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LA LITHOGRAPHIE

Quand de Lasteyrie, en 1 8 1 6, eut vulgarisé en France le procédé récemment découvert en Allemagne par Senefelder, et pour lequel, dès 1802, André avait pris un brevet, ce fut une véritable fièvre. Tout le monde se mit à faire de la lithographie : les princes, la bourgeoisie, les artistes, et l'on mania le crayon lithographique presque aussi fréquemment que maintenant on manie la chambre noire et le collodion. Puis, ce beau feu se ralentit. La lithographie se concentra et ne fut plus que ce qu’elle devait être, un procédé d’art pour les artistes. C'est alors que commence ce qu'on peut appeler la belle époque. Aux tons gris et uniformes de Bergeret, de Lejeune et de Denon se substitue la gamme des valeurs qui vont du noir profond et soutenu aux gris argentins et légers, et la lithographie, dès lors, revêt tout son caractère. Elle est employée, d'une part, par les peintres, qui s’en servent comme « d'un carnet de poche »; d'autre part, par les lithographes originaux proprement dits; en troisième lieu, par les lithographes de reproduction.

Faut-il citer des noms ? Ils abondent dans chaque genre. C'est,

parmi les peintres, Prud’hon, pour la grâce de qui cet art gracieux semble particulièrement inventé, lithographiant L Enfant au chien ; c'est Bonington, qui promène à travers la France son crayon délicat et son âme éprise de pittoresque; c'est Géricault, avec des Boxeurs aux muscles saillants, d'un réalisme fort peu davidien; c'est Carie et Horace Vernet ; c’est Roqueplan ; c'est Delacroix, qui, dans la suite de Faust et dans d'autres pièces, se montre extraordinairement coloré et vigoureux; c'est Dupré, dont l'œuvre, composé de sept planches, est d'une qualité incomparable; c’est Huet, dont les douze pièces des Paysages sont autant de chefs-d'œuvre; c'est Bonhommé et ses forges, Louis Boulanger et son farouche romantisme, Ingres, Coiot, Biesdin, ce bohème; Roilly, Barye, Charles Jacque, dont les lithographies ont des vigueurs d'eau-forte ; Chassériau, qui créa une merveille, la Vénus Anadyomène ; Decamps, Hervier, avec ses masures et scs barques; Théodore Leblanc, que M. Béraldi tira de l'oubli; Manet, pour qui la pierre lithographique tut bien un « carnet de croquis », comme, d ailleurs, l’avait été le cuivre et le vernis; Tassaert, etc.

Parmi ceux qui s'adonnèrent plus spécialement à la lithographie originale, il faut citer de très grands noms : Charlet, dont le J oltigeur et le Carabinier tirent époque et marquèrent la limite du procédé dans la puissance ; Célestin Nanteuil, qui fut surtout lithographe quand le romantisme eut passé et qui se répandit dans une foule de couvertures de romances, aujourd'hui recherchées; Guillot, Vigneron, de Lasteyric, les portraitistes du Calicot ; T ravies, l'inventeur de Mayeux; Monnier, le père de Joseph Prudhomme ; Philippon, le parrain de Robert Macaire ; Lami, qui sut voir un xixe siècle chatoyant et aristocratique; Gavarni, non point « poète des chloroses», comme le prétend Baudelaire, mais peintre de mœurs et moraliste de bonne frappe, dont les légendes lapidaires ont préparé les voies à Forain, au demeurant une grande figure ; Raffet, le géant ; Daumier, l'énorme : deux sommets, l’épopée et la satire : Raffet crayonnant « les héros d une Iliade qu'Homère n’inventerait pas », Daumier, peignant 1 humanité dans ses laideurs morales et physiques, puissant toujours, tragique parfois, comme dans la Rue Transnonain et le Fantôme de Ne y devant le Luxembourg. Raffet n'a point laissé d’héritier, faute d'un Napoléon ; Daumier nous a laissé Degas. Est-ce tout ? Il faudrait encore citer les autres collaborateurs de Philippon à la Caricature et au Charivari : Granville,

L’EXPOSITION CENTENNALE

Bouquet, Pigal, Decamps, Desperet, puis Devéria, dont l'œuvre abondant a une distinction et un charme particuliers qui faisaient dire a Gigoux, bon lithographe lui aussi : « Un quelque chose de plus, et ce

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