‹ Les beaux-arts illustrésChapitre 2 sur 3 · MAINE · texte numérisé non relu

MAINE

CMOUTE. — On donne, en plaisantant, ce nom à un mauvais tableau. Un amateur avait exposé un tableau de sa façon, d'un coloris roussàtre et beaucoup trop rembruni : — Comment avez-vous trouvé macroùte,denianda-l-il un jour d'un air satisfait a un habile peintre qui connaissait sa vanité. — Un peu brûlée, répondit sérieusement celuici. — On donne le nom ridicule de M. Croûton à plus d'un méchant peintre.

ItÉSOEtDRIi:. — Par ce terme de peinture nous ne voulons pas exprimer le désordre, fruit du vice repoussant (|uî traîne après soi un trouble sans art, un bouleversement toujours honteux pour son auteur; nous entendons le désordre allrayanl, grandiose, sublime, que M. Alexandre Dumas a si juslemenl défini Vordre du génie. — Comliien de paysagvs sonl, par ce désordre, rendus sublimes! i-nuiliien allai'lirnl, intéressent, transportent l'esprit, quiue plairaient, d'ailleurs, (|ue médiocrement. — Qu'un peintre, jiar exemple, nous présente dans son tableau un terrain à demi désert, çà et là coupé de ruisseaux ou de torrents, ici des buttes, là des rochers, des vallons, des bouquets de bois champêtres ; qu'il nous montre dans les lointains, et comme jelés là par hasard, de vieux hêtres décharnés par les ans ou déchirés par les tempêtes, et que, de loin en loin, son paysage soit rendu plus sauvage encore par l'aspect de sombres ruines, ces fidèles images des gloires du monde, nos yeux seront invinciblement attachés par ce beau désordre, et nous sentirons notre ilmc s'égarer dans une rêverie profoiule.

Itien n'égale en ce genre la campagne de Home et les environs de cette ville, autrefois la maîtresse de l'univers. Les paysages italiens et les dessins nue nos peintres en rap|)(«'tent le )iriiuvenl clairement. A ta vue de ces superbes ruines, au jiied desquelles un berger, nonchalammeul assis au mili;'n de son troupeau, chaidi' sur sa Utile sans doute les iilaisirs d'une vie tranquille ; frappé de l'inslabililê des ehiiSi'S humaiiu^s, on se sententrainê par des rèllexiiiiis iiiii, égalenieiit utiles an liniiheur des grands et de ceux dont ils tiennent le sort eiilre leurs main<. fmit sentir tout le prix de linestimable médiocrilê.

BESNIHf. — C'est à l'Amour ((u'cst duc l'iiivciilioii du dessin, si nous en croyons les histoires des Gi-ecs, les plus délicieux menteurs de toute la terre. — Le fils aveulie rie Vénus avait percé, de sa lléche la plus acérée, le ceur de la belle Dibutadc, fille d'un potier de Sicyone. Son amant allait s'éloigner d'elle, et vint lui f.iirc ses adieux. Les larmes et les plaisirs parlai,'érent, comme on le pense bien, des moments qu'ils croyaient ne devoir .jamais renaître. Enfin, le jeune homme, accablé de la douleur d'une séparation prochaine, et plongé dans l'ivresse de son amour, s'endormit auprès de celle qu'il adorait. La simple lueur d'une lampe éclairait les deux amants, et renvoyait l'ombre du visage du jeune homme sur la muraille prochaine. Dibulade s'aperçoit pour la première fois de cet elYet naturel; inspirée parCupidon, elle veut conserver au moins les traits de celui qui va la quitter; elle prend un charbon, et, d'une main conduite par l'amour, elle trace le portrait du cher objet de sa tendresse, en suivant les extrémités de l'ombre qui l'a frappée, et qu'elle voit se fixer avec élonnement. — C'est à la fille do Bélus, que nous devons le dessin, prétendent les sectateurs de liaal. Cette princesse, disent ils, voyant l'ombre de son père projetée contre une muraille, en suivit les contours, également à l'aide d'un charbon.

Ce qu'il y a pour nous de plus clair dans ces fables, c'est que les filles assyriennes avaient sans doute une grande vénération pour leurs pères, et que les filles grecques aimaient beaucoup leurs amants. — Platon se montre plus raisonnable (piand il appelle ingénieusement le soleil le premier et h plus hahik de tous les peintres.

Rien n'est plus essentiel que le dessin, mais rien aussi n'est plus difficile. N'exigc-t-il pas tout ensemble la science de la géométrie, de l'optique, do la perspective; la connaissance de la géographie et de l'architecture; celle de l'anatomie, de la myologie et de l'ostéologie ; et par-dessus tout l'étude des proportions, qui, pour ne parler que de l'espèce humaine, varient suivant le sexe et l'âge? Et comment en effet, sans le secours de ces diverses branches des connaissances humaines, serait-il possible d'exprimer la vérité, la justesse des objets, la variété des formes, la diversité des contours ; comment donner de la force à ce corps, de la grâce à cette figure, de l'expression à cette tète ; comment, en nn mot, rendre la nature qui passe si vite devant nos regards, et que le peintre doit nous montrer cependant avec une si exacte précision ? — Ici, c'est l'enfance, aux attaches creuses, aux chairs molles et rebondies, l'enfance sereine, sans inquiétude, tranquillement assise sur le seuil de l'existence. Là, la jeunesse ardente à se développer, aux proportions déliées, sveltes et légères; les os, dans leur attache, ne montrent point encore toute leur grosseur; les muscles, dans leur largeur, montrent encore moins leur nourriture ; les articulations ne forment point de creux comme dans l'enfance, ni des élévations marquées comme dans l'âge parfait ; les contours y sont coulants, gracieux, étendus : elle est inquiète, impatiente comme un coursier d'ilyrcanic ; secrètement inclomptable, elle briile du désir d'essayer ses forces, et se fie sur la vigueur naissante de ses poumons pour s'élancer d.nns l'arène brûlante de la vie. Arrive l'âge mûr, où la perfection de l'homme se montre dans toute sa beauté, dans toute son énergie, dans toute sa majesté; jusque-là, la nature n'a rien fait voir de décidé dans les lormes exléweures; mais, parvenue à son but, elle s'exprime avec grandeur et noblesse : les attaches sont fermes sans sécheresse ; les os se font sentir sans dureté; les muscles Îii'incipaux ne laissent aucun doute sur leur caractère et eur office; les contours y sont moins coulants, les jointures se font plus ressentir : — la noblesse de son maintien indii|ue la grandeur de son rôle, il porte dans sa main puissante la paix et la guerre et peut à son gré bouleverser le monde ou rétablir son équilibre; sur son front calme et fier se lit la majesté de ses pensées, il songe aux moyens d'améliorer le sort des autres hommes, ou'd'augnienter la gloire de sa patrie; d'un pas ferme et solennel il marche sur les écueils de la vie ; il commande à l'univers; il trône en souverain ; il est vraiment le roi de la création, -r- Vient enfin la grorideuse vieillesse, qui nous

présente la nature dans son déclin : ce n'est plus celle fraicheur de l'enfance; ni cette légèreté, ni cette sveltesse — passez-moi cette expression qui devrait être française — ni la sveltesse du jeune homme; elle ne dénote rien non plus de ce soutien, de celte fermeté, de cette force de l'âge parfait; ses chairs lui contraire s'amollissent et se lléirissent; la peau se ride et se sèche; le corps ne présente que des formes et des contours incertains ; les os, premier fondement de toute la machine, semblent succomber par l'all'aissement des parties ([ui les lient; nous ne voyons que faiblesse, que tremblement dans tous les mouvements de ce corps si soutenu dans l'âge qui l'a précédé : — sa tète est vide de iieii.iécs, sa voix est faible, son œil terne, sa démarche lente, pénible, mal assurée; les regrets et les déceptions accompagnent ce fantôme, et ne le quitteront plus, hélas! qu'au tombeau. — Puis, voici la mort avec ses chairs inertes et sans couleur, hideuse image du néant de celte vie, barrière froide, immobile, silencieuse, qui reste éternellement fermée devant le regard fiévreux du doute, et qui ne laisse jamais revenir ce qu'une fois elle a laissé passer.

— Nous avons eu raison de dire, comme vous voyez, que le dessin, base de tous les arts qui dépendent du trait, n'était pas une science facile.

11 y a différentes sortes de dessin, qui prennent leur nom du plus ou moins de perfection qu'on leur donne, ou de la manière de les exécuter. On a|ipelle les premiers eroqtiis, esquisses, pensées, étiules, académies, dessins arrêtés ou teruiinés; les secondssc nomment coiitr'qjrcwves, dessins calqués, poncis. dessins craticulés, dessins réduits, dessins estompes, dessins hachés, dessins lavés, lacis, dessins aux trois crayons.

ÉBARBER. — Vous pensiez peut-être, et comme vous j'avais cette croyance, que les hommes étaient la seule chose de ce moiïde à laquelle on fit la barbe? Eh bien ! nous nous enfoncions, vous et moi. dans l'erreur la plus grossière. Demandez plutôt à M.M. les graveurs, et ils vous diront qu'ils font la barbe à leurs planches de cuivre, avec cette seule diff'érence qu'ils se servent d'un burin, en guise de rasoir. — Sans doute, ils ne vous diront point, comme je vous le dirais, moi, qui ne mels aucune prétention dans le choix des mots dont je me sers : « Je vais faire la barlie à cette planche de cuivre, » mais, à coup sur, ils s'exprimeront ainsi : « Je vais, avec la vive-arête de mon burin, cbarber les coupeaux que ce maudit outil a enlevés de mon cuivre, quand je l'ai maladroitement insinué dedans, pour y graver ce trait ou cette hachure. » Or, — je fais appel à votre bonne foi, —

l'barbir signifie-t-il autre chose que faire la barbe ? — Je me le ligure ainsi du moins.

B-X'sio. — Est ainsi nommé le son renvoyé ou réllédii par un corps solide, el qui, par là se répcle et se renouvelle à l'oreille.

On appelle aussi éeho le lieu où la répétition du son se fait entendre. Pris en ce sens, on le divise en deux espèces : V'Véeho simple, qui ne répète la voix ([u'une fois; 2" l'éclio

Saint-Jlichcl, d'iipris Raphaël.

double ou multiple, qui nous renvoie les sons deux ou plusieurs fois. — Un amalciir, dont le nom m'écliappe, mais que tout le monde connaît, prétend avoir découvert, il y a quelques années déjà, une troisième espèce d'écho. Celui-là serait, certes, le plus curieux de tous, car, — toujours au dire de notre amateur, — quand vous lui jetez cette phrase à la tète : Comment vous portez-vous ? il ne manque jamais de vous répondre : Pas mal, et vous'/ C'est vraiment bien extraordinaire! Je le laisse de côté, toutefois, pour ne m'occupcr que des deux autres.

On peut tirer parti des ('chos multiples, pour former des accords et de l'harmonie avec une seule voix, en faisant entre la voix el Vccho une espèce de canon dont la mesure doit être réglée sur le temps qui s'écoule entre les sons prononcés el les mêmes sons répétés. Celte manière de faire un concert à soi tout seul, dit Rousseau, — le premier qui ait fait en France celte observation, — devrait, si le chanteur était habile et Yccho vigoineux, paraître étonnante et presque magique aux auditeurs non prévenus. — Cette magie est aujourd'hui très-fréquente : je me rappelle avoir entendu, — dans la fameuse nuit vénitienne donnée au Casino, — les effets étonnants d'une fanfare exécutée par des cors, et par des c'c/ws disposés, — si ma mémoire ne me trompe pas, — suivant les conseils de M, Julien.

Le nom d'écho se transporte aussi en musique à ces sortes d'airs ou de pièces dans les(|nclles, à l'imitation de Vécho, l'on répète de temps en temps, et fort doux, un certain nombre de notes. M. Rossini, dans sa fameuse ouverture de Guillaume Tell, nous en fournil un bien bel exemple par ce passage on il introduit le célèbre ranz des vcirhes.

IK\'S^a iMBî. — Les ouvrages des anciens maîtres s'emlicllissenl-ils en vieillissant'.' ou les anciens niailrcs avaifiil-ils jdns de génie ipie nous'.' 'l'oujouis est-il que c'est l'un ou l'autre, si ce n'est l'un l't l'autre. Aussi,

certains peintres ont-ils quelquefois la ruse, souvent bien inutile, a enfumer leurs tableaux pour leur donner un air d'auliquilé. — Vous avez beau faire, messieurs; si vos œuvres ne se recommandent pas par cUcs-ménies, tôt ou tard on fera justice de votre fourberie.

Un poète du règne de Louis XIV a bien exprimé, dans une espèce d'emblème, le sort qu'éprouvent les ouvrages des excellents artistes, el celui qui est réservé aux productions médiocres 11 représente le Temps sous la figure d'un vieillard, qui, d'une maiu tient un pinceau dont il retouche et enibcllit les tableaux des grands maîtres, et ' de l'autre une éponge dont il efface les travaux des peintres médiocres. Voici comment il s'exprime :

Sur lis lins le vieillard à qui tout est possible

l'oss iii lie MMi |iiiiee;iu la trace imperceplible,

1(11111' I iMii Ile li'^i'ie allait les brunissant,

V iiKlliil lll■^ lie.iiilés. même en les cil'açant ;

.\i1oucè5s,iiI les |nurs, l'ortiliail les ombres,

lot les rendait plus beaux en les rendant plus sombres,

Leur donnait ce teint luun qui les l'ait respecter,

El qu'un pinceau mortel ne saurait imiter.

Sur les autres tableaux, d'un mépris incroyable,

11 passait, sans les voir, l'époniçe impitoyable;

Et, loin de les garder aux siècles à venir,

11 en elTaçait tout, jusqucs au souvenir.

— Prenez garde à l'éponge.

Ei^TOSHiEB. — C'est un curieux secret sans doute que celui de transporter sur une nouvelle toile la peinture d'un vieux tableau, — que ce tableau soit du reste exécuté sur toile ou sur bois, — et d'en faire paraître les couleurs aussi vives que s'il sortait des mains de l'arliste, sans que les figures ou le paysage soient en rien endommagés. — Celte opération s'appelle rentoiler. Un nommé Picaut, qui vivait vers le milieu du dix-huitième siècle, s'est distingué le premier, en France, par cette importante décoiiverle. Le fameux tableau de Raphaël, dans lequel saint Michel est représenté foudroyant les anges rebelles, el que François I" avait acquis, était peint sur bois : Picaut, l'an IToS, transporta ce tableau sur toile, sans qu'il ait rien perdu de sa bt-auté. La France, toutefois, n'a pas le mérite de cette iineution : l'Italien Dominique Miche- Uni avait, en ITiO, transporté d'une toile sur une autre un tableau du Titien ; et l'Italie revendique avec raison l'honneur de cette découverte.

