plus loin : le bonnet, la collerette, font illusion.

Sie LES BBAUX-ARTS EN EUROPE.

VN. LEYS — THOMAS — PORTAELS — VERLAT — HAXMAN

— FLORENT WtLLEMS —

VAN MOBB — DEGREUX — ALFRED STEVENS

La Belgique soutient honorablement le poids d'uB passé glorieux ; Tart n'y flamboie plus comme au temps de Rubons, mais cependant les aïeux n'auraient pas à rougir de leurs fils : les bonnes traditions de la Flandre se sont conservées dans le royaume de Léopold, et les taUetiix ranges sous l'écusson du lion belge font bonne figure à TExpositien universelle ; s'ils n'ont pas roriginalité tranchéa des pMniBPes anglaises, ils brillent par d'appréciables qualités de facture, dont trop souvent, peut-^re, le secret est emprunté à la France, ce qui ne veut pas4tr» qu'il n'y ait eo Belgique des artistes ayant un jOMshel disdnctif et particulier.

Au premier rang nous placerons M. Leys. — Est-ce donc là, dira la critique, un peintre original ? Ses toiles ont un air archaïque et rappellent les anciennes peintures des mai-

PEINTURE, SCULPTURE. 21i

très flamands et hollandais, ou plutôt allemands. S'il est permis de ressembler à quelqa'un, c'est sans doute à son père, et M. Leys est dans ce cas : chez lui il n*y a pas imitation, mais similitude de tempérament et de race ; c'est un peintre du seizième siècle venu deux cents ans plus tard ; voilà tout. Les âmes n'ont pas toujours Tâge de leur apparition dans le monde. M. Leys est nn élève de Wolgemuth ou d'Albert Durer qui ne s^est produit que de nos jours, par une de ces combinaisons mystérieuses qui ne sont pas si rares qu'on le pense, et dont on pourrait .citer maints exemples.

M. Leys a envoyé trois tableenx, trois cbefs-d' oeuvre: la Promenade hors des murs, le Nouvel An en FUmdre, les Trentaines de Bertkal de Haze. ,

Un passage du Faust de Gœthe a fourni le sujet de la Promenade hors des murs. Nous ne pouvons résister au plaisir de le citer : « Hors des portes obscures et profondes se pousse une multitude de gens diversement vêtus. Avec quel empressement chacun court aujourd'hui se réchauffer aux rayons du soleil I Ils fêtant bien la résurrection du Seigneur, ear ils sont eux-mêmes ressuscites : échappés aux sombres appartements de leurs maisons basses, aux liens de leurs habitudes vulgaires et de leurs vils trafics, aux toits et aux plafonds qui leséorasenl, à leurs mes sale» et étranglées, aux ténèbres mystérieuses de leurs églises, tous ils renaissent à la lumléri9. »

La silhouette d'vne ville allemande, avee se» portes massives, ses remparts cré«eM, ses t0«fs flanquéee d'édbmi-

Digiti:

ât2 LES BBAUX-ÂRTS EN EUROPE.

guettes, sa flèche de cathédrale découpée en scie, ses pignons pointus, ses toits en escalier, ses fenêtres aux vitres maillées de plomb, qui s'allument au soleil couchant, remplit pittoresquement le fond du tableau de M. Leys.

Âu-dossus de la ville s'étend un ciel pommelé de petits nuages rougeâtres. Au premier plan se promènent les bourgeois dans leurs habits de fête : ici c'est un amant soutenant le coude de sa maîtresse, qui Técoute comme Marguerite écoutait Faust; là un couple d*époux que suivent non passïbus œquis des marmots de différentes grandeurs; plus loin, un groupe d*amis ou d'écoliers en belle humeur. M. Leys semble avoir été le contemporain de ces honnêtes citadins, si heureux d*ôtre sortis de leurs arrière-boutiques et de leurs chambres basses, tant il a rendu leurs physionomies, disparues du monde, avec une intimité familière. On ne retrouve plus de telles flgures que dans les vieilles planches sur bois qui portent le monogramme d'Albert Durer et d'Hoibein. Les costumes ont aussi une propriété étonnante, et Ton dirait que M. Leys n'a jamais vu un paletot de sa vie, tant il a coupé d'un pinceau certain ces pourpoints à crevés, ces chausses tailladées, ces collets à fourrure, et tant il est au courant de la mode de i520 !

Le Noiwel An en Flandre a des tons rances de vieux tableau qui ne permettraient pas de le distinguer d'un Ostade ou d'un Rembrandt: les vitres de la boutique sont glacées de ce bitume chaud et transparent dont le peintre d'Amsterdam dore les carreaux et enfume les boiseries; la neige ouate la rue silencieuse » maculée par les semelles des rares

PSINTURB» SCULPTURE. 215

passants; une vielle enveloppée de la faille noire s'éloigne, tremblotante et courbée, après avoir reçu Taumône , que d'autres attendent encore sur le seuil de la porte entr'ou-

verte.

Les Trentaines de Berthal de Ha%e demandent quelques explications pour être comprises. L*étainier Berthal de Haze, chef du serment de Tancienne arbalète, décédé en 1312, légua à l'église Notre-Dame son attirail de guerre , savoir ; son meilleur corselet, son morion, son gorgerin, son arbalète, son carquois avec les flèches, et son couteau recourbé, pour que le tout y fût appendu, dans la chapelle du Serment, après la trentaine.

Ici il nous prend un scrupule grammatical sur la prose du livret: les Trentaines de Berthal de Eaw ne signifient rien; il faudrait dire : le Trentain de Berthal de Eaix, Ouvrez le dictionnaire de Napoléon Landais, vous y trouverez : « Trentain, substantif masculin, terme de liturgie; nombre de trente messes qu'on fait dire pour un défunt. » Mais cette petite chicane est de maigre importance; revenons au tableau.

Les armes du défunt sont déposées devantFautel : la veuve» entourée de ses jeunes filles, est agenouillée et courbe sa tête sur un livre de prières : tout ce groupe est plein de cette grâce triste et résignée que savaient si bien rendre les peintres du moyen âge dans leurs physionomies féminines. Derrière se tient debout le fils de l'étainier, beau garçon svelte 6t déjà robuste, sur qui pèse désormais la responsabilité de la famille; il songe a son père mort, mais il pense aussi à

i/i4^ LES BBAirX-ARTS IN fiUilOPE.

Tai^ettir. Un pev phw lois «ont-ptaeés les amis et les toafréres, pliM«« OKHiisiiidiHéfents^v reeaeîMls, MloBhmff degré dMnUintté avec h défont ; dans \e& stalies ém «Umbot, les

ehantres, aux figures pittoresquement triviales, braillent les psaumes comme des gens que ne sauraient toneèer ces cérémonies funèbres dont ils ont l^Mtude. L'arehftecture ée Tégtise fbrme un fond vigoureux à ces personnages bien campés, bien distribués, et qui reçoivent une lumière directe.

Les têtes sent dessinées et peintes aveo wê» finesse rare, tes attitudes, les costumes, to«t est bien du temps ; — aucune note moderne ne détonne dans cet harmonieux concert et ne dément la<}atede 1512. Holbein n'aurait pas rendu cette scène autrement. Vous veyes bien que nous avions raison de vous dire que M. Leys n*étail pas un imitateur, mais un semblable.

L'école beige, adonnée plus spécialement an grare, n'a pas produit un grand nombre de tableaux d'histoire, et, sous ce rapport, elle se rapproche de l'école anglaise ; nous avons remarqué cependant une composition historique de M. Thomas, qui renferme, chose rare I une idée neuve : c'est un Judas errant pendant la nuit de la eondamnatùm in Christ. Le monstre qui a Hvré.son dîvîn Maître et Ta désigné aux soldats par un baiser, prostituant à la trahison la caresse de Taml, bourrelé de remords poignants, court comme ane bête feuToà traversia campagne; aux rayons pâles de la lane il aperçoit, étalées à terre, deux poutres croisées d'une façon sinistre : c'test le gibet qu'on prépare pour la Passion du tende-

PfllRTURE. SCULPTURE. 8f6

luaiB* La tariàre y esi encore iauplantée» et les ouvriers, fatigués de leur trairaiU donaent paifiiblement en atteodam le jour. A eet a^)ea, sob visage se Qonvoke d'borretir, et il sent encore ploa vivement son crime ; les chiens irrités de sa conscience lui mordent le cœur à belles dents: il y a une poésie tragique dans cette rencontre du traître et de Tiostrument du supplice*

M. Portaëts semble avoir voulu faire un pendant au tableau de M. Thomas; il nous montre Judas terminant sa vie horrible par le suicide : l'enfer mémo se trouvera souillé par eette âme atroce, pour laquelle une éternité de tourments est trop courte. La composition de M. Portaëls est un peu théâtrale > mais ne manque pas de vigueur. H. Portaëls est fécond. Ses ouvrages forment sur le livret une liste nom^ breuse; il a une grâce facile dont il abuse peut-ôtre* La FUeme grecque r oubliant de faire tourner son fuseau pour regarder son enfant endormi, est une charmante Ggure. Il y a de Tesprit et de la couleur dans la toile intitulée Un cmuur dans lesrue$ du Caire. Quoique entachées d'un peu (i'affétme, la Jeu$ie Juive d'Asie Mineure et la Jeune Femme des environs de Trieste, qui ne sont que des études ajusta, ont ce charme coquet qui semble appeler la gravure eu la lithographie.

Nous ne connaissions jusqu'à présent H. Verlat que comme animalier; il était habile à faire sauter du fond des jungles à la nuque du buffle le grand tigre fauve rubané de velours noir, ou à dresser pesamment sous la hache du bûcheron l'ours brun deaeendu des montagnes. Maintenant il s*atta4|ue

à rhomme, et il lance héroïquement Godefroy de Bouillon i l'assaut de Jérusalem. <( La tour de Godefroy s'avance au milieu d'une terrible décharge de pierres, de traits, de feu grégeois, et laisse tomber son pont^levis sur la muraille. Soutenu des principaux chefs, Godefroy enfonce les ennemis, s'élance sur leurs traces et les poursuit dans Jérusalem. » H. Verlat a mené ses troupes avec vigueur; ses guerriers se battent bien : c'est une mêlée terrible, pleine de furie et de mouvement.

L'Espoir et la Déception sont deux bonnes scènes de comédie animale. La Fontaine en eût souri. Ici un renard haletant, Tœil allamé de convoitise, guette des perdreaux; là il ne saisit que les pennes de la queue d'un canard qui s'envole. Les habiles ne réussissent pas toujours.

On connaît en France M. Hamman, qui hante nos expositions depuis quelques années. H. Hamman a étudié la palette de Paul Yéronèse; il sait peindre; sa couleur chaude, claire et mate, rappelle la gamme vénitienne. Christophe Colomb, monté sur sa caravelle la Santa-Maria, découvre la première terre d'Amérique, File de Guanahani, Tune des Lucayes, le 11 octobre 1492, au lever du soleil.

Les pressentiments du génie n'ont pas menti : la voilà qui s'élève comme une fleur des eaux entre l'azur du ciel et l'azur de la mer, cette Atlantide de Platon, cette terre vierge, contre-poids du vieux monde! Plus d'incrédulité, plus de révolte; i'ëquipage tombe à genoux sur le tillac de la caravelle, autour du hardi navigateur.

Adrien Willaert est un tableau très-remarquable. Ce

maître, né à Bruges en 1490, et l'un des plus célèbres du seizième siècle, fait exécuter à Venise une messe en musique de sa composition, la première, dit-on, qui ait été faite; les moines à qui sont confiées les parties valent ceux de Granet; leurs physionomies et leurs attitudes montrent qu'ils s'acquittent de leur tâche avec zèle et conscience. L'architecture est fort bien traitée.

On se souvient de la Vente de tableaux et de la Jeune Veuve, de M. Florent Willems, qui eurent tant de succès au Salon de 1853. — V Intérieur d'une boutique de soierie en 1660 et Coquetterie ne sont pas inférieurs à leurs aines. Ce sont deux sujets bien simples, mais qui suffisent à un véritable peintre. Près du comptoir sur lequel le marchand déploie des étoffes, sont groupées de jeunes dames accompagnées d'un cavalier; un petit commis avance une chaise; rien de plus. Mais quelles charmantes têtes, quelles soies et quels velours! — Une jeune femme, vêtue d'une de ces robes de satin à cassures brillantes, à reflets de perle, qu'affectionnent Terburg et Gaspard Nestcher, s'accommode devant un miroir de Venise. Elle se présente le dos au spectateur, et Ton regretterait de ne voir que ses blanches épaules et sa nuque où se tordent les poils follets d'une chevelure blonde, si la glace ne trahissait à propos son délicieux visage.

H. Van Hoër a dérobé à Decamps un rayon de son soleil pour en plaquer les murs de plâtre de ses intérieurs de cour.

Sans être réaliste â la façon de M. Courbet, H. Degroux a tait aussi son Enterrement d'Omans dans le Dernier adie^\ u. 13

Digiti:

Sur une neige d'une blanahaur funèbre .«e détachent en «oir les croix de bois du «imetière; la fosse ouverte daos Ja 4erre gelée attend sa pr<>i6, la maeboire béante; la famUle sanglote, les amis pleurent silencieusement, et deux enfants curieux regardent au fond du trou avec .rinsoudance de leur âge. Appuyé sur sa bêche, le fossoyeur attend que les prières soient finies pour jeter cette première pelletée qui xelentit si terriblement sur les planches du cercueil; \m son qu'on n'oublie jamais! C'est froid, navrant et sinistre. Par «in pareil temps et par une neige semblable nous descendions au fond do sa fosse notre pauvre ami Gérard de Nerval. V Enfant malade n*a rien de commun. avec le poétique lied'd'Ubland; auprès de ce grabat, les anges ne chanteraient 4»as, ils pleureraient. Ici, la tristesse est vraiment trop noire, 4rop étouffanie. Nous .préférons la Promenade. Un joli abbé, donnant le bras à im vieux prêtre oourbé et marchant avec fieiine, aperçoit au delà d*un champ de i)lé un couple d'amants qui s'envolent, bras dessus, bras dessous; hii aussi «st jeune, mais, comme les victimes de Mézence, il est atta- <)hé vivant à un cadavre. Cela est peint spirituellement, et riatention comique, qui, plus marquée, pourrait devenir de mauvais goût, s'arrête juste à temps.

