I. A R 0 C II E J A Q U E L E I N , PAR F A I. G U I È R E
quoi donc consiste une décadence ? N’est-ce pas dans un effacement croissant du sentiment de l'art et dans l'abaissement de l'exécution ? Ces deux conditions ne se séparent pas. Elles ont quelque chose de fatal, et c'est leur caractère d'annoncer la barbarie. Or, s'il est vrai qu'il n'y a dans les faits que ce qu'il y a dans les idées, comment arrive-t-il que la pratique soit aujourd'hui si remarquable ? Elle s’affine au lieu de déchoir : nulle part elle ne tombe dans le métier. Mais, comme je l’ai dit, l'esprit se recueille et se tient prêt. En attendant l'occasion, il entretient ses forces ; il perfectionne ses moyens d'expression en se rendant de plus en plus maître de la technique. La main est exercée; l’habileté est grande, et le temps n'est plus où l'on pouvait dire d'un artiste qu’il n'avait pas le talent de son génie.
A l'Exposition, la sculpture présentait un spectacle fortifiant. Quoique l’espace lui eût manqué et que les plus belles œuvres n'eussent pas été dignement présentées, on peut affirmer qu'elle a honoré le siècle qui finit et fait augurer favorablement de celui qui va commencer. Surtout elle a démontré la sincérité absolue de toutes les générations de sculpteurs qui se sont succédé depuis cent ans. (fa été la glorification de leur conscience d artistes. Leur art, au commencement du siècle, était comme enfermé dans une convention rigide. Il s'en est graduellement affranchi ; la vie lui est revenue avec plus de liberté dans les études. David d Angers, Pradier, Barye et Rude ont aimé l'art et passionnément la nature. M. Paul Dubois, M. Mercié et Falguière l'ont serrée de plus près. Maître lui-même, Chapu a servi de lien entre ces deux groupes illustres. En réalité, notre école, animée d'un sentiment idéal immanent, n a cessé de marcher dans sa voie. Soutenue et dirigée par une préoccupation constante, elle semble avoir eu pour devise : toujours et toujours plus de vérité !