‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 100 sur 135 · INTÉRIEUR, PAR M. G. A C H E N · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR, PAR M. G. A C H E N

Il n’est, pas plus que Krœyer, un inconnu pour nous. Nous avons eu maintes fois l'occasion de l'admirer à nos Salons et à nos Expositions antérieures. Là aussi, nous éprouvons, dans toutes ces exquises scènes paisibles et recueillies — Une soirée che\ moi , Les Enfants à leur travail , U Anniversaire de grand' mère , Maman raconte des histoires — le charme aigu et pénétrant d’émotion discrète que donne le spectacle de la vie surprise dans la poésie inapprêtée de son intimité, avec un sens d’une

subtilité absolument exquise des jeux les plus délicats et les plus imprévus de la lumière.

Et dans tout cela nulle rouerie, nulle truculence, nulle habileté, mais un métier sobre, primesautier , sans insistance et sans fatigue.

Maintenant, c'est M.J. Paulsen, avec un grave et excellent portrait, plein de bonhomie, d’un groupe conjugal, de vivants paysages et une petite merveille : Dans la chambre à coucher , où est assise entre deux lits une jeune femme demi-vêtue, sous la lumière directe, éloquente et forte qui s'accroche aux ors des cadres, s'attardant sur la blancheur des oreillers.

Puis, c'est un groupe de charmants et délicats artistes, intelligemment doués. dont les œuvres exiguës, mais pénétrantes, sont toutes dignes de susciter les convoitises des musées. C’est M. Peter Ilsted, avec sa Fillette au piano, et surtout cet exquis Intérieur où la robe bleue d’une fillette blonde joue en rapports harmoniques si délicats avec les bleus divers de la nappe et des meubles. C'est Mme Anna Ancheravec son Fffet de soleil dans une chambre bleue , si matinal et si joyeux, et ses deux vieux époux qui donnent à manger à leurs lapins. C'est M. Achen, qui a si vivement traduit le jeu subtil des rayons dans cet Intérieur vieillot, aux passe-partout d'acajou, dont les glaces jouent avec tous les reflets; M. Thomsen, avec la scène muette et douloureuse du poète Rabbet au lit de mort de sa femme , sous le clair-obscur de la bougie qui semble traduire toute la tristesse de ce deuil; M. Irminger, lui aussi , plus sentimental, avec Passé minuit] enfin, la personnalité curieuse de M. W . Hammershœj, dont les jeux simples et francs de clair-obscur dans des intérieurs rappellent P. de Hooch ou plutôt Koedijk; ses personnages, parfois gauches et embarrassés, sont d'un métier insuffisant, mais la nature morte dans la lumière prend dans ses ouvrages un rare intérêt de vie.

Nous ne pouvons manquer de nous arrêter devant les vifs et brillants petits portraits de M. le professeur Tûxen, devant les œuvres mystiques deM. J. Skovgaard, Le Christ dans le royaume des morts , par exemple, où se révèlent sans doute de cruelles insuffisances, mais qui, cependant, sont animées d'un réel élan religieux, et surtout devant nombre de paysages de MM. Philipsen, Niss, Pedersen, N. Skovgaard, et les illustrations ou caricatures de MM. Christiansen, Frœlich, Jerndorff et Tegner.

Les autres pays Scandinaves, jadis si bien représentés à côté de nous, près de qui leurs artistes se sont entièrement formés, ne paraissent pas, à cette exposition, avoir lait tout l’effort qu'on attendait d eux. Nous trouvons toujours un grand nombre d'études sur nature d une vision intelligente et neuve et d'un sentiment très aigu des lumières imprévues et hardies, des scènes humaines toujours simples, émues et graves; mais,

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