‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 129 sur 135 · I.A DKCDHATION ET LES INDUSTRIES IL A IM · texte numérisé non relu

I.A DKCDHATION ET LES INDUSTRIES IL A IM

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chasse M. Bruno), le salon de la « Colonie des artistes de Darmstadt », les niches de M. Bodenheim, la « chambre d'un ami des arts » de M. Riemerschmied, trahissent des aspirations ardentes, tiraillées en sens très divers, l'ne installation dément cette remarque, pourtant : une salle de bains, de MM. Yoltz et Wittmcr. Le même goût s'accuse dans les bronzes et les faïences, dans les vitraux et les marbres, sans que la

SlüTOUT DK TABLE EN BISCUIT, PAU JOSEPH l Il K R K T (Manufacture nationale de Sèvres.)

recherche, partout aboutie, eparpille 1 attention et nuise a 1 ensemble dont l'unité peut être goûtée pleinement, sans réserve.

Vient-on à considérer l'évolution dernière des arts de la terre, il est aisé de se convaincre quelle s’est trouvée réglée par des influences dont plusieurs valent d être rappelées au plus biel. Depuis quinze ans environ, les céramistes ont consacré lcui peine a la mise au joui de pièces flammées \ ils y étaient conduits par la laveur qu obtenaient chez nous les ouvrages de l'Extrême-Orient et aussi par le désir d'obvier à l insuflisance des décors linéaires. Sous 1 action du leu ou de 1 émail,

la matière se pare elle-même. La était 1 avantage, et la aussi le dnngei.

exposition universelle de 19

Sans doute, ce fut une période glorieuse, celle où les céramistes d'Europe rivalisèrent avec les maîtres de la Chine et du Japon, si longtemps réputés inégalables; il y eut, à côté de victoires éclatantes, de vrais services rendus, et la céramique architecturale ne lut pas sans tirer avantage de ce mode d'ornementation spontanée. Il releve, dira-t-on, de la science autant, si ce n'est plus, que de l’art, mais qu'importe si le savant se double d’un homme de goût (comme il est arrive pour M Alexandre Bigot)? et qui donc aujourd hui demeuic inditléient a la qualité précieuse ou rare d’une jaspure, d'une coulure, d'une cristallisation ? Nous devons à Chaplet, à Delaherche, à Carnes, d'inetfables joies, qu'il serait injuste d'oublier. Le dommage est seulement que tant d'autres aient suivi la même sente, en cédant aux conseils de l’esprit d’imitation bien plutôt qu'au commandement d'une vocation précise. Il est mauvais que l'effort de tous se confine dans une recherche exclusive et pareille; à ce compte, la production risque de s'immobiliser, de déchoir dans la plus désespérante monotonie. Peu à peu, on en était venu à tenir pour négligeable le galbe de la forme, l'ordonnance de la .composition. L'Exposition a témoigné d un salutaire désir de réaction contre cette propension fâcheuse. Entendez bien que le goût des flammés n'est point passé; il dominait encore dans les vitiines, en 1900, mais sans paralyser comme naguère l'essor des imaginations.

A cet égard, comme à bien d’autres d ailleurs, . la Manufacture nationale de Sèvres a fourni les plus édifiantes leçons. Elle doit son succès à l’indépendance d'un administrateur progressiste, M. Emile Baumgart, et au goût libre, novateur et sur de M. Sandier, diiccteur des travaux. Tout une révolution s'est accomplie dans notre établissement national. On se lamentait sur sa déchéance, on présageait sa fin. La voici connaissant à nouveau le lustre des jours de gloiie. D où \ ient, si ce n’est qu'un décret récent a émancipé la manufactuie en ne la réduisant plus aux seuls concours d'artistes-fonctionnaii es, mais en lui permettant de faire appel à tous les talents, d utiliseï toutes les initiatives? A Sèvres, pas plus qu'aux Gobelins ou à Béarnais, il n \ avait eu décadence dans la technique. On peut, on doit faiie lemontei à hier les essais qui ont abouti aux perfectionnements de la poicclaine dure ancienne, à la reconstitution de la pâte tendre et a la fabrication d'un grès pour l'architecture. D hier encore datent, poui prendre un exemple particulier, ces effets de cristallisation si caiac-

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téristiques et si fréquents dans la céramique contemporaine. Les anciens, les Japonais, ne les avaient pas ignorés; Lbelmen, de son côté, s’en était préoccupé; n’empêche que c’est à la Manufacture de Sèvres, puis à la Manufacture de Copenhague et à M. Alexandre Bigot, qu il appartint d'établir comment on pouvait reproduire dans l’émail, les cubes, les aiguilles, les arborescences fines et soyeuses du givre sur les vitres pendant le gel.