— L'entoilage n'exige point cette opération difficile de l'enlcvage, car, pour c)i(oi/(T,il suffit de fortifier la mauvaise toile chargée de peinture, en collant, derrière, une toile neuve.

— Entoiler et rentoiler sont donc deux termes bien distincts qu'il ne l'aul pas confondre, comme on le fait souvent. Où est, du reste, la nécessité de se briser la langue à prononcer l'R du mot rentoiler, quand on peut s'en dispenser, et quand surlont cette R est inutile et même nuisible à la correction du langage'.'

ÉQUESSTRE (statue). — C'est la représentation d'une figure humaine à cheval, (|uand les deux animaux, l'un portant l'autre, sont jetés en fonte ou faits en sculptiu'e.— La plus ancienne stntue équestre que nous ayons à Paris, est celle du roi Henri IV, (|ue l'on voit au milieu du pont Neuf; encore ne lui fnt-cUe érigée que par hasard. Voici couiment la chose arriva : — Le même prince peut-être à qui l'on a élevé le superbe monument de Livourne, un Fer- (iînand, grand-duc ne Toscane, employant Jean de Uologne, habile sculpteur llorenlin, lui ordonna de faire un cheval en bronze, sans doute dans le dessein de le surmonler de son effigie ; car alors on ne lerniinait pas les statues équestres tl'iin seul jet. Mais le prince cl r.-irliste mniirurenl avant i|ue l'ouvrage fut achevé. Cosmc 11 fit mettre la di'riiiere main an cheval par l'ietro Tacca, aussi bon sculpk'ur que le picmicr, et l'envoya en présent à sa cousine giM'maine, Marie de Mi'dicis. reine de France, et pour lors régente du rnyannie, Henri IV venant d'être assasvinê. Ce cheval fui eiiibar(|uê à Livourne. elle vaisseau qui l'apporlail viiil échimer sur les côtes de Normandie, près la ville du Navre. O cheval, dcsiiné à porter quelque

LES BEALX-AUTS ILLUSTUES.

jour la re|irésenl;ilion fin plus galant Jes rois, resta prés d'un an au fond de la mer. 11 en fut enfin retiré à grands frais, et transporté au Havre dans les premiers jours de mai 1615, et ensuite à Paris. Dés que la reine l'eut considéré, elle résolut de l'employer à la statue équestre qu'elle avait dessein d'élever au prince, son mari, dont elle pleurait la mort avec toute la Franre. Elle chargea de cet ouvrage important un sculpteur français nommé Dupré: el ce fut un autre artiste, nommé FrancaviUa ou Franchetille, qui exécuta les bas-reliefs du piédestal. Ce monument, si justement érigé par l'amour d'une épouse et par

la reconnaissance de tout un peuple i|ui ne pouvait, sans verser des larmes, se rappeler ces belles paroles de Henri : « Je reus que le plus pauvre de mon royaume puisse mettre la poule au pot au moins tous les dimanches, » ce monument fut commencé en 1614, et ne fut achevé qu'en 1633. Pour l'ériger, on choisit le pont Neuf, préférablemcnt à toute autre position, parce qu'il était à peu prés le centre de Paris et l'endroit le plus fréquenté de cette ville immense. On sent qu'un roi qui voulait voir le moindre de ses sujets mettre la poule au pot.au moins tous les dimanches, était bien digne d'un tel emplacement, et devait

Statue cquostic de Henri IV.

être exposé .i chaque instant aux regards de tout le monde. — Il est vrai pourtant, disent des gens peu dignes de foi, que le même Henri IV laissait pendre sans miséricorde le pauvre diable assez maladroit pour se laisser surprendre à tuer un lapin dans ses garennes; mais il est juste d'ajouter aussi ([u'il n'avait parlé que de la poule et point du tout iki lapin.

La déJicace de ce monument se fit avec beaucoup de solennité; on mit dans le corps du cheval une longue inscription française qui contenait la date du jour de l'érection, les noms des magistrats en prc'sence el par les soins de qui elle s'était faite, et les noms des artistes au.\quels nous sommes redevables de cet excellent ouvrage. L'inscription est écrite sur du parchemin roulé dans du plomb en forme de tuyau.

Comme il arrive quelquefois, souvent même, qu'en parlant de cette statue équestre, ou se contente de dire le cheval de bronze, par exemple dans ces phrases :<> J'ai ru le rheralde bron:e, j'ai passé devant le cheval de bron-e;« un homme d'esprit du dix-huitième siècle, ayant fait cette

observation,— ce qui prouve que cette mauvaise habitude date de loin, — composa le madrigal suivant :

Superbes noonumenls, que votre vanité

Est inutile pour la gloire

Lie ces héros dont l.i niéuioire

ilérite t'iin mortalité!

Que sert-il que Paris, au bord de son canal,

— Canal arrive ici pour la rime, car la statue de Henri IV domine la rivière, et non le canal, qui est situé ,i une lieue de là. C'est là ce qu'on appelle une licence poétique ; maiiî il est même permis aux poêles de n'avoir j)as toujours de raison, pourvu qu'ils aient toujours de la rime; et la plupart ne se font pas faute d'user de la permission. —

Que sert-il que Paris, au bord de son canal,

tispose de nos rois ce grand origin d.

Oui sut si bien régner, qui sut si bien combattre ?

On ne parle point d'Henri quatre,

On ne parte que du cbevil.

Pour en finir avec llenri IV, remarquons que l'on voyait nulrefois à Rome, el que l'on y voil peut-être encore une belle statue de bronze représentant le béros français, et ((iii fut érigée en mémoire de sa conversion à la reliijion c:!lliolique. ,Ie ne vous dirai pas, par exemple, s'il était représenté disant ces mémorames paroles, avec l'accent gascon le plus prononcé :« Ventre-saint-gris ! Paris vaut bimune messe! »

A propos de statues équestres, — puisque aussi bien nous sommes sur ce chapitre, — laissez-moi vous conter une dernière anecdote, (lar laquelle vous verrez tout le cas que les autres nations font depuis loniçtemps des artistes français, et loniliion notre génie s'enflamme devant les difficultés : — L'iiiqii'ialrice de Russie, Catherine II, résolut de faire ériger dans la ville de Pétersbourg une statue équestre à Pierrele Grand, et chargea de cet important ouvrage un artiste français, nonnné Falconct. Cet habile artiste ne fut pas plutôt chargé d'exécuter ce monument, qu'il imagina de lui donner pour piédestal un roc brut et escarpé, afin d'annoncer d'une manière allégorique à la postérité le triste état dans lequel le législateur de la Russie avait trouvé son vaste empire. Mais'il s'agissait de découvrir une niasse de pierre qui, par sa forme el son volume, répondit à la grandeur du projet. Toutes les recherches qu'aurait faites Falconct pouvaient être inutiles, si le hasard n'avait contribué au succès de son entreprise. Lorsqu'il y pensait le moins, il rencontra uq rocher énorme que la nature avait placé au milieu d'un large marais, et qui parut tout à fait propre au dessein qu'il méditait. On s empressa de le mesurer exactement, et l'on connut que sa hauteur, prise de la lignehorizontale, était de vingt et un pieds sur quarante-deux de largeur et de longueur. Il y avait de ijuoi s'effrayer à la seule idée de déplacer cette masse prodigieuse; mais des diflicultés, d'abord insurmontables, ne firent point renoncer à l'exécution du projet. Secondé par le ministère russe, Falconct forma un dessein, digne, par sa hardiesse, des anciens habitants de l'Egypte ou des prcniiers Romains; il résolut de faire transporter ce rocher jusqu'à la capitale, dont il était éloigné d'environ quarante et un milles d'Angleterre. Afin de savoir s'il serait au moins possible de l'ébranler, on commença par fouiller le teriain avec une crainte qui paraissait bien fondée; il était naturel de penser que cette masse ne montrait que le sommet d'un rocher qui pénétrait jusqu'aux entrailles de la terre. Mais on eut lieu d'être agréablement surpris lorsqu'on s'aperçut que cette masse de pierre était absolument isolée et placée là comme par miracle. A cette singularité s'en joignit une autre non moins remarquable, c'est que dans tout le vaste marais, ainsi que dans ses environs, on ne put découvrir une seule pierre, ni même du gravier ou du sable, ni aucune autre matière analogue à ce merveilleux rocher, et qui ait pu servir à sa formation. Ce qui frappa surtout d'étonnement, ce l'ut l'intérieur de la pierre, qu un coup de foudre avait fracassée d'un côté : on abattit le morceau endommagé, et l'on vit, au lieu de parties honiogépes, un assemblage de toutes sortes de pierres fines et précieuses; c'étaient des cristaux, des agates, des grenats, des topazes, des cornalines, des améiliystes, qui offraient aux regards un spectacle aussi nouveau que magnifique, et présentaient au physicien un objet de recherches des plus intéressants. Toutes les merveilles que la nature avait réunies dans ce rocher furent de puissants motifs de n'épargner ni peines, ni dépenses, ni travaux, pour le tirer de sa place et eu élever un monument unique à la mémoire d'un des plus grands monarques. Mais, puur le conduire à Pétersbourg, il a fallu franchir des hauteurs, traverser des marais immenses et des chemins fangeux ; il a fallu l'embarquer sur plusieurs rivières, le faire descendre par la Néra, le débarquer et le voiturer par terre jusqu'au lieu de sa destination. — Pour achever de donner une idée de la grandeur de l'entreprise et des travaux qu'elle a nécessairement entraînés, il nous suffira d'observer (|ue celle iiiavsr éniirnie, calculée géoinètiinueiiieiit, est de Imh miUiniis dnic cent mille livrc.i. Le |i|us grand ol.clis,|n,' (diijiii, celui que Constancr, fils de Constantin le (Iriiul, lit transporter d'Alexandrie à Rome, ne Jiesait que neuf cent sept mille sept cent qualrc-vinyl-

ncuf livres; ce qui ne fait pas le poids de la troisième partie du fameux piédestal de la statue érigée au czar Piene 1".

KREINTEK. — Diable ! heureusement encore que l'expression ne fait de mal qu'au bon goût! — Les élèves de sculpture se servent de ce terme pour dire qu'ils défont, qu'ils gâtent, qu'ils détruisent une étude en terre faite d'après le modèle. Ils éreintent ordinairement toutes les études qu'ils font aux écoles académiques après l'heure passée et l'examen du professeur.

EXTERSSS:«Elt. — En voilà ma foi bien d'une autre ! bâtons-nous de sortir de cette affreuse caverne artistique où l'on ne fait qu'f'reiwter et e.rtirmincr. Ne mourons jias de frayeur en roule, toutefois. MM. les graveurs, m'a-l-on dit, ne sont pas tous les jours aussi méchants qu'ils en ont l'air, el ils n'ont encore — je le crois ainsi, du moins — exterminé que les effets des clairs et des demihruns. — Ah ! par exemple, quand ils s'y nietteiil, ils n'y vont pas de main morte : les noirs tombent sur les hruns, les bruns sur les clairs; c'est une extermination générale d'où ne se sauvent même pas les lumières mais,

Dieu merci ! ils ne s'y mettent pas souvent!

FACE. — Quelques peintres employant la face huinaine comme moyen terme de proportion dans les ditl'élenles parties du corps de riiommc, nous allons donner ces proportions, telles que nous les fournit de Piles. De cette façon, le curieux, tout en consultant ce petit article, pourra s'assurer par lui-même si la nature ne lui a point fait quelque mauvaise plaisanterie, el s'il est en tout |ioint proportionné selon les règles de l'art.

« La face, ou visage, dit de Piles, commence au haut du fronl cl finit à l'extrémité du menton. » — Parbleu ! monsieur, nous savions déjà cela. Dites-nous quelque chose de plus curieux, s'il vous plail.

« La face se divise en trois parties égales : la première comiu-end le front; la seconde le nez; la troisième depuis le nez jusqu'au bas du menton.

« Ceux qui divisent par faces en donnent dix à leurs figures :

« Depuis le sommet de la tête jusqu'à la naissance du fronl, un quart, quelques-uns un tiers de face.

« Depuis le haut du front jusqu'au bout du menton, une face. » — C'est bien le moins qu'une face, quelle qu'elle soit, reste une face.

« Depuis le menton jus(|u'à la fossette formée par les clavicules, deux tiers de face.

« De la fossette au bas des mamelles, une face.

« Du bas des mamelles au nombril, une face.

« Du nombril au haut du genou, trois faces.

« Le genou contient une demi-face.

« Du las (lu genou au coude du (lied, deux faces. « Du coude du pied à rexlrémité de la plante, une demi- face. , , , , • ,

« Lliomnie, étendant les liras, a, du plus long doigt de la main droite à l'extromité du même doigt de la main gautlie, dix faces, » et, de plus, — ajouterons-nous, —

pas>nlilenient l'air d'un télégraphe, —pour ne dire

rien de plus.

FAÇADE. — Par cet augmentatif de face, on entend l'extérieur d'un édifice considérable que l'on voit d'un même coup d'oeil ; telles sont la façade du vieux Louvre, celles des tuileries, du palais de Versailles, etc. — (J"'iul à la vile multitude des maisons, on dit simplement qu'elles ont une face. — Les grands seront toujours flattés.

FAXTASTlilUEn. — Je n'ai point la prétention d'être un M. Jourdain ; mais, puisque, madame, ce m'est aussi une gloire bien grande de me voir assez fortune pour être si heureux que d'avoir le bonheur que vous ayez eu la bonté de m' accorder la grâce de me faire l'honneur de m'honorer de la faveur Aa me lire, je vous demanderais si j'avais aussi le mérite pour mériter xin

mérite comme le votre, et que le ciel envieux de mon

bien... m'eiit accordé... l'avantane de me voir digne...

des Je vous demanderais, madame, la permission de

vous adresser cette question : — Vous savez sans doute crayonner un nez, une bouche, peut-être même un œil? Eh bien! quand il vous arrive de travailler ainsi, de fantaisie, sans trop vous assujettir aux rigueurs des régies de l'art, savez-vous bien ce que vous laites? Vous allez me répondre, j'en suis siir, que vous vous abandonnez ;i votre imagination'' Pas du tout, madame, pas du tout ; j'en jure par vos belles mains qui tiennent le crayon ou le pinceau, ce n'est pas cela le moins du monde que vous taites : vous fantastiquez, et vous ne faites pas autre chose. Si vous ne m'en croyez pas, belle dame, prenez la peine de le demander à ces messieurs qui sortent de leur atelier, et ils vous diront comme moi que vous /"«(Urtstiquez.

