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LES PAVILLONS DU CHAMP-DE-MARS ET DU TROC A D K H

E" Mivam la rive ëauche de la Seine, on rencontre, en amont du

pont d'iéna, le pavillon de la Marine de

commerce, en aval le pavillon

ARCHITECTURE

des Forêts. Si, extérieurement, la construction ne s'accuse que par les formes indécises d’un revêtement de plâtre, la charpente intérieure, qui porte une tribune continue à hauteur du quai, autour d’un hall central montant de fond, depuis la berge de la Seine, réalise une disposition très décorative et très favorable à l’exposition d'ouvrages de grande dimension, sans que nulle part la vue soit arrêtée.

Le pont d'Iéna met en communication les pavillons des industries diverses, groupés au Champ-de-Mars autour d'un jardin central, et les pavillons desColonies, étagés sur les pentes du Trocadéro. Comme en 1 889, le soubassement de la tour de trois cents mètres forme le gigantesque portail des jardins du Champ-de-Mars, fermés au fond par un Château d'eau, œuvre de M. Raulin. Ce Château d'eau est certainement, réserve faite pour l'emploi du plâtre, le meilleur morceau d'architecture décorative exécuté dans cette partie de l'Exposition. L'artiste, élevant, par gradation savante, le bassin et les vasques de son Château d’eau, développant, pour le meilleur effet des projections lumineuses, les gerbes d'eau au-dessus des dalles de verre qui émaillent le fond des bassins, adoucissant par des rampes en pente douce la silhouette extérieure du soubassement, a créé de puissantes oppositions entre ces bassins étendus en longueur et la grande niche verticale couverte en coupole, d’où l'eau tombe en cascade jusqu'aux vasques de la terrasse.

Il a su montrer que l’emploi du plâtre ou du staff n'est pas inconciliable avec la loi des contrastes qui s'impose à toute création artistique. Il a su rendre sensible la grandeur de sa coupole, en la divisant par des fuseaux d'ornements ajourés, en distribuant les formes souples de la sculpture à l'entrée d'une grotte d'où l’eau s'échappe en bouillonnant. Enfin, pour donner à l’arc principal toute sa valeur, il a laissé presque nus les pieds-droits qui la supportent et a traité simplement les portiques latéraux qui flanquent le Château d'eau et le relient aux galeries de l'Exposition.

11 ne semble pas que le pignon, ajouré comme une dentelle, qui

s'élève en arrière, marquant l'emplacement de la salle de l'Electricité qui précède la Salle des fêtes, soit utile â l’effet du Château d’eau. On agrand’peine, d'ailleurs, à retrouver la fameuse Galerie de trente mètres, tant appréciée en 1889, dans le dédale des constructions de toutes sortes qui l'encombrent. La Salle des fêtes de M. Raulin, si habilement décorée qu'elle soit, n'est qu'un immense cartonnage, dont la stabilité, dépen-

dant de l'ossature même de la grande galerie, n est pas suffisamment sensible, et dont les communications avec les galeries latérales semblent bien étranglées. Signalons cependant une tiou\ aille . celle du grand escalier droit faisant face à la tribune officielle, et dont Y effet, au jour de l’inauguration, était vraiment saisissant.

Dans la disposition générale du Champ-de-Mars, on ne paraît pas s’être préoccupé, contrairement à ce qui avait été tait en 1889, d établir, autrement que par le plan, un groupement symétrique des galeries. Ces galeries ont été distribuées à différents architectes, et chacun d'eux a traité sa façade à sa guise.

M. Hermant, chargé des bâtiments affectés au Génie civil et aux Moyens de transport, a fait un emploi un peu timide peut-être du fer apparent, portant, sur des eolonnettes de fonte reliées par des poutrelles en tôle ajourée, les balcons en fer qui divisent les arcades de sa galerie extérieure. Les piliers de ces arcades sont ornés par des figures de hautrelief symbolisant les ouvriers des dilîerents métiers, et la sculpture y semble bien un peu à l'étroit. Lue jolie frise de ligures en relief sur fond verdâtre forme le couronnement du bâtiment; elle est abritée sous une corniche saillante, que soutiennent des modillons ornés. Il v a dans ce pavillon du Génie civil une étude harmonieuse des détails qu'on aimerait à rencontrer plus souvent dans les constructions provisoires de l'Exposition.