Si notables aient été les progrès de la fabrication, ils importent moins, à nos yeux, que ceux réalisés dans le choix des modèles et l'invention du décor.

En ce qui concerne les biscuits, il y a eu, à vraiment parler, poursuite intelligente de la tradition du xvmc siècle, grâce à des commandes heureuses (surtouts de MM. Frémiet,

Gardet, Chéret, Léonard — le Jeu de l'écharpe ,

— figurines et statuettes de MM. Rivière ,

Desbois), et grâce à la réduction d’ouvrages exposés avec éclat aux Salons annuels. On a rappelé, avec raison, que cette interprétation était jadis d’usage constant, et chacun sait que les marbres admirables de l’Institut, le Montesquieu de Clodion, le Racine de Boi/.ot, le La Fontaine de Julien, doivent au biscuit le meilleur de leur légitime popularité. 1 outefois, pour déterminer quelles sculptures peuvent

s’accommoder de cette version dans une autre matière, a une échelle différente, ce n’est pas trop d’une circonspection grande et d un tact très averti. La justesse du principe varie selon l’opportunité de ses applications, et je sais telle statue qui, par son sujet, sa facture, supporte assez mal ce traitement imprévu. Vous ne relèverez point de semblable défaillance parmi les pièces décorées; sans nier ni taire la réussite des objets à couvertes cristallisées, mates, ou de certains flambés, la prédilection va à une série de vases dont le thème ornemental s'emprunte à la flore, à la faune. Tout est à louer en eux ; le profil, la convenance de l'illustration à la forme, l'harmonie des tons, douce, discrète, qui répudie l’affadissement mièvre ou la morbidesse des paleuis

VA SK DÉCOR K RA R SI. I. A Si Eli RK (Manufacture nationale de Sèvres.)

excessives; rien que la gamme exquise des couleurs différenciera, aux veux de l'avenir, cette série glorieuse. Sur tut vase de M. Gibleux 1 usent, avec de souples inflexions, des branches de chrysanthèmes jaunes: de M Bicuville est la potiche où se tordent et s enchevêtrent des ramures supportant des gourdes de pèlerins; un feuillage de vigne vierge sepand et enserre les flancs d'une urne qui a M. Fournier pour auteur. Les préférences de M. Simon et de M. Lasserre les portent vers les décors pleins; ils aiment à juxtaposer les pétales en éventail et à les indiquer

par de simples aplats ; la dislinction s'allie chez eux à la robustesse; quantité d'autres ouvrages réclameraient d'étre cités pareillement; pris dans leur ensemble, ils s'accordent à proclamer un délinitil affranchissement des t ormules surannées, un désir de rénovation très sincère et admirablement satisfait.

La France éprouvait quelque orgueil à voir ainsi les destins s'accomplir et la Manufacture recouvrer sa prééminence dans l'art délicat de la .'porcelaine, auquel s'approprie si bien l'affinement de nos qualités foncières.

1 /importance de ces résultats apparaissait plus significative encore si l'on comparait à l'exposition de Sèvres celle des Manufactures royales de Berlin, de Dresde, où la technique se maintient, mais qui inclinent plutôt à recommencer le passé qu'à escompter le prestige de 1 inédit. La renaissance de Sèvres ne tardera pas à provoquer chez nos voisins d’outre-Rhin plus d'une réflexion utile, et ils s'instruiront encore à discerner par quelles voies la Manufacture royale de Copenhague est parvenue à progresser, à se développer sans arrêt. La tâche était rude après le triomphe de 1889, dont les ellets ne laissèrent pas d être considérables. Dans le voisinage du Danemark, en Suède par

VASE EN PORCELAINE DECOREE (Manufacture roxalc de Copenhague.)

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exemple, l’action exercée fut immédiate ; hors même de Scandinavie, on la vit s’étendre sur les pays germains, latins, devenir quasi-européenne.