FAUX aOUR. — On dit qu'un tableau est placé dans un faux jour, lorsque la lumière naturelle qui entre dans l'appartement où il est placé ne vient pas du côté d'où le jour artificiel du tableau parait venir, c'est-à-dire lorsque les objets peints dans le tableau sont éclairés d'une façon différente de celle que le seraient les mêmes objets en nature placés dans le même endroit, et éclairés par la lumière naturelle. Quand les tableaux sont ainsi placés, on ne peut voir la moitié de leurs beautés et de leurs perfections. — Beaucoup y perdent assurément; beaucoup plus ne s'en trouveraient pas plus mal d'être vus dans leur faux jour; combien plus y gagneraient de n'être pas vus du tout !

FÈCES. — On en pensera ce qu'on voudra ; mais, pour rien au monde, vous ne me feriez occuper de ce mot, dont la prononciation blesse mon oreille. Il est fort passé de mode, au reste, et, de plus, fort ridicule. Je regrette seulement de ne pouvoir pas vous dire le nom de l'artiste incivil qui, le premier, s'est ptrinis d'employer ce terme pour designer la lie des couleurs mal broyées.

FlfctJBE A I^Ol'ER. — C'est ainsi qu'on appelle, en peinture, des figures inutiles dans les tableaux. — Si ce terme passe jamais dans le langage vulgaire et qu'on en fasse l'application sérieuse à tous les gens inutiles dans ce monde, combien porteront sur leur échine cet écriteau : Figure à louer!

FliOU est dérivé de flou, et conséquemmeut signifie flou; vuili tout ce que je peux vous dire de plus flou sur flou. On est cependant convenu d'employer flou pour exprimer, en peinture, la tendresse, la douceur, le moelleux de la touche d'un tableau. — 11 faut croire que la langue française soit bien pauvre, que MM. les artistes, et les quarante immortels par-dessus le marché, aient été contraints de se mettre en campagne pour aller chercher ce /lou je ne sais où.

FOUDRE. — Les sculpteurs donnent ce nom à une manière de flamme entortillée avec des dards, dont ils font un ornement d'architecture.

CASIME. — Gui Arétin inventa la gamme, c'est-àdire la table ou échelle sur laquelle ou apprend à nommer et à entonner juste les degrés de l'octave par les six notes de musique, ut, re, mi, fa, sol, la, suivant toutes les dispositions qu'on peut leur donner, ce qui s'appelle solfier.

La gamme n'a pas toujours porté ce nom ; on la nommait primitivement »iaiii harmonique, parce que Gui employa d'abord la figure d'une main, sur les doigts de laquelle il rangea ses notes, pour montrer le rapport de ses hexacordes avec les cinq létracordcs des Grecs ; et c'est seulement depuis l'invention de la noie si, par laquelle furent abolies les nuances et, par conséquent, la main harmonique servant à les expliquer, que l'échelle musicale s'est définitivement appelée gamme. — Ce nom barbare, si nous en croyons Rousseau, tire son origine de cette circonstance que Gui Arétin, ayant, selon l'opinion commune, ajouté au diagramme des Grecs un télracorde à l'aigu, et une corde au grave, ou plutôt, — selon Meiboniius, — ayant, parces additions, rétabli ce diagramme dans son ancienne étendue, il appela cette corde grave hi/popros lambomenos, et la marqua pnr le r des Grecs (troisième lettre de leur alphabet, et qui se prononce gamma), et comme cette lettre, ajoute le philosophe-musicien, se trouva ainsi à la tête de l'échelle, en plaçant dans le haut les sons graves, elle a fait donner ;i cette échelle le nom barbare de gamme.

CATEAl,', — Ah ! mes cliers petits enfants, j'en suis fâché plus que vous peut-être ; mais vos jolies petites dents ne seront jamais capables de venir à bout de celui que je tiens à la main. — (Jes sculpteurs et ces fondeurs sont de si mauvais p.itissiers, voyez-vous I Us ne savent Faire que des gâteaux de cire ou de terre aplanie, — de vilains :ouzous tout au plus, — dont on se sert pour remplir les creux et les pièces d'un moule où l'on veut jeter des figures. — J'en suis vraiment bien fâché, mes petits amis, je vous assure, que vous ne puissiez pas mordre un peu dans ces maudits gâteaux, et que, dans vos jolies petites mains toutes blanches encore du lait de la maman, ils ne soient absolument bons que pour des goujats!

CiLOIRE.

La vie est un combat dont la palme est aux cicuï.

— C'est là qu'est, en effet, la seule, la véritable gloire, et votre pensée, messieurs les peintres, s'est élevée jusqu'à la philosophie la jdus pure, quand vous avez décoré de ce nom la représentalion d'un ciel ouvert, avec des anges et des saints. — Mii^nard a peint une gloire dans la coupi' du dôme du Val-do-Grâee.

ftSSACE. — La grâce est lui don du ciel. Elle ne s'ap-

Iirend fioiiil, elle nr s"iicquiert |ioinl. C'est une émanation de l'essence divine, répandue dans tout noire être; un rayon spirituel, qui fuit l'étude et l'imitation, qui s'introduit, qui nait et se développe en nous sans qu'on s'en aperçoive, qu'on admire sans trop le définir, sans trop savoir où il réside, oii il commence, où il finit ; c'est la plus aimable des fées, mais aussi la ]ilus insaisissable, qui prend mille déiçniscments, mille faces, mille formes, mille fuçons d'être et d'.iuir, i|\ii vient nous rendre visite quand nous nous y attendons le moins, qui s'asseoit prés de nous sans que nous nous en apercevions, qui s'éloigne à mesure qu'on veut la retenir, et qui disparait tout à coup, s'il vous prend fantaisie de la poursuivre; c'est ce je ne sais quoi de vaporeux, de vif. de pétulant, d'ingénu, de languissant, de triste et de gai tour à tour, qui s'épanouit dans votre maintien, dans votre démarche, dans vos paroles, dans vos regards, dans vos actions les plus insignifiantes comme les plus significatives, et qui rend tout noble, tout expressif, tout "attrayant, tout voluptueux, tout divin. — Que vous en dirai-je bien encore? C'est cette magie secrète qui fait qu'on attire le respect sans le commander, l'admiration sans la chercher, l'amour sans le désirer. La grâce, enfin, — pour en donner au moins une idée, — est ce charme invincible qui fut longtemps l'apanage des femmes grecques, des arts grecs, des écrits grecs, et qui dislingue aujourd'hui les dames françaises, et surtout la Parisienne, de toutes les autres femmes de là terre.

La grâce s'adapte à tout, comme je vous l'ai déjà dit, à la tristesse comme à la joie, au terrible comme au doux et à l'agréable, aux grandes choses comme aux moins importantes, au vieillard et à l'enfant, à l'être fort et à la créaturc faible et fragile, à Mars et à Vénus. Nous avons à voir aujourd'hui ce qu'elle est dans les arts :— Elle leur donne l'immortalité, (j'est elle qui conduisit le pinceau des .\pelle, des Euphranor, des Zeuxis; c'est elle qui guida le ciseau des Phidias, des Praxitèle, des Lysippe, et qui présidait à l'érection des Propylées, du Parthénon, de l'Odéon: c'est elle, en un mot, nui ouvrit le temple de mémoire à tous les grands artistes, peintres, sculideurs, architectes, dont les travaux illustrèrent les siècles à jamais fameux de Périclés et d'.\lexandre. Traversant les âges, elle a, depuis, mis au front de Raphaël cette brillante auréole que les ravages du temps ne terniront jamais; elle est venue s'asseoir aux côtés du Bramante, sous les voûtes de Saint-Pierre; et. sous son aile rayonnante, elle garde aujourd'hui les œuvres les plus remarquables des Tilien, des Rubens, des Poussin, des David, des Vernet, des Rossiiii, et de tous ces artistes immortels dont le génie a répandu et répand encore sur leur patrie la gloire la plus innocente et la plus douce.

Tout ce qui est beau n'est pas gracieux. Une figure est bien dessinée, admirablement coloriée; une sculpture unit la majesté, la gravité ou la légèreté des draperies à l'expression des contours ; un monument se distingue par la justesse de ses proportions, par la science de sa distribution, par le bon goût de ses ornements, par la magnificence de son style; un morceau de musique est plein d'effet, de vigueur et d'harmonie : — certainement ce sont là de belles œuvres; mais est-ce à dire pour cela qu'elles soient gracieuses? Non assurément. La grâce demande moins peut-être; mais, cependant, elle exige peut-être aussi davantage ; elle entend que l'artiste lui rende un culte d'autant plus dillitili' qu'elle le veut plus naturel ; qu'il ait, comme invoUmlairrnicnt et sans même y prendre garde, l'esprit et surtout Ir cinir constamment tendus vers elle; qu'amant |iassi(iniié di' ses attraits, il étreigne son ombre dans un amour si lidrle, et pourtant si facile, qu'il la trouve sans cesse, sans jamais la chercher.

La grâce toutefois est dans le choix de la belle nature, dans la manière de la traiter de façon à réveiller dans le spectateur des idées grandes, nobles, siiblimos. Ce n'est pas ((u'il n'y ait un grand mérite à copier exactement la nalure, si peu relevé du reste qu'en soit le sujet, comme la ]ilupart des artistes hollandais et flamands ont si bien l'haliilude de nous la montrer; mais qui songerait jamais

à (■ parer ce mérite à celui qui sait faire un choix dans

la nalure. et qui la relève, pour ainsi dire, et la iierfcc-

tionne? — On peut comparer l.i simple nature à une simple narration dans un poëme : qu'aura d'attrayant le réci. de l'écrivain, s'il n'y a pas élevé ses pensées; s'il ne leur a pas donné ce tour gracieux, celte noblesse, celte dignité, cette majesté dont elles sont susceptibles ; s'il n'a pas imprimé dans chacune d'elles ce caractère de beauté qui les distingue des pensées vulgaires ; s'il laisse nonchalamment aller son style, s'il ne l'anime, s'il ne l'échauffé, s'il ne l'embrase du feu de son génie? — Où s'arrête le beau cependant, où s'arrête la grâce? Nul ne le saura jamais: l'un et l'autre, de même que l'absolu, se prolonge par gradations, dan« les incommensurables espaces de l'inlini. — Les Grecs, — ce peuple si éminemment artiste, — dans le dessein qu'ils eurent de pousser les arts au plus haut degré de perfection possible, réunirent leurs pins grands sculpteurs et leurs plus grands peintres, afin (|u'ils employassent tout ce qu'ils avaient d'esprit, de goût et de génie pour donner des régies infaillibles â leur art. Après l'examen qu'ils firent de la nature, de ses beautés, et de quelle façon devaient être les parties du corps pour être également belles, ils ne purent trouver toutes ces parties dans un même sujet, et conclurent enfin qu'il fallait les choisir dans plusieurs, et prendre le plus beau des uns et des autres, pour former ce corps parfait qui devait servir de modèle à la postérité. Polycléte, l'un des meilleurs statuaires de son temps, exécuta tort heureusement celte pensée; et la statue que son génie produisit se trouva si fort au-dessus des autres ouvrages de ses concurrents, et généralement de tout ce que l'art avait produit de plus parfait, qu'elle fut appelée la Règle. Tous depuis se sont servis des proportions de cette figure, et ont imité les grâces de ses membres et de ses contours. Mais, pour cela, cette œuvre surprenante a-t-elle atteint la perfection absolue ou même idéale? Non. Elle n'en est que le jalon le plus rapproché : la nature se déroule encore iumciisc, infinie, au-dessus de celte prodigieuse élévalion : ce n'est point là qu'est le temple de la gr.ice et du beau ; le chefd'œuvre de Polycléte n'est que le pied de l'échelle par où l'on y monte.

CiRATllHE:. — De -ïpaoM (je trace), on a fait gravure. Et en effet, la gravure consiste à tracer un dessin quelconque sur un corps dur.

L'aride la gravure est d'une antiquité telle, qu'il se perd dans la nuit des temps. On le retrouve non-seulement chez les Romains, les Grecs, les Egyptiens, mais jusque chez les Juifs anciens. — Chez les Hébreux, le bonnet de leur grand prêtre était orné d'une plaque d'or sur laquelle était "tracé le nom de Jéhova. Moïse, nar l'ordre do Dieu, grava sur les tables de pierre les aix commandenionts qu'il en reçut sur le mont Sinaï, au milieu du tonueric et (les éclairs! Ce peuple même, très-arriéré sous le ra|)purl des sciences, des lettres et de la philosophie, — (pioique peuple Dieu,— ne manquait pas. dit la Bible, â chaque nouveau miracle que la Divinité opérait eu sa faveur, d'élever des colonnes, mémoriales, cl d'y graver les actions les plus éclatantes du Très-Haut. — Si nous passons maintenant chez les Egyptiens, quel développement n'y voyons-nous pas prendre à la gravure? Ce ne sont partout que gigantesques obélisques, que pjTamides colossales, (/no-c's de la base à leur sommet de symboles, d'allégoriïs, de caractères hiératiques, tous encore de nos jours fort hiéroglyphiques, ce ([ui ne cesse d'être un malheur, car, grâce à nos savants, les commencements de l'histoire égyptienne deviennent de plus en plus indéchiffrables. Et cliez les Grecs donc, cl même chez les Romains, à quel degré de perfection cet art n'a-l-il point été porté? Consultez leurs vases, leurs camées, leurs méilailles, et vous y trouvcrczun fini, pour ainsi dire, inimitable. Remontez même par l'imagination jusqu'au bouclier d'Hercule deuil parle Hésiode ; rappelez-vous celui d'Achille que di'ci'il Homère, ainsi que les boucliers à emblème des sept chefs devant Tliebcs, et vous saurez vous dire depuis quelle époque reculée le peuple altique devait pratiquer avec talent l'art de la gravure.