Est-ce un effet du climat? il neige beaucoup dans les tableaux des peintres belges ; Ce qaon afqteUe le Vagabondage, de M. Alfred Stevens, nous montre une pauvre femme ramassée par une patrouille — un jour de neige. Un ouvrier fouille à sa poebe pour an tirer le sou vortdegrisé de l'au- 4ndne ; une élégante tend sa bourse. La malheureuse aura

FEmTURE, SCULPTURE. 2lt»

du pain au moim poar quelques jours. M. Stevens ne manque ni de vérité ni d'énergie; sa couleur, quoique rembrunie, est bonne; mais il a le tort de cerner ses couleurs d'un trait noir; ce défaut se relrouve dans le Premier Dévouement, et aussi dans ses attires toiles, quoique moins sensible.

»M. J. STEVENS — ROBBE — VAJî SCHANDEL — BOSSUET — KKYf

— WEISSEMBRDCK — BOSBOOM —

HAYEZ — STEINLE — BERTINI — KUPELWIESER — IKDUNO

— INGANNI — CAFFI —

KtîWASSEG — F. KAULBACH — R. ZIMMERMANN

M. Stevens, l'animalier, marche de près sur les traces de M. Jadin : il a le dessin énergique, la science d*attacbe, }a pâte solide, la brosse magistrale de ce dernier, une couleur intense, un peu noire parfois; mais il en diffère par la pensée philosophique. Tandis que M. Jadin, avec une indifférence siipeii^, peint des meutes royales ou princiéres, et se montre, en qfuelqiie son», le Paul Véronése des chiens, H. Steven», sans cb«*eber la beauté et la pur0té ie race,

prend ses modèles dans la rue; il envisage le chien au point de vue socialiste, et proteste contre raristocratie des king- Charles, des bleinheim, des bichons de la Havane, des pointers, des levrettes, des mopses, des carlins. -- Un Jtf^t^rde chien, qui fut tant admiré à Tun de nos derniers Salons, indique une profonde sympathie pour la gent canine. Tirent-elles la langue, sont-elles assez haletantes et fatiguées, ces pauvres bétes attelées à une lourde carriole et se reposant quelques minutes le long d'un mur plâtreux, tandis que le maître boit ou fume à Testaminet! Si les chiens avaient leurs entrées à TEiposition et voyaient ce tableau navrant, il leur inspirerait sans doute des idées de révolte et les ferait se ruer avec fureur sur les mollets de Thomme, ce tyran de la création. Cette toile eût dû faire recevoir d*emblée H. Stevens membre de la Société protectrice des animaux, t' Intrus y Y Épisode du marché aux chiens de Paris, ont les qualités sérieuses de H. Stevens : le type des têtes, les attitudes, les robes, sont parfaitement observés; lePhUosophe sans le savoir n*est autre qu'un chien prolétaire cherchant fortune dans un tas d'ordures bêché par le crochet du chiffonnier; parmi des écailles d'huîtres, des zestes de citron, une carapace de homard vidée, reliefs d'un festin délicat, il a trouvé un os à moelle, et, sans connaître Rabelais, que H. Stevens a lu pour lui, il s'applique à en tirer la quintessence.

« Vitesvous oncques chien rencontrant quelques os médullaires? C'est, comme dit Platon, la beste du monde la plus philosophe. Si vu Tavez, vous avez pu noter de quelle

dévotion il le guette, de quel soing il le garde, de quelle ferveur il le tient, de quelle prudence il Tentoure, de quelle affection il le brise et de quelle diligence il le sugce. Qui Tinduictà le faire? Quel est Tespoir de son estude? Que^ bien prétend-il? Rien qu'un peu plus de mouelle. »

Il est difficile de mieux illustrer cette phrase si pittoresque et si vraie qui a échappé au crayon de Gustave Doré, le traducteur sur bois de maître Alcofribas Nasier.

Dans la Surprise^ un barbet aperçoit son image réfléchie par une glace de Venise posée contre un mur. Il n'est pas assez fort en optique pour s'expliquer ce phénomène inquiétant, et flaire le cristal en grommelant entre ses crocs. Est-ce un autre lui-même, un ami ou un ennemi? Toute sa pose pétille d'interrogations. Provisoirement il se tient prêt au combat si le spectre trompeur qui imite tous ses mouvements s'élance sur lui.

Ceux qui prétendent que les animaux n'ont pas d'idées n'ont qu'à les regarder en présence d'un objet inconnu pour eux : leur physionomie exprime alors toute une série de raisonnements et de réflexions d'une évidence extrême. Nous n'oublierons jamais l'attitude d'un de nos chats mis inopinément en présence d'un perroquet. Il l'admit d'abord comme un poulet vert, bizarrerie dont il parut se rendre compte; mais, lorsque le perroquet prononça une phrase de son répertoire, il nous lança un regard qui voulait dire clairement : « Il n'y a pourtant que l'homme qui parle, explique-moi ce prodige. » Et depuis il eut toujours grand'peur de l'oiseau.

Digiti:

222 LES BËAOX-A.RTS EN BUROPE.

Il est rare que Ton peigne les animaux dans des toiles de si vaste» dimensions que la Campine de H. Henri Bobbe. Un sujet histc^ique s'y développerait a Taise; — à l'exception du fameux taureau de Paul Potter, au musée de la Haye, cas unique parmi Tœuvre du maître, -* nous n'avons jamais vu un troupeau de cette grandeur. — La Campine, mot spécial à la Belgique, est, comme on sait» une immense plaine herbue, miroitée de flaques d'eau et se confondant avec rhorizon, assez semblable, moins Tardeur du soleil, à nos landes de France. Cette sorte de désert flamand ne manque pas de majesté, et le soleil, se débattant contre les vapeurs, y produit de beaux effets de lumière. — C'est un fond excellent pour des groupes de taureaux» de boeufs, de vaches, de génisses, ruminant agenouillés sur le gazon, se désaltérant aux mares, ou levant vers le ciel humide leurs mufles lustrés et noirs d'où pendent des filaments de bave. M. Robbe, qui peint également bien le paysage et les bestiaux, a tiré trè»-bon parti de ces taches blanches, dorées ou fauves que font les troupeaux dispersés sur le tapis vert des prairies. Les hôtes du premier plan sont dessinées avec une rare science anatomique et coloriées à faire illusion : Tair circule dans les fonds et pousse les nuages amoncelés en bancs grisâtres.

« Ceux qui aiment cette note seront contents, ]» disait Bilboquet, le célèbre saltimbanque, en soufflant dans sa clarinette un la unique. C'est un mot qu'on peut transposer de la musique à la peinture ea Uce des taBleaux toujours les mêmes tle M. Van Schandel : ils consistent en une lune

PEfNlUBE, SGDLPTlfRB. 22$

bleae et un fanal jaune. L*ait flamand avait dëjà Skalken^ qui consuma sa' vie à peindra une bou^e allumée abritée par une main rose. M. Van Schandel est moins exclusif. — Geseffets de Imniôre tictieeo&t séduit les bourgeois de tous le» pays et de tous les temps, qui les croient difficiles et s'étonnent de cette innoeenl^ magie. L^ Vue de Rotterdam y leMar^ ché au poisson, doivent avoir été payéfr fort cher, car à leur pyrotechnie ils joignent une exécution blaireautée, polie» léchée et sans la moindre épaisseur.

Les Tours romaines sur le Xenil à Grenade, de H. Bossuet, sont d'une extraordinaire vérité locale, que nous poU"^ vons certifier comme témoin oculaire. Ces vieilles constructions n*ont pas le ton noir des ruines septentrionales : letemps les a Fouillées et non brunies; les pierres cuites et confites par )e soleil ressemblent à une peau rugueuse dV range, et on dirait qu'elles scmt cimentées de lumière; le& tours incandescentes se profilent sur un ciel d*un azur léger et sur la gaze d'argent de la Sierra Nevada, tandis que leur pied est baigné de ces ombres bleiies qu'on ne voit que dans les pays chauds. Le Xenil fuit bien sur son lit à moitié desséché, et les maisons aux stores de.sparterie sont peintes avec une réalité qui va jusqu'au trompe-rœil. Les Ruines maresquesy dans les montagnes de Bonda, se font remarquer par les mêmes qualités de relief, d'éclat et d'illusion. Nous aimons moins la Cathédrale de SévUle avec la procession des. deux patronnes.

M. Knyf a fait une excellente étude de terrain dans la fimvière abandonnée: MM. Weissembruck et Bosboom imitent^

Tun Van der Heyden, et Tautre Peterneef : deux bons guides. Cest-à-dire que H. Weissembruck aime à représenter ces vieilles maisons hollandaises au toit en escalier, au faite couronné d'un nid de cigognes se mirant à Teau brune d'un canal ; ces quais plantés d'arbres que frôle le lourd koff à la prone couleur de saumon, relevée d'une bande de vert praan ; ces ponts aux poutres enchevêtrées; ces cathédrales de brique fermant la perspective; et que M. Bosboom se plaît à peindre ces hautes nefs blanches aux voûtes historiées de blasons, aux chœurs encombrés de tombeaux et de menuiseries, au pavé miroitant sous la lumière oblique.

La salle de TAutriche, avec son mélange de noms allemands et italiens, n'a pas un caractère bien déterminé : les tendances sont diverses comme les pays, et Timpression qui vous reste est incertaine. M. Hayez, dont Henri Bey le parleà plusieurs reprises, a joui et jouit encore dans la haute Italie d'une réputation qui nous semble difficile à expliquer. Cet artiste, qu'on admire à Venise en face de Titien, de Tintoret et de Paul Yéronèse, est un romantique à la façon de Fragonard fils et autres novateurs de 1820; il en est encore au moyen âge troubadour, au moyen âge pendule : son Alberk de RamanOy frère d'EEzelin, tyran de Padoue, se rendant prisonnier, avec sa femme et ses enfants, au marquis d^Este; sa Bice dd Balw trouvée dans le souterrain du château de Rosate; ses Femmes vénitiennes se vengeant d'une rivakj ont l'air de vignettes agrandies d'un roman à chevaliers, à châtelaines et à pages — genre Marchangy. -— Malgré le goût suranné de sa peinture, H. Hayez, il faut le dire, a la brosse

PEINTUBE, SCULPTUftE. 225

très-babile, et sa couleur, quoique trop transparente et trop noyée d'huile, n'est pas désagréable. Son portrait de madame Juva ne manque pas de grâce; les chairs ont de la fraîcheur et de la morbidesse.

Ily a du mérite dans VÈve de M. Steinle; la mère des humains file sou vêtement sous un arbre, dans les branches duquel joue, non plus le serpent tentateur, mais un bel enfant cueillant un fruit qui, cette fois, n*est pas le fruit défendu. — Eve parait tout à fait consolée du paradis perdu, — n'est-elle pas mère ?

La PajHsina, de H. Bertini, séduit par la langueur abandonnée de son sommeil. Elle dort sans se douter que le farouche Âzzo épie sur sa lèvre les murmures du rêve. Qu'elle est charmante avec ses beaux bras découverts et sa poitrine nue, d'une forme si pure, d'une couleur si fraîche et si vivante !

VAssoffiftion de la Vierge^ de M. Kupelwieser, tableau d'autel pour Féglise métropolitaine de Colocza de Hongrie, montre que l'artiste a l'érudition de la bonne peinture, à défaut d'originalité personnelle. Ses groupes sont arrangés adroitement, son dessin a de la correction, sa couleur de l'harmonie ; mais on peut faire un tableau semblable en prenant une figure à Titien, une autre à Raphaël ou à Corrége ; l'impression directe de la nature n'y est pas.

Nous aimons beaucoup les deux Induno, Dominique et Jérôme, car ils ont l'un et Tautre beaucoup de talent ; malgré la désinence du nom, rien n'est moins italien que les toiles de ces deux artistes, qu'on croirait élèves d'isabey ou de Le-

Digiti:

236 LES BËAUX-ARTS BN SUBOPË.

poiUevin, ee qui n'est pas, car ils ont étudié à TÂcadémiede Miian. Leur touche, à tous deux, est nette, vive, découpée^ leurs personnages, un peu minces, s'enlèvent des foads comme frappés à Temporte-pièce ; mais personnages, accessoires, tout petiile si spirituellement, qu'an ne pense pas à leur en faire un reproche. Nous n'entrerons pas ici dans ie détail de leurs nombreuses toiles, cela nous mènerait trop loin ; citons seulement de Dominique les Réfugiés (ïim village incendié, Pane e lagrime, les Contrebandiers; de Jérôme, la Scène militaire, la Cuisinià^e, les Mtisiciens. — Les deux frères paraissent être très*goûtés dans leur pays, et cette fois le succès n'a rien qui nous étonne; chacun de leurs tableaux porte au livret, au-dessaus de sa désignation, lo nom de Theureux possesseur.

Nous ne croyons pas qu'on puisse pousser plus loin l'illusion que ne Ta fait M. Inganni dans la Fête nuptiale aux environs de Brescia : c'est une nooe de paysans qui a pour théâtre une grange ou une satle d'osteria éclairée par des lanternes et des globee de papier, portant cette inscriptiou : Viva la sposa! — L'effet d'abord est sourd, mais lorsque l'œil s'habitue à cette lumière factice, on est surpris de sou extrême vérité ; le diorama ne rendrait pas mieux ce jeu d'ombres et de clairs; les figures se groupent avec un naturel parfait, et leurs costumes^ prêtent à la peinture; les femmes portent, piquées dans leujrs nattes, ces épingles d'argent à tête en olive, qui font ressembler les paysannes lombardes à des déesses coiffées de la couronne sidérale.

