‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 83 sur 135 · GRAVURE SUR BOIS · texte numérisé non relu

GRAVURE SUR BOIS

La gravure sur bois a eu, dans ce siècle, son évolution totale. Renaissante avec Brévière dès i8i5, mais plus encore avec Porret, gravant, en 182g, la vignette de Tony Johannot pour le titre de La Mode , le bois ne tardait pas à s'emparer du livre, son véritable domaine. Gigoux a raconté comment, pressé de travail par les éditeurs du Gil Blas , il « simplifiait ses compositions le plus possible, épargnait les ombres tant qu'il pouvait, afin d'éviter des peines mal rétribuées aux graveurs » ; faut-il croire que ces considérations économiques ont eu pour résultat de fixer la formule de la vignette romantique ? La chose est possible. En tout cas, ni les illustrateurs d'alors, Johannot, Decamps, Raffet, jusqu'à Eugène Lami et Meissonier, ni leurs graveurs André w- Best-Leloir — ce trio — Brévière, Porret, Caqué, Lavieille, Piaud, l’admirable Lavoignat, ne s’en sont écartés. Cette formule, d’ailleurs

EXPOSITION UNIVERSELLE DE igoo

était excellement adaptée au texte typographique; l'étudier, c’est étudier à la fois le livre et l'illustration. On n'a qu'à parcourir ces volumes fameux : Les Sept châteaux du Roi de Bohème , le Molière et le Don Quichotte de Johannot, le GH Blas de Gigoux, V Ane mort de Bourdin, le Paul et Virginie de Curmer, le Béranger de Perrotin, le Journal de l'Expédition des Portes de fer de Ralïet, les Contes Rémois , de Meissonier, pour constater l'accord parfait de la gravure, du texte et de l'esprit de l'illustration. Je dis l'esprit , car ces vignettes sont, avant tout, spirituelles dans leur facture, dans leur dessin, dans leur intention. Le jour où l'on voulut autre chose, où l'on songea à distraire un peu moins et à émouvoir un peu plus, on fut amené à changer de manière. Doré fut l'instrument de cette transformation. Débarrassé de la préoccupation d'épargner du travail aux graveurs, il jeta à pleins pinceaux ses compositions in-folio, couvrant le bois d'un Iax is expéditif, que scs collaborateurs furent bien obligés d'interpréter. Stéphane Pannemacker et Pisan introduisirent la teinte dans la gravure sur bois. Ils filèrent la taille aussi amoureusement qu'un buriniste de l'ancienne école. On peut contester l’utilité pour le livre de cette conquête du métier; elle n’en a pas moins sauvé la gravure sur bois d'une déchéance quasi certaine. Quand une formule touche à son terme, les regrets ne sont que le tribut louable d'une justice posthume. Qui pouvait sauver la gravure sur bois au moment où l’eau-forte la chassait du livre? La gravure en tons, qui, par son aspect non romantique, permettait encore la lutte et qui. grâce à une souplesse sans limites, allait trouver un débouché dans la reproduction des tableaux du Salon. Le bois allait faire de l'estampe 1

Ltait-ce bien là sa fonction ? Les questions de légitimité sont toujours délicates à résoudre. Il y a une tendance, aujourd'hui, à répondre non, catégoriquement. Pourtant, il est bien difficile de refuser à un procédé le droit d'aller jusqu'01'1 il peut; il est dans sa nature qu'il progresse, qu il croisse. La vignette romantique était charmante, mais n était-elle pas toujours un peu la même ? Croit-on qu’un siècle tout entier, avec ses quatre générations, s'en lut contenté ? C’eût été vouer le livre à 1 immobilité, et mieux vaut encore l’erreur que la stagnation. D autant plus que, de tout temps, on a cherché à assouplir la gravure sur bois, alors même qu'on la travaillait sur bois de fil. On sait maintenant que certains bois de Durer, de Holbein, ceux des Heures de Simon

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