La gravure suivit la destinée des autres arts ; comme eux elle brilla dans Athènes, à Rome, à Conslaulinoplc, puis elle cul à traverser les glaces artistiques du moyen

ii.îe, et c'est vers le quinzième siècle sciileniont que nous 1.1 vovons reparaître en compagnie de la peinture el de la sculpture. — Heureuse Italie ! c'est ton sein qui la n'cliaufl'a, et c'est par tes artistes qu'elle fut de nouveau répandue dany l'Europe !

O genre si ulile. et qui nous fut apporté de la péninsule italique par les soins de François 1"', a fait fortune en France par l'avantage inappréciable détenir une place entre les arts les plus utiles, les curiosités les plus recherchées, les plus précieuses, et les liijoux, ces ruineuses bagatelles de caprice, dout les gens du monde font un si grand cas. — Disons aussi que la gravure brille aujourd'hui d'un vif éclat, et que nos graveurs français rivalisent presque avec les plus grands maîtres de Sicyonc, de Corinthe et d'Athènes.

«ROTESQUES et les ARABESQL'ES (DifrÉBENCE E>TRE LEs). — Jean d'Udine, se promenant un jour au milieu des ruines du pnlais de Titus, y découvrit, peintes et sculptées sur les murs d'une groitc, quantité de figures d'hommes et d'animaux l•el)l•é.^cutées avec des

Iiroportions extraordinaires ; les unes n'avaient du corps lumain que la lête ou le buste, les autres que les bras, d'autres enfin que les pieds ou les jambes; le reste du personnage était purement de caprice cl de fantaisie; celles-ci n'étaient que plaisaules, celles-là vous eussent faitmonrirde rire; toutes étaient plus ou moins ridicules; c'était, à proprement parler, des chimères. L'imagination de Jean d'Udine s'échauffa ; de retour dans son atelier, il prit le pinceau, traça sur la toile des chimères de son invention, et, le premier, à l'imitation des anciens, il remit en usage cette sorte de travail, qu'il nomma grotesques, du nom des ruines du palais de Titus, qu'on ap|ielail communément grottts. — Les grotesques ont depuis envahi l'Europe, m.ilgré les déclamations de Vilruve, qui ne put, à son grand regret, les étoufl'er dans leur berceau.

De combien les arahesques. qui semblent pourtant provenir de la même source, ne sont-elles pas préférables à ces grossières aberrations de l'esprit ! — La simple explication de ces deux genres, rapprochés A dessein, fournira, nous le supposons, un parallèle suffisant pour la comparaison que nous avons promis d'établir enti'e eux.

Les arabesques sont les rêves de la peinture. On ne peut leur trouver de modèles vraisemblables que dans les hallucinations produites par le sommeil. La raison et le goût exigent qu'ils ne soient pas des songes de malades, mais des rêveries semblables à celles que l'opium, artistement dosé, procure aux Orientaux voluptueux, qui les préfèrent quelquefois à des erreurs moins chimériques.

Les peintres d'arabesques ne doivent pas perdre de vue les formes naturelles et les accidents heureux; ils doivent même les chercher, en tirer parti, et enrichir leurs portefeuilles et leur mémoire des études qu'ils en font.

Les arbrisseaux entrelacent et mêlent souvent de la mauiérc la plus agréable leurs branches, leurs feuillages et leurs fleurs. Le cep d'une jeune vigue qu'on abandonne à elle-même s'étend par des courbures, modèles de souplesse el de grâce, à plusieurs arbres voisins, et, rattachée aux branches, se plie en guirlandes de l'un à l'autre. Une jeune fille, à quelques pas de là, se blottit dans un buisson de roses, et, désirant d'y être surprise, rougit d'une intention qu'elle ne croit pas cacher assez bien ; une autre s'approche d'une fontaine, et, si elle est seule, s'occupe à s'y mirer avec complaisance; elle se plonge ensuite dans l'onde limpide, et l'artiste qui l'a surprise, ou qui plutôt imagine ces caprices et ces jeux de la nature, vivante ou inanimée, en les détachant de tout autre objet, les dispose par des combinaisons ingénieuses; il les agence sur une surface, souvent à différents étages et sur un fond arbitraire ; il e.xécute ce qu'on appelle des arabesques.

Faut-il les varier? l'artiste instruit, dont l'imagination ue doit pas être moins féconde qu'aimable, assemble et dispose des étoffes riches ou légères qu'il suspend, qu'il rattache avec grâce, comme on le fait en décorant des tentes, des pavillons, des portiques, des balcons de palais, ou les bosquets dans lesquels Alcine vient d'ordonner des fêtes pour Roger.

• Le peintre a-t-il le projet de s'éloigner de la nature

pour enrichir et caractériser ses compositions? Il rappelle aussitôt à son souvenir les ingénieuses métamorphoses chantées par les poètes. Il reproduit leurs sirènes, leurs sphinx, leurs dryades, les faunes, les génies cl ces enfants célestes qui, voîtigcnnt. caressent ou'hlesscnt les mortels au gré de leurs caprices. Ces artistes instruits peu)i!cnl encore leurs compositions d animaux chimériques ou réels ; ils rappellent les rull.>s bizarres qu'on leur a quelquefois rendus, ainsi qu'aux divinités tant célébrées par tous les arts; et, près des statues de Diane, de Vénus, de Flore ou d'IIébé, ils suspendent des guirlandes, des couronnes, des instruments de musique et des trophées ; ils dressent des autels, des trépieds chargés de cassolettes, d'où s'exhale la fumée des parfums. Les vases les plus élégants sont couronnés par des chapeaux de (leurs ; les feuillages entourent des bns-rclicfs. des camées, des tableaux, qui rappellent les vœux offerts dans les temples ; des ornements symboliques accompagnent, parent et caractérisent les divinités graves ou celles qui présidaient aux plaisirs des hommes. Ils n'oublient pas celles qui annoncent les saisons, les mois, l'amour, la guerre, la chasse, la pêche, enfin la sagesse ou la folie.

C'est lorsque le peintre d'arabesques en est à ce dernier caractère, qu'il doit mettre une mesure à ses caprices, et rappeler ce sentiment des convenances et des conventions reçues, ce goût enfin qui, d'après les justes relations que doivent avoir les choses entre elles, contiendra son délire ; et, si cette loi semble trop austère pour un genre çu'il pourrait croire libre el indépendant de toute règle, qu'il lette un regard sur les modèles en cette manière que liaphaël a consacrés au Vatican, et qu'il soit bien convaincu que, plus on s'en écarte, plus on s'éloigne des véritables convenances du genre.

HISTOIRE (Pei>tui(E d'). — Quoique les anciens n'aient point établi de différents genres dans l'art, parce que la peinture, rivale de la nature, doit lutter avec elle dans toutes sortes de sujets, ils avaient donné quelques noms particuliers aux tableaux dont les imitations appartenaient à certains caractères de la nature. C'est ainsi qu'ils désignaient sous le nom de megalographia les peintures représentant des sujets nobles, grands, héroïques, divins: et qu'à ce mot ils opposèrent celui de rhyparographia piuir signifier des taUeaux représentant des boutiques où l'on vendait des denrées ordinaires. Ils donnaient de même encore le nom àc pornographes m\% peintres de courtisanes ; et les Latins principalement désignaient par le terme grijUi les tableaux des caricatures.

11 s'en faut de beaucoup que les modernes aient, en

celle circonstance comme en bien d'autres, fait preuve d'aillant de bon sens et de tact que les anciens. Mais notre vaiiili' n'y eut pas trouvé son compte; el c'est par elle surtout que nous tenons i briller. Ainsi, non contents d'avoir surcliargé notre langage artistique d'autant d'appellations que la nature nous montre d'accidents et de i'ormes ; non contents d'avoir désigné cbaquo genre par un nom différent, comme s'il y avait différentes peintures, nous avons encore voulu que' nos artistes jirissent pour ainsi dire la désignation de leur pins ou moms de mérite, la prétendue dose de leur talent, si je puis m'cxprimer ainsi, du nom du genre auquel ils s'adonneraient le plus spécialement. N'avons-nous pas, on effet, peintre d'histoire, peintre de marine, peintre de portraits, peintre de pai/safics? el que sais-je encore tons les pcinlres (|u'il n'y a pas? — Qu'en arrive-t-il de moins fàchpux / Chacun, comme on le pense bien, vante son genre et l'élève audessns des autres, chose facile à concevoir, puisqu'on fait dépendre le plus ou moins de mérite de l'artiste du jdus ou moins de valeur de ce morne genre. On ne peut guère s'élever sans abaisser ou du moins, hélas ! sans blesser quel([u'nn. La réputation est en jeu; l'amour-propre se mêle de la partie ; on se contente de se vanter d'abord, puis on injurie les autres; et l'oilà la guerre allumée!

Diderot nous a donné, dans les quelques lignes suivantes, une assez plaisante idée de ces sortes d'escarmouches artistiques.

« Les peintres de genre et les peintres d'histoire, dit-il, n'avouent pas nettement le mépris qu'ils se portent réciproquement; mais on le devine. Ceux-ci regardent les premiers comme des têtes étroites, sans idées, sans poésie, sans grandeur, sans élévation, sans génie, qui vont se traînant servilementd'après la nature, qu'ils n'osent perdre un moment de vue. Pauvres copistes qu'ils compareraient volontiers à notre artisan des Gobelins, qui va choisissant ses brins de laine les uns après les autres, pour en former une vraie nuance du tableau qu'il a derrière le dos. A les entendre, ce sont gens ,'i petits sujets mesquins, à petites scènes domestiques, prises du coin des rues, à qui l'on ne peut rien accorder au delà du mécanisme du métier, et qui ne sont rien quand ils n'ont pas porté ce métier au premier degré.

« Le peintre de genre, de son côté, regarde la peinture historique comme un genre romanesque, où il n'y a ni vraisemblance, ni vérité ; où tout est outré ; qui n'a rien de commun avec la nature, où la fausseté se décèle, et dans les caractères exagérés qui n'ont existé nulle part, el dans les incidents qui sont d'imagination, et dans le sujet entier que l'artiste n'a jamais vu hors de sa tète creuse, cl dans les détails qu'il a pris on ne sait où, et dans ce style qu'on appelle grand el sublime, el qui n'a point de modèle dans la nature, et dans les actions el les mouvenienis des figures, si loin des actions cl îles mouvements réel<. » Dieu sait où s'nrréta souvent cette querelle ! Le seul ridicule qui s'attache à ces appellations ne devraitil pas, au leste, suffire à les faire délaisser? Le peintre d'Iiisldii-c ne poiil-il donc poindre que les faits historiques? Le poiiilro do pavsagos no sait-il représenter que des bois, des vallons, des Heurs, on quelques animaux qui paissent l'herbe? Le peintre de marine ne doit-il savoir rendre que le calme ou la fureur dos mers? Le peintre de portraits n'osl-il ca)iablo iVnttrnper i\\K les portraits? — 11 v avait autrefois, à Londres, un poinlro Irès-liahile, nommé Vanbaken,qui no travaillait ((u'aux draperies. On lui envoyait, des différents quartiers de la ville, el même des provinces . les plus éloignées, des toiles de loulc grandeur, sur lesquelles un ou plusieurs visages étaient peints, et le peintre •lui les adressait ajoutait au bas, assez plaisamment, la (lescriplion des tailles grosses ou menues, grandes on pelitos, des mains, des bras, des cuisses, des jambes; le tout pour indiquer le volume et l'aïuploiir qu'il fallait doiiiior aux étoffes. Et notre homme drapait bravoniont dos iiioiiibres qui n'existaient pas. — L'histoire, qui nous a odiisorvé ce fait, ne dit pas toutefois que Vanhaken ne sut poiiKJre que les draperies; cl le bon sens encore moins ipio, pour avoir mérité le titre de peintre, il ait du borner là son talent,

IC'0:V0CIiAS»TESi. — Les persécutions étonnantes des iconoclastes, ou briseurs d'images, anéantirent presque tous les monuments des beaux-arts antiques. — Ce fut Léon l'isaurien qui donna, le premier, le signal de celle guerre sauvage. 11 était encore simple berger lorsque deux juifs l'abordanl un soir qu'il ramenait ses troupeaux à retable, lui firent cette préaiclion : « Léon, de grandes destinées te sont annoncées par ton étoile : tu t'asseoiras un jour sur le trône d'or de Constantinople; et lu y compteras quarante années d'un règne heureux, si lu nous jures ici d'abolir les images vénérées des chrétiens, partout où s'étendra ta puissance. — Je le jure, » répondit le berger. — L'isaïu-ien linl sa parole. Aussitôt qu'il vit briller sur son front la couronne des empereurs, il commença de faire effacer toutes les peintures des églises, tant cellesqu'on voyaitsur les murs que tous les tablcau.t dont elles étaient décorées : d'impiloyablcs commissaires furent en oulro envoyés par lui dans toutes les annexes de son empire, avec ordre de n'épargner pas plus les statues que les œuvres du pinceau ; et le génie des arts, se voilant la face de son aile, eut la douleur d'assister chaque jour, sur la grande place de la ville même de Constantin, au dévorant incendie de ses chefs-d'œuvre les plus vantés.

Le pape cependant, cnllammé par le récit d'un évêque qui lui proteste, avec serment, avoir été averti par Dieu lui-même qu'on devait honorer l'image de la Vierge, le jiape lance contre le nouvel empereur les foudres de rcxconimunicaliou. — l'"oudres inulilcs! La juste colore du saint-siége est impuissante à réprimer ces honteux ravages, el l'on voil niènie un certain patriarche, nommé Nicétas, qui, voulant sans doute faire sa cour aux empereurs iconoclastes, détruit de .sa propre main les mosaïques, les lambris, les bas-reliefs do son palais, et fait couvrir d'une couche do chaux toutes les murailles des églises, afin qu'on ne puisse pas dire qu'il ail laissé le luoinde vestige d'aucune image.

