‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 131 sur 135 · TA R M. ÉMILE GALLE · texte numérisé non relu

TA R M. ÉMILE GALLE

LA DECORATION ET LES INDUSTRIES D’ART

transparente diaprure étincelle etgaîment chatoie aux jeux de la lumière.

Quelle sera la destinée des fabriques de Venise le jour où elles renonceront à des copies sans gloire? M . Kœpping le présage avec scs

vases délicats et fragiles comme les Heurs, dont ils empruntent la ressemblance. Au lieu de s'hypnotiser dans une stérile adulation du passé, que les artistes des lagunes écoutent le maître lorrain, qui toujours plus généreusement se dépense et toujours plus triomphalement s'impose.

Entre tant de mérites par où M. (dallé a su nous conquérir, ce n'en est pas un des moindres, à coup sur, que sa haine des recommencements. Son pur génie, qui s'alimente aux sources vives de la nature, leur doit la verdeur d'une inspiration intarissable, sans cesse rajeunie. Il est, tout à la fois, l'embellisseur du home et le créateur de ces joyaux uniques dont ace est par avance marquée dans la Galerie d'Apollon. Hier, il s'instituait «lapidaire faussetier », créait à sa cuise des camées, des intailles; il lui a plu aujourd’hui de patiner le verre en soumettant la pâte maléable au contact des poussières sèches ou graisseuses : de là ces effets de brouillard, de brume, ces fonds neigeux, opacifiés, craquelés ; ou bien encore il s'est souvenu de ses mosaïques ligneuses, il a incrusté sur 1 épiderme de ses vases des fragments ensuite repris et gravés; el peut-être a-t-il atteint le degré suprême de sa maîtrise dans ces marqueteries, qui opposent la mâle puissance des reliefs au charme de nuances rompues, dégradées, délicates à miracle ?

Le temps n'est plus où nos voisins d’outre-.Manche tiraient seuls

1» O R T 1ÈRE DK M M . CORN1LL E F R K R E S (COMPOSITION DE M1’” R A U L T . )

vanité de leurs papiers peints et où il n était de tentuies enviables que celles venues de Londres. L’Allemagne et la France livrent un rude assaut à la vieille suprématie dont l'Angleterre était redevable à ses meilleurs artistes; elle n'a pas perdu l'habitude de les mettre à contribution. et les plus remarquables modèles soumis par Al. Jellrey avaient pour auteurs MM. Walter Crâne ou Heywood Suniner, M. Levis Day ou M. Stephen Webb. L'avertissement ne devait pas échapper à \] Schutz, de Dessau; il s'est tourné vers les décorateurs réputés de son pays, et non en vain : le succès a répondu éclatant, immédiat. Encore qu'ils aient apporté moins de hâte, les fabricants de b rance peuvent se féliciter d’avoir sollicité le concours de M. Ruepp, de M. Coutv, de M. Bigaux; la production s’est diversifiée; le penchant se dénonce pour les nuances tendres, pour les larges Irises développant l'alternance de leurs motifs sous les corniches, dans la partie de la paroi trop élevée pour recevoir aucune décoration mobile; parfois encore, la tenture se plaît, avec Al. Heaton, Al. Préaubcrt, à revêtir les apparences du cuir ou de l’étoffe pelucheuse.

Qu'il s'agisse de papiers peints, de tissus, de tapis, de broderies ou de dentelles, toujours le nom de AL Félix Aubert reviendra sous notre plume avec le même sentiment de gratitude. La renaissance décorative à laquelle nous assistons n'a pas compté de servant plus actif ni plus utile. Sa stylisation de la plante est claire sans sécheresse, élégante sans redondance. Combien on doit déplorer qu'un si considérable effort se soit trouvé disséminé, que la faculté n'ait pas été laissée de l'embrasser dans son entier! 11 eût fait beau mettre en parallèle avec les cretonnes de Turnbull celles dont Al. Félix Aubert a conçu le dessin pour MM. Scheurer et Lauth ; en dehors de lui, la rénovation du tissu imprimé se poursuivait, à Lyon chez Al. Duplan, à Rouen chez Al. Besselièvre. On a fait grand honneur à M. Besselièvre de son exposition, et en toute justice : elle est d'une infaillibilité de goût absolue dans son abondante variété. A Paris et à La Haye, Al. Jolly-Sauvage et Al. Unterxvick établissaient, par des exemples péremptoires, à quels effets amusants ou riches prête la peu coûteuse décoration au pochoir. Quant à nos étoffes d'ameublement tissées, leur histoire fut celle des papiers peints anglais, et l'origine de leur commune fortune s'attribue à des raisons identiques; les manufacturiers ont renoncé â n'utiliser que les dessinateurs spéciaux; ils requièrent l'intervention et l'aide des

