‹ Les Beaux-arts et les arts décoratifsChapitre 98 sur 135 · I. ’ A V JJ V G L E , 1* A H M. I. A E U M A N S · texte numérisé non relu

I. ’ A V JJ V G L E , 1* A H M. I. A E U M A N S

(Appartient à M . Wacdemon.)

apparaît calme, paisible, recueilli, souriant même et presque joyeux.

Sous la forme purement réaliste, nous voyons, ici, de petites Eplucheuses de pommes de terre, en robe rouge, dans un intérieur de campagne, silencieuses et attentives à leur simple ouvrage; la, des h. eu) cuses, tiois gamines en costumes néerlandais, assises sur

herbe et giavement occupées a récurer des pots de lait en fer blanc ou en cuivre.

Quant à la forme allégorique, que M. Frédéric a, on peut le dire, rétablie avec autorité dans 1 art belge, elle est représentée par une \ sition assez cxtraoi dinaire, Le Ruisseau , sorte de poème en trois I es. de s} mphonie exaltée, devant la splendeur et la fécondité de la

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nature et de la vie, qui se rattache, non point à son inspiration populaire, à laquelle nous devons les Ages de l'ouvrier , mais à une face panthéiste de son esprit, déjà manifestée dans certains ouvrages connus, tels que La Nature.

Ce caractère de réalisme fortement expressif, qui distingue le

AMITIÉ, PAH M. JET I.EiîMPOELS

nouvel essor de l'art belge, se marque d'une façon très intense chez un artiste qui apparaît pour la première fois dans nos expositions, M. Lacrmans. Son art, inspiré de Breughel le vieux, mais avec quelque chose de tendu, de volontaire, de violent et de tragique, n’est pas exempt toujours d’exagérations, qui atteignent parfois la limite de la caricature. Ce sont, dans Y Aveugle ou dans Y Ivrogne , des silhouettes vigoureuses, se découpant brusquement sur de larges paysages tristes, en des scènes un peu brutales, mais qu'on n'oublie pas. Il faut croire que le fond de cette race de bons buveurs n’est pas porté précisément à la

gaîté. Les vieux restes d'esprit mystique et moralisateur du Moyen âge semblent être remontés de nos jours par-dessus toutes les fumées joyeuses des orgies débordantes des Rubens et des Jordaens.

Ce n'est pas M. Del ville qui nous contredirait, bien qu'il soit, lui aussi, un Flamand revenu d'Italie, — mais non pas, certes, à la façon de Jordaens ou de Rubens. Comme son contemporain M. Frédéric, il a surtout vécu près des savoureux quattrocentisti de Florence, qui étaient à la fois des naturalistes si aigus et des poètes si expressifs. Le premier s'est tourné de préférence vers Botticelli ; le second a pris pour conseil le fier Lippi aux formes élégantes et hautaines. 11 est bien, lui, à proprement parler, un mystique, comme il l'affirme, plus encore que dans sa rare et noble composition de 1898, L 'Ecole de Platon . qu'on n'a pas oubliée, dans ce dessin austère de Y Amour des âmes, où deux figures enlacées montent dans un beau rythme décoratif à travers les Ilots de l'éther.

Nous ne voudrions oublier ni l'exposition de M. Khnopff, dans un goût également de magie et d'occultisme, mais avec un talent qui ne manque ni de science ni de distinction ; ni le regretté Fvenepocl, élève de Gustave Moreau, qui procédait de Carpaccio et des Fspagnols, et

s'annoncait comme un chaud coloriste; ni M. Martens, avec ses dessins

nettement exécutés, d'un crayon vif, précis et alerte; ni M. Leempoels, fidèle au souvenir des vieux maîtres locaux.

Si, comme je le pense, le premier devoir d'un critique est d’être sincère, j'avouerai avec sincérité que l’exposition des Pays-Bas m'a causé quelque déception. Est-ce ici encore le manque de place qui n'a pas permis à des maîtres justement célèbres de se présenter avec un nombre convenable d ouvrages ? est-ce le choix insuffisant de ceux qu'ils nous ont envoyés? Mais cette belle école, riche de grandes traditions, ne se lait pas valoir avec la tenue imposante de sa voisine. Il semble, pourtant, qu avec quelque sévérité dans l'admission, on eût pu gagner assez de mètres de cimaise, soit pour nous olfrir, comme à côté, une petite introduction rétrospective, où auraient pris place quelques maîtres absents, tels que Anton Mauve ou même Artz, soit pour permettre aux chefs de

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groupe de se faire mieux connaître des générations qui n ont pu suivre les expositions précédentes.

Plus encore qu'en Belgique, comme du reste dans tous les autres pays en remontant vers le Nord, ce qui domine dans l'inspiration des peintres de la Hollande, ce sont les sujets d'observation : portraits, paysages, scènes de la vie du dehors ou dans les intérieurs. Cela est tout à fait conforme à leur tradition nationale et cela ne nous étonne pas.

Ce qui nous frappe cependant, bien que nous nous sachions en plein dans un pays de peintres, c'cst la préoccupation peut-être excessive du métier. Oh! ce n'est pas, certes, le métier soigné, précis, minutieux de leurs grands ancêtres, les Mieris, les Metsu et même les Pieterde Hooch, ou les Yermeer de Délit. Non, sans doute; ils sont peintres et même très peintres, on pourrait dire trop peintres. Pour traduire ces excellentes études sur la vie, parfois si émouvantes par leur sentiment profond d'intimité tiède et discrète, il y a trop souvent un abus de cuisine épaisse, de bouillie noirâtre dans lesquelles il est à craindre que ces artistes ne perdent leurs meilleures qualités.

La responsabilité en revient sans doute, en bonne partie, à l’influence considérable exercée par Josef Israëls. Ce bel artiste, si grave et si ému, semble avoir recueilli une étincelle de cette grande lueur d'humanité et de tendresse qui illumine l'œuvre de Rembrandt. C'est avec regret que nous ne le retrouvons pas ici tout entier. De scs deux toiles, le Retour des champs nous saisit encore par les rapports étroits de la figure avec le paysage mélancolique ; c'est une œuvre qui s'impose au souvenir. Mais le Marchand de bric-à-brac est bien grand et bien particulier pour ses dimensions. 11 y manque ce caractère hautement significatif que Millet n'eùt pas oublié de donner à un type de ce genre. Il nous retient surtout par ses mérites d'exécution un peu inconsistante et confuse.

Tout à côté, et toujours sous cette influence, se présente L’Eté, de M. Blommers. Quand on a pénétré ce métier qui nous semble un peu lourd et brouillé, on est surpris par le charme exquis de cette toile. La simple petite action à trois ou quatre personnages y est rendue avec tant de simplicité, au milieu de la fraîcheur lumineuse de la mer!

Tout autre, certes, est L’Hiver à Amsterdam, de M. Breitner. Figurez-vous un coin de rue envahi par la neige épaisse, piétinée, souillée, que traverse péniblement un lourd camion traîné par quatre chevaux,

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Enfin, parmi toute la phalange de paysagistes, marinistes ou animaliers qui honorent cette école, citons: MAI. Ter Meulen, avec ses moutons sur un ciel gris, rappelant Anton Mauve; Gabriel ; Ten Cate, sensible aux buées fines, aux ciels brumeux : Zilcken, dont le petit Pont Saint-Michel est parent de notre Lépine, et Al. L. van Soest avec une délicieuse matinée d'hiver, qui attire irrésistiblement les regards.

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