‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 124 sur 135 · E X K CITÉ PAR M . B O C C II K R U N · texte numérisé non relu

E X K CITÉ PAR M . B O C C II K R U N

(besoin du M, Miriz.i

clic est aussi d'un goût exquis, la série des couteaux, vrais joyaux de poche, précieux à la façon des nécessaires de la Régence, par où M. Cardeilhac se certifie le continuateur d'une tradition, l’héritier du charme et des élégances du xvnr siècle.

Lui cherchait-on quelque émule, il n était que M. Debain pour s'efforcer dans une voie parallèle. L amour de la nature — et non la mode — l'a conduit à une stylisation de la flore très originale. A ces visées communes s'opposent celles de MM. Keller frères ; la tentation leur est venue d'inaugurer une orfèvrerie sans relief ni ciselure, une orfèvrerie unie, ne valant que par la seule qualité des lignes, des galbes

et des profils. Sans croire au paradoxe d'après lequel le décor ne serait qu’a un expédient destiné à masquer les défauts et les tares », nous ne nous cédons rien des difficultés éprouvées à créer une forme assez intéressante en soi pour se présenter sans parure aucune, nue. Une belle forme se transmet de génération en génération, comme un chant; la perfection seule lui décerne la popularité; il en est arrivé jusqu'à nous dont l'origine remonte aux tems pantiques. On devine l'émoi de l'artiste en présence d’un pareil problème : oublier le passé, échapper aux hantises, se refaire l ame d un Primitif. MM. Keller n y ont pas failli. Leurs brocs en argent et en vermeil, pris dans la plaque et montés au marteau, rappellent la dinanderie si fort en honneur au Moyen âge ; c est la même ampleur, le même aspect puissant et robuste. Le prestige d une mâle simplicité recommandait encore des sertissures de vases sobres et bien adaptées. Plus d un demeura longtemps hostile aux montures qu une généralisation hasardeuse réprouvait indistinctement comme un luxe inutile; M. Cardeilhac et MM. Keller, M. Gaillard et M. Lou-

chet aussi, s accordent a démontrer 1 inanité et f injustice de cette prévention.

I. A SOUPE AUX LÉGUMES M'IUÈI. E DE M. MAI.I.Ii I (Maison Christ oll e.)

LA DECORATION ET LES INDUSTRIES D'ART

Les expositions peuvent se succéder, les rivalités se multiplier, la maison Christofle n’en continue pas moins à tenir, parmi les industries d'art, une place et un rôle exceptionnels, uniques. C'est la manufacture puissante, à l'initiative en éveil, où les inventions viennent aboutir, les recherches se condenser, les tendances s'annoncer ou se refléter. Grâce aux latitudes ouvertes par l'électro-chimie. qui permettent de donner vite et à peu de frais l'illusion de l'argenterie, elle s'est accoutumée à suivre au jour le jour les variations de l'esthétique et le répertoire de ses modèles s'enrichit à l'in fl ni. S es d i recte u rs ,

MM. Henri et André Bouilhet, se sont donné pour tâche de poursuivre, par les procédés scientifiques, la diffusion de la beauté. La galvanoplastie seconde â merveille le désir de vulgarisation, et c’est une vanité ou un leurre de penser que nous en ayons déjà épuisé ou même soupçonné toutes les applications.

Le parti remarquable qu'en avait tiré l'Autriche pour la décoration des boiseries contient, à lui seul, un enseignement, et n'était-ce pas une des surprises de l'exposition Christofle que ces reproductions d'animaux moulés sur nature, si parfaites et combinées avec tant de discernement, qu'elles s'élèvent parfois au style des vieux bronzes japonais ? bout en s'inspirant, le plus souvent, de la vie végétale, et en lui devant le thème de leurs meilleurs ouvrages, MM. Bouilhet n'ont entendu proscrire aucun genre de décor, aucune source d’invention ; une allégorie

de l'Air et de l'Kau, libre et aisée, anime le grand surtout en argent et cristaux opalins de M. Rozct : un autre surtout, de M. Larroux. met vivement en scène les Vendanges; un troisième, en forme de sucrier, montre des enfants joufflus et rieurs s'efforçant d’arracher une betterave gigantesque : il est de M. Mallet, et de M. Mallet aussi le vase aux taureaux, empreint du sentiment de l’antique. La platerie d'argent de

M. J oindy, le service à thé platane et le service eucalyptus , la Soupe à l'oignon et la Soupe aux légumes (M. Mallet), sont parmi les pièces essentielles de cette orfèvrerie que MM. Bouilhet se sont passionnés à déduire de la flore. Un de leurs titres sera encore de s'être pénétrés de l'aide que la glvptique devait prêter aux industries du métal, et d'avoir obtenu de Rotv, de Yernon, de Levillain, des modèles de couverts, de gobelets, de cendriers, aujourd’hui répandus à des exemplaires sans nombre, pour l'honneur de l'art français L

Après de pareils résultats, il ne semble guère que la maison Christotle ait à prendre ombrage du goût de M . Schmitz, de Cologne, ou de 1 activité de M. Krupp, de Berndorf, l'heureux éditeur du surtout composé par M. Othmar Schimkovitz. Ln dehors des orfèvres d'imitation, un argentier allemand, M. Bruckmann, de Heilbronn, conquiert et retient longuement par l’ardeur constante de sa recherche; l’originalité le sollicite, et naturellement il y cède. Son plus considérable envoi est une

1. Des horlogers suisses, MM. Ditisheim, avaient appliqué très heureusement la médaille a 1 o 1 nementat i on des boîtiers de montres.