Un Vénitien, M, Caffi, a trouvé le moyen, après Canalelto, après Bonnington, après Joyant, après Wylcl, après Ziem, de peindre Venise sous un aspect nouveau. Sa vue du Grand Canal et de Santa Maria deila Salute en hiver, avec un ciel gris, une eau blafarde et un œil de neige sur les coupoles et sur les palais, est une véritable innovation. — Lé Carnaval à Rome fourmille» babille et scintille aux lueurs de cent mille moceoletti, dans cette longue avenue de palais qui va de la place du Peuple aux pieds du Capitule, le plus joyeusement et le plus pittoresquement du monde. M. Caffi a peint aussi une vue du Forum, pleine de lumière et de soleil.

La Vne prise dans la Styrie, de M. Kuwasseg, est d'unbon sentiment de nature et d'une babile exécution. — Nous* en dirons autant de son tableau intitulé Paysage.

La Bavière n'a pas une exposition très-considérable; le» artistes allemands, comme nous Tavons dit, font peu de tableaux et s* adonnent principalement à la peinture murale ; c'est ce qui fait que, pour avoir une idée bien arrêtée mr leur compte, il faut aller dans leur pays. M. Frédéric Kaulbach, sans doute frère du grand Kaulbach, de Munich, a envoyé des portraits pleins de mérite: le premier représente l-auteur de la Dispersion de Babel dans son atelier; la tête est intelligente et fine, les yeux vivent, les narines respirent, et les lèvres viennent de laisser échapper la fumée d'une cigarette que Tartiste tient encore à la main, — une main, par parenthèse, très-bien dessinée et peinte. Sur un socle est écrite une assez longue inscription en allemand ,

que nous aurions dû nous faire traduire. Le Portrait Sune dame, — il n'est pas autrement désigné sur le livret, — brille par la distinction, la grâce et Tesprit. H. F. Kaulbaeh, mérite assez rare, met de Tâme et de la lumière dans les yeux. A notre point de vue, sa peinture n'est pas assez nourrie, assez épaisse : il mêle trop d'huile à ses couleurs, ce qui rend ses toiles un peu minces d'aspect.

Parmi les paysagistes bavarois, citons H. Richard Zimmermann. Son Paysage d'hiver est très-remarquable : des stalactites de frimas pendent aux arbres, qui ressemblent à des ramifications de vif-argent; Teau s'est changée en blocs de glace, et les corbeaux noirs sautillent sur la neige scintillante. Au-dessus s'étend un ciel opaque et sombre ; il fait un de ces temps où les loups et les renards viennent pleurer au seuil des habitations humaines. Des voyageurs transis se sont arrêtés à la porte d'une ferme d'où rayonne une bonne lueur rouge bien chaude et bien hospitalière. Ils vont se réchauffer au foyer bienfaisant, et s'ils repartent, ce ne sera que Testomac bien garni et leur gourde remplie d'une liqueur fortifiante. Le froid et blanc poëme de Thiver a rare* ment été mieux rendu que dans cette toile gelée, qui vous fait claquer les dents rien qu'à la regarder, et devant laquelle le thermomètre de l'ingénieur Chevallier marquerait assurément quinze degrés au-dessous de zéro.

MM. FEDEBICO ET LUIZ MADRAZO — CERDA. — GLAVE — GALOFRE

— GASTELLANO — ESPIMOSA — LUGA —

RIBERA — MURILLO — m"** AÏTA DE LA PENUELA — MM. RAUGM

— KISS — FRACAROLLI — GALLI —

DELLA TORRE — BOTTINELLI — MAGNI — MARCHIiSI

ARGENTl — MOTELLI — VAI< HOVE — GEEFS

L ancienne école espagnole, quoique moins répandue dans les galeries que les écoles italienne et flamande, a brillé d'une incontestable splendeur. La chaîne des Pyrénées s opposait jalousement à la sortie des chefs-d'œuvre nationaux; mais quiconque avait pu viisiter les églises, les cloîtres, les résidences royales et les palais où Vélasquez, Murillo, Ribera, Zurbaran, Alonzo Cano, ont laissé tant de témoignages de leur génie, revenait pénétré d'admiration et en racontait des merveilles; nous même, un triple voyage nous a convaincu de Toriginalité profonde de Tart espagnol, le seul peut-être véritablement catholique, romantique, et qui ne doive rien à Tantiquité. Vélasquez, Murillo, Zurbaran, pour n'en prendre que la suprême expression, n'ont rien de clas-

230 LES BEAUX-ÀRTS EN EffROPE.

sique; ils puisent leurs idées à la foi commune, au sentiment populaire de leur époque. Vélasquez, bien qu'il ait fait deux voyages à Rome, n'en est pas moins resté le peintre chevaleresque de la grandesse; son moindre coup de brosse le signe hidalgo, et il n*a pas emprunté sa vivace couleur au Titien, qu'il égale souvent. Murillo ne quitta jamais l'Espagne, et sa peinture profondément locale, qui parrdu réalisme le plus grouillant pour se perdre dans les vaporeuses extases de sainte Thérèse, n'a pas eu de modèle et lui appartient en propre. Zurboran, avec sesr moines cadavéreux, la tête engloutie par la cagoule et le corps drapé d'un froc pâle comme un suaire, ne pouvait exister qu'au pays de Tlnquisitlon ; et quoique la vue de quelques tableaux du Garavage ait déterminé sa vocation d'artiste, il demeure exclusivement Espagnol. Goya fut le dernier de cette grande race d'artistes; il en a la fougue, la hardiesse, la bizarrerie et l'étrangeté; malheureusement des incorrections choquantes, des inégalités fâcheuses, déparent ses toiles, souvent laissées à l'état d'ébauche.

A partir de Goya, l'imitation française prit le dessus : Aparicio, Madrazo père, copièrent David ; et aujourd'hui, sans l'écusson semé de lions et de tours, on confondrait aisément les peintres d'Espagne avec les nôtres; c'est le cas d'appliquer le mot si connu : « Il n'y a plus de Pyrénées. » — Ce qui est un bien en politique est un malheur en art, et nous aurions aimé que les peintres de Madrid et de Sévîlle se souvinssent davantage de leurs illustres ateux. Mais Toriginalité ne se commande pas; elle résulte d'un tempérament

spécial et d'un concours de circonstances qui ne se renouvellent plus: nous sommes au dix-neuvième siècle et non au seizième, et la France doit être glorieuse de préoccuper des artistes qui s'appellent encore Murillo et Ribera.

M. Federico Madrazo, par exemple, pour le charme, la grâce, Télégance toute moderne, n*a rien à envier à nos meilleurs peintres de high life» Winterhalter, Edouard Dubuffe, Vidal et les faiseurs en vogue ne sont pas plus fashionahles. Rien ne rappelle chez le brillant artiste la charpente robuste, le coloris solide, la brosse ferme et magistrale de Velasquez, qu'il a cependant sous les yeux ; il est si Français qu'il en est Parisien. — Il peut prendre le mot comme une critique ou comme un éloge.

Le portrait de madame la duchesse de Medina-Cœli est charmant, et plus que tous les autres il a le caractère espagnol : la duchesse porte une basquine rose avec des volants de frange noire entremêlée de houppes en soie, un capricieux costume andalou qui lui sied à merveille; la tête, aux yeux de diamant noir, au nez légèrement aquilin et coupé de narines roses, à la bouche vermeille comme une fleur de grenade, se distingue par une grâce fière et qui sent sa race. Les accessoires sont habilement traités; les étoffes frissonnent et miroitent comme de la soie véritable. M. Federico Madrazo, bien qu'il évite ces vigueurs extrêmes qui rebutent les gens du monde et se tienne dans la gamme claire de la palette, a un très*bon sentiment de couleur. Ses localités sont franches, ses lumières larges, et le sang circule bien sous les chairs de ses figures.

Madame la duchesso d'Albe est peinte avec beaucoup de charme et d'élégance. Le ruban rouge de Tordre, qui raye sa poitrine, fait ressortir, par son ton vif, la fraîcheur des carnations; sous le pinceau de M. Madrazo madame la duchesse de Séville étincelle de vie et d'esprit. Madame la comtesse de Velches n'est pas moins bien réussie; les yeux parlent, la bouche s'entrouvre et sourit, et la lumière satine amoureusement de belles épaules trahies par Téchancrure d'une robe bleue d'une nuance harmonieuse et riche. M. Madrazo a surmonté heureusement cette difficulté de mettre du bleu clair à côté de chairs blanches, sans sacrifier Tune ou l'autre valeur. Dans le portrait de la nourrice de Son Altesse Royale la princesse des Asturies, l'artiste, au plaisir de reproduire un pur type espagnol, a joint celui de peindre un costume pittoresque et national. Au corsage de velours vert agrémenté de jais, à la jupe rose ornée de multiples volants en dentelles noires, peut-être eussions-nous préféré le costume ordinaire des pasiegas, brassière de velours noir, jupe écarlale bordée d'un galon d'or, gazillon tortillé autour de la tête. Mais, pour être plus de cérémonie' celui-ci n'en est pas moins beau .

Les portraits d'hommes de M. F. Madrazo, quoique d'une bonne facture, ne sont pas aussi remarquables que ses portraits de femmes; M. Madrazo possède le don assez rare do comprendre et de rendre la beauté féminine moderne.

Outre ses portraits, l'artiste a exposé un tableau religieux, les Saintes Femmes au tombeau, qui ne manque pas de mérite. Il y a une certaine grâce mélancolique dans les lôtes

pâles de ces figures affaissées; mais l'aspect général est faible : le peintre a dépouillé ses tons brillants, pour donner à son œuvre la sobriété placide qui convient aux scènes de sainteté, et il en résuite une couleur grise et triste qu'un dessin d'une correction parfaite pourrait seul racheter.

H. Luiz Madrazo, le frère du précédent, a peint Y Enterrement de sainte Cécile dans les catacombes à Rome — un sujet reproduit fréquemment cetteannée ; — c'est une composition sage, bien entendue, assez bien dessinée et d'une couleur suffisante, à laquelle on ne saurait guère reprocher que l'absence d'originalité ; mais qui est-ce qui est original? deux ou trois hommes à peine dans un siècle. A défaut de génie, c^est déjà beaucoup d'avoir du talent.

Isabelle la Catholique donnant la liberté au fils de BoabdU, de H. Gerda, rappelle assez la première manière de H. Âry Scheffer, et témoigne d'un bon sentiment historique. — Isabelle est un sujet cher aux peintres espagnols; en voici une autre de H. Clavé, et une troisième de M. Galofre, qui a groupé avec beaucoup d'art dans son Episode de la prise de Grenade, en 1491, les personnages célèbres du temps.

Ces tableaux, malgré la nationalité du sujet, n'ont rien qui les distingue de l'envoi des autres nations. Arrivons à quelque chose de plus espagnol. H. Castellano Manuel a réuni dans une toile de moyenne dimension des Toreros et des amateurs avant une course de taureaux; voilà le jamais assez 'loué — Francisco Hontes de Chiclana, celui qui a effacé la gloire antique de Romero^ de Pepe Illo, de l'étudiant de Falcès, le héros, le dieu do la tauromachie, dont le

portrait, entouré de couplets enthousiastes, a rayonné vingt ans sur les éventails, les murailles et les foulards, Hontes, le grand Montés, la première ëpée de TEspagne et du monde, qui prenait les taureaux par la queue et les faisait valser, et se drapait nonchalamment dans sa cape en face de leurs cornes aiguës comme des poignards! Hélas! maintenant son nom figure en lettres blanehes sur les cartouches Meus de la place de Madrid, à côté de ceux des illustrations du genre; et ce n'est pas un taureau de fiaviria ou die Veraguas qui a tranché cette belle vie! Les taureaux ne pouvaient rien contre Montés. Il est mort pacifiquement dans son Ht, comme un simple bourgeois, — de la fièvre.

Voici José Redondo, plus connu sous le nom de Chiclanero, le propre neveu de Montés, le continuateur de sa gloire, le beau jeune homme svelle et blond, au coup d'œil si sûr, à la main si prompte, qui mettait tant d'élégance dans rhéroïsme, et portait plus galamment que pas un ses costumes étincelants de broderies et de paillettes, à la grande admiration des duchesses et des manolas ; il est mort aussi celui-là, mais non pas sur la place, et tout Madrid en deuil a suivi son convoi. Parmi le groupe, regardez cette figure hâlée et brune, c'est Francisco Arjona Guillen, une excellente épée. et sur cette rosse, dont l'œil droit est bandé, Juan Alvarez Chola, avec son chapeau à grands bords, sa veste courte toute roide de paillon, sa large ceinture et ses pantalons de buffle doublés de tôle. Puisque le grand Seviîla n'est plus, on peut dire que nul picador ne soutient d'un bras plus robuste le taureau au bout de sa vara. Cet autre, c'est

Digiti:

MINTURE, SCULPTURE. 235

Ângel Lopez Hegatero, le baodehUero, un gaillardlestc et hardi ; les autres sont des aficioBedos — des amateurs — de ceux qui se tiennent toujours près de la barrière et apprécient savamment les coups, faute de pouvoir combattre eux-mêmes, comme ils l'auraient fait au sièele dernier.

M. Espinosanous introduit dans les coulisses mêmes de la place et nous montre \espicadares essayant leurs chevaux et pointant au mur avec leurs lances. Il nous mène ensuite au matadero, le charnier où les mules traînent, en faisant carillonner leurs grelots, les chevaux tués pendant la course. — Ceci n'est pas le beau côté de la chose; mais le réalisme espagnol ne s'effraye pas pour quelques carcasses de bêtes mortes et quelques flaques de sang caillé. Ce que les descendants du Cid voient dans ces luttes si répugnantes à la sensiblerie septentrionale, c'est avant tout le courage moral, la supériorité de l'esprit sur la matière. — Nous nous occupons de l'animal, ils s'occupent de Thomme.