L'histoire n’enregistrera pas sans étonnement l'exemple de cette petite manufacture déterminant une orientation nouvelle dans la fabrication de la porcelaine. A la suggestion du Japon, j'imagine, les artisans danois comprirent tout ce qui pouvait être espéré de l'observation directe, franche, de la nature et du milieu; ils regardèrent autour d'eux; ils s'inspirèrent du caractère particulier de leur pays ; en même temps, il se montrèrent conscients des lois spéciales de la porcelaine et jaloux de lui conserver sa transparence, en ne la parant que de nuances grises, bleuâtres, mauves, vagues, mourantes, éteintes, qui offrent au regard la volupté d'une caresse alanguie. Ils n'ont délaissé le répertoire des gammes attendries que lorsqu il s'est agi de pièces importantes destinées à être vues de loin : sur les vases, sur les plats, se retrouvaient les décors familiers d'un charme inoublié : la cote danoise avec de grands arbres courbés par l'ouragan, le défilé des cerfs et des biches par la forêt sombre, le repos des mouettes sur les récifs perdus dans la mer immense, le lent cheminement des chevaux de halage, ou tout uniment des poissons trans- ixtanuf; paraissant sous l'émail, une fleur, un arbre

dominant une cime. Ces thèmes valent par l'intimité, par la sincérité de l'artiste, qu'on sent toujours intéressé, ému presque; ils valent aussi par le soin apporté à une interprétation rationnelle qui se règle sur la forme de l’objet et les convenances de la matière.

C’est le mérite de M. Philipp Schou et de M. Arnold Krog de n’avoir pas toléré de dérogation à l'observance de ces principes pour cette curieuse série d animaux — qui constituait un des attraits nouveaux de l’exposition de la Manufacture, — et d'avoir veillé à ce que le modeleur, M. Linberg, s'interdît les formes ou les détails incompa-

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t i blés avec la couverte miroitante de la pièce une fois achevée. Mais c’eût été assez du service à marguerites pour affirmer par quelles créations la Manufacture royale de Copenhague entend soutenir le crédit d'admiration qui lui a été ouvert ; la fleur et l'insecte ont fourni les éléments du décor sobre, discret, tantôt peint, tantôt modelé. On ne saurait point imaginer d’invention plus moderne, ni plus exquise. Elle n’admet le

parallèle qu'avec le service de M. Lasserre, de la Manufacture de Sèvres, qu’avec celui de M. Th . Schmuz-Baudiss (des Ateliers réunis de Munich), ou celui de M. Wallander, de la fabrique suédoise de Rôrstrand. On s'abuse à vouloir rendre ce dernier établissement tributaire de la manufacture royale de Copenhague. Le seul lien commun est une égale préférence pour ces tonalités si attendries qu'elles rappellent des retlets sur la neige. Autrement, le moyen ornemental est dissemblable ; les ouvrages de Rôrstrand sont d'ordinaire agrémentés de reliefs qui semblent naître de la forme même et font corps avec elle: ainsi en va-t-il pour les vases aux cygnes, aux paons, aux pavots, aux feuilles de marronnier. C'est encore le principe de la décoration plastique que préconise M. l.-F. Willumsen, directeur des ateliers de MM. Ring et Grôndahl, à Copenhague. Sa conception d’art est tout à fait opposée à celle de M. Krog et les produits des deux manufactures danoises ne courent pas risque d être confondus. Loin de

VAS K KN PORCKI.AINK Dl.COKKIi (Mamilvidurc rovalc de ISizcnbur •.)

jouer avec la transparence de la matière, M. I.-F. Willumsen ne craint point de donner à celle-ci l'aspect de la faïence, tant il désire douer, a tout prix, son. art d'ampleur, de gravité mâle, austère ; pour y parvenir, il s’est trouvé amené à préférer le modelage à la peinture, et il use du bas-relief, des ajours ; il ceint ses vases de véritables compositions sculptées ( Automne , Parmi les rases , Croissance ), ou bien fait saillir et épanouir à leur surface une floraison touffue de roses trémières, de potentilles, de grenouillets, d’orchidées, de chèvre-feuille ou de pensées.

La manufacture de Rozenburg a aujourd'hui titre de Manufacture

La décoration et les industries d’art

royale ; par l'octroi de ce privilège, la reine des Pays-Bas a voulu reconnaître la gloire que ses premiers céramistes ont tait rejaillir sur le pays tout entier. Retenez que la fabrique dont il s agit est de londation récente, qu'elle a subi les fortunes et les infortunes les plus diverses.

que M. Jurian Kock préside à ses

Il v a six années à peine, depuis destinées, elle a donné des faïences coloriées sous émail d’un puissant intérêt; enfin, les porcelaines qui ont paru à LKxposition Universelle font placée d'emblée hors de pair.