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fontaine inspirée de la légende de Siegfried, monument élancé, exempt de la coutumière pesanteur germanique, véritable travail d'exposition, qui groupe des techniques et des collaborations diverses et fournit la la mesure des ressources et du savoir. Mais le sentiment d'art de M. Bruckmann surtout importe ; il était mieux révélé par des ouvrages de moindre proportion — cassettes, coupes, candélabres, jardi-

ORFÈVRERIES ET PIÈCES ü’üN SERVICE U* EN FAN T PAR t. E PRINCE K A H A G KO U G EV I TC II

nières, — et par une suite de couverts historiés, rehaussés de figures de M. Rieth. D’ailleurs, nous touchons ici à l’un des traits distinctifs de la section d’orfèvrerie et de bijouterie allemandes : que le catalogue en lasse ou non l’aveu, en dehors des expositions collectives (comme celles de Pforzheim ou de Schwàbisch-Gmünd), les modèles sont, toujours ou peu s'en faut, dus à de hautes personnalités ou à des artistes. A Paris, il est arrivé au prince Karageorgevitch de modeler, avec esprit, de précieuses et mignonnes cuillers destinées à l’enfance ; des ornemanistes de talent, les Peureux, les Coupri, les Lelièvre, ont pu s'instituer, à bon droit, orfèvres; d’autre part, nos médailleurs et nos statuaires,

prêtèrent parfois à des industriels l'assistance de leurs concours; au total, le cas est peu commun chez nous : de l'autre côté du Rhin, il est devenu la règle. A tout instant se retrouvent les signatures des « professeur Gœtz et Volz de Carlsruhe, Wiese de Hanau, Widemann de Berlin, Waderé et Fritz von Miller de Munich. L’Allemagne n’a pas renoncé aux figurations d'animaux en métal précieux, traditionnelles là-bas, et M. Schoenauer en groupait de très caractéristiques. Mais le maître orfèvre de Hambourg ne se faisait pas seulement gloire de ses poissons,

de scs hanaps, de ses pokalc ; il se piquait encore d'être de son temps, et savait égaler les meilleurs d'entre les modernes, avec ses cuillers à manches ornés de figures, avec ses coupes garnies, à la base, de fraises, de muguets, de roses ou d’œillets.

« Par le marteau et la main, tous les arts se maintiendront. » La devise, relevée sur une argenterie vieille de bientôt trois siècles, pourrait être celle

l'OT A CR K. ME. ORFÈVRERIE DE GO R II A>I

de la manufacture américaine de Gorham : les pièces qu’elle produit sont d’ordinaire martelées et repoussées. Cette préférence de technique se justifie par la parfaite convenance à l’argent du travail au marteau, et parce que le procédé assure les chances d'une ornementation délicate, émergeant de la forme sans en altérer les profils ; comme en Europe, elle dérive de la flore, à laquelle vient parfois s'allier la figure humaine. On ne se lasse point d’admirer le talent et 1 imagination dépensés libéralement , en prodigue. C'est merveille que, le goût de New-York différant du nôtre en tant de points, la manufacture de Gorham soit parvenue, sans mécontenter sa clientèle, à si grandement nous satisfaire. Parmi ces nouveautés abondent des inventions charmantes, les plus simples à notre avis, et

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une série de plateaux à semis de feuilles et de graines prouvait un constant affinement du plus favorable augure.

On dirait que MM. Tiffany se sont fait un jeu d'opposer à la culture d’art européenne (laquelle procède de l'étude de l'antique) une culture dont les éléments ggr**™"' r™1' seraient exclusivement offerts par les civilisations orientales ou Scandinaves. Les œuvres de cette maison acquièrent par là un aspect étrange, qui n'est nullement contradictoire avec la beauté — MM. Tiffany ne chôment pas à le prouver. Mais pourquoi s'interdire de gaieté de cœur le secours de connaissances fondamentales, le bénéfice d'un contrôle toujours utile et désirable?

Les États-Unis ont devancé la Grande-Bretagne dans la renaissance de l'orfèvrerie; on en découvre cependant les symptômes dans les

projets pour The National Compétition montrés au Champ-de- Mars, et dans l’exposition de la Goldsmith's and Silversmitli s Company . A Paris, en 1900, la suprématie de l'Angleterre au point de vue des arts appliqués était moins établie par scs ouvrages que par le progrès de ses écoles, par la diffusion de son enseignement et l’étendue de son influence. Aussi bien, les rares productions d'outre-M anche imposées à notre souvenir sont-elles indemnes de tout emprunt à l'étranger. L’isolement de l'Angleterre protège le pays contre les atteintes de l'internationalisme et la fusion universelle des styles. Qu'était-ce, ces argenteries de la Goldsmith’s and Silversmith’s Company '? Des services, des drageoirs, des jardinières (ornées de figures à la Greenaway), des coupes et même des

boîtes à ficelles; mais chaque pièce conservait l'accent toujours touchant du caractère local et de l’originalité foncière.

Ne dépassons pas la mesure en attribuant à l’Angleterre le privilège exclusif de l’indigénat. Quitte-t-on l'Europe centrale, aussitôt les signes différentiels de chaque tempérament réapparaissent. Voici, de M. Frans Hoosemans, de Bruxelles, des milieux et des bouts de table, où des figures d'ivoire encadrent leur nudité dans des ramures, dans des Ilots d'argent; tout de suite, la luxuriance des formes rattache le souvenir à Rubens et à la tradition flamande. A mesure que l'on remonte vers le Nord, en Hollande, en Danemark surtout, la décoration change d’aspect,

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