Le Combat de taureaux à Madrid, de M. Luca, offre cette particularité, que le drame est double, car une barrière partage l'arèue en deux : cet arrangement bizarre met quelquefois deux taureaux aux prises avec la même épée et compliquent l'intérêt; les taureaux de bonne race franchissent aisément une barrière de cinq ou six pieds de haut. Nous n'avons pas vu de place disposée ainsi, mais nous savons que la chose se pratique. Cependant il nous semble que dans un divertissement purement oculaire oh ne doit présenter qu'un objet a la vue.

Ces différentes scènes sont très-vraies et très-exactes; nous

y aurions désiré un peu de la fantaisie féroce et du eaprice de Goya dans ses planches intitulées Toromaquia.

M. Ribera a représenté V Origine delà famille de hs Gironés; M. Murillo, les Bergers de Virgile. Ils portent là des noms bien lourds et qui écraseraient des talents plus ro-

Une toute jeune fille de la Havane, mademoiselle Aita de la Penuela, a peint avec beaucoup de naïveté, de vigueur et de franchise une Petite paysanne des Vosges et son propre portrait, fort gracieux» puisqu'il est ressemblant. Nous regrettons que mademoiselle Âïta, qui a un talent tout particulier pour les animaux, n*ait pas exposé une superbe chatte au poil blanc comme un duvet de cygne, et posée spirituellement comme un génie du foyer domestique sur une partition de la Cerenentola, que nous avons admirée au vitrage d'un marchand de tableaux de la rue Laffitte.

La Toscane n'a que quatre tableaux, plus remarquables par la beauté des cadres que par le mérite de la peinture. L'envoi des États pontificaux est insignifiant. Florence et Rome ont le droit de se reposer, elles ont assez fait pour se recueillir un siècle ou deux.

Nous voici arrivé au bout de notre tâche. Nous n'avons ' pas tout dit : cependant nous croyons n'avoir laissé en arrière rien de supérieur ou de Caractéristique. La peinture a, malgré nous, envahi une bonne part de l'espace que nous voulions réserver à la sculpture; mais cet art sérieux et sévère est naturellement beaucoup moins productif, et les œuvres hors ligne y sont beaucoup plus rares : l'Allemagne

n'a que le monument du grand Frédéric, par Rauch, dont un modèle réduit a pu seul être exposé, et le Saint Georges combattant le dragon, de H. Kiss. On ne peut guère juger du premier que Tarrangement, qui est ingénieux et pittoresque. Le Saint Georges^ malgré sa grandeur colossale et Theureux profil de sa silhouette, pèche par la minutie des détails. Le cheval est couvert d'un réseau de veines, et les rugosités de la peau du dragon sont Tendues avec un soin par trop zoologique. L'Italie, sous la rubrique de TAutriche, n'a plus ni Canova ni Bartolini, mais elle a gardé toute son habileté pour tailler le marbre : on sent, en regardant son exposition, que les blanches veines de Carrare ne sont pas taries encore, et qu'on y puise à pleins blocs. VAtala et Chactas, de H. Fracarolli ; la FoUepar amour, de M. Galli, méritent d'être cités; il y a une singulière morbidesse dans la femme nue et roulée sur un canapé, que M. le marquis délia Torre intitule VOrgie. VArmide abandonnée, de H. Bottinelli, ne manque pas de grâce.

Le Socrate de M. Magni indique certaines tendances romantiques ou réalistes rares chez les statuaires italiens, naturellement classiques. Le philosophe se piète bien sur sa base, et sa physionomie transpire le génie et la finesse, à travers son masque de laideur triviale. Si V Angélique montVe avec ses formes charmantes que H. Magni sait faire un torse, la Femme masquée prouve qu'il chiffonne le marbre en plis de soie et le brode en dentelles avec une merveilleuse souplesse. Mentionnons encore la Bacchante de H. Marche.^i, la Chrétienne martyre de M. Argenli, la Yierge voilée de

238 LES BEA^JX-ARTS EN EUROPE.

M. Motelli, un touir de force sculpturaU La Belgique a le Nàgve après la bastonnade'Ae M. Van Hove, une vigooreuse étade; la statue du roi Lëopold et le Ldon ammtreux de M. Geefs. Quant à la Grèce, par souvenir de Phidias, ee que nous pouvons faire de plus filial en sa faveur, c'est de la renvoyer à la ptrochaine Exposition untversdle.

LÀ CHJUPi^tE DSS FOirrS BÂPTfSHAOX ▲ SAIMT-KOCH PAR M. CHASSÉRIAU

Quelques critiques avaient paru, aux derniers Salons, s'élonner et s'affliger du petit nombre de tableaux d'histoire exposés. Ils tiraient môme de cette rareté toujours croissante des conclusions défavorables sur Tétat de la grande peinture en France, et prétendaient que Tart, perdant de vue ridéal, se rapetissait et s'amoindrissait jusqu'aux habiletés inférieures du ge7ire ; cette opinion, que semblait justifier l'aspect général des galeries peuplées d« sujets épisodiques ou de fantaisie, manquait cependant de justesse, l<ien qu elle fût partagée par une portion du public. Ces

critiques, fort éclairés d^ailleurs, ne se rendaient pas compte d'un fait très-simple et qui a changé la physionomie des expositions. Depuis quelques années, la peinture murale, c'est à-dire la décoration sur place des édifices publics ou religieux, a pris un développement considérable, grâce à rinitiative et à la direction intelligente du Gouvernement; on ne fait plus de ces commandes vagues de tableaux dont la destination devait être trouvée ultérieurement, et qui, après avoir brillé quelques semaines au Salon, perdaient une partie de leur mérite aux endroits où ils étaient suspendus, sous de faux jours et de trompeuses perspectives. On assigne à chaque artiste, jugé capable d'un pareil travail, une salle, une chapelle, une coupole, un hémicycle, une frise, une imposte, un plafond, dans un palais ou dans une église, et là, éclairé par le vrai jour sous lequel son œuvre doit être vue, entouré de Farchitecture qui forme le cadre de sa composition, le peintre sent son talent devenir plus grand et sa manière plus large; c'est 'à Tusage de la fresque que Fltalie doit la supériorité de ses écoles. La fresque, ou, pour parler plus exactement, la peinture murale, exige de sérieuses qualités; la composition, le dessin, le style y prévalent sur les délicatesses d'exécutioD perdues à distance; au contact de Tarchitecture, la peinture se fait plus fière et plus robuste : elle prend la mate solidité des murailles de pierre et la force tranquille des colonnes de marbre : elle cherche à se faire éternelle comme rédiOce auquel elle est liée. Plus de petits effets mesquins, d'adroites ressources de métier, de coquetteries à la mode, mais une

sérénité sévère, une beauté élevée et calme, un art pur et dédaigneux des vulgaires réalités : Orcagna, Giotto, Hantegna, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ânge, Corrége, Ândre del Sarte, ont pris dans ce travail viril une grandeur qui ne s'acquiert point aux tableaux de chevalet.

La plupart de nos vieilles églises, soit que les décorations dont elles étaient ornées au moyen âge eussent disparu sous Taction du teinps, soit qu'elles eussent été dévastées par les iconoclastes révolutionnaires, offraient aux yeux le spectacle d'une misère affligeante; leurs voûtes avaient perdu leurs ciels d'azur étoiles d'or; le badigeon recouvrait dans les chapelles les ombres à demi effacées des fresques anciennes ; partout la muraille apparaissait froide et pâle; les temples modernes et les édifices neufs, avec leur blanche crudité, attendaient également un vêtement de peinture. Les artistes sont à l'œuvre, c'est la cause pour laquelle le Salon n'est plus tapissé que de tableaux de genre, de paysages et de portraits, sauf quelques rares exceptions. Loin que la grande peinture soit abandonnée, elle est, au contraire, plus cultivée que jamais et dans les meilleures conditions de l'art. Les tableaux d'histoire et de sainteté ne se font plus sur toile, mais sur les murs des monuments et des églises. Si Delacroix n'envoie au Salon que de petites toiles, que de rapides ébauches, rayées pourtant de sa griffe léonine, c'est que la Chambre des députés, la Chambre des pairs, la galerie d'Apollon, le salon de la Paix, s'enrichissent de splendides peintures. Flandrin n'a pas exposé, il est vrai; mais allez voir à Saint-Vincent- de- Paul l'immense panathénée de II. 14

â4!2 LES BBAUX'.ÂRTS EN EU'BOPE.

saintes et de saints qui se déroale sar une double itm depuis le portail jusqu'à i'bëmicyele peint par Picot, sans parler des chapelles de Saint-Séverin, du oceur de Saint-Germainde&-Prés et de la basilique néo-byzantine de Nîmes. Si Conture n*a pas fini son tableau des enrôlements voloDtaires, demandez-en la raison à Saint-^Eustache; vous vous êtes plaint sans doute de ne plus voir de ces fins portraits si ressemblants et si précieux d'Âmaury Du val : il revêt d'une tunique de fresques la nudité de Téglise de SaintGermaiûen-Laye; Lehroann a été absorbé par les peintures de la galje de bal à l'Hôlel-de^Ville, où Riesener, MuHer, Landelle, Benouville, Cabanel, ont déployé sur une plus grande échelle leurs aptitudes diverses. — Perrin finit à Notre- Dame-de-Lorette une admirable chapelle du plus haut style religieux. — M. Ingres, s'il ne fait plus TCËdipo, ni FOdalisque, ni le portrait de M. Bertin de Vaux, peint Tapotliéose de Napoléon. — Gérome a décoré de peinture murales d'un grand goût le Conservatoire des arts et métiers; Vhéodore Ghassériau, outre sa chapelte de Saint^Merry et son monumeatal escalier du Conseil d'État, vie&t de terimer d'importants travaux à Saint Roch. Le niveau de Tart ne s'est donc pas abaissé, comme on pourrait le croire.

Jamais travaux plus sérieux n'ont été exécutés^avee aie activité plus intelligMite ; par malheur, les mOAumenla Aane lesquels ces peintures sont renfermées sont qttelqoafei» de difficile accès, la foule les ignore, ou ne s^y porte pas»; ct&si fâcheux, car l'école française moderne a révélé, 4sm mm salle qui ne s'ouvre qu'un jour ée fâte, d«ns ane chapelle

hancée par la seule dévotion, de hautes qualités de composition, de pensée et de style. Si ce mouvement se continue une dizaine d*années encore, et rien ne fait supposer qu'il doive s'interrompre, les édifices publics de Paris deviendront autant de musées qu'on visitera comme ceux de Venise, de Florence ou de Rome. Nous insistons sur cette tendance si utile à Tart et qu'on n'a peu^être pas appréciée comme il le fallait; Quelques stations aux endroits que nous avons indiqués en passant auraient pu convaicre les plus incrédules que la peinture monumentale et religieuse comptait de nombreux adeptes, et que le genre traité aujourd'hui avec tant de réalité et de charme ne distrayait pas de la recherche de Vidéal.

La chapelle peinte à Saint-Roch par M. Th. Chassériau se compose de deux tableaux se faisant face et peints à l'huile sur le mur d'une manière mate qui imite la fresque facilement altérable sous nos climats humides. Le jour est trèsbeau, chose assez rare dans les bas-côtés des églises; et comme la peinture n'est pas miroitée de luisants, on peut la voir sans peine, même quand on se tient en dehors de la grille qui ferme la chapelle.

Saint Philippe baptisant l'eunuque de la reine Gandace; Saint François Xavier, apôtre des Indes et du Japon, baptisant des infidèles et des gentils, forment le sujet de ces deux compositions : saint Philippe, qu'il ne faut pas confondre avec Tapôtre de ce nom, ftit l'un des sept premiers diacres choisis par les apôtres ; il prêcha l'Evangile à Samarie et mourut à Gésarée, où ses quatre filles vierges prophétisaient.

Digiti:

t244 LES BEAUX-ÂRTS EN EUROPE.

L'action la plus eonnue de sa vie est celle représentée par l'artiste, à qui elle offrait un thème des plus pittoresques et tout à fait approprié à sa nature. On sait que Teunuque, rencontrant Philippe sur sa ^route, fut tout à coup frappé de la grâce, descendit de son char et demanda le baptême. L'eunuque de la reine d'Ethiopie est entré dans le fleuve jusqu'à mi-jambe et s'incline avec une attitude pleine de respect et de foi dans l'eau régénératrice que le saint, placé à côté de lui, répand sur son front. C'est le baptême primitif; un neuve sert de cuve baptismale, la main puise au courant et les palmiers de la rive remplacent les colonnes de l'église. Ce fut ainsi que saint Jean ondoya le Christ. Le saint, dont les traits mâles et caractérisés annoncent le robuste travailleur évangélique, l'infatigable pêcheur d'hommes, lève au ciel des yeux illuminés d'un rayon divin ; une draperie large et souple enveloppe son corps et contraste avec le torse nu du néophyte. — Sur le bord du fleuve est arrêté le char, dont un jeune éçuyer tient les chevaux en bride. — Ces chevaux, dont le harnachement rappelle celui des attelages ninivites, ont des chanfreins, des têtières et des colliers ornés de houppes d'or d'une magnificence orientale ; leurs têtes superbes secouent avec fierté ces espèces de mitres qui leur donnent l'air de prêtres égyptiens coiffés du pschent ; des reflets argentés moirent leur pelage soyeux. M. Théodore Chassériau, qualité rare chez un peintre d'histoire, connaît à fond le cheval, et lorsque les convenances du sujet lui permettent d'en introduire dans une composition, il sait toujours en tirer un bon parti. Le cocher se

penche en avant avec un mouvement plein de naturel pour regarder la scène dont le sens lui échappe et qui Tétonne plus qu'elle ne TédiBe. Une femme, nonchalamment soulevée sur le coude, laisse errer ses yeux nonchalants sans prendre intérêt à ce qui se passe ; son costume bizarrement splendide, ses paupières teintes de henné, les bracelets qui Jouent autour de ses poignets, indiquent le luxe du sérail et font comprendre les fonctions du nouveau converti. Derrière elle une négresse tient élevé un parasol d'une forme conique et singulière dont Tanalogue se retrouverait dans les basreliefs assyriens. — Une des originalités de M. Chassériau est la compréhension profonde de ces types exotiques; Tantique Orient, avec ses races bigarrées, lui est familier, et il rend à merveille les différences caractéristiques. — Au sentiment de la beauté grecque, il joint celui de la beauté asiatique, comme si, formé à l'école d'Athènes ou de Sicyone, il avait longtemps habité Sardes, Ëphèse, Milet ou Suse ; ses voyages dans l'Afrique française n'ont fait que confirmer cette disposition naturelle chez lui; aussi ce sujet convenait-il on ne peut mieux à son talent.