Otte guerre impie, loin tic s'affaiblir avec le lemns, semble au contraire accroître de fureur. La persécution des iconoclastes, qui ne s'était d'abord étendue ipio sur les travaux des artistes, atteignit bientôt les arlislos euxmêmes. Théophile, cet infime empereur, dont lo fanatisme ne peut qu'ajouter encore au mépris dont nous couvrons sa ménioiro, Tlioophilo ne so contenta point de détruire le peu de pointures ipii restait de son temps, il se rendit encore le porséoiilour dos sculpteurs el dos poiutros, et leur défendit d'exercer leur art sous poino do la vie. — Ordoniio/. donc à l'homme vertueux do ne plus aimer la vertu ! au lualiométau égaré dans le désert de ne pas invoquer Mahomet, son prophète tout-puissant! au

vrai chrélien sur les bords de la lonibc de ne plus honorer la Vierge Mnrie. et de renier son Dieu! — Les beîux-arls eurent "leurs marlvrs I

La défense portée par Théophile ne put cependant empêcher le moine Lazare, entre autres, de travailler en secret à des tableaux de dévotion. Le monstre en fut instruit, et. tout irrité qu'il était du courage de cet artiste, il lui fit éprouver des tourments affreux. 11 ne les lui fit cependant point endurer jusqu'à la mort; car, après avoir eu la cruauté de lui appliquer aux mains des lames ardentes, afin de lui en brûler les chairs, s'imaginant sans doute que le peintre serait désormais hors d'état de manier le pinceau, il crut pouvoir céder aux larmes de l'impératrice Théodora, qui lui demandait, avec les plus vives instances, la vie et la liberté de cet infortuné. Mais Lazare, caché dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, à Constantinople même, ne laissa pas d'employer ses mains brûlées à divers ouvrages de peinture. — La sensible impératrice, à quelque temps de là, faillit elle-même être victime de la rage aveugle de l'empereur : — sa présence d'esprit, ainsi que nous allons le voir, fit heureusement retomber sur le dos de son accusateur la correction qui lui était peut-être réservée. — 0 génie inventif des femmes ! qui pourra jamais te mesurer !

Un jour donc que Théodora récitait ses prières devant quelques statuettes d'apôtres ou de saints, le fou de Théophile la surprit, t^omnie Dandery (c'est le nom du fou) n'était point habitué de voir aucune sorte d'images, Théodora lui persuada facilement que c'était des poupées ciu'elle préparait pour ses filles. Dandery parut tort satisfait de l'explication; cependant, comme il s'imagina qu'il pourrait bien y avoir là-dessous peut-être au moins matière à quelque scandale, il s'empressa de courir vers l'empereur :

— «Maitre, dit-il, je viens de chez l'imnératrice; je l'ai trouvée qui baisait les plus jolies poupées du monde.» — Le soupçonneux Théophile sedoutant qu'il s'agissait d'images, courut furieux à l'appartement de sa femme, et lui reprocha durement ce qu'il appelait son idolâtrie. La princesse laissa passer le premier feu, et lui dit ensuite en éclatant de rire : « Eh quoi! seigneur, vous vous laissez donc surprendre aux discours d'un fou qui vient de se tromper lui-même de la manière du monde la plus plaisante. Lorsqu'il est entré dans ma chambre, j'étais à ma toilette, entourée de mes filles; il a pris nos images qu'il a vues dans le miroir pour des poupées qu'on habillait, et il vous est allé faire ce beau conte, après nue nous nous sommes bien diverties à l'entretenir dans sa uizarre idée. »

— Théophile ajouta foi aux paroles de la princesse, et se moqua beaucoup de rimbêcillité de son fou, lequel fou l'impéTatrice fit ctriller d'importance, afin de lui ôter l'envie de parler une autre fois des prétendues poupées qu'il pourrait apercevoir chez elle.

— .\vant d'en finir avec les iconoclastes qui dévastèrent, à différentes reprises, les monuments les plus précieux de toute l'Europe artistique, citons une dernière anecdote, qui prouve de combien une audace insénieuse l'emporte souvent, dans les circonslanceslespluspeniblesde la vie. sur une servile timidité. — Le solitaire saint Etienne fut Irainé devant l'empereur Constantin Copronyme, qui, voulant faire le théologien, entreprit de lui prouver qu'il était raisonnable d'abolir les images. Etienne tâcha d'abord de répondre au discours du prince; mais, voyantqueles fortes raisons qu'il alléguait n'étaient point entendues, il tira de dessous sa robe une pièce d'argent, empreinte de l'image de Constantin lui-même, et. la montrant à toute l'assemblée, il demanda si celui qui la foulerait aux pieds ne mériterait pas d'être puni pour l'outrage qu'il aurait fait à l'empereur. On répondit sans hésiter que ce serait un crime punissable du dernier supplice. .Alors le saint, adressant la parole à Constantin : « —Eh! quoi donc, seigneur, s'écria-t-il, c'est un crime d'insulter à votre image, qu'on voit gravée sur ce métal, parce que l'outrage retombe sur votre personne; et vous ne croirez pas que c'en soit un de briser, de jeter au feu l'image de Jésus-Christ! » —L'empereur ne se convertit point pour cela, dit-on ; mais il laissa le solitaire s'en retourner tranquillement d.ius sa solitude.

■MIT.%Tlo:v. — C'est une chinoiserie que je vais vous conter :

Le pavillon français, comme vous savez, parcourt à peu prés toutes les mers, grâce à la permission de Dieu et de l'.4ngleterre. — Un jour donc que l'un de nos vaisseaux, fatigué d'un long voyage, et tout meurtri par les tempêtes qu'il avait essuyées en doublant le cop llorn ; un jour qu'il longeait tristement les côtes de la Chine, lofant péniblement de droite et de gauche, cherchant un port où il pùl se* radouber et se ravitailler en même temps, il vit une foule de conques se jeter à la mer, comme le ferait une troupe de canards, et nager aussitôt dans ses eaux. Ces conques étaient montées par des sectateurs de Boudha, qui, voyant enfin le navire mettre en panne et ses larges voiles se serrer une à une sous les efforts cadences des matelots, avaient fait à part eux ce petit raisonnement : «Voilà un pauvre trois-m.àtsaux troisquartsdèmàté; peutêtre a-t-il besoin de secours'? » Et ils s'empressaient d'accourir vers lui ; tellement il est vrai de dire que l'humanité se pratique avec empressement dans tous les pays du monde, moyennant le salaire que partout Von espère en retirer. — En un instant ils sont à bord; et les voilà tout aussitôt, — la curiosité chinoise est proverbe, — les voilà courant de la poupe à la proue du navire, visitant tous les recoins, descendant dans le plus bas fond de la cale, grimpant dans les huniers et jusqu'à la cime des vergues, montrant leurs faces chinoises à tous les sabords.

Laissons-les courir où bon leur semblera; laissons-les même se casser le cou tout à leur aise, s'ils y trouvent quelque plaisir, c'est affaire qui les regarde. Nous n'avons à nous occuper, du reste, que de celui-ci de leurs compagnons, qui, debout sur le pont au milieu de l'équipage, semble passer une revue de propreté, si minutieuse est l'attention avec lamielle il examine un chacun des pieds à la tête. — 11 n'est nomme sur terre qui fut jamais plus affairé que ne paraissait l'être ce mangeur de riz! — C'était surtout les pantalons qui semblaient attirer le plus vivement ses regards et pour ainsi dire sa sollicitude. 11 les touchait attentivement l'un après l'autre, tournait autour d'eux trois et quatre fois, les secouait ensuite avec une certaine précaution, comme pour s'assurer si dés le soir même ils ne tomberaient point en guenilles; et, à chaque nouvelle épreuve qu'il leur faisait subir, vous l'eussiez vu croiser ses petites mains sur son gros ventre, cligner ses petits yeux tout ronds, et branler. — en signe de pitié sans doute, — sa moqueuse petite tête de Chinois, surmontée d'une touffe unique de cheveux, laquelle ressemblait assez, par parenthèse, à la lonqne queue d'un gros rat. Le fait est que les malheureuses culottes de nos marins méritaient bien aussi quelque commisération : les unes étaient à ce point percées à jour, qu'on aurait dit, à les voir, les rosaces de quelque cathédrale; les autres, dont les trous étaient un tant soit peu bouchés par des pièces de différentes couleurs, auraient pu. d'une certaine distance, être prises pour des mosaïques des plus nuancées. — Le capitaine fut des premiers à s'apercevoir du singulier manège de notre homme : « — Parbleu ! fit-il en lui-même, ce gros ventre-là m'a tout l'air d'être porté par un tailleur; et, puisqu'aussi bien il me faudra louvoyer pour le moins un mois dans ces parages, j'ai bonne envie de lui commander une centaine de pantalons pour mes hommes. Ce ne sera pas du luxe au reste; car, avant qu'il soit un mois, nous pourrions, ma foi. bien être un peu moins vêtus que des sauvages. —lié! Chinois! Diable soit de l'animal! pensat-il tout haut ; je ne suis jamais capable de me faire comprendre de ce rhinocéros-là! » Il appela l'interprète : — «Demandez à ce Chinois si. d'ici à quinze jours, il peut avoir fibriqué une centaine de pantalons de toile.» — Le Chinois, interrogé dans sa langue, jura/)er les sacrés excréments du grand Lama qu'il fnTerait. avant celte époque, la commande dont on voulait bien l'honorer. — « C'est bien, répondit le capitaine, faites-lui donner un pantalon pour lui servir de modèle, car il est inutile qu'il prenne mesure à tout le monde, et dites-lui d'apporter tous ses soins à l'ttnitrr autant que possible.»

Douze jours après, le tailleur retournait à bord, chargé comme un mulet : à peine si l'on distinguait le bout de

son nez sons les cent pantalons (lu'il itortinit sur son dos, sur sfis lirns, sur sa tote.— 0 bonhtur inaltendu 1 c'est devant les officiers réunis par hasard qu'on lui commande de poser son précieux fardeau. Ces beaux messieurs tout galonnés d'or sur toutes les coutures vont donc admirer ses ouvrages! Il en recevra certainement les félicitations les plus flatteuses! Peut-être même, ces jeunes officiers, émirveillés de son talent, lui feront-ils quelque commande 1 — En attendant, la joie la plus modeste colore son visage. « Que son Dieu le rappelle à lui quand sa bonté divine l'exigera, jamais lui, tailleur, n'éprouvera d'émotion plus douce que celle de ce moment, quand bien même il lui serait donné de rendre le dernier soupir, tenant une bienheureuse queue de vache à la main ! »

Le capitaine, cependant, examine les pantalons. Le preniier qu'il touche est rapiécé, sur le oeau milieu de la

cuisse gauche, d'une pièce ronge de la largeur à pou près d'uiie pièce de cinq francs : — « Peste soit du magot, dit-il ; le maladroit, tout en allumant sa chibouque, aiirn laisse lombiM- du feu sur sa toile. » Il en prend un second : même. pièce rouge. Un troisième, un quatrième, tous enfin sont' successivement passés en revue : tous étaient rapiécés de même sorte. — « Mille tonnerres! s'écria le capitaine en se tournant d'un bond vers l'interprète : demandez donc à ce misérable, que j'ai bien envie de faire pendre, en guise de girouette, au màt de perroquet, pourquoi toutes ces pièces rouges à ces pantalons? — Le Chinois, qui n'était plus joyeux, montrant alors son moJèle, qui était également marqué d'une pièce rouge absolument pareille aux autres : — J'ai imite, dit-il. »

— La morale de cette histoire est que. dans les arts surtout, l'un ne doit pas chinoisement imiter; et qu'il faut se

Jai tmilé, dit-il.

bien garder d'introduire dans ses œuvres le plus ou moins de pièces rouqes dont la nature est elle-même quelquefois airiihlêe.

I^'SilPlKE — « Les Français ne savent faire que des messieurs, » disaient les Italiens, du temps qu'ils étaient nos maîtres dans les arts. Ils voulaient dire par là que les Françnis s'éloignaient de la simplicité antique, si cstinn'e des vrais connaisseurs; que, dans leurs ouvrages, ils mettaient, à la place de cette simplicité, un air national ; que nos peintres et nos sculpteurs joignaient souvent au mauvais choix des ornements un profusion insipide. L'épi- Ihète insipide, qui signifie sans goût, sans choix, sans élégance, sans sagesse, s'applique n toutes les parties de la peinture, mais plus particulièrement à la couleur.

IXVEXTIOX. — L'invention, dans les arts, est à la fois la puissance qui crée, et le jugement qui sait faire un choix (fans la nature. Elle demande l'imagination, qui enfante; l'esprit, qui discerne; la prudence, qui se méfie; le goût, qui guitle; et. avant tout, l'érudition, qui est le flambeau des arts, comme elle l'est des sciences' et des lettres. L'invention est donc le génie, quand la fougue de l'artiste est contenue et soutenue par certaines règles fondanieiilales et immuables.

l'a artiste — soit un peintre — s'esl-il déterminé sur l'action qui doit faire le sujet de son tableau? Qu'il commence par bien imprimer cette action dans son esprit; qu'il s'y intéresse ensuite le plus vivement possible, et comme si lui-même était l'un des principaux personnages de son drame; qu'il se transporte, par son imagination, sur les lieux de la scène; qu'il en scrute d'un œil avide

toutes les circouslauces; qu'il en examine toutes les faces; qu'il médite sur tous les accessoires ; qu'il retranche sans hésiter tout l'inutile et le superflu — le superflu étant toujours inutile, et l'inutile toujours nuisible à l'intérêt; — qu'il fasse choix de tout ce qui peut contribuer à produire un effet avantageux; et que, dans cette liberté qui lui est donnée d'introàuire des incidents et de retrancher des circonstances, il se garde bien de s'écarter du vrai, ou tout au moins du vraisemblable : on dira d'un sujet ainsi traité qu'il est beau d'iiucution.

Il n'est point de sujet où l'on puisse donner un plus grand essor à son inreniion dans que la représentation d'une bataille, des ravages d'une peste, d'un incendie, d'une assemblée tumultueuse; mais il n'en est pas non plus qui permette moins d'altérer l'hisloirc, el de faire ce qu'on appelle un roman. Chaque personnage doit y soutenir son ciraclere; tout doit y être observé avec la iidélité la plus scrupuleuse, le pays, le lieu de l'action, les moeurs, les costumes; à moins cependant que le sujet soit de pure imagination : en ce cas, l'artiste n'a de régies que le vraisemblable.

Toute action ayant différentes faces, un artiste marque le degré de son invention par le choix qu'il sait faire de la plus avantageuse. )iar l'esprit, le t/ict, l'imagination, le génie qu'il "sait y déployer; mais, dans l'élan t|u'il lui donne, il doit segarderd'onblier qu'un tableau hislnricpie, ou supposé tel, ne doit représenter qu'un seul instant d'une action, qu'il n'y faut rien ajouter qu'on ne puisse supposer s'être fait ou être arrivé dans le même temps, ou qui ne concoure à l'effet de l'action iiriucipale.

LES i;i:ai\'-akts iLi.rsTi;r.s.