Le pavillon des 1 issus, qui lui tait lace, est aussi d'assez bonne tournure, bien que certains détails, notamment ceux des dômes, accusent des défauts d échelle déjà signalés dans les pavillons de l'Esplanade des In\alides. 11 semble qu’à force de chercher la grandeur on en ait été parfois embarrassé. Certains motifs de décoration peinte semblent perdus dans de grandes surfaces inoccupées, tant il est vrai que la grandeur réelle peut ne pas être apparente, si l'échelle des proportions relatives n est pas observée.

Je n ai que peu de choses à dire des constructions groupées de part et d autre de la Tour Eiffel : Palais du Costume, Club Alpin, Palais de la Femme, 1 alais de 1 Optique, etc. Cependant, les constructions de bc is qui entourent le panorama du 1 our du Monde, et notamment la tour japonaise, sont des œuvres d'art dignes d'êtres signalées.

Les pavillons des colonies sont plus intéressants par les objets qu'ils renlerment que par leur architecture, qui, s'il s'agit du Soudan ou du

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Dahomey, n'est peut-être pas très caractérisée. Nous avions eu la rue du Caire en 1S89; nous avons des rues tunisiennes et algériennes qui sollicitent les visiteurs par des attractions de même genre.

Je ne connais pas assez l'architecture de l’Indo-Chine et du Cambodge pour garantir l'exactitude des restitutions qui nous sont présentées, mais le décor des portiques et des salles est fort brillant et s’harmonise bien avec les œuvres d’une civilisation qu'il est intéressant de connaître et qui confine à celle de l'Inde. Le temple souterrain est d'une beauté majestueuse et puissante qui surprend.

Les pavillons des colonies anglaises n'ont, extérieurement, rien qui retienne l'attention. Au contraire, les deux pavillons des Indes néerlandaises, avec leur décor polychrome de bois, avec leurs pignons ornés de métal ajouré et appuyant des combles aigus, sont d'aspect très original et séduisant. Entre les deux s’élève une gracieuse reproduction par le moulage du temple de Chaudri-Sari. à Java, œuvre exquise aux proportions délicates et bien choisie pour nous initier à une époque d'art à peine connue. Les murs, intérieurement, reproduisent l'ornementation des temples de Bôurouboudour, de Prembanam et de Chaudri-Seivoie.

Le pavillon de l'Asie russe n'a pas été présenté avec moins de talent; l’inclinaison du terrain a été utilisée avec une réelle habileté, et les salles où sont exposées les fourrures et les étoiles sont parfaitement agencées.

Il est assurément impossible, dans une revue aussi rapide, de donner autre chose qu'un aperçu des constructions qui, bordant la Seine de la place de la Concorde jusqu'au delà du Trocadéro, ont fait, pour les Parisiens, aussi émerveillés que les étrangers, un nouveau Paris. D ailleurs, une Exposition est plus intéressante par les objets exposés que par les bâtiments qui contiennent ces objets. A cet égard, on peut être assuré que, dans toutes les branches de l'industrie humaine,

1 Exposition de 1900 est la manifestation éclatante d’un réveil artistique qu’on pouvait à peine espérer il y a vingt ans.

Parcourez toutes les classes réunies à l’Esplanade des Invalides : qu il s agisse de la joaillerie, de l'orfèvrerie, de l'horlogerie, des papiers peints, du bronze, des vitraux, de la tapisserie, du mobilier, de la céramique, partout vous constaterez des progrès inouïs, aussi bien dans les œuvres de 1 industrie privée que dans les travaux de nos manu-

exposition universelle de 1900

factures nationales, décriées hier encore, de Sèvres et des Gobelins.

Or qu'est donc, s il vous plaît, cette ienaissance de 1 dit dnns les divers métiers, sinon la renaissance de l'architecture, qui les comprend tous reprenant peu a peu sa place dans la société moderne, taisant enfin œuvre de vie, renouvelant les formes pour chaque matière et se préparant ainsi à dépouiller le vieux moule archéologique qui a si longtemps immobilisé notre art et dont la néfaste influence est encore apparente dans le décor des constructions provisoires a 1 Imposition ? Ce réveil du sentiment artistique dans les divers métiers est assurément de bon augure et contribuera, j en suis convaincu, à révolution prochaine de l'architecture française.

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