L’EXPOSITIO N C E N T E N N A LE
uniforme, soutient la comparaison avec l'austère Gourion Saint-Cyr .
Enfin, on peut dire que dans le petit Bava , dans la Jeune fille grecque au tombeau de Bot{aris , et même dans Y Enfant à la grappe , David n’a pas mis l'agrément si abondamment répandu par Pradier sur le Cyparisse , sur le Duc d'Orléans et sur YAtalante, sujets à peu près du même ordre. Restent les portraits. Ah! David a fait des bustes superbes. Phrénologue parfois exagéré, il a merveilleusement construit la tète humaine et a su donner au regard une expression profonde. Mais n'oublions pas, de son émule, un Louis XVIII , un Cuvier et le marbre à' Auber, un de ses derniers ouvrages dont le succès fut éclatant. Des médaillons du maître angevin ont été réunis au Louvre. Ils forment une collection importante au point de vue de l'iconographie et d'un art très particulier : quelquesuns sont admirables. Comment n'a-t-on pas eu l'idée de rassembler dans notre musée les statuettes de Pradier. chefs-d'œuvre de délicatesse, dans lesquelles à l'heureuse invention s’ajoute l'étude la plus fine de la nature !
Au fond, ces rivaux procédaient d'après les mêmes principes. Ils avaient le même goût pour ce que l’on nommait alors le style, c'est-à-dire un égal amour de l'antiquité. Qu’on regarde les trois figures qui occupent, au Panthéon, le milieu du fronton : elles sont dignes des anciens; cependant elles ne soutirent pas du voisinage de tous les personnages modernes qui sont autour d'elles. Comme à la fontaine de Nîmes, œuvre de Pradier, l'allégorie apparaît humanisée et la réalité relevée par l'amplification monumentale. Pradier et David, plus rapprochés qu'on ne croit par la théorie, difieraient surtout par la technique. Le premier modelait la glaise avec une délicatesse infinie, travaillait le plâtre et le marbre en perfection, était un talent précieux. Le second, plus heurté, attaquait la matière plastique avec des outils dentelés dont la trace restait visible principalement sur le bronze, reproduction fidèle du modèle original. Cela donnait à ses ouvrages une sorte de coloration qui les faisait aussitôt reconnaître. Pradier mourut en 1 8 5 2 , David en 1 856, et Rude, dans sa force et au lendemain de son dernier triomphe à l'Exposition Universelle de 1855,, était emporté par un coup soudain.
Ap rès de si grandes pertes, et alors que les artistes n'avaient d’autre ambition que de se distinguer au Salon, il ne faut pas s'étonner qu'à l’occasion de la première Exposition Universelle, qui s'ouvrit à Londres
en 1 85 1 et des travaux considérables entrepris bientôt après, nous nous soyons aperçus que notre sculpture n'était ni décorative, ni monumentale. Le cri d'alarme de M. de Laborde semblait ne s'adresser qu'à nos industries, mais c'était un appel à notre école entière. Cet avertissement mémorable fut d'abord entendu par les ornemanistes, et, dans le nombre, il faut rappeler le nom de Gai lieux. Puis il encouragea Barbedienne à populariser les chefs-d'œuvre incontestés de la statuaire en les introduisant dans les ameublements. Knfin, et surtout, il lit pressentir la réorganisation de l’Lcole des Beaux-Arts, accomplie en 1 863.
A cette date, nous avions déjà pu constater notre insuffisance. Lorsque l’empereur Napoléon III résolut d'achever le Louvre, nos sculpteurs se trouvèrent insuffisamment préparés à ce grand travail : il me semble qu’on peut s'en convaincre encore. Au magnifique palais construit par Lefuel, il n'y a pas assez d'œuvres qui attirent les regards et retiennent l'attention. Les artistes étaient en faute, fin général, les contemporains trouvaient que les frontons manquaient de masse et d'autorité. Ils faisaient exception pour celui de Yillain, qui montre, avec la préoccupation d’un sujet, de la fermeté et de la richesse. Ils se plaignaient que, sur les galeries, il faillit quelque temps pour démêler, parmi beaucoup de personnages de peu de caractère, le Montaigne de Soi toux et le Mansard de Perraud. Les figures de Diébolt. au guichet de Rohan, méritaient, disaient-ils, de n être pas oubliées, non plus que quelque œil-de-bœuf... C était aller trop loin. Certainement, prise en totalité, la décoration a peu d’éclat; mais, dans cet ensemble, il y a pourtant de beaux ouvrages : c'est le couronnement du pavillon de flore, signé de Carpeaux; ce sont surtout les groupes de Barye placés au premier étage des grands pavillons. Par malheur, on ne les voit pas facilement. Les rares personnes qui avaient pu les admirer de près souhaitaient ardemment qu on trouvât le moyen de les mettre sous les yeux. Ce désir est aujourd hui satislait : le monument élevé à Barye vers la pointe de 1 île Saint-Louis réalise en partie ce vœu légitime. On peut juger enfin ces compositions si originales dans lesquelles le génie du maître est véritablement résumé. Ce sont des allégories; conçues en dehois de toute tradition et de toute formule, elles atteignent cependant a la plus haute signification. Que dire de l'exécution ? On sait comment piocédait le maître, avec quel scrupule il établissait ses figures. Par leur stiuctuie, les hommes et les animaux réunis dans ces groupes témoi-
L’EXPOsrrroN centennale
gnent d’un naturalisme savant qui, soutenu par l'amplification sculpturale, arrive, sans aucun ressouvenir de l'antique, à la puissance, au style le plus élevé. Il y a là, sans contredit, un art nouveau, fondé sur