Ltevons-ncuis encoic .njoiilerque rien ne saiirail jiislilitr l',il>suri!e; que, — dans une peinlui'c. — unànenedoit point ai-oir son fauteuil à l'Aradcmic; el i[nv l.i bienséance, ui.ilgrc tout le respect dû ;i Piiul Véron'se, ne peut reg.nr- ■ der, sans une certaine rcpugn.nncc, le cliien qu'il a représenté roniîcanl son os dans un fcslin où des personnages de la plus haute qualité sont à table? Insister sur ce point serait faire injure au sfoùt d» dix-ncuvi;'me siècle, qui comprend si bien la dignité.

Toutes ces règles dictées par le savoir, par les convenances et par le goût, n'empêchent point qu'on ne doive faire entrer dans un sujet toute la variété dont il est susceptible. Celle variété est même absolument requise dans Imite production représentant une multitude; et il esl in-

tjjensable qu'à côté de la figure principale, — laquelle ^ ... ure doit se fairç rem:ir.|uer. — l'on introduise dans b>' i^tres personnages une certaine nuance de caractère, d'altitude et de passions, pourvu tautefois - nous le répétons — que cette variété soit convenable et naturelle.

— Artistes de tout genre, veillez surtout à ne point loniH?r dans l'obscurité, qui n'est jamais pardonnable: on n'aiir.e pas plus les mystères dans les arts que les labyrinthes dans les lettres, (lue s'il vous prend fantaisie parf lis de jouer avec l'allégjrie, votre allégorie repose invariablement sur des iiidices autorisés par la coutume ou par les ingénieuses fables de l'antiquité, on que tout au moins elle présente au spectateur une explication claire, nette, ficilc; cl ne soyez jamais inintelligibles par le sot amour-propre d'inventer des énigme-:, ou sous le ridicule prétexte de ne vouloir èti-e appréciés que par certaines gensd'élilo. Los bcriix-arts sont un grani livre oi loul le inoiide vri'.t et doit i ouvoir lire.

liACBnÈE I l'ciNiiT.E oi .mami.m;,. — On n'eiiliMid que trop souvent ks artistes et les amateurs oinidoyer le mol lâché, dans celte phrase, par exemple : « Cette pciiituie est bien tâchée, » pour exprimer que son auteur s'est montré n.ou, lâche, négligé dans cette circonstance, et que son tableau a de tout en tout mauvaise mine. — Nous prendrons la liberté de faire observer (|ue cette expression médicale « lâchée, » n'est point française en ce sens, à moins cependant qu'on ne veuille dire inétaphoriquement : « Cette malluureuse peinture a bien lu colique! » — Mais, en conscience, la métaphore scrail-ille de mise, bien que l'on fasse assez piteuse mine quand on a la colique, et iiiie — passez-moi cet autre mot — l'on se débraille assez (!e toute sa personne'? — Le terme lâché est ,in moin> impropre, comme on le voit, cl nous con.eiHous fovl de le remplacer par un autre.

E<.4R€iE. — Kncorù une exio\'s>ion métaphorique. Celle-là, par exemple, a sur .sa voisine l'immense avantage de ne rien exprimer du tout, lîcaucoup de critiques se mettent fort à l'aise en employant ce terme, dit M. de .Monlabert. — Cela n'est que trop vrr.i, monsieur: il ne se passe point une journée (|ue nous ne soyons largement assummés.par les larges de ces messieurs. PàiccdM large, manière large, composition large, pleuvcnl d'une façon alarmante sur notre tète. Qui sait où s'arrêtera ceàéluge'/ il faut croire que nos crilicjues ont une aussi malheureuse passion pour le mot large, que nos amis les Anglais pour le mot beautifull. — Ce mot signifie beau. — Vous ne .sauriez demar.der quoi que ce soit, à cis braves insulaires, ^ans qu'ils vous répondent beautifull. Ils vivent dans leur beautifull: ils se mettent à l'aisa dans leur beautifull; ils s'épanouissent dans leur beautifull: ce qui, par parenlbèse, nous a souvent donné l'envie de leur adrosscr bien des questions saugrenues, pour voir jns (u'on pnMv;it aller leur amour pour leur

cher beautifull. — Ile gr,ice ! messieurs les erilique; français, ne soyez pas, .i ce point, serviles imitateurs des moilés anglaise"s; et donnez-nous autre chose que voUe large, uc"fùl-cc que par égard pour la nouveauté.

liETTRES CRISEiS. — Tout le monde sait qu'on appelle ainsi les Icltres majuscules de l'alidiabel romain, ornées de gravures, soit en tleurons, soil en figures. Telles sont, dans cet ouvrage, les lettres romaines alphabétiques, indicatrices de chaque nouvelle série contenue dans la lettre initiale qu'elles ont mission d'annoncer. Comme ce genre de gravure demande quelquefois de l'imagination à son auteur, et qu'il en fait quelquefois aussi ressortir le mérite, on ne manque jamais, lorsqu'on fait le recueil des pièces d'un graveur, de ramasser jusqu'aux lettres grises de sa composition.

IjICE:VCE. — On dit d'un tableau t|u'il y a de grandes licences conire la perspective elles régies de l'art, lorsque la correction, le co.stumé. l'action représentée,, ne sont pas conformes aux lois de la peinture ou à l'histoire. Le peintre a, comme le poêle, le droit d'oser, mais il ne doit pas pour cela s'écarter de la vraisemblance. — Surtout dans vos licence.i.

N'imitez p.is ce fou qui, (lécriv.nnt les mers, l.l pci^Ti:int, an milieu de leurs finis cnIr'ouTerIs. I, lléliivii <;mv'' du jonc ilc ses injustes maîlres. Me 1. poiii II' voir pnsser, les poissons ans lenèlies.

U.IIK».'.

liOUACE (FiiiuiiES de). — (Voy. Fioures a LOUEn.) 1.UMIXAIIIK. — (le mol csi l'expression géiiérnle. FciK'li'c, jiiiir, flaii.lii'au, sont des ternies particuliers.

ItYRIQUE. — Cette épithéle se donnait autrefois à la poésie faite pour être chantée et accompagnée de la lyre ou cithare par le chanteur, comme les odes et autres chansons, à la différence de la poésie dramatique ou théâtrale, i|ui s'accompagnait avec des ilntes, et par d'autres que le elianteur; mais aujourd'hui elle s'applique au contraire à la mauvaise prose alignée et tant soit peu rimée de nos opéras, et, par extension, à la musique (Iramatique et imitative du théâtre.

HARCHE. — « Sous un ciel couvert d'épais nuages, où la clarté du jour ne pénétre qu'avec peine, s'élèvent <le vastes et antiques forêts. L'horreur, le silence et la nuit les hahitent. Des arbres, presque aussi vieux que la terre qui les porte, s'y élèvent et s'y amoncelleni, pour ainsi dire, sans ordre, les uns contre les autres. Leurs branches, touffues et entrelacées, n'offrent avec peiiui (jin; des routes tortueuses que des ronces embarrassent encore. Là, des cimes énormes succombent sous le poids des années ou la violence des vents; elles tombent avec effort sur des troncs antiques qui gisaient à leurs pieds, et recouvraient d'autres troncs à ilemi poinris. L'on n'entend, dans ces affreuses solitudes, dans ce séjour rude et sauvage, que les cris rauques et fuuebres dHiseaux voraces, les hurlements des ours qui clienhenl une proie, le fracas rt'im loiTcnl qui se précipite d'une roche escarpée, rejaillit en vapeur et l'ait gronder les échos de ces lieux brutes et incultes, ou le bruit des rochers que la main du temps fait rouler au milieu de ces forets retentissantes. Là, habitent, dans des cavernes, des hommes durs, féroces, indomptables, ne vivant que de leur chasse, ne se nourrissant que de sang, et ne désirant que de le boire dans le crâne de leurs ennemis. 1 ors(|ne l'hiver vient étendre ses glaces sur ces âpres contrées; iru'il répand à grands Ilots la neige ; que les eaux cessent île couler, se glacent et se durcissent; cpie les fleuves sont changés en masse solide capable de soutenir les plus lourds fardeaux, et que la mer ne présente plus qu'une plaine rigide de glace dure et compacte, ces hommes féroces sortent de leurs lanières. Tout va leur servir de chemin ; ils trouvernul même sur la mer et sur les tleuves des routes plus si'ii'es, plus courtes cl moins embarrassées que celles (|ui Iraverseiil leurs forêts. La massue d'une main et la hache de l*iuilre. ils partent pour aller a\i loin surprendre les animaux d*ij| ils se noui'iisseni, et enlever des bourgades entières pou't servir à leurs repas inhumains. Ils vont donner la mort, en peut-être la recevoir. Pressés par la faim, agités par la

férocité, pleins de courage, de cruauté et de force, s'animantpar le souvenir de leurs victoires ]iassées, cherchant à s'étourdir sui- le danger qui les menace, ils profèrent à haute voix l'expression de leurs sen>alions profondes et horribles : ils crient, ils élèvent leurs voix avec ell'ort. et lâchent d'en remplir tous les lieux (ju'ils parcourentfjm enthousiasme atroce s'empare de leur àme; une espèce de chant sauvage, une chanson barbare sort de leurs bouches avec leurs paroles de mort et de carnage. Cette chanson accompagne leurs courses; elle doit donc avoir une espèce de régularité. Tous, animés du nième désir de répandre le sang, d'étouffer la crainte et de faire taire la voix de la nature, élèvent leurs cris et chantent. Mais leurs enfanta et leurs femmes ont resté dans les cavernes qui leur servent de repaire ; l'harmonie naturelle n'a jamais agi que faiblement sur leurs organes grossiers; peut-être même n'a-t-elle jamais été entendue dans ces contrées glacées! les cris des animaux, ou le fracas des arbres, des rochers et des torrents qui s'y précipitent, y ont fait naître des bruits, mais jamais des sons. Ce premier chœur barbare et terrible y est donc chanté pres(|ue entièrement à l'unisson. Ainsi a été formé le premier chant guerrier. le premier chœur militaire, dont le caractère exige, en effet, peu de parties et d'harmonie, mais des chants fortement prononcés, coupés régulièrement, et faits pour accompagner la marche d'hommes armés et pour en suivre les mouvements. »

Le plus étonnant modèle du genre est, sans contredit, la fougueuse MorsdJ/atsp. Depuis bientôt soixante années, sous ses accents belliqueux et terribles, croulent les remparts et tombent les trônes.

— Il faut bien le dire, afin de ne point attirer sur nous un honneur que nous ne méritnns pas. nous avons taillé le diamant que l'on vient d'admirer dans la mine si riche en iioésie du comte de Lncèpèdi'.

MARIOiVWET'rBS. — Nous ne sommes pas surpris d'apprendre que, de tout tenqis, on a fait des statues de toutes sortes de matières, soit ou non combinées ; mais une chose qui nous étonnera peut-être, c'est que la forme de ces statues a souvent été aussi variée qu'il y avait de diversités dans les corps dont elles étaient formées. Nous allons en citer quelques exemples. — Les Egyptiens inventèrent des statues pour les fêtes de Bacchus, et qui n'avaient qu'un demi-pied de haut: elles étaient portées de village en village par des troupes de femmes, espèces de bacchantes, qui chantaient les louanges du dieu de la treille, et elles se remuaient par le moyen des nerfs dont elles étaient composées, à peu près comme nos marionnettes.

A la pompe funèbre de Piolémée Soter, il y avait une figure de douze pieds de haut, représentant la nourrice de Bacchus. Celte statue, qui était assise, se levait de dessus son siège, sans que personne y touchât, et, après avoir versé du lait contenu dans une (iole d'or, elle se rasseyait à sa place.

— On voit que les anciens avaient un grand nombre de statues fonnées, intérieurement, de parties mobiles, et qui paraissaient se mouvoir d'elles-mêmes, à l'aide de certains ressorts, ou de l'aimant et du mercure.— Si la plupari des liiiures de Dédale semblaient, comme on nous le dit, niarclicr nalnrellçmi'ul . ne pourrait-on pas croire qu'elles èl,-iienl dans ce gi'ure loul à fait bizarre?

Le s(|U('lelIe rpii se meut de lui-même sur une table, selon (|ue le dit Pétrone, dans le rrpa.i de Trimttkion, nionlri^ (|U(^ les Romains s'amusaient de ces |ietites machines ingénieuses, ainsi que les K.gypiiens et les Grecs.

On doii eiKorc ranger dans la même classe les ligures dont il est parlé dans Xénophon : — Socrale, demandant à celui i|ui les faisait mouvoir ce qu'il désirait le plus d.ins le monde, en reçut celle réponse : — « Tous mes vieux se bornent à voir augmenter le nombre des sols, puisque ce soni eux i|ui nie l'ont vivre à mon aise. »

S'allendnil-on de trouver aux mariniinclles. dont s'amuseiil les enfants el les bailauds, — ces derniers toujours de plus en nlus noiiibreux. Dieu merci! — s'allendail-on de liouvrr aux marionnettes une origine aussi antique'.' ,^]:\\< i|\ii de nos lecteurs ignore que les folies des hommes

soiil i!c loul temps et de tout p.ivs? — 11 pnrail ([iie l'.iiinant, ainsi que ses effets, ne sont point non plus une découverte iiiodeine. Le poëte Claudien, (|ui ilorissait sous Arcndius et Ilonorius, parle d'une statue de Mars, entièrement de fer, et d'une Vénus faite avec de l'aimant, et qui étaient construites de manière ijue, lorsqu'on voulait les faire agir, elles venaient aussitôt s'embrasser. 11 y avait même a Rome de pareilles statues à la porte du teiiiple de Mars.

L'avarice du tyran Piabis, qui régna dans Lacédémone, lui en fit inventer une à peu prés du même genre. Cette nincliini' sini;ulière représentait au naturel une femme revêtue d'habils magnifiques, et très-ressemblante à l'épouse de Nabis. Lorsqu'il mandait à son palais quel(|u'un, dans le dessein d'en tirer de l'argent, il commençait ]iar lui décrire avec douceur l'extrènie péril dont il prétendait que la patrie était menacée. Si on se laissait touclier par ses discours, on en était quitte pour une somme plus ou moins considérable; mais, quand on opposait une résistance opiniâtre, il s'écriait : « Peut-être que je n'ai pas le pouvoir de vous persuader ; j'espère que vous serez plus sensible aux instances de ma femme Apèga. » En aciievant ces paroles, il entraînait le malheureux dans l'appartement de sa prétendue épouse, qu'il prenait aussitôt par la main, la levait de sa chaise, et la conduisait à la victime. Cette statue, d'une ressemblance étonnante, et que des ressorts secrets faisaient mouvoir, avait les mains, les bras et le sein hérissés de pointes de fer ai.guës et imperceptibles; elle les enfonçait dans le corps du malhe\ireux, qu'elle déchirait en l'e'mbrassant, et que la douleur contraignait à donner au tyran une partie de sa fortune.

