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semblent se rencontre r les larges et robustes synthèses de Millet et, en même temps, l’acuité pénétrante des premiers Préraphaélites.
Dans cette même région, où M. Calderini étend le vaste panorama des Alpes de Piémont au Soleil d automne. Al. Tavernier marche seul sur les traces de Segantini, avec un tableau, Septembre , aux tonalités fortes, à la recherche du relief dans la lumière.
A Venise, tout un groupe d observateurs intelligents, brillants et alertes ou émus et recueillis, traduisent les spectacles variés à l’infini de cette ville de rêve, où 1 existence maritime du peuple offre à l’artiste toute son animation pittoresque et aussi toutes ses mélancolies. Al. Tito, comme un héritier jeune et hardi de la vieille tradition, a tiré un excellent panneau décoratif de sa Procession , en même temps qu’il expose d exquis morceaux de vie avec sa Vieille pêcherie et surtout sa délicieuse \ etite toile de Chioggia , pleine de fraîcheur, de lumière matinale et de
L’EXPOSITION DÉC E N N A LE
jeunesse, où se retrouve l’observation vive et spirituelle de Guardi. M. Fra Giacomo a de chaudes colorations doucement amorties. M. Bazxaro, de Milan (Paix aux naufrages ); M. Rezzi, de Rome (Jour de maigre) ; M. (hardi, avec sa Matinée d'automne , si lumineuse et si mouillée; M. Rossi ( L’École de la douleur) , et M. Rotta ( L’Hôpital des fous), nous montrent une Venise plus réaliste, soit dans la tristesse des jours de pluie, soit dans les détresses des pauvres gens des lagunes.
A Milan, où M. Pagliano continue à peu près seul maintenant la peinture de genre, semble se dessiner le mouvement le plus intense et
le plus significatif. Dans le paysage, M. Carcano (Campagne d'Asiago) se présente comme une belle physionomie de puissant, large et robuste paysagiste, ayant le sentiment de la grandeur et de l'imité. Dans l’étude de la vie, M. Morbelli fait preuve de hautes qualités d’observateur populaire concentré et recueilli. Son J'iatique et son Jour de fête à l’hospice sont deux compositions émouvantes par la simplicité des attitudes, la sobriété de l'exécution, la compréhension intelligente du milieu et des effets lumineux, l'accent de conviction sincère qui s'en dégage. Elles rappellent, par cet esprit de gravité, certaines compositions analogues du peintre anglais Herkomer.
Ce n'est pas le seul rapprochement que nous pourrions faire ici avec quelques-unes des tendances d'Angleterre. Les Amours des âmes, de M. Dali’ Occa Bianca, dans l'exécution des figures agenouillées au
milieu d'un cimetière à l’automne, avec un modelé précis, serré et en même temps fortement coloré, et M. Conconi. également dans une scène de cimetière, avec un métier diflerent, mais des tonalités aussi chaudes, éveillent malgré nous ce souvenir.
Tandis qu’à Naples, un des premiers instigateurs de la rénovation de l'art italien, M. Morclli. dans une œuvre qui ne le caractérise pas suffisamment, Le Christ au désert , mais qui offre, néanmoins, de charmantes qualités de légèreté atmosphérique, tient la tète d'un petit groupe où l'on distingue M. Casciaro, avec de brillants pastels, et M. Canrilc, à Rome, sanctuaire antique des plus nobles souvenirs, fleurissent encore les vestiges de la grande peinture et de la décoration monumentale. On a peut-être oublié les beaux et larges dessins de M. Maccari, en i88q; ils indiquaient un réel sentiment de l’histoire que nous refusons volontiers à l'Italie moderne. M. Sartorio, dans sa Diane d'iiphèse et sa Gorgone , nous montre qu'on n'a pas perdu le sens du vrai grand style; M. Joris, dans ses deux toiles de Y Octave de la Fête-Dieu et du Jeudi Saint, où les rouges, les blancs et les ors jouent dans la lumière amortie des églises, nous prouve qu’on y a conservé le secret des savantes harmonies, des sonorités éclatantes et douces, et M. Michetti, qu’il v reste encore des brosses vaillantes, de tiers et robustes décorateurs.
