‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 68 sur 135 · EDMOND ABOUT · texte numérisé non relu

EDMOND ABOUT

ries Beaux Ar! r.

Imp A Clement Paris

L’EXPOSITION CENTENNALE

fécond qu’aucun peintre ait jamais laissé pour l'enchantement des yeux et l'apaisement du cœur des pauvres hommes.

J’ai eu à parler ici-même de J. -F. Millet. Comment le peintre du

LA CATHÉDRALE DE CHARTRES, PAR COROT (Collection Morcau-Nélaton.)

Portrait d'un officier de marine et des Étoiles devint le peintre de F Homme à la houe et de la Femme faisant manger son enfant , il est superflu de le raconter de nouveau aujourd'hui. 11 faut seulement insister sur l'importance, au point de vue du paysage, d'œuvres comme ces admirables pastels et notamment des Meules par un temps de neige dans la plaine de Barbizon, et, au point de vue de l'art humain qui doit

i:\posrno n u n i v k r s k l l H d k 1900

être celui de notre temps, de ces scènes de la vie des paysans... Le çrand enseignement que nous lui devons, c'est d'avoir montré la beauté des gestes vrais qui ne sont pas des attitudes d'atelier exceptionnelles et conventionnelles, des gestes habituels et tamilieis, mais cai actei istiqucs et significatifs. I ne mère qui donne a mangei a son enfant, une ménagère qui prépare le repas, un laboureur qui pousse la charrue, un semeur qui jette le grain au sillon, un paysan qui greffe un arbre, pioche la terre, un père qui de ses deux bras ouverts encourage et protège les premiers pas de son enfant..., voilà certes des spectacles bien humbles. Mais qu’est-ce après tour, sinon les gestes primitifs, éternels, essentiels qui sont comme à la source même de la vie et, si 1 on peut dire, dans le olan divin de la Création :

J. -F. Millet nous a introduits dans le « réalisme », mais par la grande porte. Courbet, philosophe improvisé, « concluant à la négation de l'idéal et de tout ce qui s’ensuit », prétendant apporter au monde <■ la dernière expression » delà philosophie et de Part, y pénétrait par la plus petite et s’y enfermait bruyamment avec quelques amis, l el est pourtant l'empire des mots, que c'est sur son nom que se livra la grande bataille qui, au déclin du romantisme, mit en rumeur les ateliers et les critiques d'art... L'histoire s'affranchira de la terminologie inventée et subie par les esthéticiens, créés, semble-t-il. par un décret spécial d une divinité ironique, pour embrouiller les questions et noyer dans le galimatias de leurs théories les artistes assez faibles ou assez imprudents pour venir leur demander conseil ; elle ne retiendra les mots et les étiquettes que les partisans des écoles rivales se sont tour à tour jetés à la tête que pour montrer ce qu'il y eut d'étroit, d’arbitraire et d'inintelligent dans cet abus des définitions sommaires et violentes. Elle montrera, en particulier, que ce « Réalisme » et cet « Idéalisme » qui, comme Ormuzd et Ahriman dans la théologie de Zoroastre, se disputent l’empire du monde et que l’on opposa l’un à l'autre comme une hérésie à une orthodoxie, se concilient par la force des choses en toute oeuvre d’art éminente si nous y retrouvons, avec la nature, l'impression, l’idée, l'émotion de l’homme qui l’a interprétée...

Courbet a tout à gagner à ce qu’on néglige en lui le « penseur » pour

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