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LES TAPISSERIES

Rarement aussi belle occasion s'est présentée comme cette année de suivre le développement de l'art textile appliqué à la décoration des appartements. Toutes les phases de l'histoire de la tapisserie, depuis ses débuts au xiv° siècle jusqu’à la fin du xixc, sont à l'Exposition universelle sous les yeux des visiteurs. On peut donc étudier à loisir les vicissitudes de cette industrie magnifique et tirer de ces observations les lois essentielles de cet art spécial. C'est le but que nous nous proposons dans les pages suivantes.

La distribution même des tentures exposées dans trois emplacements bien distincts dictera la division de notre travail. En eflet, tout ce qui se rapporte aux origines, au xivc ou au xv° siècle, est groupé dans le Petit Palais des Champs-Elysées; les pièces qui marquent l'apogée de Part sont réunies, à peu d’exceptions près, dans le pavillon de l'Espagne; enfin, les bâtiments de l’Esplanade des Invalides, affectés au mobilier et à l'art décoratif, ont reçu les productions les plus récentes de nos tapissiers contemporains.

Cette simple vue d’ensemble laisse apercevoir déjà certaines lacunes. Le xvnc et le xvme siècle français ne sont pas représentés comme ils mériteraient à coup sûr de l'être. Mais ce sont les époques les plus connues et pour lesquelles il est le plus facile de suppléer par le souvenir aux vides de l'exhibition actuelle. Les tapisseries tiennent beaucoup de place ; aussi ne peut-on jamais en montrer en même temps qu'un nombre restreint, et arrive-t-il presque toujours que leurs dimensions encombrantes les font sacrifier à des objets tout aussi précieux, mais de taille

plus modeste. C'est le sort ordinaire des vastes tentures d’être traitées comme des accessoires secondaires, quand elles ne sont pas de qualité tout à fait exceptionnelle.

Pilles n'échappent pas encore, cette fois, à la fatalité de leur destinée, et, de plus, on ne voit pas toujours de façon suffisante celles qu'on a réunies dans le Petit Palais. C'est bien fâcheux, car on ne retrouvera pas de longtemps une pareille réunion de monuments de cette importance sur les origines et le développement de ce bel art essentiellement national.

Presque toutes les tapisseries du Moven âge groupées aux Champs- Elysées ont été exécutées en France par des ouvriers français, d'après des artistes de notre pays, et ce n'est pas là leur moindre intérêt. Ces trois fragments de la tenture de Y Apocalypse, appartenant à la cathédrale d’Angers, ont un état civil parfaitement en règle. Grâce aux recherches de MM. Louis de Farcy et Arthur Giry, complétées par nos découvertes, rien de ce qui les concerne n est resté dans 1 ombre. Commandée par le duc Louis d Anjou, frère du roi Charles \ , la suite de I Apocalypse fut dessinée par un peintre de la cour de France, Hennequin ou Jean de Ci uges, d api ès un superbe manuscrit a miniatures appartenant au roi. M. Léopold Delisle va bientôt publier, sur les diverses familles de manusciits cm ichis de scènes de 1 Apocalypse, une étude où sera résumé le lésultat de longues années de recherches et d’observations. Certains de ces manusci its a miniatures présentent des scènes en concordance parfaite avec la tapisserie. Nous assistons ainsi, en quelque sorte, aux opérations successives préparant 1 élaboration de la tenture. On s’occupe d abord de trouver des compositions arrêtées, surtout quand ii s’agit de scelles aussi complexes que celles des visions de saint Jean. Une fois le piet fixé, un peintre est chargé de reproduire, à la grandeur définitive, es compositions dont la miniature offre en quelque sorte l’esquisse. Ce modèle ou carton se fait en général, on le sait par des textes précis, sur de grands draps de toile, où les peintres tracent le trait des figures, rehausse ensuite de couleurs ù l’eau. Les opérations préparatoires passaient alors exactement parles mêmes phases quaujourd’hui. Ces toiles

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