Le saint François Xavier, apôtre du Japon et des Indes, avait pour lui le même mérite, et il y a non moins réussi : le saint est entouré d'échantillons habilement contrastés des races étranges qu'il convertit à la foi du ÇJirist. Une négresse, un soldat, une mère indienne tendant ses bras chargés d'un petit enfant, et plusieurs autres figures d'Indous et de Japonais dans des poses de recueillement et d'adoration, forment un premier plan dominé par le saint debout au

246 LES BEADX-ilRTa EN EUROPE.

milieu de celte foule agenouillée ; sa tôte^ malacie de ferveur, enfiévrée d'extase, macérée de pénitenoe, spiritualisée jusqu'au dédiarnement, vaut les meilleures tètes ascétiques de Hurillo et de Zurfaaran; saint François Xavier verse sur le crâne rasé du guerrier barbare Teau d'une burette qu'il a prise d'un plateau d'argent tenu par un jeune acolyte d'uae physionomie ingénue et naïve, où respire la foi la plus entière. Au fond» un moine amaigri, au capuchon demi-baisse, comme s'il eherdiait Tombre du elcHire sous cet ardent soleil des Indes, porte haut Tétendard catholique, un grand crucifix d'argent dont la pointe forme le sommet de cette pyramide de figures heureusement groupées.

Les deux tableaux ont le même sens : l'admission des gentils convertis et régénérés dans le sein de l'Église; mais le premier représente le christianisme primitif, dont la morale existe déjà tout entière sans que les rites soient encore fixés. Ici Teau sainte tombe de la main creusée en coupe; là, d'un vase ciselé et de métal précieux ; le cérémonial s'est ajouté au dogme si la pensée est restée toujours la mêaie : ces idées se comprennent mieux que nous ne les exprimons devant ces peintures remarquables où M. Théodore Gbassériau a su conserver la sévérité religieuse sans sacrifier rien des ressources de l'art moderne, car, si la convenance indique, dans une église byzantine ou gothique, de s'astreindre à certaines formes archaïques pour rester en harmonie avee le style de Fédiflce, la construction relativement récente de Sainl-Roch permettait au peintre de rester lui-même et d^ ne pas se vieillir.

Le saint Philippe et le saint François Xavier nous paraissent dignes, s'ils ne les surpassent, du Christ au jardin des Oliviers, du Sommeil des apôtres, de la chapelle de Sainte- Marie-V Egyptienne, de Tescalier du Conseil d'État et des autres peintures religieuses ou monumentales de M. Chassériau ; il a pris dans la conduite de ces grandes pages une ampleur, une solidité et une élévation de style qui ne nuisent en rien à la couleur et au mouvement, et ne lui enlèvent rien de sa délicatesse, comme Ta prouvé au dernier Salon son Tepidarium de Pompeï,

If

LA CHAPELLE DE LA VIERGE A L*ÉGLISE ROTRE-DAHE-DE-LORETTE PAR M. VICTOR ORSEL

Victor Orsel n'a pas un de ces noms que la foule répète ; il a vécu entouré d'un petit groupe d'élèves fervents, en dehors des coteries, dans une sorte de Tbébaïde de recueil* lement et d'austérité. De longs séjours à Rome l'avaient rendu presque étranger à sa propre patrie, et, pendant qu'il

2i8 LES BBAUX-ÂRTS EN EUROPE.

préparait patiemment son œuvre, le silence, Toubli et Tobscurité descendaient sur lui. Le peu qui avait transpiré de sa peinture n'était pas fait pour séduire à une époque où le sens de l'art religieux n'existait pour ainsi dire plus. Figurezvous Overbeck à Paris, au plus fort de la gloire de David, et vous aurez une idée de Teffet que dut produire Victor Orsel avec son dessin asC/étique, ses tons pâles, ses fonds d'or et son symbolisme rigoureusement chrétien. — Quelques esprits distingués remarquèrent cet artiste si chaste, si sobre, si pur et d'un sentiment si élevé. Mais ces sympathies restèrent isolées, et le public passa inattentif, sinon hostile, devant ces toiles qu'il méprisait comme gothiques, un mot après lequel il n'y avait plus rien à dire. Tant de froideur et de dédain eussent découragé une vocation moins ferme que celle d'un artiste épris du beau pour lui-même et soutenu par une piété solide. Il pouvait d'ailleurs se consoler en entendant traiter Ingres de barbare et sa peinture de retour aux plates images du quinzième siècle. Ce n'étaient pas des ignorants, mais des critiques de profession qui appréciaient ainsi les œuvres du plus grand maître des temps modernes, alors méconnu. Par bonheur, Victor Orsel se trouvait posséder quelque fortune, sans quoi il eût peut-être plié sous ce double poids de l'indifférence et de la misère. — Grâce à cette position exceptionnelle, il fut dispensé du moins de prostituer à des travaux vulgaires, auxquels d'ailleurs il eût été peu apte, son talent, d'une timidité et d'une délicatesse virginales, et put suivre en paix le plan d'études qu'il s'était proposé.

DésTenfance, Victor Orsel, comme s'il eût été prédestiné à Fart chrétien, fut confié à un ecclésiastique d un grand mérite, reçut une éducation morale sérieuse, et le sentiment religieux s'enracina profondément dans cette âme tendre. — Sous la direction éclairée de M. Revoil, homme instruit et peintre estimable de Técole lyonnaise, Orsel prit le goût des recherches savantes. Tout jeune, il comparait les livres saints aux monuments figurés de TÉgypte et de la Perse; il en cherchait les rapports et se mettait au niveau de connaissances alors acquises. Aussi H. Champollion fut-il émerveillé quand il vit le tableau du Mme présenté à Pharaon, tableau conçu et terminé avant les musées- égyptiens et le déchiffrement des hiéroglyphes, et qu*il n'y trouva rien à changer.

Le but que voulait atteindre Orsel, c'était l'expression morale; il commença donc par étudier Lesueur, Poussin, Dominiquin, chez qui la forme n'est que le voile transparent de rame, et qui laissent voir plus à découvert l'émotion et l'idée; il notait, dans les rues de Rome, les mouvements naïfs, les physionomies significatives, que ses promenades parmi le peuple le mettaient à même d'observer ou qu'il pouvait saisir dans des rencontres fortuites; par une sorte de déduction philosophiquement religieuse, il voulait arriver de l'esprit à la matière, du contenu à Tenveloppe, de l'âme au corps. Il pensait, en pur chrétien, que le sentiment primait la forme, et il s'occupa de la partie psychique de la peinture avant de songera la partie plastique.

Cependant, comme l'idée doit avoir pour vêtement la

dSa LES BSAUX-ARTS EN EUROPE.

beauté, sous peioe de n» paa être perceptible, Vietor Orsel resta dafis de longues coolainplatiofis devant les stanàses et les loges du Vatiisan pour élever son style et ^rprendre les secrets de la forme assurée et complète; de Raphaël il passa à Pérugio, à Glotto et aux maîtres du Campo Santo de Pise, si pleins d'onction et de mysticité ; en même temps, il étudiait avec amour Fantiquité grecque, prise à ses origines, dans ses bas^reliefs de tombeaux, d'une grâce si pure et si touchante , où le paganisme s'attendrit presque jusqu'à la mélancolie chrétienne ; et comme toute recherche oonseiencieuse du beau aboutit à T adoration des chefs-d'œuvre de Fantiquité, Fidéal que poursuivait ^ laborieusement Vietor Orsel fut désormais fixé. — - Comme il le disait lui-même avec un rare bonheur d'expression, il eût voulu « baptiser Fart grec. »

Baptiser Fart grec, c'est-à-dire mettre Fàme dans cette forme si belle, si tranquille, si lumineusement sereine, qui semble inaccessible aux souffrances et aux misères humaines, et sous laquelle ces dieux de marbre jouissent « de h plénitude de leur immortalité, » comme dit le grand poëte de ^eymar. Cette idée offrait d'immenses difficultés de réalisation : les principes de Fart grec et de l'art chrétien sont tellement opposés, qu'une fusion semble presque impossible ^dtre eux ; Fun exalte la matière et Fautre la repousse; le premier déifle ce que le second foule aux pieds. Cependant les merveilleux artistes de la renaissance ont su donner au Christ la beauté d'Apollon, àJéhovahcelle do Jupiter Olympien, à la Vierge celle de Junon ou de Minerve, en lear

fscmaervant un oaractôre religieux ; tion pas, certes, d'un ascélbme outre, comme tes maigres peintures du moyen âge, mais d'un spiritualisme maje^eux et souriant, comme il convetisiit à TÉglise triomphante.

La différence qu'on remarcfue entre Vietor Orsel et les artistes du seiaiéme sièele qui s'inspirent des chefs^'œuvre de Tantiquité est celle des bas-reliefs d'Égine aux métopes du Partbénon. Persuadé que plus les formes de Tart sont primitives plus elles se rapprochent de la rigidité da dogme, il a cherché les lignes simples, les contours arrêtés, les attitudes un peu roides et Taspect archaïque des vieux sculpteurs grées. La chapelle de la Vierge, à Notre-Dame«-de-Lorette, a fourni au peintre une heureuse oceasion d'appliquer ces théories. Cet important travail a usé les dernières années de sa vie, et il est mort laissant quelques panneaux vides qui ont été achevés pieusement sur ses cartons ou d'après son tracé par des élèves fidèles.

Lorsque Tartiste obtint sa chapelle, les sujets historiques de la vie de la Vierge étaient déjà pris par les peintres chargés de décorer la nef et le chœur; il y avait de quoi embarrasser un esprit moins profondément imbu de la poé:^ie du catholicisme et du parfum mystique des légendes sacrées. A cette chapelle consacrée spécialement a Marie, Victor Orsel fit chanter les litanies de la Vierge, hymne peinte qui ne .sHnterrompt jamais et déroule ses versets sur les pieds droits, les pendentifs, les pénétrations, et monte comme un rhythme liturgique vers le tronc de la mère du Sauveur. Chaque appellatic^ des litanies, cet adorable poi'me où

S52 LES BBAUX-ÂRTS EN EUROPE.

le dévot semble s*endormir dans son eitase comme un derviche tournear, sous Tincantation des ëpithétes accumulées, a fourni au peintre le thème d*un tableau, ou d'un caissoB, ou d'un ornement, car rien n'est donné au hasard dans cette œuvre religieusement consciencieuse, et le moindre détail se rattache au sens général par un symbolisme ingénieui et neuf.

Les demi-coupoles et les archivoltes, recouvertes d*un fond d'or, représentent, par leur éclat et leur hauteur, comme la région céleste de la composition. Là, Victor Orsel a placé les scènes diverses ayant trait à Tapothéose de la Vierge. La mère du Sauveur, la reine du ciel, la reine des martyrs, la reine des vierges, la reine des patriarches, se détachent sur une mosaïque dorée comme on en voit encore aux basiliques primitives qui n'ont pas subi le sacrilège d^une restauraration inintelligente. G*est dans Tatmosphère d'or de la lumière divine que Marie tient son fils sur ses genoux, écoute les litanies des anges agenouillés, présente la croix aux chrétiens entre Fange Gabriel , messager de rédemption, et l'archange Michel rengainant son glaive inutile, puisque le démon est vaincu ; sourit tristement aux martyrs dont ses souffrances sous Tarbre de douleurs ont dépassé les supplices; pose la couronne d'immortalité sur le front de sainte Catherine, accompagnée de sainte Agnès et de sainte Geneviève, et montre Tenfant Jésus aux patriarches, qui du fond des limbes tendaient les bras vers le Messie.

Les pendentifs sont occupés par les sujets suivants, aussi tirés des litanies : le SahU des Malades^ la Consolation dfis

PEINTURES MURALES. tftS

AfftigéSy le Secours des Chrétiens, le Refuge des Pécheurs, pieuses dénominations dramatisées avec Tan le plus ingé-* nieux. Salus infirmorum : la Vierge tenant l'Enfant divin dans ses mains vient au secours d'un malade, à la prière d'une jeune fille; Jésus donne sa bénédiction au grabataire; la mort s'enfuit et la confiance, apportant le calice et Tbostie, arrive près du moribond. Cmsoiatrix afflictorum:h Vierge présentant une branche d'olivier, symbole de paix, à la femme et à la fille d'un martyr pleurant sur un tombeau. Le deuil s'éloigne, la consolation suit l'apparition divine. Auxilium chiistianorum, la Vierge écrase du pied la tête du serpent et rassure les chrétiens; — l'hérésie et l'islamisme prennent la fuite. — Cette appellation fut ajoutée aux litanies à l'occasion de la bataille de Lépante. Refugium peccat&ntm : la Vierge protège contre les démons du libertinage et de l'avarice une jeune fille qui a prévariqué, et un homme dont la bourse et le poignard marquent le crime. Ils ne se sont pas réfugiés en vain sous le manteau de la mère d'indulgence.

