‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 76 sur 135 · ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ARLEQUIN

! Statue en bronze de M.K.de Saint -Marc eaux, i

Canette des ücaex-Arts.

tap-ASalmon Parts.

L'EXPO SI TI O N G E N T E N N A L E

avec un naturel si parfait, que le plus souvent, sur les mannequins, les plis restaient en place sans le secours des épingles dont on se sert généralement pour les fixer. Duret connaissait, aussi, parfaitement la théorie des formes du corps humain avec leurs galbes caractéristiques et leur accentuation : théorie fondée sur un savoir anatomique inattaquable. Aussi était-il un professeur admirable, raisonnant sur chaque chose avec une convaincante autorité. Mais les idées n’étaient pas tournées de ce côté : réussir au Salon était ce que bon recherchait avant tout.

Parmi les belles statues de ce temps, il faut citer Y Odalisque , la Phryné , la Poésie légère de Pradier, la Pénélope de Cavelier et quelques études remarquables envoyées de la Villa Médicis, telles que le Faune dansant de Lequcsne, Y Adam de Perraud et le Faune au chevreau de G umer y. Saluons aussi le Guillaume le Taciturne, du comtede Nieuwerkerke et le superbe Emmanuel-Philibert du baron Marochetti qui fut exposé à Paris. En somme, les artistes ne cherchaient plus à faire des dieux, ou, s’il y pensaient, c’était pour s’adresser à des divinités secondaires. Mais, le plus souvent, ils s'efforcaient de voir leur sujet dans un modèle et ils copiaient ce modèle en songeant sans cesse à ce qu’il représentait pour eux. C’était un idéalisme limité. Le plus vif et aussi Je plus bruyant succès d’alors fut celui qu’obtint Clésinger lorsqu'il exposa la Femme piquée par un serpent. Clésinger avait fait un long séjour en Italie et il y avait acquis beaucoup de talent. Sa dextérité était extrême et il avait donné à son marbre une animation extraordinaire. Ce qui en rendait l’aspect surprenant, c'était non seulement la souplesse de tout le corps, mais la possibilité que semblait avoir ce corps de modifier son attitude. Cela était vraiment sensible à cause de la flexibilité des attaches et de certains détails de l’épiderme, qui faisaient concevoir l'idée que les chairs seraient capables de se déplacer sans faire éclater la peau. C'était’ la vie même, une vie intense et passionnée dont les critiques s'émurent en sens divers, les uns admirant sans réserve, les autres se trouvant scandalisés.

Parallèlement à ce mouvement demi-naturaliste, 1 école historique ne restait pas inoccupée. Je ne sais ce que pensera l’avenir du grand déploiement de savoir et d’habileté que nécessita la restauration de nos monuments nationaux. Sans doute, c'était un devoir patriotique d'empêcher la ruine d’édifices témoins de notre histoire. Ces travaux de

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restitution et de consolidation tirent honneur à nos architectes, mais servirent moins bien nos statuaires. Il y eut de ce côté une déperdition énorme de talent. On reprochait à l’école classique de reproduire servilement l’antique et on trouvait juste de pousser les artistes à faire des pastiches du Moyen âge et de la Renaissance. Que de dons personnels furent absorbés par ces imitations! Que d’œuvres devinrent anonymes, à raison même de leur parfaite similitude avec des originaux sans nom!... Mais cela, nous l’avons souvent entendu redire; il nous suffit de le rappeler.

Au milieu de ces aspirations et de ces divisions qui amoindrissaient nos forces, nous allions faire des pertes difficiles à réparer : Pradier, Rude et David d’Angers devaient bientôt nous être ravis. Quels deuils pour la sculpture ! Pradier et David étaient du même âge; ils avaient eu le prix de Rome à deux années d'intervalle; ils étaient devenus célèbres en même temps. On aimait â les comparer et même â les opposer l'un â l'autre. Ils étaient, disait-on. les deux termes d'une antithèse. Il est vrai que peu d’artistes contemporains ont été aussi dissemblables. Sentiments, manière de voir et d'interpréter la nature et jusqu'au travail de l'argile, du plâtre et du marbre, tout était chez eux entièrement ditférent. David, animé de passions politiques et humanitaires, recherchait les sujets dans lesquels il pouvait affirmer ses convictions. Pradier, amoureux de la forme et surtout de la forme féminine, se plaisait à la faire valoir dans des ouvrages pleins de charme. Tous deux ont exécuté des travaux de premier ordre. Cependant Pradier n'a jamais été chargé d'une œuvre aussi considérable que le fronton du Panthéon. Il avait fait pour la Madeleine une esquisse qui promettait beaucoup : la disposition en était belle et convenait à son talent. Un autre projet eut la préférence. Mais les Renommées de l'arc de l'Étoile et les Victoires du tombeau de Napoléon montrent qu'il était aussi un grand décorateur. David s'entendait parfaitement à composer une statue. Donnée imprévue, quoique toujours bien équilibrée, silhouettes vives et claires sous tous les aspects, telles étaient les qualités matérielles de ses figures, remarquables, avant tout, par leur caractère individuel et par une certaine prédilection de 1 auteur pour le costume moderne. Sous ces divers rapports, Pradier ne lui était pas inférieur : le Jean-Jacques Rousseau qui est à Genève peut être rapproché du l'aima du Théâtre-Français et du Racine de La herté-Milon, et le Comte de Beaujolais , si touchant dans son élégant

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