‹ Les beaux-arts et la nation; introduction de Paul Louis GarnierChapitre 4 sur 31 · L’ENSEIGNEMENT A L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

L’ENSEIGNEMENT A L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

5“ Que les ateliers coûtent environ 56 000 francs à l’État, pour les locaux, le payement des professeurs; que si l’on y ajoute les frais de modèles, de chauffage, d’éclairage, de gardiens, qui seraient plus utilement employés ailleurs, il faut évaluer la dépense totale à 125 000 francs. Or, la fréquentation d’un atelier libre ne reviendrait pas à chaque élève à plus de 200 francs par an. Vous voyez le nombre de bourses qu’on pourrait distribuer avec les 125000 francs provenant de la suppression des ateliers. Notez que ces bourses, si elles étaient accueillies dans un esprit de suffisant désintéressement par les maîtres, développeraient singulièrement les ateliers de sculpteurs libi’es, de plus en plus rares, et permettraient à des sculpteurs pauvres qui ne veulent ni ne peuvent enseigner à l’École de former chez eux des élèves originaux et distingués. On peut ajouter que le professeur qui ^paraît deux heures par semaine dans un atelier de cent élèves ne peut donner à chacun la part d’enseignement nécessaire.

Pour ce qui est des programmes des concours, ceux de l’architecture, par exemple, ils pourraient être donnés d’année en année, non point par le même artiste, mais à tour de rôle afin de présenter un peu plus de variété. C’est le professeur de théorie qui a, dans ses attributions, la charge de les faire tous, sauf deux ou trois programmes de concours résultant de fondations et attribués au Conseil supérieur. Pourquoi priveraiton certains professeurs du soin de tracer alternativement un programme de l’école? Nous avons obtenu l’anonymat pour les travaux d’élèves dans les concours, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait, en outre, que tous les professeurs chefs d’ate-

LA PÉDAGOGIE ESTHÉTIQUE

liers disparussent des jurys. Ce serait un toile général dans l’Université, si les professeurs étaient chargés d’examiner dans les concours leurs propres élèves! Pourquoi cet abus criant subsiste-t-il encore à l’École des Beaux-Arts? 11 faudrait enfin que tous les concours fussent conçus selon le libre esprit du concours Chenavard.

Au point de vue du personnel, des réformes importantes seraient à réaliser. C’est ainsi que les professeurs des cours oraux, pour la plupart d’ailleurs fort remarquables, ont une retraite, tandis que les professeurs chefs d’atelier n’en ont pas. Il faudrait arriver à l’uniformité des traitements. C’est ainsi encore qu’on pourrait, sans inconvénient, exiger que tous les professeurs des cours oraux, à moins de cas de force majeure, fissent eux-mêmes leurs cours.

Dans son rapport sur le budget des Beaux-Arts de 1905, au Sénat, l’honorable M. Deandreis, qui pourtant ne passa jamais pour un révolutionnaire, parlant de la campagne dirigée depuis plusieurs années contre l’École, s’exprimait ainsi: « Ce serait aller un peu loin que de proclamer parfait tout ce qui s’accomplit à l’École des Beaux-Arts. Signalons, sans trop appuyer, comme il convient, l’insuffisance du temps consacré par certains professeurs à leur atelier : leçons clairsemées et d’une durée souvent trop courte; indications brèves et sommaires données du bout des lèvres et comme par grâce, en un clin d’œil, et en passant. Évidemment l’on peut faire mieux et l’on doit faire davantage. Nous serait-il permis de signaler ces indications, timides et audacieuses à la fois, aux maîtres de la rue Bonaparte? Nous savons, au surplus, que l’administration des Beaux-Arts a entrepris depuis quel-

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