Les figures de ces sujets sont de grandeur naturelle, d'un ton mat, clair et doux, qui rappelle l'aspect de la peinture à l'eau d'œuf ou delà fresque comme la pratiquaient Giotto, Orcagna, Bennozo GoEzoli et les maîtres primitifs. Victor Orsel n'a pas cherché le trompe-l'œil, la profondeur et les illusions de la perspective et du raccourci. Il s'est tenu au méplat, simplifiant les lignes, élaguant les détails, de sorte que son œuvre habille la chapelle qu'elle décore comme une tapisserie ancienne aux nuances un peu passées envelopn. 15

994 LES SflUK^âRTf BU fiOtOPE.

fMtJnm ittpaot r«rcàilaiMve aans f f^mMimm^Hâm

mr tous eevx qui 6i^c»iMi das pwniwegflmiatos: toi|ûficewi Y peid JsansdMiis qudqii66 resaoïum», mm la4iéoafatioD y gagne ca jflsieifte «t eo igmvilé.

l»«ebe&, dfis nédMllottft de dJKmamom pkis «Mmaies, kè anipes 4ëawMitHioP6 des titanm, la Tour d'Âvâyre« la J&ûge. sqfstiqiie, rÉtoite du malîa, l!Ar<di6 d'alikiBce, la Xmf de AavM, le Miroir db iiifilioe« k MaisoB d'4ir, le TiiÔBedeiagesBe, symhciiaéB de ta façoB la ^a apirito oMomea t duré- Ikane, et avec une acMBoe de rafitÂquiié sacrfée que feu d'ariistes ont fOMéàée à De point : l'iénidkMB ki iokitt ùferaiée oe tre«¥6r^it rien à reprondue à ces reiêmmÊimê'

Vue foule d'anges, de samts, deeonfeeaeiHK, de p«op)i^ et d'ap^vea, r6poada»t à ckaoune des ^thètea ide la Htih nie, s'élagent aur les faces «iJérieitffeB eCifitériaorasdes pieds-droits. Nous avons remarqué, parai ie6.a«lres«aaiot Paul seeouaat dans k flamna la vifèfe altachée à sa main, symMe d«i démoK iiepoasBé fdans i'eBfffl^ la nére des Hadia]»ées, Niafcé juime, layaiilà ses pieds lesâep|ilèftes.Qeiif»ée& de fies fils, td^aiie grandie beaulé de eotc^tioa «t d'<eieoiition, etdes ignresd'ÂAges, de Putflsawes 'H de SérajAis» f dfie suavité tonte «éleateu Les ^aeatti^s symboU^ae» en grisailie ont «ae gnandieiir ymùneat aeaiiipliiirale a. feratenl de aaferbes èttHnelit&.

Ces diffiéraBies eesnfasitÎBiis aont reliées enire «eUesipar

des ornements d'un goût exquis et d'une invention trèsbeureuse, tirés du symbolisme sâcré : ce sont des étoiles, des sphères, des trônes, des enlacements de lis, des guirlandes de lierre, des rameaux d'olivier, des brancbes de pin, des festons de vigne, ayant leur signification mystique appropriée au sujet qu'ils encadrent. Ces arabesques qui concourent au sens général deTœuvre sont exécutées avec cette perfection qu'on admire dans les missels à miniature du moyen âge.

Victor Orsel a passé seize années à ce travail, qui sera son plus beau titre de gloire, peu compris, souvent raillé et n'ayant de consolation que l'admiration de quelques disciples devenus ses amis. Pour te mener à bien, il entama son patrimoine av«c un désintéressement rare, et dont sans doute il lui sera lenv compte là-èaut; Grsel bous représente un «te ces artistes pieux des ipremieirs temps cla ehristiaiitsiaefqiaiipeignaîeni avec des iorines grecques des snjels de la Bifafle et de ÏÈvungtàe au-dessus des autels et destomlpeaux de marl^yrs, sous les voûtes 'ctecares des catacombes ébraniées par le passage d^s trtompbes romains. — I^ous^ne saurions trouver une plus iidèle image «te son talent et de sa vie. — La crypte ouverte à la iumiére du ciel, les curieux sont tout surpris de trouver dans des symb(^s de dévotion le pur souvenir de b Cîrèce 8aiti(|ue, et s'ils ne croient pas, àm moins ils admirent.

CHAPELLE DE h EUCHARISTIE A KOTKE-DAME-DE-LORETTE PAR H. PRRIK

La chapelle de rEucbaristie fait pendant à la chapelle de la Vierge : elle en est le complément et la conséquence; la Mère et le Fils ne doivent pas se séparer dans l'adoration des fidèles. Il était difficile de trouver, pour ce travail, un artiste qui s'accordât mieux au talent de H.Orselque M. Perin, et qui fit moins dissonance, tout en gardant son individualité. Uni par une amitié de trente ans à celui qui fut encore plus son initiateur que son maître, il apprit de lui, non la pratique de Tart, mais l'élévation de la pensée, la sévérité du style, la recherche de l'idéal chrétien et les mystères du symbolisme sacré. Tout artiste a, comme saint Paul, son chemin de Damas. La rencontre de Victor Orsel à Rome fut pour M. Périn le coup de foudre qui déchire la nue et révèle les profondeurs du ciel. Jusque-là, Tauteur futur de la chapelle de l'Eucharistie- n'avait fait que du paysage his-

torique, dans la manière sobre et ferme du Poussin, il est vrai; mais il ne songeait pas à l'étude spéciale de la figure. La vue des cartons d'Orsel lui fit sentir sa vraie vocation; et, soutenu des conseils de Cd précieux guide, il suivit cette voie nouvelle sans lassitude, sans découragement, bien qu'elle dût le conduire au désert, hors des chemins de la richesse et de la renommée. La destinée des deux amis fut la même. Enfermés dans leur œuvre comme dans un cloître, ils vécurent oubliés du monde, pareils à des moines entrés en religion, et dont nul ne se souvient à travers le tourbil* Ion des affaires humaines. — Les récompenses et les distinctions passèrent à côté d*eux sans injustice; car, au peu de bruit qu'ils faisaient, on pouvait les croire morts depuis longtemps. Outrant la conscience de leur art, Orsel et Périn consumèrent tant d'années de travail opiniâtre à Texé* cution de ces peintures, où chaque coup de pinceau résulte d une discussion approfondie, que la mort, comme nous Tavons dit dans un précédent article, surprit Orsel avant la fin de son œuvre, et queja chapelle de Périn fut ouverte au public sans être tout à fait terminée. Le culte, gêné par les échafaudages et les planches, se lassa d'attendre : un ou deux panneaux sont encore vides. A la somme allouée, suffisante sans doute pour un artiste plus expéditif ou moins sévère, H. Périn ajouta les ressources que lui fournissait sa fortune privée, et il n'épargna rien, ni temps, ni argent, ni peine, pour atteindre la perfection, — s*il est donné à Thomme de faire quelque chose de parfait. — Aussi la chapelle de TEucharistie est-elle un chef-d'œuvre de peinture

25§ LES FBAFX-ARTS Blf EFIIOPE.

religievse', et poiirr»ithe11e soirtmirr fe emnpsraiseo averks fresKfvesrles phisacImiFéesd^ltalie.

Ce sujet si- mystiqirc offrait d'énormes éMteirhés de rétr lisation. Peindre- les eommunioffs célèbres était Hdêe qai se présentait ftr première; mais on rappelait ainsi des chefetf'œwvre coimos. Ees farts samatureîs, les miraeles" prodoift par l^tacfearistie contenaient des molffe de compositions dramatiques on touchantes; mais, inutile» powr ccwi qw ne doutent pas, \\s pouvaient faire naître* wn sourire d'încréda^ Hté sur les lèvres des sceptiques otr des simples cvrieui. — L*artîste dut chercfier autre chose et interpréter le mystère (ftfBs un- sens pitjs philosophique.

« La pratique des vertus enseignées par te Cfcrist rend Fhomme digne du sacrement de l'Eucharistie : sdirepoiït lies bons, condanmation pour l'es méchafits. j> Avec eette phrase' méditée, commentée et suivie jusqu'à» ses- dernières déductions-, M. Périn a fart sa chapelle delà coupole à 1» pRnthe ; de la figure d'rr Christ au moindre flewo» d'ornement. Les actes du chrétien, ayant ponr but et récompense sa- communioR avec Dieu, ont fourni à M. Périn toute fo partie humaine de son œuvre, et Fon pourrait tirer de ces panneaux, rangés sous la rubrique def^péranee, die ia Feî, de ht Force et de la Charité, ïes pfus Belles gravure* pour te divin livre de Gerso»; la coupelle et les pend«entifs sont occupés par les* principales scènes dafeviedu Christ, son apothéose et celle (fes apéitres.

If. Périn, qui ff un vif sentfnrent de fe d^orafion arcbitecturah et une prolbnde connaissance de la symbolique

PEINTDRBS MURALES.

e^ttense', » drriâé» ckftpeHe en tms zoMsie eottl^ur s fm, t&pt^emmmt kflitmîére eàk999, est rëMrvé à h cwgpeàeg f6s Pmi9toBgm des pmlestiibmpfelka«te'S«Bgrte Chtoi^ ie samg êa Christ syant sawé Yhammer; ke» tedst vertat dln pieéf-iimis soBf r^aeîis à l'esptfraRe qyi asîldes boHMi (Tjwwp y. Ce> puni» ^ diNMM» bflnacovp à'ftssietle et d'uaM à Taspeel gélvéMl.. Clm|U9p«nNrde' t» eoiMpMitiaB sedtechtt ef d^éerif BetMMSt. Wml, rappelé par eeoe ImMt msm»^ ditmmet, HfhésiKi» f99 vêl fasfMK nudf)ré riiafim& yariéiè de» détaiis ; Tafraoeplléve propre àf ehaqve â^pmr» » retrouve toHjoHrs êevriére eBe ef voaS'dil toeie de sintar si Me est Amne, mîBte, e»' puremtttt iMiOMiie.

St Toe» amrev, eontoie eela est mtntelr ^ b> poifeftds inégfise^ en ivmontMtfi 1» aef à la eief eUe de k^Eiscliaristîev I9 premier f»lfeaw qm vet»^ frappe la> vmr est cvlai de lat Cène. It remplit Farc skiwé m^d^^sa» de b perte de le socrisiNf, et eomnifiiMife în^miklement l'afteatioDt. G'eai Taete {uriaeifiell êû èrmm, 4hm le reste m'est qee le dérelepK pemem et h* eo«9é({uefie&.

Le sujet de la Cène a été traité bien des fois, et, seee compter' ïa frescfoe de léoHar* de fiwci, Tart cbrétte» hi doit éfadmiraMes ehefs^d'oMiiFPe; M, Wrin a trein^ me^eii dyôtre nouveau' en représeBrt&Blf te Cbrist ise^M el debo»t <ïwrîélrG fe ta§te dbnt ses nfè^»m, mx à droite, six I gaeehe, i^empItsseiHf kffeôtés. — lia sappen'cst paseeuTerve d^mel» vttl^tres. — Bfi quartier dTagneanEi, oitpeiii etesealiee're g^rEfeseaf seuls. — Gû eeutqu» c'est en repa» twt qmibcH ^îque; l^€IWét pruiieBee ter peretee secraawBflettes éwt le»

ap6ire8 ne oomprenneot pas encore toute la portée et qui semblent surprendre le sceptique saint Thomas, tandis que Judas, serrant dans sa bourse le prix du sang que Jésus offre à ses fidèles, s*apprôte à sortir pour consommer sa trahison ; la tôte du Christ est du sentiment le plus élevé auquel puisse atteindre l'expression humaine; pourtant M. Périn s*est ménagé des ressources pour peindre sous un aspect plus majestueux encore le Christ retourné au royaume de son père, et rayonnant dans son éclat divin; les physionomies des apôtres, par leur variété caractéristique et le renouvellement ingénieux du type d'après les textes sacrés ou les traditions prises à leur source, méritent les plus grands éloges. Les pieds de la table et les rares accessoires admis pour rinteiligence du sujet,^ sont du goût le plus pur et du style le plus sévère. H. Périn, de même qu'Orsel, s'est imposé de retrancher tout remplissage, et subordonne tout au principal, c'est«à-dire à la tète, siège de l'expression; il sacrifie le corps au visage, atténue tout morceau qui n'a qu'un mérite de facture, faisant passer avant tout la beaaté morale.

L*arbre de mort et l'arbre de vie sont figurés à gauche et à droite de la porte de la sacristie. — Un arbre a perdu le genre humain, un arbre l'a sauvé ; l'un montre sous son feuillage pâle le fruit empoisonné de la science du bien et du mal, et de son tronc se laisse glisser le serpent vaincu. L'autre est le gibet sublime étendant ses bras sur le monde racheté ; la vigne et le blé, symboles du sang et de la chair de Jésus, entourent la croix. La couronne d'épines s'arrondit

Digiti

aa point d'intersection des ais, et les clous complètent la symétrie douloureuse de la passion : des pierres précieuses marquent comme des constellations brillantes les parties du bois que le supplicié divin a touchées de son corps.

Au-dessous de Tarbre de mort devait se trouver Satan renversé, les mains liées au dos sons les portes brisées de l'enfer. Mais ce panneau, que masquait le passage provisoire conduisant à la sacristie, n'a pu être exécuté.

Job, figurant la résurrection du juste, sort de son tombeau et voit s*accomplir ce qu'il avait annoncé; sur la pierre du sarcophage est sculpté un bas-relief représentant Job sur son fumier, insulté et calomnié. Cette scène insérée là par la piété d*un ^mi comme une protestation muette contre les jugements iniques, est le dernier dessin d*Orsel.

