‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 107 sur 135 · K T A TS-UNIS · texte numérisé non relu

K T A TS-UNIS

C'est ici toutes sortes

encore un milieu attrayant et singulier, où se croisent d'enseignements, empruntés aux quatre coins du monde

A M lï R E DE 1,'ARTISTE,

l'AU M. H U M P H R E V S J O H N ÿ T Ü N

et d’où, cependant, se dégagent déjà assez nettement les caractères distincts d'un art national.

Si l'on parcourt le petit index biographique qui précède le catalogue américain, on constate une lois de plus les rapports étroits de cet ait avec le nôtre. La Hollande, la Bavière quelquefois, l'Angleterre, mais par-dessus tout la France, tels sont les pays où se sont formés les artistes

EX P 0 S I T I O N U N I V E R S E L L E D El 1900

américains. Quelques-uns de leurs maîtres les plus illustres, comme La Farge et Saint-Gaudens, ont du sang français dans les veines ; un grand nombre vivent près de nous, mêlés entièrement à notre existence et comme naturalisés. Aussi avons-nous le droit de considérer avec quelque fierté cette riche et vigoureuse école, dont la nôtre a été la mère et continue à être la nourrice. Mais le phénomène le plus intéressant à noter, c'est le commencement d émancipation qui se produit. C'est tout le travail local qu'il ne nous était pas permis jusqu'à ce jour d'imaginer et dont l’Exposition nous donne un aperçu, incomplet encore, mais qui établit pourtant, sans conteste, cette tentative d'affranchissement.

C'est une des sections, peut-être, où l'on rencontre la meilleure moyenne, avec quelques morceaux qui sont tout à fait des œuvres de maîtrise et, semble-t-il, bien peu qui soient indifférents.

Il est deux noms surtout qui s’imposent à tous les suffrages : ce sont ceux de MM. Whistler et Sargent. Nous n'avons rien à apprendre de nouveau sur ces deux maîtres, qui ont appris les éléments de leur art dans nos ateliers, chez Gleyre ou chez Carolus Duran, et que nous n'avons cessé d'admirer dans nos expositions et dans nos musées. L’un, M. J. M. N. Whistler, dont l'influence s'est fait sentir si fortement en Amérique et en Angleteiie, notamment sur les jeunes peintres écossais, nous offre, a cote de deux portraits (dont le sien propre) mystérieux, singuliers, savamment apaises et toujours pénétrants, un petit retour en arrière, avec ce délicieux portrait de jeune femme en blanc, appuyée devant une glace, contre une cheminée de marbre blanc, où vibrent avec un éclat discret les rouges d’une potiche et d’une boîte de laque et les bleus vifs d un écran japonais. C’est frais, lumineux, d'un art tout français, dans une voie parallèle à celle de Degas. Nombre d'artistes suivent son sillage. M. Alexander, en des frottis légers sur la toile grenue, cheiche des effets de clair-obscur qui ont comme un aspect de fresque. Le dessin cuisit et rapide, 1 imprévu de la composition, la saveur du ton, annoncent chez cet altiste un beau décorateur non encore employé. C est encoie M. Humphreys Johnston, avec ses nocturnes vibrants, comme son tableau Le Mystère de la nuit , et surtout avec le portrait de mère, si expiessif et si délicat dans sa pénombre réchauffée de quelques tons rares; M. Maurer, M. Gauley, etc.

Le second maître qui, dans la figure, semble avoir l’autre part de la fiction de 1 école américaine, c est M. Sargent. Sa virtuosité ne nous

L’EXPOSITION DECENNALE

surprend plus. Mais ce que nous ne cessons d'admirer, c'est l'emploi qu'il en sait faire, Nous finissons par l'oublier devant ces portraits si fidèlement

expressifs, si vivants, tels que celui de M. Wertheimer ou devant cet admirable portrait de Mrs Meyer et ses enfants , aisé, souple, éclatant et frais, où cette jeune mère est assise, sa robe de satin épanouie sur le canapé blanc, les cheveux poudrés, dans sa grâce souriante et sa pose abandonnée. Ifaristocratie anglaise de la finance ou du sang a retrouvé dans son peintre

d’aujourd’hui quelque chose de la distinction hautaine de van Dyck.

M. Thayer, avec sa Vierge d'un charme languissant, assise sur un trône, entourée d'anges, dans une harmonie sobre et distinguée et une exécution souple et hardie; M. Tarbell, avec le franc et robuste morceau de jeune femme demi-nue, sous la lumière qui jaillit des persiennes baissées, suivent non sans éclat cette voie, où s'avancent avec eux Mme Cécilia Beaux, plus sage, plus calme, mais intelligente dans le choix des tons et le sens des physionomies, M. Beckwith, etc.