Indépendamment de nos marionnettes, nous trouvons, de nos jours, quelques ligures construites avec le même artifice. Avant l'établissement du calvinisme, on voyait à Boxley, en Angleterre, un crucifix qui passait pour miraculeux, et qu'on nommait le crurifi.v de grâce, (l'était l'ouvrage de la fourberie, et le mécanisme en était fort savant : suivant les divers mouvements qu'on lui imprimait, par des ressorts cachés dans un appartement voisin, il se courbait, se haussait, se baissait, branlait la tète, remuait les lèvres, roulait les yeux, et fronçait même le sourcil.

HOfSAKtUE. — La mosaïque est une espèce de marqueterie. C'est un assemblage de petites pierres, de cailloux, de petits morceaux de marbre de différentes couleurs, artistement incrustés et arrangés dans un enduit de mortier frais, et d'une manière à représenter, comme dans la peinture, des objets avec les couleurs qui leur sont propres. Au défaut de pierres naturelles, souvent difficiles à trouver pour un ouvrage qui exige le plus grand soin dans le choix des matières dont on le compose, ou qui demanderaient un temps inOni à les préparer, on a souvent eu recours à des pâtes, ;i des compositions de verre et d'émail, que l'on fait au creuset, et qui prennent une couleur vive et brillante.

Quoique ce genre de travail demande un peu de science dans la peinture, il est cependant facile de juger que son exécution est plutôt un ouvrage de patience que d'art. Avant de se mettre à l'œuvre, il faut avoir tous les dessins au net de la grandeur de l'ouvrage qu'on se propose d'exécuter, c'est-n-dire des cartons comme pour la fresque, et, près (le soi, le tableau peint, soit en grand, soit en petit, qui doit servir de modèle pour la distribution du coiori'^. On range ensuite par ordre, dans des paniers ou boites plates, toutes les petites pierres de chaque teinte ou nuance d'une même couleur. 11 n'est pas nécessaire que toutes les pierres soient de même figure; il suflit qu'elles puissent s'adapter exactement les unes auprès dos autres, de manière qu'elles ne laissent pas entre elles de vides trop sensibles. Il faut aussi que l'ouvrage fini présente une surface la plus unie et la plus égilc possible, c'est-àdire qu'une pierre ne soit pas plus saillante que l'autre. — Quel peuple inventa la mosaïque? Mon avis est que je n'en sais rien, et c'est, je crois, le meilleur que l'on puisse avoir, à moins que l'on ne veuille être la dupe de quelqu'une de ces milliers de fables contradictoires qui rnvclopi'fiit d'un nuage épais le lirrccau du plus minM

rejctnn des beaux-arts. Si nous en croyons Pline, cependant, les Grecs ont été les premiers qui cultivèrent la mosaïque. Qu'ils l'aient ou non inventée, il nous suffit de savoir qu'ils la pratiquèrent. Et, en effet, le même auteur. Pline, fait mention d'un ouvrage fameux en ce genre, que l'on désignait iiar le mot grec aëajcT',;, dont la signification, en notre langue, est «o?i balayé, parce que cet cuvrage singulier offrait, dit-on, à l'(cil îles ordures, des miettes de pain et d'autres choses (|ui tombent d'une table, représentées si naturellement, (ju'il semblait qu'on eut oublié de balayer la salle ou était cMu- f.imeuse mosaïque

Cette sorte cle peinture, que les Lalias apiielaient o/(h,< musiium. ne fut d'abord qu'un assemblage de petits carreaux de différentes .couleurs pour former une certaine variété, et quelques rinceaux ou autres ornemerrts, comme, par exemple, celte fameuse table de porphyre incrustée de pierres fines représentant une cage, et que l'on voyait autrefois au portique de Saint-Pierre de Rome ; mais "des peintres s'avisèrent, dans la suite, de l'enrichir par des représentations de figures humaines, d'animaux, de fleurs, même de traits historiques; et, de la sorte, ils en firent presque un art.

Notre époque, malgré tout, ne s'est pas montrée curieuse de conserver un genre où l'imagination avait si peu de part; et, si nous sommes à même de pouvoir apprécier aujourd'hui les difficultés de la mosaïque, et la patience plus qu'humaine dont il fallait être doué du ciel pour y réussir, ce n'est qu'en examinant les productions curieuses que nous en ont laissées le moyen âge et les premiers temps de la renaissance. — On peut encore admirer, ,i Sienne, le pavé de l'église cathédrale, où l'on voit le sacrifice d'Abraham représenté. Il est composé de trois sortes de marbres: l'un tres-blanc, l'autre d'un gris un peu obscur, et le troisième noir. Le premier sert pour les rehauts et les fortes lumières, le second pour les demiteintes, le dernier pour les ombres. — Plusieurs autres villes de l'Europe, de l'Asie, et même de l'Amérique, po* sèdent des pavés en mosaïques; mais le chœur de Saint- Rémi de Reims nous offre peut-être le plus beau monument de ce genre qui soit au monde. On y voit une infinité de figures qui semblent faites au pinceau. Le plus gros morceau de ce pavé n'excède pas la largeur de l'ongle, excepté quelciues petites pierres noires et blanche?, quelques pièces de jaspe, les unes pourprées, les autres ondées de diverses couleurs, qui y sont appliquées par compartiments pour séparer les sujets d'histoire, ou les figures qui sont représentées. On y voit David jouant de la harpe; saint Jérôme, autour duquel sont les figures et les noms des prophètes ; les quatre lleuvcs du Paradis terrestre désignés par ces mots: Tigris, Euphrat^'s, Géon, Fison; les arts libéraux ; les douze mois de l'année ; les quatre saisons; les signes du zodiaque; .Moïse assis dans une chaise et soutenant un ange sur un de ses genoux ; les quatre vertus cardinales ; les quatre points cardinaux du monde; enfin quantité de figures qui semblent saillir sur un fond jaune.

MUSIQUE. — La musique est l'art de produire et de combiner les sons d'une manière agréable à l'oreille. Cet art devient une science, et même très-profonde, quand on veut trouver les principes de ces combinaisons et les raisons des affections qu'elles nous causent.

— On n'a jamais douté de la puissance avec laquelle la mélodie et l'harmonie des sons agissent sur l'organisation humaine. On a vu des peuplades sauvages et cruelles, dont rien ne pouvait adoucir les moMirs et le caractère, se laisser attendrir et se laisser approcher peu à peu, grâce aux effets d'une musique touchante.— D'où vient que les ' mœurs de Sparte étaient plus rudes et plus barbares que les mceurs des Athéniens'? C'est que ceux-ci cultivaient la musique, et se plaisaient à prêter une àme sensible à ses accents ; tandis que Sparte, repoussant l'harmonie et tout ce qui pouvait attendrir le cceur de ses citoyens, ne cultivait dans ses murs (jue les luttes grossières du corps. Aussi, Athènes a laisse une réputation iminortelle, et nous . doutons que le nom même de Sparte fut arrivé jusqu'il nous, sans la puissance des lettres et des arts, que sa rivale avait fait pclnro et llourir dans la Grèce.

LKS lîEArX-AI'.TS IM.ISTRKS.

Nous savons iicii tic tliosc sur l:i iiiiisii[iic des aiificÈis (.1 sur les effets qu'elle devait prodiiii-i\ Cette inMiurie de notions et de souvenirs sur cet art divin s'explique jiar la utnllitude des sié^'lcs qui nous séparent d'eux. Cependant, si l'on ne peut connaître sur ce point la vérité entière, ne pcnt-on en démêler quelcpies traits parmi les faldes et les allégories dont les anciens l'ont environnée? Orphée, qui, par sa voix, charmait les forêts, faisait remuer les chênes, el adoucissait les tigres; Amphion, réunissant les hommes sous l'influence d'harmonieux accords, et élevant par ce moyen les murs de Théhes; Tyrtée enfin, inspirant par ses chants l'amour des comhats, et remplissant ses concitoyens d'une ardeur niirti^ile : tons ces exemples nous montrent le pouvoir magi([ui' cpie la musique exiirail autrefois, et que les anciens altrihuaienl ;i ses sons liarmonienx.

— Un auteur rapporte que Timothée excitait ou calmait à son gré la fureur d'Alexandre, suivant le mode splendide el impétueux, ou suivant le mode ravissant et doux qu'il donnait à ses accents. En nous rapprochant de nos lenqis, on trouve un roi de Daneniark qui, aux sons de la musique, entrait dans une frénésie telle, qu'il tuait ses meilleurs domestiques. Aux noces du duc de Joyeuse, un courtisan s'anima tellement en entendant jouer un musicien, qu'il s'ouhlia Jusqu'à ce point de mettre les armes à la main en présence de son souverain. De nos temps, il arrive assez souvent que des dnmes, en entendant une hellc musique, sont prises d'un rire involontaire et cmvnlsif. On rapporte qu'un musicien l'ut guéri d'une fièvre violente par ui) eniu'ert que l'on fit dans sa ehamhre. Après avoir rntenilu la Vrsidh' de Spontini, un jeune homme de nos conlrécs ini'j'idionales fut saisi d'une telle impression de fi'lieilé, qu'au sortir (lu s|ieclacle il se brûla la cervelle, vonlaut Icrminer sa vie diuis l'i'motiou merveilleuse dont la musiinn.' avail frappé tous ses sens.

iNous venons de citer des faits exlraordinaires. Mais, snns sortir des habitudes de la nature huinaini', esl-il de Suisse (|ui entende le fameux air du litiiiz dca )'<iches, sans s'allendrir nussitùt sur sa famille el sur sa ]iatrie'.' Kst-il un Français (|ui, aux accents l)eliii|ueux et passionnés de la Marseilhiiii; ne sente sou àme s'élever et n)qieler les comhals'.'

Telle est l'influence de cet art enchanteur (|ui ne l'ut pas ign(M'i'' des anciens, ninis (|ne les modernes ont poilé ,1 un point de perfection imimuii ^aii-; doMle jus(|u'alors.

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du nom de miditi's. Il faut convenir cependant qu'niufoule de mauvais artistes, bons imitateurs d'ailleurs, oui, par ignorance de l'art, offert des nuditi's en offrant du nu. » Ajoutons qu'il en est d'autres aussi, et ceux-là sont peu louables, qui traitent des sujets lascifs. L'Albane les méprisait, et s'étonnait avec raison que des morceaux, qu'on n'osail exposer en public, trouvassent place dans le palais des grands nu dans les cabinets de certains amateurs.

Les Grecs, qui étaient de grands connaisseurs, aimaient le nu, )iarce cjue c'est par lui surtout qu'un artiste peut montrer son habileté : ils s'attachaient à y réussir et à représenter en quelque sorte la fraîcheur et la mollesse de la chair, dont ils tiraient un si grand avantage pour l'elfel el la ciniiposilion. — Les anciens Perses, les Iniliens, les rKim.iins ili';;i'iiéi-és, et, plus près de nous, certaines villi's du Milanais el des Pays-Bas, ont aimé les nudités, et soni tombés paifdis dans les obscénités les plus révollaiiles.— Les Espagnols du dix-huitième siècle n'aimaient ni l'nn ni l'autre, s'il faut en croire les relations de voyage des(|iielles je tire l'extrait suivant :

« Les statues des saints révérés en Espagne sont presquetoutes habillées à la moderne, et leur visage est coloré au naturel : la Vierge et saint Joseph ont souvent un énorme chapelet à la inaiu.

0 Dans l'i'glise du fameux couvent de JNotre-Dame-de- Moull'erral, en Casiille, on voit une statue de la Vierge

Slalue de la Viciffo Je Notrc-Danio-du-MontferMt.

que la créduliié dit avoir été faite | ar l'apôlrc saint Luc : elle a sur la tèle une conroiine de pierres précieuses, et on la pare chaque jour de robes couvertes de diam.inl;. on cite entre autres une de ces robes, sur laquelle ou compte jusqu'à douze cent soixante rubis, saphirs, topazes, etc.

« La Noire-Dame de Lorelte possède une garde-robe in . finiment plus riche. Celle célèbre statue est priisque de grandeur nalurelle, pnis(|u'elle peut avoir environ (|nalre "pieds et demi de haut; on la croit faite de bois de cèdre, on lui nu't nu nouvel habit tous les jours, cpuiique le sculpteur ne l'ait point représentée nue; el rien de si brillant, de si magnifique, de si riche, que sa parure. Ce ne sont (|n'élid'l'es précieuses, perles, diamants, couronnes, colliers, bracelets d'un grand prix ; une seule de ses robes est esliiuéi' ipiaranle mille écus. Ou la change d'habits avec l)eaueini|i de cérémonies; ou commeiiee |iar lui ôlrr Min vdile, ensuile son grand manteau royal, puis sa robe el ses jupes île dessus cl de dessous; ou linilenlin par lui oler sa cueMiise el par lui en mettre une Idanelie. )i

l.e leeleiir esl prié de reninl-quer eneoi'e niie luis qUC

Li;S iU:AL\ Alil.S ILLLSTIIKS.

\r< lÈiOiimirts ou ces fiiils ont été |)uist'S liaient do 1750. Li's Es|i;ia;i)ols mit changé de goût depuis celle éiioi|ue. Nous les en félicitons.

MUIT.— On <'i|ipelle, en peinture, une nui , lesl;ibloaux nui représentent un paysage éclairé seulement jiar la clarté (II' la lune et des étoiles, ou bien encore une action i|ui s'est passée à la seule lueur des llanihean.x. Le Corrége a r.iil un tableau dans ce genre qu'on appelle par excellence ta Miiit (lu Cnrri'ije.

OPÉBA.— Les parties conïlitutives du;i Oj^'Ta sont le poënie, la inusii|ue et la décoration. Par la poésie l'on parle à l'esprit, par la music|ue à l'oreille, par la peinture cl rarchilecture aux yeux. L'opéra est un spectacle dramatique et lyriiine où "l'on s'efforce de réunir tous les charmes des beaux-arts dans la représentation d'une action passionnée, pour exciter, à l'aide de sensations agréables, l'intérêt et l'illusion.