11 v a eu révélation inattendue et apport de neuf intégral ; l’originalité est à la fois dans la matière, légère, diaphane, dans les silhouettes à profils imprévus, dans le décor, mi-naturaliste, mi-japonais, délicat et séduisant à l'extrême : il n'est plus constitué par un motif unique ou par une juxtaposition de motifs indépendants; toutes les parties en sont reliées entre elles de manière à jeter sur la pièce un réseau polychrome, dont les pleins et les vides s'ordonnancent, se répartissent en toute opportunité, selon le mouvement des formes.

Déjà les Salons avaient montré M. Thesmar, rehaussant la porcelaine tendre d'émaux sur paillons, sertis dans des cloisons d or ; les imitateurs ne lui ont pas manqué, mais il n'a point rencontré d égal. Autre fut l'ambition de M. Naudot : il s'est proposé de «fenestrer» la porcelaine, de la percer d’ajours vitres au moyen démaux translucides. Jusqu'ici, l'alchimie de son métier l'a préoccupé davantage que 1 harmonie des lignes et des couleurs ; mais la difficulté vaincue est considérable, la réussite technique complète, et il sied d y applaudir sans

VA SK i-:N PO RC B I. a INK D K CO Kl: K (Manufacture royale de RozentHirg.;

délai.

5oS

En protestant tout à l'heure contre un engouement restrictif, aveuglant, nous avons pris soin de tenir certains précurseurs hors de nos réserves. Par malheur, l'appréciation d'une pièce céramique exige une éducation spéciale et, entre deux flambés d'apparence semblable. le profane n'est point à même d'établir les différences nécessaires; sans quoi on eût reconnu des longtemps la prééminence à laquelle M. Chaplet a droit et que ses confrères, plus clairvoyants, lui accordent. Le loisir ne nous est pas laissé des longues théories. Rappelons pourtant que la qualité d'un flambé dépend de l'intérêt de sa coloration, de son aspect plus ou moins vitreux ; or, les flambés sur porcelaine de Al. Chaplet offrent un répertoire de nuances riches, graves ou précieuses et ils atteignent à la matité absolue. On les dirait pris dans une gemme, un silex ; leur aspect robuste et solide rappelle le grain de la pierre, les rugosités de la peau du serpent, les pores de l'écorce de l'orange ou du cédrat. L'habitude est plus répandue de flamber le grès que la porcelaine : MM. Dalpayrat, Jeanneney, Hoentschel, Milet, Pull. Wolff, Baudin, y réussissent à souhait; M. Delaherche y excelle; il se distingue par sa volonté de ne point se contenter des résultats acquis, par une convoitise de formes inédites, chez Al. Michel Cazin seul aussi vive. Al. Taxile Doat inaugure l'association du grès à la porcelaine et au biscuit; du contraste des luisants et des mats naissent des effets piquants. Rien ne sait éveiller l'intérêt et fortifier la sympathie comme la passion de la découverte, et c'est bien pourquoi la gloire de Al. Albert Dammouse nous est si chère. Point de matière qu'il n'ait traitée avec une compétence souveraine, point de mode qui lui ail fait perdre la notion du décor composé , point d'année où il ne se soit signalé par quelque création essentielle, comme ces vases en pâte d'émail, si vivement aimés et dont l’infinie séduction hantera longtemps encore le souvenir.

« Le progrès le plus remarqué de la céramique est certainement son application mieux comprise à la construction », est-il dit, dans le rapport officiel sur l’Exposition de 1889. Jusqu’alors, les architectes, Paul Sédille, MAI. Bouvard, Formigé, avaient fait appel à la terre cuite et à la faïence émaillée. L’emploi n’en est pas délaissé, témoin le pavillon de la Grèce, œuvre de Al. Lœbnitz, témoins aussi les ouvrages de MAI. Pilkington, Gilardoni et Utschneider (encore ALW. Utschneider ont-ils omis, à notre grand dépit, de soumettre le plus

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remarquable de leurs travaux, le revêtement pour salle de bains, de MM. Charpentier et Félix Aubertï. Pourtant, dans la décoration intérieure et extérieure des habitations, le grès tend à supplanter les autres matériaux. Le résultat est dû, pour beaucoup, à M. Alexandre Bigot. Je n’ignore rien de ce qui a été tenté, exécuté avant lui, en dehors de lui. La fontaine et le portique de la manufacture de Sèvres, la grotte de MM. Janin et Guérineau, me sont bien présents au souvenir. D'autre part, comment négliger M. Lmile Muller, dont l'importance s'atteste par l'abondance de la production, la variété des modèles, le choix des

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