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artistes : M. Yanoutryve s'est adressé à Al. Aubert; AL Leclercq à Al. Grasset; Ai. Le Borgne à Al. Karbowsky; AI. Saurel à .MAL Couty, Verneuil, Latenav, Gillet; MAL Cornille à AI. Sandier. à Ml,e Rault; de AL Colonna et de AL de heure sont les tissus édités par IM Art nou-

I K N I H K K DU ROI SIlilRD A C U N S T A S T I X O I» I. li TAPISSERIE DE Mmo R RIDA HANSEN, D'APRES M. (1ER A H D M I N T II E

veau ». Le succès de AI Al. Cornille est particulièrement méritoire, car plus la matière augmente de prix, plus s'accroît aussi la crainte de s'évader des sentiers battus; tandis que Crefeld honnit tout pastiche et que Al. Warner soutient le renom des faiseurs anglais, les fabricants de Lyon, réfractaires à tout progrès, ressassent le passé sans merci. De tissus modernes, je n'en découvre guère que chez AI AL Chatel et Tassinari,

exposition universelle de iqoo

chez M. Henry, chez M.Chavent; celui-là s'est souvenu, par aventure, qu'une école des Beaux-Arts existait dans sa ville, et, d'après deux compositions d’élèves, il a exécuté un velours et une soierie qui sont bien, à not rc sentiment, les plus i nteressan tes ci eations de 1 ex posi t ion 1} on n aise. I. 'esprit des Stéphanois est plus ouvert, moins asservi à la routine. L’aiguillon de la concurrence les stimule davantage; ils savent que la nouveauté tant maudite est la condition cl existence de la îubanneiic, ils v visent de leur mieux. Places dans la penombic ou on les distinguait mal, les façonnés et les brochés fleuris de MM. Marcoux- Chât eau neuf, Brossy-Balouzet, Béraud, Troyet, Forest, n'ont pas obtenu l’attention souhaitable, et l'effort d'une cité importante est presque passé inaperçu. Il est pourtant essentiel, comme tout ce qui touche la parure féminine, et peut-être est-ce la collectivité de la Couture qui a valu à notre goût sa consécration la plus éclatante. On ne s'est pas acquitté en célébrant ceux auxquels il échut de trouver d’inégalables bonheurs de coupe pour exalter la grâce et l’élégance. 11 sied aussi de ne pas taire les collaborateurs qui favorisèrent le luxe de ces ajustements par une coopération précieuse, et ma pensée va, en cet instant, a M. René Schiller, le Lalique de la passementerie, à M. Piel, à M. Charles, à M. Mercier. De l’union de tous ces concours et de l'ingéniosité à les discipliner est faite la gloire de la couture française.

L’Autriche et la Hollande, l’Allemagne et la Russie, se satisfont en produisant des tapis épais, moelleux, à la façon de Smyrne. Leur prix vient de la qualité et de la hauteur de la laine, de l'agrément de la couleur. L’ornementation en est volontairement rudimentaire. Chez nous, au rebours, M. Jorrand met son honneur à embellir par le décor la plus humble moquette, et je citerai aussi pour mémoire les ouvrages d’exception dont les Gobelins et Aubusson s’honorent d'avoir demandé les cartons à M. René Binet et à M. Félix Aubert.