A l’influence hollandaise nous devons les fortes et franches peintures de M. Gari Melchers, qui trouve de si vives harmonies; le Dimanche en Hollande, et les portraits de M. Mac Ewen, plus pâle, plus mystérieux, plus léger; les graves intérieurs ou les portraits soutenus de M. de Forrest Brush; les scènes de genre, pittoresques et savamment étudiées, de M. Millet; le joli bébé de Mme L. Cox: le charmant petit morceau d'intérieur de M. Darling : Aidant la mère ; les champs de tulipes éclatants de M. Hitchcock, etc. A l'Espagne M. Walter Gay prend depuis quelques années les sujets de ses compositions et ses recherches de gris fins et enveloppés. C'est aux mêmes sources qu’a puisé M. Chase, avec sa Fannie ait châle blanc , sobrement peinte, avec quelque souvenir « whistlérien ». Depuis longtemps, M. Dannat a renoncé à prendre conseil de \ elazquez. ou de Goya. Il tourne ses préférences vers Lawrence et Gainsborough, qui parlent chez lui un peu trop fort. Quant à l'influence directe de la France, elle se manifeste sur tout un monde de peintres de figures en plein air, de paysagistes ou d'animaliers, qui se tournent vers I royon comme M. Bisbing, vers Manet ou Monet comme M. Reid, vers Sisley comme M. Davis, ou vers Pissarro comme M. Childe Hassam, ou même vers M. Cottet comme M. Vail, et tels autres comme M. Benson, Mme Mac Monnies, M. Sergeant Kendall, miss Abbot, M. Ben Foster, M. van der Weydcn, qui, tous, font d'ailleurs honneur à leurs maîtres étrangers et à leur propre école.

Quelques artistes plus fortement locaux se distinguent dans cette ensemble. C est, dans 1 histoire, M. Abbey qui, sans doute, a pris à la h rance et a 1 Angleterre bien des éléments de son talent de chaud coloriste, expressif, un peu théâtral et un peu tendu, mais dont la scène de H ami et ne manque pas d un certain accent étrange et tragique. Il est la preuve que les maîtres d Amérique ne sont pas uniquement voués au portrait ou au paysage.

L 'EXPOSITION DECENNALE

On peut dire, cependant, que, dans ces deux manifestations de l'art, ils ont donné des œuvres d'une plus forte personnalité. Nous avons vu leurs portraitistes; leurs paysagistes ne le cèdent en rien aux premiers. Il y a là parmi eux des peintres superbes, tels George Inness, si riche, si intense, si sonore et si profond dans ses paysages d'automne aux hêtres pourprés, Homcr Martin, avec ses deux brouillés et ses masses de forêts automnales, Wyant, robuste et lumineux, tous trois décédés aujourd’hui, et qui semblent avoir amassé en eux la chaleur fluide des vieux paysagistes anglais et le beau métier vigoureux et gras de nos romantiques. Ils ont de dignes héritiers avec Winslow Homcr, mystérieux, étrange et fort; Harrison, qui est devenu des nôtres, et qui a pris une place si originale comme peintre de la mer, dont il a rendu avec un sentiment jusqu'ici inconnu toutes les transparences, les irisations, les remous de la vague, les flaques perlées laissées par les reflux; Harry W. Ranger et son Pont de Brooklyn , et bien d'autres qu'on ne peut que citer: W. Palmer, L. Walden, Butler, Walker, Alden Weir, Gihon, Dearth, etc., etc.

Dans l'ensemble des écoles contemporaines, on ne donne peut-être

habileté lamentable, ont fait un tort grave à sa réputation. Le préjugé s’est perpétué par indifférence ou par ignorance. L'Exposition de 1889, pourtant, nous avait montré l'art italien en plein travail de rajeunissement par une étude appliquée et sincère de la nature. Celle de 1900 dissipera tout à fait, nous n'en doutons pas, toutes les vieilles préventions.

C'est, en eflèt, une des sections qui nous offrent le plus d’imprévu et d’étonnement. On y découvre chaque jour des œuvres qui vous intéressent, non plus seulement par la virtuosité, la souplesse, la verve ou l'esprit, mais au contraire par la gravité, la tenue et le sérieux. Les dilettantes même, tels que M. Boldini, M"IC Romani ou M. Mancini, avec tout leur éclat, leurs harmonies savantes, leur exécution prestigieuse, ou, comme chez le premier, avec des qualités plus élevées de physionomiste expressif, y surprennent un peu dans ce milieu attentif, réfléchi, et qui ne semble plus vouloir apporter de passion que dans la recherche de la vérité. C'est le résultat, semble-t-il, d’un état d’âme tout nouveau.

Tout le grand mouvement semble partir du Nord : du Piémont, de Milan ou de Venise. En tête s’impose le nom du regretté Segantini, mort en pleine fleur d'un talent qui, à lui seul, a redonné un lustre nouveau à l'art italien. Naturaliste très aigu, mêlé d'un idéaliste dont les symboles ne sont pas toujours très clairs et qui, dans cette voie, s’embarrasse parfois dans les entraves de la tradition de ses ancêtres du xvc siècle, il est parti de l'enseignement de l’école française, de Millet et de Troyon, pour arriver à donner des grands spectacles de la nature, et en particulier de cette nature alpestre dont on avait vainement tenté de réaliser la splendeur, une vision d’une rare puissance, d’une vigueur âpre, sobre, aiguè, d’une intensité lumineuse comme exaspérée, où

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