‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 5 sur 31 · L’ENSEIGNEMENT A L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

L’ENSEIGNEMENT A L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

ques mois l’étude des modifications d’ensemble et de détail à apporter dans le règlement de l’École de la rue Bonaparte. Ces modifications sont demandées depuis longtemps. Elles sont désirables pour répondre aux vœux des amis de l’École et aux critiques de ses adversaires.

« 11 y a, sur bien des points, des abus à réformer et des lacunes à combler. Signalons, en particulier, sans préjudice des autres arts, l’architecture qui demande à être conduite dans une voie pratique. L’existence de l’École spéciale du boulevard Raspail, la création des Écoles régionales d’architecture en province, ne sauraient faire oublier à l’École des Beaux-Arts que les élèves doivent sortir de chez elle égaux, nous oserions dire supérieurs, à tous leurs camarades venant d’ailleurs. »

Ajoutons à ces vœux ceux que nous exprimions en 1902, touchant la diminution du nombre des admissions à l’École, la réduction du droit accordé aux professeurs d’admettre dans leurs ateliers officiels de l’École des élèves n’ayant pas pris part au concours; la transformation absolue du système des concours d’esquisses et de figures modelées ou peintes.

A propos de ce que nous écrivions naguère sur l’École des Beaux-Arts, l’École de Rome et les bourses de voyages, un journal de Paris eut l’idée de demander leur opinions aux maîtres de la sculpture et de la peinture françaises. On nous excusera de publier à cinq ans de distance, les appréciations de MM. Rodin,

LA PÉDAGOGIE ESTHÉTIQUE

Albert Besnard et Eugène Carrière. On voudra bien négliger la part d’éloges absolument immérités qu’elles contiennent pour ne considérer que les idées réformatrices de leurs auteurs :

« — L’entreprise du rapporteur du budget des Beaux- Arts, dit l’éminent sculpteur M. Rodin, à un rédacteur de VÉclair, me surprend autant qu’elle me séduit. Elle me surprend, parce que c’est une rude tâche de vouloir s’attaquer de front à cette citadelle fortifiée, hérissée de défenses meurtrières et gardée par les sacro-saints pontifes de la tradition. EHe me séduit, parce que nul jusqu’ici n’avait osé, avec un tel détachement de sa tranquillité et de son repos, fixer un œil inquisiteur sur le cérémonial restreint de l’art officiel, et porter la lumière dans les ténèbres voulues où pompeusement officient les mages aux gestes nobles.

« Que le rapporteur prenne garde ! Il entame aujourd’hui une lutte inégale. Ces mages dont il dénonce la coupable inertie et la néfaste influence sont dangereux, parce qu’ils sont les maîtres et parce qu’ils tiennent à rester les maîtres. C’est toute une coalition d'intérêts qui, peu à peu, s’est formée, d’où l’art est systématiquement exclu, pour la bonne raison que l’art est incompatible avec ces intérêts. Intérêts complexes! De l’élève des Beaux-Arts au professeur officiel, de ce dernier à la direction des Beaux-Arts, en passant par l’Institut, il s’entretient une atmosphère de mutuel espoir et de tacites complaisances qui rend plus inexpugnable encore la citadelle et plus âpres ses défenseurs.

« Voilà pourquoi l’audace du rapporteur me semble si étrange qu’avant d’avoir lu son rapport je n’y vou-

Page 1