Avec un administrateur de la compétence de M. J .-J. Guilfrey, tout peut être espéré des Gobelins et la destinée heureuse de la manufacture de Sèvres leur semble promise. La présence de tapisseries exécutées d'après Gustave Moreau, d’après Jules Chéret, est bien pour confirmer ces présomptions. De quoi dépend l'avenir des Gobelins, si ce n’est du choix des modèles, de leur intérêt d'art et de leur convenance aux lois d une technique spéciale ? Mais ces lois ne sont pas si compli-

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quées que nul ne s’y puisse initier ou que le secret en soit à jamais perdu, comme l'avancent certains pessimistes. A plus forte raison n’est-on pas fondé à décréter la tapisserie un art disparu, impossible à faire revivre.

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EXÉCUTÉ: d’après une composition de l’école des arts décoratifs de vienne

Pour s'inscrire en faux contre ce témoignage, il suffit des interprétations de William Morris d’après Burne-Jones, et des passionnants ouvrages venus de Scherrebek, de Stockholm, de Christiania. Qui veut les goûter doit tenir compte des différences de latitude, de conception, de métier, et s'imposer d'oublier les imitations de tableaux, familières à notre regard, dont se sont rendus trop lontemps coupables nos ateliers nationaux ;

niais, Ja liberté du jugement une fois recouvrée, le chai me de lé\ocation s’insinuait en nous et, à regarder la Danse de Salomè ou l 'Entrée du Roi Sigurd à Constantinople , comme à entendre conter Peau d'àne , plus d'un prit un plaisir extrême.

C’est une sympathie de même ordre que commandent les broderies du Village russe, et les broderies hongroises, roumaines, serbes, qui possèdent au même degré un caractère franchement populanc, souvent 1 niai. Le temps et l’affinement des civilisations ont éloigné, dirait-on, la broderie de son but originel, et devant certaines vitrines du Japon la perfection du travail finissait par retenir davantage que l'invention elle-même. En France, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, une réaction s'est produite ; on s'efforce de redevenir naïf et de reconquérir la simplicité perdue. Par elle l’ouvrage à la main se distingue du produit mécanique. Un lieu commun rend aujourd’hui la machine responsable de toutes les décadences et lui dénie tous les avantages. Il y a quelque excès et même quelque ingénuité dans cette réprobation. Instrument docile et précis, la machine vaut selon l’emploi qui en est tait. Lui propose-t-on quelque modèle digne, elle saura le répéter, le répandre ; il lui est ainsi donné de seconder bienfaisamment la propagation du beau, et voici, pour le prouver, les nappages d'Autriche, les dentelles de Plauen, les reliures américaines en toile imprimée, les rideaux et les tulles de M. Warrée, de M. Deleutre, de MM. David et Adhémar, de M. Fischer.

L'objet de haut luxe requiert, cela va de soi, le façonnage délicat des doigts, l'exercice du libre arbitre, l’éveil d'une volonté qui dans chaque détail s'accuse, et quand nous admirions aux Invalides les absolus chefs-

d’œuvre que sont les cols et les éventails exécutés sur les dessins de

l'Ecole des Arts décoratifs de Vienne, c'était toujours en songeant à la petite dentellière de Vermecr, penchée sur son labeur et s’y absorbant tout entière, avec un recueillement grave, religieux presque.

Se souvient-on des risées, des colères qui accueillirent à leur apparition les reliures mosaïquées de Prouvé, de Martin, de Wiener ? elles firent scandale au point de provoquer l’excommunication majeure sous forme d’une protestation corporative. Le principe ornemental n était pas, à tout prendre, très dissemblable de celui que l’on préconise à Copenhague, capitale de la bibliophilie. La Société danoise du Livre exerce là-bas, sur la typographie et la reliure, une action prépondérante, dont 1 équivalence ne ne rencontre dans aucun pays et qui favorise, pour

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notre joie, la libre expansion de l'originalité septentrionale. L'Angleterre ne connaît ni ces libertés, ni ces audaces; elle ne se départit jamais d’une certaine froideur qui ne messied pas à la sobriété de ses décors, tantôt repoussés, tantôt dorés au petit fer, mais toujours conçus dans un style particulier et bien moderne (reliures de Bath et d'Oxford). Hormis

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