Différentes figures, des cartouches et des inscriptions se rapportant au rachat du monde par le sacrifice sanglant de. Jésus-Christ, un ange repoussant son glaive dans le fourreau, un autre ange ouvrant les portes du paradis fermées depuis la faute d'Adam, complètent la décoration de ce côté.

Au-dessus de l'arc de l'autel, le Christ apparaît montant au ciel ; des rayons lumineux partent en longues effluves des cicatrices de ses mains; en quittant la terre, il lui laisse d'inestimables présents : il a vaincu la mort, et donne la vie à qui le suivra; deux beaux anges descendent porter au monde L'Eucharistie sous les deux espèces. Ainsi le festin céleste est toujours servi, et, comme à la Cène suprême, Jésus se livre en pâture à ceux qui ont faim et soif de lui.

En face, dans la partie correspondante de la coupole,

293 LES BEAIFX-ARTS IH SHtOPE.

M. Fermai place non pliis le Sauveur du mointe, ma»s:h^tege irrité, le Christ vengeur rompaut avec un geste* pteio éfr puissance les sept sceaux du fivre «te vie; u» courroux di*vin contracte ses sourcils et fart flambojrer ses yeux. Le pécHeur a comblé lis mesure ; pîus de pHîë ! Deux anges sévères s^'élancent, Tun embouchant la trompette du jugemest dernier, Tautre renvei^nt tesrfwrfeons de T encensoir. — Qui pourra échapper à la colère de Tagnoau changé en lion dte Juda? — Cette figure du Christ désormais implacable est d'ïine beauté terrible, fulgurante, presque» farouche; après le* Christ athlète de Michel-Ange, qui semUe un. Hetcttle menaçant les monstres de sa massue; nous n'arons pas souvenir d'une représentation plus effrayante èe la divinité. Encore ici l'effet est tout moral, car ce n'est pas pat dtes renflements de muscles que le Christ de Bf. Périn fait pewr, mais par Texpressiondespavisage et la cemractioa nerveuse de sa main brisant les sceaux du livre : ce mouvement, si sobre et si magistral, est du plus saisissant effet, et, par son économie même, fait naître IHdée de Tirrésistible força

Au reste, M. Périn, qui a étudié les ima^esdii Christ dans les mosaïque» byzantines et les peintures des basiliques primitives, ne lui a japmais donné cette grâce douceâtre ni oott» physionomie de père Douillet, comme disait Fausière Po«ssin> dans son indignation bien légitime contre tesradultârations récentes du type divin et les coquetteries dévsolies dè:k déeadeace-, qu'on lui voit dans beaucoup de peintures bm»* dernes, estimables d'ailleurs;, l'artiste le fait boaa, triste et domç, comme un dieu grec qui aurait une âmo'.

PElNTURESi MURALES. ^

DvoKpaaanratix yeprweitteiift les ymiûk recevani dea trô&eft d'«r dmB.Io!ei0UCes j«8les.s0iMt figuré», d'im oMé,. par saî»! Pierrov Mw«v, aMBtmm les deb da Paradis» pandasl cpw) saim JiBMi •( saint HotCiiiaOy assista sesoétës, dér adta rtleug ÈTdmgUe, et d9 Vattlirav par saint Paul, ÎBcbqua»! dtt doigt sa première éfkre aux GorintfaieBs, entre sainA Luc et sainfi Mare, dont» lies ëedts om amuineé la hoMie. nea^eUe et témuigné en» fisiTintr de rEucliariatw. Ces quataftwjets fenmnlt la zone supérieure de la composition ; les fonda ea seAt dW et lei^ figures de gEaurieitr ■aturelike'.

Des étoiles^ diea pberres précieuses, des lis el des palnea onrenli et eseadteBl ces scènes du monde des esprite.

Les pendentUs contienDent les phases principales de kb vie duu Christ : îà naît sur la paille de Bethléem entre le bttuf et Fane*; ht ¥icrge et saini Joseph Tadorent. Derrière l^Enfan^Dieu, conçu sans péché, un ange tient un Us^^eiB^ blême de pureté. Devenu grand, il ouvre les yeux dea aveu^ gtes et les ereiiles des sourds^ ; eeux qu'il a guéris le suivrait.. Phis loin, les insuiteurs enfonceni sur son front la cou« renne d'épines et hiii présentent) le sceptre dérisoire : la pas^ sion est accomplie. Le Cihrist mort, deseenduf de la eroiXy. sVfaisse eMrè I«s bras de saint Joseph d'Àrlmaitàie eli d^^ saint NieottèBift'; la mère donlonreuse et sainte Madeleîjie phurent et sanglotent, et Jean, le disciple bieit-aiitté^ raentne la eourcmne sanglante et les clous! Consummaùmi est ti'agneau ft'est; laissé- saigner pour laver ks péebés< à»

€e9 quatre* siqet» somtiaiitâ d'une manière siflij^e et; la-

S64 LES BËAUX-ÂRTS M EUROPE.

jeunie sans trop de subtilité ingénieuse. M. Périnadierchc dans cette zone intermédiaire un style plus humain et plus prés de la réalité. Le Ctirist» ici, laisse moins transparaître sa personnalité divine et se proportionne à la vie terrestre. — L'assomption n'a pas eu lieu, et, pour ses disciples mêmes, le 61s de Dieu peut n'être encore que le Gis de THomme. Ces nuances ont été rendues par Tartiste avec une rare délicatesse de sentiment, et il a su graduer son exécution d'une façon admirable.

Les pendentifs reposent sur des pieds-droits répondant à quatre Vertus, et couverts de petites compositions du goût le plus pur et de l'exécution la plus exquise, où sont retracés, dans des légendes, les devoirs de Thomme envers Dieu et envers son prochain. Le pilier de TEspérance montre une veuve et un orphelin apprenant la résignation au pied du crucifix; un captif garrotté voyant la liberté dans le ciel et se soulevant dans ses fers pour recevoir Thostie que lui pré* sente un prêtre ; un évêque partageant le pain céleste entre un roi et un pauvre, égaux devant Tautel et tous deux chargés de soucis et de misères; un mourant que Dieu bénit sur son lit de douleurs, dans son agonie solitaire. Ce pilier est placé sous le pendentif de la naissance du Christ. — Le pied-droit de la Foi correspond au Jésus thaumaturge; il contient les sujets suivants : le prêtre à Tautel lavant ses doigts avant la consécration pour ne toucher le corps du Seigneur qu'avec des mains purçs ; le prêtre donnant au diacre le baiser de paix; le prêtre élevant et consacrant Tbostie pendant que les accolytes inclinés sontiennent ses

vêtements ; le pape tenant en mam les saints Évangiles et levant les yeux au ciel pour y chercher ses inspirations et ses décrets. Le troisième pied-droit, quisupporte le pendentif du couronnement dMpines, est consacré à la Force, — à la force morale, bien entendu. — Deux pécheurs sont agenouillés au tribunal de la pénitence et confessent leurs fautes, violence la plus dure faite à Torgueil humain ; un chrétien se réfugiant vers rÉvangile repousse les richesses que lui offre avec leKoranun sectateur de Tislam; un jeune martyr, que déjà la flamme enveloppe, se détourne de la statue de Jupiter présentée par un prêtre païen ; le tombeau du martyr devient Tautel sur lequel Dieu lui-même s'offre en sacrifice • magnifique récompense à faire trouver douces les cruautés tortionnaires, à faire désirer les chevalets, les grils, les ongles de fer, les roues à pointes, la poix bouillante et les dents des bêtes du cirque.

Le quatrième pied-droit est consacré aux ceuvres de charité, et se trouve au-dessous de la ilfor^ du Christ, cet acte de charité suprême : un riche reçoit un pèlerin, lui offre un lit et lui lave les pieds ; ce voyageur est peut-être Jésus- Christ en personne ; un jeune homme ôte sa seconde tunique et la donne à un pauvre; un homme pardonne à celui qui voulait Tassassiner et Tamène devant l'autel, où le prêtre leur partage le pain sacré comme gage de réconciliation ; un chrétien aide à Tenterrement d'un mort dont il a creusé la fosse lui-même, et sur lequel on récite les prières de FËglise.

Les revers des pieds-droits sont ornés de sujets analogues^

^im LES BfiAU}l*AàltTâi EK II^IÛPE.

tais QfÊe la Priera^ U Unmgai cfaftDiaivFÉtMift, k V^iihMiW; l'Huilé, Vâmoariu (NrodiMfi^ sjnnboiMés dJalftinaiHàisto pt«s hauffeuse, el qs'il semte are^ kmig^êB decrîre eftèênï.

Une chaaft noas^ a frappé dans ces petita» confaûftioiia évangétiquaBMDt battHéces,. e'est le parfait naturel des allir tudaa et TestrèaM? vérUé du geste. Rîea» da. oonveiui^iiea d» faiii de pratiqiHai :: quattive Paattsle aie, pac coavaiaiioe ardliteittarale^ voul». atténaev les-raltûfe et ]naii>temirle& tans dans> àfte- gamine. étouffM, ee»pîfta8e» scéaas ont nae réaiilé naïue;qaL attendrit et qoi ebanna eoflMneles paraboles du divin linrre-.

Las arabesc|iiB&, toutes tâvéa» de B»lifs naturels, coflMBe l»?ig!Bfi, le blé, l'olivier, le Uerre, Lagsrasade, le Ms>. la rose, les étoilesy ks pierres précieuses à sigoificatioa mystique, soûi exécutés avee nn goâi. exqiiîS'et an soin admirable, sans jamais détourner Tœil des sujets autour desquels elles s enroulent et en conservant toiiio«r»te caractète menumental.

Pour rendue discrètes tant de nuances qui nedemandaieDl qu'à âtre criardes, il a fallu un énorme talent de coloriste, quoique, dans Tidée du vulgaire, Temploi d«s tens édatails constitue plutôt la couleur que rbarmonia des teintes entre eUes. M. Pértn, si les encouragemoits lui ont maaqfué pea» dant sen travail, en sera bien moaifmiaé par radmiaittta d« tous eeax qui visiteront sa ckapaHe; Tartiate y trouvera daa motifa d'étude, le ehrëtiiea des sujets.de méditation, le prêtre un texte à prêcher. Quelle plus douce gloire un peiatra^nriiglaofl&paiilt-il rêver?

PEINTUBB8 OTRAIBS. λT

LE SALON DE LA PAIX A l'hÔTRL QE VILLB PAA 1i. EIIGÊliE DELAC£0£2L

Après avoir hitté avee une infatigable énergie contre le» r^ubîons que soulèf » toujours dans les arts une originalité inattendue et profonde, M. Eugène Delacroix est arrivé aujourd^liui à la période serekie de son talent. Il est admis par tout le monde, lui qui n'était d'abord admiré que d'un petit cénacle d'adeptes ou d'élèves. Son action sur Técole française aura été grande et profitabte. Il y a introduit la couleur et le mouvement, et Fon peut dire qu'il a ramené la peinture à sa Téritable mission ; mue vénération bien légitime pour Tiaiitique avait presque changé* la brosse en ciseau dans la maki des artistes du commencement de ce siècle, et les tabteaus n'étaient plus guère qu« des basHreU«fs faiblement colorés. Gros, seu^, osait être moderae : ses FesHfiérés de Jaflky ses Bataitks d^Aboukir et d'EylMU sortaient TtolemnwHt dtt» cycle gréc^-TGwiain où ses contemporains s'enfer-

maient avec un archaïsme opiniâtre. M. Eugène Delacroix a su être lui-même à une époque où rimitation semblait presque un devoir sacré. Sa Barque du Dante, son Massacre de SciOj qui ne rappelaient en rien les peintures alors en vogue, provoquèrent des critiques acerbes et des éloges enthousiastes comme toutes les œuvres d*un mérite réel; le temps a donné raison aux éloges, et les deux toiles si discutées figurent à la galerie du Luxembourg entourées d*an cercle de chevalets.

Une foule de tableaux dont les sujets étaient, pour la plupart, empruntés à Shakspeare, à Goethe, à Byron, marquèrent à chaque exposition la féconde activité du peintre, et tous se distinguaient à différents degrés par le sentiment du drame et de la couleur, par la force de la touche et cet aspect particulier qui est comme la signature du talent. Uo voyage au Maroc ouvrit à M. E. Delacroix un monde nouveau : les Femmes d'Alger, la Noot juive, les Canvutsion" nistes de Tanger, et bien d'autres scènes analogues, imprégnées de saveur locale et dorées au soleil d'Afrique, en furent les résultats et montrèrent que, sur ce terrain spécial, il n'avait à craindre personne, pas môme Decamps, le peintre ordinaire de TOrient; il peignit aussi des sujets religieux dans une manière passionnée, et dramatisa des scènes de sainteté, traitées ordinairement avec une sorte de froideur byzantine ou gothique. Tant* de brillants efforts en des genres si variés lui avaient enfin CDuquis dans l'art celte haute position où fartiste ne relève que de son génie, et de nombreux travaux, tels que le Pont de TaiUebctay,

V Entrée de Baudouin à Qmstantinople, au mtisée de Versailles, les peintures de la Cbambre des députés, la coupole de la bibliothèque à la Chambre des pairs, le plafond de la salle d'Apollon au Louvre, posèrent définitivement H. E. Delacroix comme un des maîtres les plus remarquables de Técole française, --r La pratique de la peinture murale, ou du moins faite pour une place fixe, dont il s*est occupé presque exclusivement depuis ces dernières années, a grandi son style et tranquillisé ce que sa manière pouvait avoir d'un peu fiévreux. Sur ces grands espaces, son abondance s'est déployée à Taise ; et, grâce à ce rare instinct de la cou* leur qu'il possède, ses compositions, tout en satisfaisant aux exigences de Tart, restent toujours décoratives, qualités que n*ont pas des œuvres d'ailleurs très-remarquables ; leur ton doux et mat, tenant le milieu entre la fresque et la tapisserie, s'unit intimement à l'architecture et caresse Toeil par un ensemble harmonieux. Si nous osions nous servir d'un t^me vulgaire à propos d'un si grand artiste, nous dirions que sa peinture meuble les salles qu elle revêt.