Tes deux grandes compositions de ce dernier artiste font un singulier contraste avec deux tableautins minutieux de son passé et ne le font pas regretter. Dans Les Serpents et dans Les Estropiés, vastes toiles décoratives, trop vastes peut-être, où la composition est parfois un peu perdue et dispersée, il y a une vision d'un relief saisissant, mais sans excès, une véritable science des jeux de la lumière, et un diable de métier d une extraordinaire habileté ou, mieux, d'une véritable force expressive.
1 rop étendu pour son sujet est sans doute aussi le tableau de M. Balestrieri (Beethoven l; mais il y a une telle attention dans les attitudes des personnages, un tel accord sobre et chaud des tons, une telle volonté, qu’on lui pardonne volontiers cet abus.
T Espagne ne nous fournit pas un spectacle tout à fait aussi réconfoitant. Ce n est pas que cette école ne soit, de son côté, sur le point de se lajeunir en remontant à ses origines nationales, mais l'esprit de
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EXPOSITION UNIVERSELLE DE rgoo
l'Inquisition s'est retrouvé vivant dans son jury d'académiciens, et tel artiste, dont l'œuvre eut donné à cette section un éclat exceptionnel, a été écarté de l'Exposition. Je n'ai pas besoin de nommer M. Ignacio Zuloaga, dont l'exclusion a fait scandale. L'exposition, au Luxembourg, des portraits de femmes de cet artiste, qui a renoué le fil rompu de la vraie tradition locale, a essayé, du moins, de réparer pour le public cet impardonnable oubli.
Pour nous assurer des progrès de l'art espagnol, on nous permettra d'omettre, à notre tour, bien des noms dont quelques-uns sont pourtant célèbres, et de ne nous arrêter qu'à un petit groupe assez restreint de peintres dont les œuvres nous donnent une vraie sensation d'art.
En tête, M. Sorolla y Bastida, dans Le Bain , raconte la fraîcheur des voiles gonflées dans la fraîcheur du matin, et, dans Cousant la voile , agite le papillotage joyeux de la lumière sous une treille fleurie, éclairant vivement les géraniums, les poteaux bleus ainsi que les corsages roses et les ceintures rouges des personnages qui cousent les voiles blanches dans cette pénombre animée.
M. Pinazo Martinez, incomplet, incorrect, dans de vastes toiles en largeur où s’égrènent les personnages, a du moins un certain sentiment de la lumière, des silhouettes et des attitudes. M. Carlos Yasquez y Lbeda, dans sa Récolte de figues dinde à Grenade, lait preuve de certaines des mêmes joyeuses qualités de lumiériste brillant. M. Menendez- Pidal ( Sains infinnonun) est sobre et recueilli dans cet intérieur d église très coloré ; il montre une tenue rare dans l'école. La Bête humaine de M. Fillol y Grandi, accrochée près des corniches, dans la brutalité de son sujet, est une toile qui parait d une franche peinture et d'un caractère expressif. Nous signalerons les grandes scènes turbulentes de M. Checa, le portrait de M. Casas, et, dans le genre où fleurissent les descendants aveulis et abâtardis de Fortuny, les sujets pris au Don Quichotte par M. Moreno Carbonero.
Quant au paysage, peu de chose, en dehors des petites toiles sobres et délicates de la campagne de 1 olède de M. Aureliano de Beruete, des vues panoramiques de montagnes neigeuses de M. Morera, et des jardins de Grenade de M. Rusinol.
Dans 1 illustration, du moins, M. Urrabieta Vierge et M. José Jimenez Aranda soutiennent avec honneur leur ancienne réputation.
A la section portugaise, deux noms à retenir, celui de M. de
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Souza-Pinto, à demi Français, qui expose une série de toiles d’un fin sentiment de nature, et celui de M. Columbano, vigoureux portraitiste, dans la tradition des vieux Espagnols.