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I. E pavillon des arts décoratifs, par m. IIOKNTSCHEL

(Un angle de la salle centrale.

de fenêtres, de dressoirs, empruntées aux hublots d’un navire, à des dossiers de canapés, de fauteuils, de chaises cherchant les rigides platitudes de feuilles de tôle, à des toilettes et autres meubles ayant une parenté avec les lavabos d'un dentiste des environs de la Morgue ! »

En somme, l'influence anglaise, dont s'effarait le bon Concourt, ne s’est exercée utilement que dans la mesure où elle s’est accordée avec l'atavisme de notre goût. Elle a pu aider au changement d'aspect de nos appartements, déterminer le retour aux peintures claires, qui étaient d'usage courant au xvme siècle. Son rôle, en ce qui vise l'ameublement, s'est borné à prodiguer les rappels à la logique. Et comment aurait-il pu en aller autrement, quand on songe aux différences qui séparent les deux races? Si l’exposition anglaise du mobilier nous a intéressés, c'est toujours par son caractère indigène, par la pleine satisfaction donnée à des besoins qui ne sont pas les nôtres. Malgré des recherches ingénieuses et des détails parfois charmants, la suite d'aménagements de MM. Warring et Gillow ne réussissait qu'à affirmer des variations radicales d’esprit et de vie. L'impuissance à réaliser une décoration ligneuse acceptable éclatait au pavillon de la Grande-Bretagne. En revanche, les cabinets et les revêtements de cheminée des manufactures de Bath frappaient par la parfaite appropriation à leur but. Quant à MM. Heal et fils, leurs créations les meilleures étaient les plus pratiques Icelles dont Gleeson Whitc avait dessiné les modèles), et 1 on se demande, à ce compte, s'il ne convient pas plutôt de faire état de certains mobiliers du Nord, que relève un souci d'art, comme ceux de 1 atelier de Borga en Einlande, ou de M. Borgersen, de Christiania. 1 ant il est vrai que le vulgaire utilitarisme répugne à notre délicatesse et que le confort ne vaut chez nous que paré d'élégance et de beauté.

Ils 1 ont bien compris, MM. Alexandre Charpentier, Hoentschcl, Dumas, de Feure, Colonna, qui ont rivalisé à fleurir le bois d’une végétation luxuriante ou discrète. Au cours de l’entreprise, chacun découvre son idiosyncrasie. Alexandre Charpentier, sculpteur de tempérament iéaliste, rustique, couronne les lambris de pampres de houblons, jette sui les volets des buffets des sarments de vignes, des gerbes d'épis. Au pavillon des Arts décoratifs, dans la salle centrale si claire et d’une homogénéité rare, 1 églantier, puis l'olivier, symbole de labeur et de paix, poussent leurs souples ramures sur les portiques, les corniches, ou bien enveloppent capricieusement l'entour des vitrines, l'ébénisterie

LA DÉCORATION ET LES INDUSTRIES D'ART

des sièges. L ombellifFère, chère à Galle, règne en maîtresse dans la décoration du salon-bibliothèque installé par M. P. -A. Dumas. Le goût affiné de MM. de Feure, Colonna, élit des plantes plus rares ; il en tire de discrets motifs, dont les doux reliefs ornent le dossier des canapés et les panneaux des vitrines en citronnier, ou meme en bois d < > i é , selon le goût de nos pères. Quelque réconfort vous venait ù constater, sous la diversité apparente des modes d'expression, la concordance des efforts vers un but précis. Encore le loisir n'est-il pas laissé

Il U U K AU, P A H M . M A J O U K 1- L K

de s'arrêter comme il siérait à M. Majore! le, d'autant plus intéressant qu'il échappe à tout ressouvenir ; à M. Epeaux, dont le mobilier, à sculptures inspirées du pommier en fleurs, est d'un art franc, robuste, sain; non plus qu'à ces maisons classiques et célèbres (Krieger, Schmitt, Jansen), qui, attachées peut-être plus que de raison aux anciens styles, n'en ont pas moins voulu donner par tel meuble, tel ensemble, une satisfaction à la mode ou un gage d'intérêt à une évolution désignée sous les noms les plus bizarres, et qui est simplement la renaissance du mobilier par la nature et selon la tradition nationale.

Comme l'Angleterre et la France, la Belgique a convoité de régénérer l'ameublement, et elle s'y est employée avec une ardeur qui lui a valu de tenir un rôle essentiel ; rien ne le trahit à l'Exposition, et on s'y ren-

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seigne mal aussi sur les essais que les Pays-Bas tentèrent dans le même sens. Par contre, les arts du bois occupent une place prépondérante dans les sections hongroise, autrichienne, allemande. Sans se dérober à l’infîuence anglo-belge, ni aux atteintes du cosmopolitisme envahissant, ils témoignent là d'une activité féconde en promesses et déjà en résultats. La Hongrie (M. Gelb) conserve l'avantage de son éloignement et de son indépendance foncière. L'exposition autrichienne accusait les différences absolues qui séparent le génie régional du génie viennois : des intérieurs, conçus et exécutés en Tyrol, en Galicie, à Prague, à Salzbourg, exaltaient le style local, ou bien parfois le montraient en voie de transformation. Dans la capitale, à moins qu'il ne s'agisse d'une reconstitution, l'art du mobilier affecte le caractère franchement moderne : le salon d'honneur du pavillon autrichien, exécuté par M. Portois (M. Baumann, architecte), la chambre aménagée par M. Schmitt sur les dessins de M. Olbrich, le boudoir en bois d'érable teint en gris de M. Niedermoser, sont les exemples les plus saillants et les plus sympathiques aussi des recherches viennoises. Il y faut joindre pourtant le /

cabinet de l'Ecole des arts décoratifs et les pièces exposées par M. Kohn (M. Siegel, architecte), où la courbure mécanique a assoupli le bois au caprice d'une simplicité rénovée, bien conforme au goût contemporain. Presque toujours, ces ébénisteries se détachent sur des murailles tapissées de tissus, que constellent des applications, des broderies jetées en semis ou cinglées en paraphes.

En dehors de Berlin et de Munich, Carlsruhe, Darmstadt, Heidelberg, Hambourg, Stuttgart, Crefeld sont devenus de véritables centres d art appliqué. Ce résultat est imputable aux musées, puis à l'instinct d’association en vertu duquel les artistes se groupent et forment des « colonies ». L exemple venu de Munich a été partout suivi. Ce ne sont plus des meubles isolés que nous présente l'Allemagne, mais des ensembles décoratifs composés sous la direction d'un peintre, d'un architecte. La tendance, déjà signalée, à la grandeur d'apparat, survit dans les installations de M. Gôtz, pour la salle des mariages de l'hôtel de ville de Carlsruhe, puis dans le salon « de parade » du professeur Emmanuel Seidl; ailleurs, le penchant à éviter les meubles encombrants, lourds, difficiles à mouvoir, adopte la mode britannique de l'adhérence, qui assujettit les différentes pièces d'un meme mobilier, les rive ensemble et a la paroi, sous prétexte d intimité ou de confort. Le rendez-vous de

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