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J. CORN K L Y

Promenade à l’Exposition

arrêt devant quelques spectacles opinions.

Au mois d'avril, l’Exposition était seulement inaugurée, à peine ouverte, et pendant une partie du mois de mai nombre de quartiers de la ville nouvelle restèrent encore à l'état provisoire. Aujourd'hui, tout est terminé, toutes les galeries, tous les pavillons sont accessibles au public. On peut accomplir une promenade d'ensemble sans se heurter à un tas de eravats

ou à une porte close. Ce sera l’occasion, non pas d’un dénombrement complet, ni d'une étude des sections qui ressortissent aux beauxarts et qui seront parcourues et étudiées ici en détail, mais d'un et de la mise au noint de quelques

Faut-il inscrire ici, enfermer dans un alinéa, comme on scelle des pièces de monnaies sous la première pierre d'une construction, quelques-uns des noms de ceux qui ont contribué à édifier l'Exposition? Donc, M. Émile Loubet étant président de la République française, M. Waldeck-Rousseau président du Conseil des ministres, M. Alexandre Millerand ministre du Commerce, M. Georges Leygues ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, avec M. Henry Roujon direc-

leur des Beaux-Arts, M. Pierre Baudin ministre des Travaux publics, après d’autres présidents et ministres qui avaient assisté à l'éclosion et au développement de l'idée, l'œuvre fut achevée sous la direction de M. Alfred Picard, commissaire général, de M. Delaunay-Belleville, directeur général de Lexploitation, de M. Stéphane Dcrvillé, directeur général adjoint, de M. Bouvard, directeur des services d’architecture, de M. Grisou, directeur des finances, de M. Henri Chardon, secrétaire général. Et il serait injuste de ne pas ajouter à cette liste tout au moins M. Émile Molinier, organisateur de l’Exposition rétrospective du Petit Palais, et M. Roger Marx, organisateur de la Centennale du Grand Palais, tous deux représentants et interprètes de commissions dont l'énumération et la composition très étendues ne peuvent figurer dans ces pages.

Pour la place occupée par les Beaux-Arts à 1 Exposition de 1900, elle est surtout définie par la nomenclature du groupe IL classes 7 à 10, qui se subdivisent en peintures, cartons, dessins, aquarelles, pastels, gravures à l'eau-forte, au burin, à la pointe sèche, lithographies, architecture, sculpture. gravure en médailles et sur pierres fines. Mais il est trop évident que la présentation est ainsi incomplète, et qu'il faut se reporter tout d'abord au groupe XII. classe 66 à 7?. qui comprend la Décoration et le mobilier des édifices publics et des habitations , c'est-à-dire les décorations fixes en marbre, la sculpture monumentale, la ferronnerie, la serrurerie, la mosaïque, la céramique, le vitrail, le papier peint, le cuir, les meubles, les tapis, les tapisseries, les étoilés d'ameublement, les cristaux et les verreries, les appareils d'éclairage, etc. Ce n est pas tout. Le groupe XIII, classe 76 à 85, qui réunit les Fils, 1 issus et I éléments, doit être également parcouru. De même que le groupe XV, classe 92 a 101, consacré aux Industries diverses, parmi lesquelles 1 orfèvrerie, la joaillerie, la bijouterie, le bronze, la fonte, la ferronnerie d art. Et voici encore, si nous remontons la liste, le broupe \ III. classes q3 a 48 : Horticulture et Arboriculture , où doit sc faire 1 etude d’un art aussi important que l’architecture, avec lequel, à Mai dire, il sc confond : 1 art des parcs et des jardins. Et laisserons-nous coté le &ioupe III, classes 1 1 à 28 : Instruments et procédés généraux

letti es, des sciences et des arts, parmi lesquels sont classés la typographie, les impressions diverses, la photographie, la librairie, la reliure, affiche, les instruments de musique, l'art théâtral ? Enfin, est-il possible

PBRSPBCTIVK DU PONT AI. KX A N DR K III K T DK l'eSPLANADE DK S INVALIDES

Cliché Xeurdcin frères

de négliger le groupe I, classes 1 à 6 : Éducation et Enseignement, qui comprend tout naturellement renseignement artistique ?

