‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 130 sur 135 · PAR MM. JANIN ET C.UÉRINKAU · texte numérisé non relu

PAR MM. JANIN ET C.UÉRINKAU

collaborateurs? Mais M. Alexandre Bigot possède l'indiscutable avantage de ses connaissances et de sa méthode, scientifique au premier chef. Dans sa personnalité se résument et se fondent celles du savant, de l’artiste et de l'industriel ; il a débuté par des expériences de laboratoire; il s'est distrait à la recherche des cristallisations, puis un jour il lui a paru qu’un but plus élevé pouvait être donné à son effort : il s'est tourné vers la céramique architecturale ; il promet pour demain des édifices à façades colorées, qui jetteront une note gaie dans la monotonie des maisons de pierre ; il songe à des logis ouvriers, dont les murs seraient faits de briques émaillées sur les deux laces, où l'intérieur clair reposerait le regard las du labeur. Qu on ne se récrie point. Nous ne nous égarons point dans le domaine du rêve et de l'utopie. Avec M. Alexandre Bigot, nous avons affaire à un esprit

net, précis, et qui saura poursuivre jusqu'au bout l'accomplissement de son dessein.

En France, tout au moins, la faïence n'a pas encore su rentrer en

grâce. La prévention qui existe à son endroit ressemble fort à du

mépris. Mettez à part M. Clément Massier, auteur de vases et de plats à

reflets métalliques, je ne vois que /

M. E tienne Moreau-Nélaton pour faire œuvre personnelle en continuant dignement une tradition familiale. On ne pourrait lui en savoir trop gré: il a dévoilé l'iniquité de nos dédains, il a pourvu de poésie champêtre les plus humbles poteries et su leur attribuer le charme simple et fort des créations populaires. Hors de nos frontières, chacun se dépense, souvent avec succès : à Carlsruhc. le professeur I.æuger s'est pris à modeler des carreaux de revêtement, des plaques de cheminée, une fontaine du meilleur goût ; à Pecs, MM. Zsolnay proposent des modèles d intérêt inégal, j'en conviens, mais dont plusieurs, à dessin cachemire. ont conquis tous les suffrages : à Délit, MM. 1 hooftet Labouchère tirent des ellets particuliers de décors gravés avant 1 application de l'émail (faïence •lacobaj ; en Amérique, les manufac-

tuics de Rockwood, de G rue, b y sont en plein développement; à .Moscou, M. Mamontov exécute des poêles, des garnitures de toilette dont .M . Golo\ ine a iourni les dessins et qui ont une allure à la fois somptueuse et bai baie, en Suède, la libre tantaisic de M. Wennerbcrg exerce sur la fabrique de Gustafsberg sa bienfaisante influence; il n'est pas jusqu'à la faïence de Thun (M. Hahn) qui ne tâche, elle aussi, de se libérer des formules désuètes.

Chaque matière contient en soi des éléments de beauté dont les prédestinés savent révéler le secret. M. Henri Cros avait demandé à la

LA DÉCORATION ET LES INDUSTRIES D'ART

pâte de verre d'exalter le style pompéien, chavannesque de ses sculptures ; M. Albert Dammouse et Al. Ringel d'IIlzach lui ont trouvé des applications autres, mais non moins passionnantes. C'était plaisir aussi de rencontrer les principaux artisans de la renaissance de l'émail peint : M. Alfred Aleyer, le premier en date, puis M. Grandhomme, puis M. Garnier et jusqu’aux nouveaux venus, MM. Georges Jean et Hirtz ;

M. Thesmar, restaurateur de l'émail translucide. réunissait à ses coupes fameuses une lampe des Mille et une Nuits, le plus parfait de ses ouvrages, sans contredit :

M. Feuillâtre donnait sa mesure dans une série capitale d'émaux sur argent qui devaient à ce métal le particularisme de leurs tons fondus, demi-voilés ; la surprise de l'inédit était enfin procurée par M. Heaton, de Neuchâtel, grâce à ses cloisonnés opaques, par M. Louis Tiffany, dont les émaux se revêtent des nuances spéciales à ses favrile glass.

Aussi bien la personnalité de M. Louis Tiffany est-elle parmi les plus importantes que l'Exposition ait révélées ; créateur d'émaux, de vitraux, de verreries, M. Louis Tiffany professe le culte ardent de la découverte. Hors M. Émile (Gai lé, personne n’a subi au même point l'outrage du plagiat. L'Exposition regorgeait d’imitations de favrile glass , répugnantes â l'égal des plus grossières parodies. On retrouve dans les originaux, obtenues par les vapeurs de métaux en fusion, les irisations de la verrerie antique, irisations opalines et mates, qui ne se peuvent comparer qu'à celles de la perle ; pour le décor, il est créé par la superposition, sur la matière incandescente, de parcelles de verre, différentes de nature, de couleur, qu'un second feu incorpore à la masse et qui, dans la suite, sous le souffle du verrier, prennent leur forme,

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PAU M. K MILE G Al.I.K

leur place définitive et réalisent l'ornementation telle que l'inventeur Va conçue. Ainsi, en vertu d'un calcul prémédité, Louis Tifîany put simuler les méandres des eaux, la fuite des nuages, les reflets argentins de la monnaie-du-pape, et même le plumage ocellé du paon, sans autre aide que celle du feu, en s’interdisant toute reprise, toute retouche, chaque pièce étant tenue pour terminée aussitôt refroidie.

Sa conception du vitrail est issue du même principe. L'opulence, l'intensité du ton lui paraissent avant tout désirables, dût-on, pour les acquérir, provoquer des irrégularités, des inégalités d'épaisseur, des froissements et des plissements de la pâte encore tiède et docile. Il répudie les rehauts et l'intervention du peintre. Le dessin s'exprime par la sertissure du plomb ou par les accidents du verre ; le résultat est plutôt un enchâssement de pseudo-gemmes à demi opaques qu'un vitrail, au sens où l'entendait notre Moyen âge ; mais de quoi servent ces parallèles, ces retours en arrière ? L'essentiel est de ne point mésuser de l'invention, de veiller â ce que ces verrières peu diaphanes reçoivent un emploi approprié.

Quant â nier la curiosité qu elles excitèrent chez les artisans dès leur apparition, vers 1 8q5 , nul n’y saurait songer après 1 expérience dernière. En somme, M. Louis 1 illany a repris et continué l'action exercée par Lafarge et, depuis 1 introduction en Europe des verres américains, l'art du vitrail n'a point cessé de se modifier; hors de nos frontières surtout, semble-t-il; la 1 rance ne se défend pas d user de ces importations, mais elle n'accepte pas qu on supprime l'office du peintre-verrier : la collaboration de M. Grasset et de M. Gaudin, de M. Besnard et de M. Carot. de M. L. Magne et de M. Leprévost, atteste la persistance de la tradition séculaire. D autres travaux de M. Laumonnerie, de M. J. Galland, de M. L. Largue, tendent à s en affranchir et je n'aurai garde d’omettre les étranges mosaïques vitrifiées de M. Tournel, de M. Pizzagalli, dont la

VASE en cristal, marqueté et gravé

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