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ans plus tôt, au temps de cette sage et vaillante école de David... » L1 « inventeur d un tel tableau » était bien un inventeur, en effet, si, comme écrit Poussin, « inventer dans un art, c'est penser — et sentir — dans cet art ». Certes, Gros, Géricault, Watteau même, et, par delà,
l. E I> E I N T R K G R A N E T , P A R I N G R E S I S O ~ Musée d’Aix.
Rubens et Véronèse eurent leur part d'influence dans l'œuvre de Delacroix; mais rien ne ressemble moins à des plagiats que ses emprunts plus ou moins réfléchis; quelques réminiscences qu’on y [puisse relever, son art est bien à lui. Rendre dans la peinture à « la couleur » ses droits et son importance; abolir les consignes impératives des maîtres qui, depuis vingt-cinq ans, avaient imposé la théorie de l'idéal gris; faire de la couleur réhabilitée non plus seulement un plaisir des yeux, mais un moven
d’expression pour les passions de l'âme, de la pauvre âme moderne, inquiète et endolorie; rendre la peinture plus « musicale » ; pressentir, révéler les affinités, mystérieuses mais certaines, en vertu desquelles les besoins de l’œil et de l'oreille se sont développés et compliqués dans le même temps, 'dans le même sens, selon les mêmes lois de notre sensibilité: faire passer dans l'art « des frissons nouveaux » par la combinaison ou la décomposition des tons, le rythme et les accords des vibrations lumineuses et des molécules colorées comme d’autres par les combinaisons et modulations des ondes sonores, — voilà la grande découverte d’un Delacroix et ce qui lui assure une place glorieuse dans l’histoire de l’art. Quand il se chamaillait avec Chopin, chez. George Sand, sur la ligne et la couleur, ils ne se doutaient pas qu’ils étaient, au tond, d accord comme deux complices.
C’est là ce qu’on pourrait appeler la partie durable de son lyrisme : car de ce qu'il emprunta au théâtre, au roman et au drame anglais il faut relire dans son Journal ses impressions de théâtre et les notes de peintre qu’il en rapportait) tout n'est pas resté également persuasif. Kn dépit de quelques trouvailles de génie (et l'on en citerait beaucoup dans la série de ses peintures religieuses, depuis le petit Bon Saniaritain exposé au Grand Palais jusqu'à la Pietà de Saint-Denis du Saint-Sacrement), on est plus étonné qu'ému de la gesticulation effrénée où s'agitent les héros du drame romantique tel qu'il l'évoqua dans la fièvre de son cerveau et de son imagination, pourtant avide d'harmonies plus sereines... J'ai essayé de montrer ailleurs comment lui-même avait cherché 1 apaisement dans ses études de fleurs, qui ravissaient Georges Sand d’enthousiasme, et dans cette expatriation momentanée qu'il s imposa, comme une cure d'air, pour aller demander à l'Orient « les bleus forts de son ciel et ses demi-teintes molles ». On retrouve le souvenir charmant et comme ensoleillé de ses heures de grand délassement dans la Nature morte et le Coin d’atelier prêtés à la Centennale
par MM. Moreau-Nélatôn et H. Rouart. Quant à ce qu’il put rapporter d Orient, si ce n était que Y orientalisme, « ce changement d'air essayé par des gens pas très bien portants ». comme disait joliment Fromentin, il ne faudrait pas lui en savoir gré. Mais, pour cette génération qui ne s était évadée du classicisme que pour se jeter dans une exaltation littéraiie et romanesque, loin de 1 humble réalité, ces voyages lointains sous des climats nouveaux, ce dépaysement et ce contact avec des mœurs,
L'EXPOSITION CENTEX NALE
des formes et des costumes pittoresques qui n'étaient pas des déguisements, eurent du moins cet avantage de les ramener par le plus long à