Le plan, on le voit, est vaste, l'étude doit se disséminer, le promeneur doit courir des deux Palais aux Invalides, du Champ-de-Mars au Trocadéro, et, chemin faisant, explorer les deux berges de la Seine. Car tout n’a pas été dit en suivant les indications du programme officiel : il reste les pavillons des Nations, où l'on trouve, avec des expositions de produits modernes, des expositions rétrospectives, comme celles de l'Allemagne, nous faisant les honneurs de la collection française de Frédéric le Grand, — de l'Angleterre, exposant avec un goût parlait, dans un intérieur savamment aménagé, scs maîtres du xvm ‘ siècle et du commencement du xi\c siècle, — de la Hongrie, étalant d'un bel orgueil les trophées et les trésors de son passé, — de l’Fspagne, qui nous montre sans contredit, je crois, les œuvres les plus belles, les plus émouvantes de l'Exposition, ces tapisseries flamandes qui ont arraché à tout le monde le même ci 1 d admiration, — du Cambodge et des Indes néerlandaises, où les moulages de statues et de bas-reliefs sont de la plus pure, de la plus ingénue beauté sculpturale, — du Japon, qui nous révèle génércureusement les œuvres inconnues jusqu a présent de l'Europe et cachées, même là-bas, avec un soin jaloux... L'art est partout, on le voit, et il faut le chercher et le découvrir partout.

Au premier moment, à peine l'inauguration faite, nombre de jugements lurent durement défavorables, et la ville de plâtre, préparée pendant quatre ans pour une durée de six mois, fut proclamée d'une exeemton intérieure en regard de l'œuvre de ,889. On ne retrouvait pas a nouveauté et la hardiesse des constructions de fer d'il v a on/e ans C était un recul, une reprise offensive de l'architecture déstvle composite un mélangé de grec, de Louis XV, de Louis XVI et d'Art nouveau, este a mon avis, quelque chose de motivé de ce premier jugement

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par te commencement, entrons par la porte.

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Cliché Xeurdein frères.

La porte principale, c'est la porte Binet, surmontée du malencontreux mannequin de La Parisienne. Je n'ai pas à m’y arrêter pour décrire et juger l'architecture, je n'ai qu’à me préoccuper des entours, qu’à dire l’allée ombreuse du Cours-la-Reine, peuplée de statues, colorée et parfumée de fleurs. Il est une autre entrée à l’Exposition, proche la place de la Concorde, que l'on a bien fait, par contre, de ne pas surcharger d’un arc monumental. C'est l'entrée des Champs-Elysées. E'inconvénient aurait été grand de cacher la perspective de la large voie Nicolas II, tracée entre le Grand et le Petit Palais, du pont Alexandre III, de l'avenue qui aboutit aux Invalides. Là où il y a maintenant ce grand espace vide fut autrefois — on peut dire autrefois — le Palais de l'Industrie. Jusqu'au dernier instant, presque jusqu'au jour de l'inauguration, on a vu à cette place la grande porte du monument de 1 85 5 , flanquée de deux fragments de l’ancien corps de bâtiment. C'était une ruine, une carcasse, qui semblait survivre à quelque scène de désolation, ville prise d'assaut, tremblement de terre, incendie. Derrière, une poussière que l'on pouvait prendre pour de la fumée, une agitation d'hommes et de chevaux, des palais blancs qui s'élevaient, un mouvement hâtif, un aspect de décor de théâtre. Cette carcasse branlante, maintenue debout, du Palais de l'Industrie, ces palais neufs qui paraissaient s'édifier au coup de sifflet d'un régisseur, c’était le provisoire de 1 855 faisant place, après un demisiecle. au definitif de 1900. Cette vieille porte, par laquelle avaient défilé tant d espoirs, tant de gloires, tant de misères, tant de personnages en représentation, c'était elle qui donnait accès à l’Exposition nouvelle, a 1 Exposition suprême, la dernière du xix° siècle.

Lorsqu elle lut abattue, ce qu'on aperçut tout d'abord de nouveau, d inattendu, de magnifique, dans l’écart des deux bâtiments neufs, — ce fut le ciel, l'étendue de l'éther, l'air fluide, infini, où volent les ourdes escadres des nuées, où passent et se dissolvent des fragments de nuages, comme des voiles blanches et roses qui se perdraient à l'horizon. Nous aurons là, désormais, de merveilleux mirages, des appariions e terres lointaines, de continents baignés d'eau féerique, d’îles

Inc'."? v'err0nS, d£S Ch6VaUX b'anCS b0ndir dans l’écume, des nais- :ü Pt \ deS CharS traînés Par des tritons, escortés de sirènes,

velure do^ ^ T' *?’ S°n C°''ps dc marbre à demi voilé sous sa che-

P be ,e : r ' N°US VCrr°nS ^ CC — voudrons, la

Plus belle fantasmagone de formes, le plus beau dessin qui soit, dense,

VUE SUR I. K TROCADERO, PRIS K D K LA TOUR El I- U E I

Cliché Ncurdein frères

délié, toujours défait et sans cesse se recomposant en images nouvelles.

