SUISSE
La place nous manque pour nous étendre sur l'exposition de ce petit pays, bien qu’il soit un de ceux qui, dans ces dernières années, ont fait le plus d'ellbrts dans le domaine de l’art. On parlait autrefois de la peinture suisse comme de sa marine. Aujourd’hui, la section helvétique nous présente un ensemble où se trouvent nombre de morceaux intelligents qui marquent un souci réel de traduire pittoresquement les grands spectacles de la montagne, et quelques tableaux qui peuvent soutenir la comparaison avec les meilleurs ouvrages des autres sections.
G est, a la suite de Baud-Bovy et de M. Sandreuter, tous deux, à leur façon, si particuliers et si expressifs, tout un groupe assez nombreux de peintres de montagnes, dans lequel se distinguent les noms de MM. A. Franzoni, Rehfous, Ed. Boss, E. Kaiser, etc., et, au second plan, ceux de MM. Burnand, Biéler, Ml|e Breslau, Giron et Girardet, qui sont trop des nôtres pour que nous ayons à qualifier leur talent : M. Xicolet ( Orphelines d'Amsterdam) ; Cari Vautier Portrait de Mmc F.) ; Otto Vautier {Deux Amies) ; Vallet [Le Bûcheron) ; Mlle Roederstein ; etc.
Le grand Bâlois Bœcklin, que les Allemands ont accaparé, manque a cette tète. Du moins, M. Hodler, de Berne, très réputé dans son pays, nous montre-t-il ses figurations archaïques, La Nuit, Le Jour , Eurythmie , d'un naturalisme assez forcé. M. Carlos Schwabe, plus acclimaté chez nous, nous donne, en formes très aiguës et subtiles, un autre aspect de la pensée mystique de ces montagnes embrumées.
Une exposition nombreuse, qui a éprouvé le besoin de se répartir, pour l’Autriche, en deux camps distincts, et où l’on ne rencontre guère, il faut le dire, ni de peinture un peu locale, ni d'artistes un peu personnels. C'est un mélange sans conviction de toutes les inspirations et de
toutes les écoles, qui produit un dilettantisme facile, dangereux et. très souvent, sans grand intérêt. Tout au plus nous arrêterons-nous, à la section autrichienne, devant les portraits de MM. Angeli, Pochwalski Kramer, de Pausinger, Klimt, plus simple et plus à son aise dans son portrait de femme en rose que dans son plafond, où il suit par trop notre Besnard ; MehofFer, dont la Chanteuse a un assez bel accent de vrai peintre, — et, à la Hongrie, devant MM. Benczur, Laszlo, moins heureux avec le pape qu’avec le prince de Hohenlohe; Horowitz, etc., peintres qui tous, inégalement sans doute, montrent une réelle tenue.
Dans le genre, M. Moll, avec des intérieurs délicats et lumineux et feu Léopold Muller, avec un charmant et excellent tableautin d'Égypte, Saltimbanque ; et, parmi les Hongrois, M. Czok, qui nous rappelle Friant et Dagnan-Bouveret dans sa Communion , M. Hegedus, Zemplenyi, etc. Enfin, dans le paysage, les œuvres de MM. Bernatxik, Goltz, Ribarz, Schindler, ZofF, M",c Wisinger-Florian, et, à la Hongrie, deux paysages de ton robuste de Munkacsy, et un charmant petit paysage de neige fondante sur la terre brune de M. Szinyci.
On ne saurait terminer sans dire un mot de cette section, nouvelle venue dans le concours international de l’art, comme dans celui de la politique. A côté d un grand nombre d exposants qui continuent la tradition nationale, plus ou moins entamée par les influences européennes, de la peinture sur soie, une salle entière a été formée des ouvrages des peintres a 1 huile. Nous avons la des concurrents qu'on juge aujourd'hui a\ ec un sourire. La plupart de ces productions, assez gauches et souvent
san^> grande saveur, semblent de pâles pastiches des barbouillages de nos Salons. Mais nous nous trouvons en face d'un peuple trop bien doué pour qu il n en sorte pas, dans les modes accoutumés de nos travaux, des œuvres originales. On prévoit déjà, avec les paysages d automne de M. Yoshida ou de M. Kuroda, et les Lotus de M. Mitsutani, le> piemicrs germes d une forme nouvelle de l'art japonais. L'avenir nous donnera-t-il raison ?