Le salon de la Paix à l'Hôtel de Ville, qu'il vient de terminer, est un travail d'une importance monumentale. Il se .compose d'un grand plafond circulaire, de huit caissons et d'une frise divisée en onze sujets ; il se rattache, par la façon dont la composition est comprise, par les qualités du style et la localité du ton, à ce qu'on pourrait appeler la seconde manière du peintre, c'est-à-dire la libre et neuve interprétation de l'antiquité. Les plafonds ne sauraient

Digiti:

m» LES BSAïU-MTâ m EQIIOPE.

gvéreétie bièiÉiB ^jamfmémtOégèmaiAém aktntâûfta nq^ioiogiqiieav ee4oanin0liaiis|)areal ée Vair siérait ml à è\)paqu68. rëalitésy et oft se figiura diTikilemami 4as ^raoa- BSf^es nmÔÊomes whîgsaBt dm» Taivr, à mmas <|a*ibfi& aaîei* iofUiiîiUipair Fapethëoseoiiridëalm de ce qiik auraisat. ds tmp acttial, de trop positn'^nem vsaè. Là est Fëcneii d» la peintare âsecMrati^e; la médiocnlé y saraiiassémefl* liaaaie» et répéterait des thèmes usé» saa» les nfstnîr. Ww pareil îiieoMiénîent n'esl pas à cnôidre avec M. L Befaicroix; ili saiLiirreBter môiae éans^la raytbelogieeldoa* ner vu aspect Bonreti]! au diewA de la FaUe, aHistetttefei& s'éeanertPopiTÎsMemeBl èa Ijrpe. Neusaiomis keancoop mm maniera) sovple eti ^mieede rearfre de» figure» que Y«ù> est habilMéài Toir aiwc t» btsuehe rigidké da mariure^ et d^'appliqiierh eoideurawx isomes seotptuniles desanoi^» kaUlaats. deVOlympe.

i» sujet du plafond pviaoipal est la lerreépkorée levait JeyjceaK a» ciel- pour cft obtenir la tm deses naibeurs. Bv eflbt, Cybéie, l'auguststméire, a parfois de \àm awirvais fil» qui ensanglantent sa robe et la couvrent de ruines fumaolesç maâs la temps de répceove est passéç ni» soldai éteim sous son talon de fer ha tercfao de rincead». Bes: groupe» dep»*ronta^ des cotqile» d'anns séparé» par les diacordes eivilesi, se*, rotffouwent; et s'embrassent; d'aotrcs moine heiureuviamasaent pieusement de tristes. vidiineB.

Aifr^efiBus> dnas un; ciel bleu d'aaar, daco de lamiérc (Viàm s'eafisisnt hs nuage», derniemi vestige» de la t o a ipél B balajië» par un sauffie pasasant, apparaît b Pais: i

FS^NTORIS MURALES. 97t

radiesse ramenafit l'abottdlftBce e% le- cfaœur saoré des Musbr Baffuére fugifives; Cérés, eoiiroiiHée d'ëpis et appsjéesaf S9 Menés gerbe que se fevlerent plss dësormaie les ptedl^ (f afram des ehevau:s de guerre, repousse* Tmipitoyable Ifers et tes Êryniiies qui se réjouissent dès calenilës puMtqves; Isp IHeeordie, que blesse cette tranquillité lunmeuee, s*eufuH eomme un eiseau nocturni3 surpris per le jour, el ebercbe pour s*y cach«r le^lénèbres de fabiflie, tandis' que, du buut de son trOœ, lupi«er, de eu ménf^ geste qui foudroya 1^ Tîtane, menaee encore le» divinités maifaTsaate» ennemies du repos des honmies^.

Te) est le théni»qu>'adévetoppë ^artiste, et auquel se ra^ It^enl les caissons et les tableavir de» la Trise-. R est, comme en ml, purement allégorique, et, par ce)» même, préltu beaucevpà la peinture, qui » besoin,, avant tout, de nu et de Arapems^, pr incipalcment torsqu'elfe est suspendue au-dessus ë» Iff tétede^ speemteurs. La* fîgurede h Terre personnifiée est trè»-belte; o'iBSt bien \k YAhm p&rens^ blessée par des enfiHits cruefe el s'adressanf avx puissances célestes avec un geste de douleur majestueuse; les figures difformes des monstres mis en finte par 1^ retour de h Pïiix contrastent, par leur expression^ bfdeuse et bestiale*, avec Ta beauté intelligente de» groupes supérieurs, lie» parents, qui soulèvent entre leurs bras h corp» des blessés, sont disposés df^^matiquement ; et le soldat écrasant sous son pied fes brandons de* disoerdë a une tournure ière et rcèuste-, et cependlint paeillque, fevt à Mt en bffrmenie avec son action ; te* ofiTtëge d» M^ses oflre des pose» gracieusement aériennes'

S7i LES BEAUX-ARTS £N EUROPE.

qui rappellenl, sans rimiter, la danse des Heures autour du cbar d*ApoIloD, au palais Rospigliosi; la Paix et Gérés sont Clément bien réussies, mais le Jupiter est moins heureux; les nécessités de la perspective linéaire et aérienne lui donnent, à la hauteur où H.Macroix Ta placé, des proportions restreintes et des tons affaiblis par Tinterposition de Tatmosphère. La logique le voulait ainsi; pourtant cette figurine noyée dans la vapeur ne semble guère redoutable pour les groupes anarcbiques et monstrueux qu'elle envoie à l'abime. — N'était-ce pas le cas d'user de cet artifice dont les peintres du moyen âge se servaient lorsqu'ils avaient à exprimer la puissance et représentaient le Christ ou la Vierge sous des proportions colossales parmi des figures beaucoup plus petites? Sans aller aussi loin, H. Delacroix aurait pu ne pas reculer son Jupiter jusqu'aux profondeurs de Tempyrée et lui faire châtier Tanarchie et la rébellion de plus prés, ce qui aurait permis de lui donner plus d'importance. Il est vrai que la foudre porte loin, et que, la Paix étant la principale figure du plafond, H. Delacroix lui a sacrifié rOlympien.

L'éclat neuf de la grosse guirlande dorée qui cercle le plafond nuit peut-être un peu au ton général de la composition, qui est très-fin et très-léger; mais cette crudité brillante s'éteindra d'elle-même au bout de peu de temps, et alors rharmonie sera parfaite.

Les caissons enclavés dans le dessin ornemental du plafond contiennent des divinités bienfaisantes amies delà Paix : CérèSy la mère nourricière du genre humain ; la Muse,

PEir^TURES MURALES. 373

noble flile du loisir; .Bacchus, le doux père de joie ; Vénus» qui, selon le proverbe, a froid sans Bacchus et sans Cérès; Mercure, qui préside au commerce; Neptune calmant les flots soulevés par le récent orage; Minerve, la vierge sage, portant sur sa poitrine la cuirasse d'azur des guerriers et sur son cimier le hibou, symbole de la pensée, et enfin Mars, enchainé comme un Scythe captif dans un triomphe athénien. — Le Bacc'hus, parmi ces figures toutes d'un beau caractère et d'une grande tournure, se distingue par la poésie de la couleur; le sang de la grappe circule comme une pourpre divine dans son beau corps affaissé sous les pampres; une demi-teinte rose voltige autour de lui comme le reflet d'une coupe de cristal remplie de nectar et traversée par un rayon de soleil. C'est un des meilleurs morceaux du peintre.

Onze sujets, tirés de la vie d*Hercule, forment autour de la salle comme une sorte de frise interrompue par les baies des fenêtres et l'élévation monumentale de la cheminée.

Les compositions se suivent sans ordre chronologique, selon les convenances de juxtaposition et de contraste : Hercule, exposé après sa naissance, est recueilli par Minerve, qui l'apporte à Junon. Le robuste enfant prend le sein de la déesse et en fait jaillir en perles blanches la voie lactée. — Plus loin, il ramène Âlceste des enfers, et la rend à Àdmète, son époux ; il tue le Centaure, survivant retardataire des créations monstrueuses; il enchaîne Nérée, dieu delà mer, pour le forcer à lui révéler les Secrets de Tavenir; il s'empare, triomphe plus facile, du baudrier d'Ilippolyte, reine des Amazones; il étouffe Antée, que la Terre, mère de ce Titan^

essaye en vain de secaurir ; il déHvre Hésiode, fille de Laomédon, exposée pour être dévorée par jun monstre marin comioe Androfflaôde M conune Angélique ; il écorche Je lion de Némée pour se revêtir de sa peau ; U aj)porte snr ses robustes ^ules Je sanglier d'Érymantbe, qu'il a pris tout vivant à la course. Dans un autre cadre, placé entre le vice et la vertu, à ce carrefour du «hemin où la vie jse bifurque comme l'Yde Pytbagc^e, iJ n'hé&itepas à «uivre Je guide austère qui mène à k gloire à travers les travaux et les périls.

Le dernier tableau de la série repi^ésante Hercule arrivé au bout de la terre et ae reposant auprès de ofis oolooaes iameuses, bornes du monde, au delà desquelles verdit Timmense Océan, aux solitudes Inconnues. Le demi-dieu est assis dans une attitude de repos puissant, avec la tranquillité d'un liéros qui n'a plus ri£8i à faire, et dont la missioB est accomplie. Cette figura est superbe; on ne saurait mieux rendre la majesté formidable et calme de la force, «t la joie sereine d'une grande tâche terminée. Au second plan, le soleil, ayant terminé sa «course, se plonge dans ta mer avec son attelage fumant; les teintes violettes du crépuscule se mêient à Taznr froid du soir. Tout est quiétude, silence, fraîcheur : la symbolique journée du kéros d4»mpteurde monstres et protecteur des opprimés est finie; le monde peol respirer.

Nous n'avons pas besoin de faire ressiurtir le lien qui rattache ces snjets à Tidée principale exprimée dans le plaTottd circulaire; die est sensible à TesprU comme aai yeux :

fIBINTiUfifiS MURAi&Su 275

Hercule promenait l'élernelle Justice

Sous son manteau sanglant, taillé dans un lion.

C'était le chevalier errant, le redresseur de torts du monde fabuleux : il réduisait les forces désordonnées et rebelles, achevait de faire disparaître les Chimères hybrides, échappées aux cataclysmes des déluges, tuait les brigands, et, mettant ses muscles invincibles au service des faibles, il préparait le règne de la Paix. *

Parmi ces sujets nous avons remarqué la reine des Amazones glissant de son cheval; son costume, moitié grec, moitié persan, est du plus joli caprice; le sanglier d'Érymanthe est aussi très-bien réussi. La lutte avec Antée a fourni à M. Delacroix un de ces heureux motifs de développements anatomiques qui plaisent tant aux peintres et qui sont des bonnes fortunes pour les maîtres énergiques et vigoureux; mais ne poussons pas plus loin ce détail d'une œuvre dont il faut voir l'ensemhle, et qu'on peut compter au nombre des plus riches ornements de cet Hôtel de Ville déjà si splendide, où Paris donne ses fêtes dans un musée.

COUPOLE DE LA lUDELElHE

La première chose qui nous a frappe dans l'œuvre de U. Ziégler, c'est une harmonie parfaite de ton avec rarchitecture : la couleur mate, solide et claire de sa coupole Rallie admirablement aux nuances crayeuses de la pierre et aux teintes fauves des ors. Nous insistons sur cette qualité, parce que nos peintres s'inquiètent en général assez peu du caractère des édifices pour lesquels ils travaillent, et ne iraitent guère autrement une fresque, un tableau sur place, qu'une toile indépendante et mobile; ce qui est une grande /aute. Notre-Dame de Lorette est là pour preuve.

La peinture monumentale est soumise à d'autres exigences que la peinture de chevalet : là, point de petites délicatesses, point d'artifices de pinceau, point de glacis, point 4e frottis, point d'imitation précieuse de la nature, aucune •de ces mollesses et de ces facilités qui faisaient dire à Michel- Ange que rhuile était bonne seulement pour les paresseux; tout doit être grand» ample, sévère, sobre d'effet et de couleur; — vous êtes entouré de marbre, de pierre, d'or et de bronze, l'éclat et la solidité, la beauté et l'éternité humaines !

Pour voir une coupole. Ton est obligé de lever la tète comme pour regarder le ciel. Les personnages passent à Tétat d'apothéose et doivent avoir un cachet monumental et divin. La forme humaine n'est plus qu'un vôtement splendide, et Tatmosphère se compose d'auréoles et de rayons.

Aux difficultés de la perspective réelle se joignent les difficultés de la perspective relative ; — tout est vu en dessous; les figures plafonnent; les corps offrent les raccourcis les plus outrés et les plus violents; la surface sur laquelle la composition est peinte s'arrondit en cul de four; les têtes penchent nécessairement en avant; les lignes droites deviennent courbes et se déjettent bizarrement. — Il faut faire le calcul de ces déviations d'optique; commettre sciemment d'apparentes fautes de dessin ; allonger certaines portions au delà des mesures naturelles, pour qu'elles paraissent justes au point de vue. — Pour donner tout de suite un exemple de ce que nous disons : le Juif-Errant, qui se sépare du groupe des Apôtres, dans la composition de M. Ziégler, est pres^jue horizontal vu de près ; regardé du pavé de la nef, il semble seulement un peu courbé en avant, position qui est en effet celle que lui voulait donner le peintre : jugez quelle attention et quelle force d'esprit il faut avoir pour conserver la tournure et le caractère d'une composition avec des renversements pareils ! — Nous insistons beaucoup sur tous ces obstacles, qui sont immenses, parce que H. Ziégler les a vaincus si heureusement, que le public ne s'apercevra point de leur existence.

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