Sous ce ciel, après le mois d'octobre, le spectacle changera encore. Les deux palais nouveaux resteront, et le pont, et les jardins, les pelouses, les massifs de fleurs. Mais, sur la rive gauche, toutes les constructions plâtreuses s'effondreront, et l'on verra apparaître en son entier la belle ligne des Invalides, la façade sombre, la haute porte, la lueur d'or du dôme. Tout le monde se promet une fête des yeux ce jour-là, et tout le monde a sûrement raison. Paris a possédé cette beauté avant la construction du Palais de l'Industrie, au temps du carré Alarigny. Il va la recouvrer, et c'est justice. La conception architecturale actuelle s'annonce donc comme supérieure à celle qui vient de disparaître, car c est un grand art que celui de la perspective, qui ménage les points de vue et compose les paysages.

Des palais neufs je ne dirai rien, sinon que l'opinion se montre décidément rebelle à la construction incohérente du Grand Palais, tandis qu'elle a compris et admis d’emblée la disposition, d'ailleurs fort claire, qui lait de l'intérieur du Petit Palais un musée modèle. Pour le style de ces édifices nouveaux, destinés â durer, l'examen en a été confié ici a AI. Lucien Magne, comme 1 examen de toutes les constructions éphémères qui peuvent renseigner sur le goût d'une race, l'esprit d'une nation, le talent d un artiste. De même, je contourne les sujets qui seront traités en détail par nos savants collaborateurs. Ce sont MM. Audi é Michel, Georges Lalenestre, Léonce Bénédite, Maurice Tourneux, qui étudient les peintures, les dessins et les aquarelles de la Centennale et de la Décennale. C est AI. Eugène Guillaume qui s'est chargé de dresser le bilan de la sculpture. La gravure est le lot de AI AI. Hédiard, Auguste Maiguillier et Raymond Bouyer. La médaille est attribuée à AI. Charles Saunier. L Exposition rétrospective de l'Art français aura pour commentateurs MAI. Salomon Reinach, Émile Mobilier, Frantz Marcou. Les Aits industriels relèvent de AI. Roger Marx dans leur ensern-

sans que ceitaines études spéciales soient pour cela négligées : c'est ainsi que les armes et les armures seront étudiées par AL Maurice Aïaindron, la tapisserie et les tissus par AI. J. -J. Guiffrey. L'art oriental a etc confie à M. H. Cordier, l'art japonais à M. E. Hovelaque, l’exposition rétrospective de la Hongrie à M. de Radisics, l’exposition rétrospective du pavillon de la Ville de Paris à AI. le baron Roger Portalis.

PARC El PALAIS DU CIIAM P-DE-JIARS VUS DE I.A TOUR EIFFEL

Cliché Neurdoin frères.

exposition universelle de 19™

Ouc reste-t-il, après ces sujets énumérés:' Il ne îcstc nen, et il teste tout. 11 reste le décor, 1 atmosphère, la foule, il teste 1 espi ît géuei «.il cpii Hotte à travers et au-dessus de tout ceint il reste 1 opinion que chacun doit sc faire ou. si 1 on veut, le résumé a extiaire d un tel amoncellement d'aspects disparates, plaisants ou choquants, pittoresques au total. Il reste l'impalpable, l'invisible, la force universelle qui a mis toutes ces activités en mouvement et en ordre.

L’Exposition universelle est certainement une magnifique mise en scène des productions d'art et de science du xix° siècle. Tout ce qui est visible ou perceptible d'une façon quelconque par les sens, tout ce qui peut être vu, entendu, touché, nous apparaît là. des deux Palais à 1 Esplanade des Invalides, et du Trocadéro au Champ-de-Mars, en un classement bariolé et amusant, qui est à la fois le résumé d'une époque et de l'univers.

Le commerce aligne ses boutiques, l'industrie expose ses produits. Les architectures développent leurs lignes, renseignent sur les goûts, sur les mœurs, sur les organisations sociales, par la disposition et l'ornementation des palais, des temples, des maisons, des cabanes. Les machines fonctionnent dans les immenses galeries équilibrées et grandioses, plus spacieuses et plus élevées que les nefs des plus gigantesques cathédrales. L’art de tous les temps resplendit sous les vitrines en objets précieux, orne les murailles de tapisseries aux harmonies grandioses et sereines, inscrit dans les cadres des pays délicieux et des ligures pensives qui fixent la vie d un moment. Et l’énorme foule, \enuc de partout, passe devant tout, circule, s'arrête, parle, rit, admire, songe. C est un tableau d humanité, une sorte de marché fabuleux, où

toutes les nations font échange, où toutes les denrées de l'utilité et de 1 intelligence ont cours.

L Exposition unEeisclle est-elle ainsi complète: Certains répondront non, croiront demander l'impossible aux organisateurs et aux commissaires, les sommant d'exposer les choses de l'esprit, de mettre dans les vitrines, aux murailles, dans les cadres — les idées.

Ces idées, — elles y sont.

Elles y sont pour tout homme qui s'avise de penser à elles, pour

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