Les Grecs n'avaient pas au théâtre un genre lyrique ainsi que nous, et ce qu'ils appelaient de ce nom ne ressemblait point au nôtre. Comme ils avaient beaucoup d'accent dans leur langue et peu de fracas dans leurs concerts, toute leur poésie était musicale cl toute leur musique déclamatoire; de sorte que leur chant n'était presque qu'un discours soutenu, et qu'ils chantaient réellement leurs vers comme ils l'annoncent à la lèle de leurs poèmes. (Juant à ce qu'ils appelaient genre lyrique en particulier, c'était une |ioésie héroïque dont le "style était pompeux cl ligure, laquelle s'accompagnait de la lyre ou cithare, préférablement à tout autre instrument.

A la naissance de l'opéra, ses inventeurs, voulant éluder ce qu'avait de peu naturel l'union de la musiijue au discours dans l'imitation de la vie humaine, s'avisèrent de transporter la scène aux cieux et dans les enfers, cl. faute de savoir faire parler les hommes, ils aimèrent mieux faire chauler les dieux et les diables que les héros et les bergers. Bienlùl la magie et le merveilleux deviureul les fondements du thènirc lyrique. Pour soutenir une si forte illusion, il faiblit é| uImt tout ce que l'art humain pouvait imaginer de plus <édui>ant chez un peuple où le goût du plaisir régnait à l'envi. L'Italie, celle célèbre nation à laquelle il ne reste de sou ancienne grandeur que celle des idées dans les beaux-arts, prodigua son goût, ses lumières, pour donner à ce nouveau spectacle tout l'éclat dont il .•ivail besoin. On vil s'élever par toute l'Ilalie des théâtres égaux en élendue aux palais des rois, et, en élégance, aux mcmuments de l'antiquité dont elle était renqdic. On prodigua, pour les orner, l'art de la perspective cl de la déroialion. Les artistes dans chaque genre y tirent à l'envi briller leurs talents. Les machines les plus ingénieuses.

les vols les plus hardis, les Icmpèles, la foudre, l'éclair et tous les prestiges de la bagnelte furent employés ;i fasciner les yeux, taudis que des multitudes dinslri'imcntscl de voix étonnaient les oreilles.

.\yec tout cela l'action re^lait toujours froide, et toutes les situations manquaient diiilérèl. Il n'y avait point d'intrigue si nouée nii'on ne dénou.it facilement à l'aide de mieique dieu, et le spectateur, qui connaissait le pouvoir (lu poète, ne prenait qu'un médiocre intérêt aux situations les pins dramatiques. — Ce siiectacle, tout imparfait qu'il était, fit cependant longtemps l'admiration des contemporains, qui n'en connaissaient point de meilleur.

(Juoique les auteurs de ces premiers opéras n'eussent guère d'autre but que d'éblouir les yeux et d'élourdir les oreilles, il était difficile que le musicien ne fût jamais tenté de chercher à tirer de son art l'expression des sentiments répandus dans le poëmc. Bientôt on commença de sentir qu'nnlé'pendaniment de la déclamation musicale, que souvent la langue comportait mal, le choix du mouvement, de l'harmonie et des chants n'était pas indifférent aux choses qu'on avait à dire; et que, par conséquent, riffet de la seule musique, borné jusqu'alors aux sens,

Oiiéra.

pouvait alkr jusqu'au co'iir. La mélodie, qui ne s'était d'abord sé|iarée de la poésie que par nécessité, lira parti de celte indépendance pour se donner des beautés absolues et purement musicales; l'harmonie, découverte ou perfectionnée, lui ouvrit de nouvelles routes pour plaire et pour émouvoir, et la musique, affranchie de la gène dii'rhythuie poétique, acquit ainsi une sorte de cadence à part qu'elle ne tenait <[ue d'elle seule.

La musique, étant ainsi devenue un troisième art d'imitation, eut bientôt son langage, son expression, ses tableaux, tout ,à fait indépendants de la poésie. La symphonie même apprit ,à parler sans le secours des paroles, et souvent il ne sortait pas de sentiments moins vifs de l'orchestre que de la bouche des acteurs.

D 'S que la musique eut appris à peindre et à parler, les charmes du sentiment firent bientôt négliger ceux de la baguette; le Ihéitrc fut purgé du jargon de la mythologie, l'intérêt fut substitué au merveilleux, les machines des poêles et des charpentiers furent détruites, et le drame IjTique prit une forme plus noble et moins gigantesque, "fout ce qui pouvait émouvoir le cœur y fut employé avec succès , on n'eut ]dus besoin d'en imposer par des êtres surnaturels, cl les dieux quittèrent la scène quand on y sut représenter des hommes.

C'est A cette forme plus sage, plus régulière, plus propre à l'illusion, et de jour en jour cjuirée par l'art, que nous devons les chefs-d'ieuvrc, délices do notre siècle.

ÔH

LES liEAlX-ARTS ILLl STl'.KS.

ORDOWIVAIVCE.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, lit les mois pour le dire arrivent aisément.

Les préceptes de Boileau sont aiiijlicibles aux arts comme aux lellros, et le seul tort que l'on pourrait reprocher à cet esprit solide, serait celui d'avoir toujours raison. — Et, en effet, lorsque le peintre, par exemple, a bien médité son sujet ; lorsqu'il s'est bien mis au fait de l'action qu'il veut reiirésenler, les objets vont comme d'eux-mêmes pi'i'iidre sur la toile la place qui leur convient.

ORDRE. — Ou appelle ainsi un arrangement régulier et pruporlionné de moulures, d'ornements et autres partics qui, dans une façade ou autre décoration d'architecture, composent un bel ensemble.

La variété qu'ont mis dans cet arrangement et dans les proportions des différentes parties les architectes grecs, romains, toscans, et ceux qui les ont suivis, est l'origine des différents noms sous lesquels nous connaissons les différents ordres d'archilecture.

On distingue ordinairement, dans chaque ordre, trois parties principales, savoir : le piédestal, la colonne et l'entablement. Cependant, une décoration peut cire composée suivant les proporlions d'un ordre quelconque, et éUe nommée du nom de cet ordre, quoiqu'on n'y ait employé ni piédestaux ni colonnes, pourvu que les hauteurs, les saillies et les autres parties en soient réglées suivant les proportions de cet ortlrc.

On compte généralement cinq ordres d'architecture : les trois grecs, le dorique, Vionique, le corinthien, et les deux romains, le toscan et le componte. — Plusieurs auteurs anciens et modernes nous ont encore donné la description et les proportions des différents ordres subalternes auxquels OB a conservé le nom du pays où ils ont été inventés. Tels sont :

L'orrfre allemand:— il n'a qu'un seul rang de feuilles et compte seize volutes.

L'ordre attiinie, qui n'a ordinairement pour hauteur que la moitié île celle de l'ordre sur lequel il est élevé, i|u'on n'exécute qu'en pilastres, dont le chapiteau est clinrgé de peu d'ornements, et dont le commencement n'est qu'une corniche arehilravée : tel est celui de la façade du château de Versailles, du côté des jardins, au-dessus de l'ordre ionique.

L'ordre caryatique, dans lequel on emploie des statues de femmes, au lieu de colonnes, pour porter l'entablement. (Voy. caryatides.)

L'ordre composé, qui est de caprice, n'ayant qu'un rapport éloigné avec les ordres grecs.

L'orrfre espagnol, qui est à peu pr.^s dans les mêmes proportions que le corinthien : — son chapiteau est orné de feuilles d'eau sur l'astragale, ensuite d'un rang de grandes feuilles galbées, sans être découpées, mais flan- ([uécs de culots âes deux côtés de la nervure, et liées les unes aux autres par des miroirs, sur le milieu de leur hauteur, et d'autres feuilles semblables sous la saillie des grandes volutes. Une tête de lion tient lieu de la Heur du tailloir; la frise est ornée d'un globe terrestre en bas-relief, entouré de deux cornes d'abondance; la corniche est remplie de niodillons plus serrés que dans le corinthien, enlre lesquels sont des grotesques; le renfoncement du plafond du larmier est creusé en demi-sphcre ornée de grenades en rosons.

L'ordre frani'dis, i|ui csl dans les proportions du corinthien, mais iliint le i.h.ipilrau ol ((iniiKisé d'ornements nilalil's ,1 la natiun franiMiM' ou an sonvirain.

L'orrfre gothique, dont les prii|i(irlions sont ridiculement extrêmes, c'est-à-dire donl les coloMnessont grosses et courtes, ou menues et longues loinnie des iierches, dont le cliapitcau n'a aucune grâce, et dont les ornements sont de feuilles d'acantbi' épiiu'usc, ou de chardons, ou de choux, ou de têtes de cliiiMi'res, etc., comme on en voit dans tous les anciens édillccs gothiques.

\.'(irdre persique, proporliojiné comme le rforigitf ou le losnin. cl d(nil lr> rolonnis siuit des statues d'honinu's.

L'ordre rustique, lenani aussi du taseau nu du dorique.

et qui est orné de bossagrs ou de refends, coniniu an pulais (lu Luxembourg.

ORDRES «REC!^. — « Dorus, roi du l'élopun 'se, dil Vilruvc, ayant l'ail biilir un temple à Junon dans Argos, ce temple se trouva, par hasard, de cette manière que nous appelons dorique. Ensuite, dans plusieurs autres villes, on en flt de ce même ordre, n'ayant encore aucune règle établie pour les proportions de l'architcclui'e. — En ce temps-li, les Attiénicns ayant envoyé dans r.\sie Mineure plusieurs colonies, sous la conduite d'Ion, ils nonnnérent lonie la contrée où celui-ci s'établit. Ils y bilireiil d'abord des temples doriques, principalement ce*- Ini d'Apollon; mais, comme ils ne savaient pas bien quelle proportion il fallait donner aux colonnes, ils cherchèrent les moyens de les faire assez fortes ]iour soutenir le faix de l'cdifice, et de les rendre en même temps agréables ;i la vue. Pour cela, ils prirent la mesure du "picil d'un homme, qui est la sixième partie de sa hauteur, et. sur cette mesure, ils formèrent leurs colonnes, de sorte qu'ils leur donnèrent six diamètres. Ainsi, la colonne dorique fut mise dans les édifices, ayant la proportion, la force et la beauté du corps de l'Iiomnie.

« QupIi|uc temps après, ils bâtirent un temple à Diam', et cherchèrent quelque nouvelle manière qui fut belle par la même méthode. Ils imitèrent la délicatesse du corps d'une femme; ils élevèrent leurs colonnes, leur donnant une base en façon de cordes entortillées, pour en être comme la chaussure ; puis ils taillèrent des volutes au chapiteau, pour représenter cette partie des cheveux qui pend à droite et à gauche ; ils mirent sur le front des colonnes des cymaises et des gousses, pour imiter le reste des cheveux qui sont liés et ramassés au derrière de la tête des femmes; par les cannelures, enfin, ils imitèrent les plis des robes, et cet ordre inventé par les lonierts prit le nom d'ionique.

« Le corinthien représente la délicatesse d'une jeune fille, à (lui le jeune âge rend la taille plus dégagée et plus susceptible des ornements qui peuvent augmenter sa beauté naturelle. L'invention de son chapiteau est due à cette rencontre : « Une jeune fille, prêle ;i marier, étant « morte, sa nourrice posa sur son tombeau, dans nu paie nier, quelques petits vases qu'elle avait aimés pendant « sa vie, et, afin que le temps ne les gâtât pas si tôt, étant « à découvert, elle mit une tuile sur le panier; mais, le « panier se trouvant posé, par hasard, au milieu d'une. « racine d'acanthe, il arriva, quand les feuilles vinrent à (( pousser, que le panier fit élever, le long de se« côtes, i< les tiges de la plante, et celles-ci furent contraintes de « se recourber, et de faire le coutournenient des volutes. » Callimaque, sculpteur et architecte, vit cet objet avec plaisir, et en Tmita les formes dans le chapiteau des colonnes qu'il fit depuis à Corinthe, établissant sur ce modèle les proportions de Vordrc corinthien. »

— Ouclle délicatesse! quelle grâce 1 quel esprit! et comme on reconnaît bien là cet admirable peuple grec, qui fut le fiambeau de toute l'antiquité!

ORDRE» ROMAi:%». — Plusiem-s colonies grecques ayiiut apporté dans l'Etrurie, ou Td.scano, la connaissance de l'ordre dorique, qui était le seul donl on fit encore usage dans la Grèce, cet ordre y fut longtemps exécuté de la même manière que dans les pays d'où il tirait son origine; mais, enfin, on y fit plusieurs changennuits : on allongea la culoune, on lui donna une base, on changea le chapiteau, on simplifia l'entablement; et cet ordre, ainsi change, fut adopté par les Romains sous le nom d'ordre to.sfon.

Longtemps après, les Uoinains, qui avaient adopté les trois ordres grecs, imaginèrent de placer les volutes ioniques dans le chapiteau corinthien, et ce mélauL'i' fil donner aux colonnes où on le remarquait le nom de composites.

L'ordre toscan est le plus simple des ordres, et on même temps le plus solide, n'ayant aucun ornement de scnlpiure cl peu de moulures; c'est l'ordre dorique mutilé pai- les Lalins en Toscane.

L'iM'drc ronijiosite est celui qui a les mêmes proporlions que le CDi'inlhien, in:iis dont le ciiapile.iu est f(U-mé

i>l s BKAUX-AUTS ILIAiSiliKS.

loul cnseniljlf îles deux i-ancfs do l'ciiillcs du coriiUliii'u et di's volutes Ho riiinii|uo. et doiil l:i onrnichc est ornoo de lunilillnus sini|ilos OU de doiiliunlcs.

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PARIiAXT. — On dit d'uu porli uil qu'il est parlant, ijuand il est peint au naturel, et d'une extrême ressemblance. C'est dans ce sens que l'abbc Ménage, considérant un jour, aux Chartreux, un portrait de saint Bruno, s'écria : « Sans la règle il parlerait. » Je ne sais pas, nar exemple, quel sens attachait à ses paroles le riche imbécile qui venant trouver un peintre, lui dit : « Monsieur le peintre, roprésenlez-moi, s'il vous plaît, dans mon portrait, lisant tout haut un livre que je tiendrai à la main. »

PASQUIWAUES. — Il est encore parlé, dans toute l'Europe, de la statue de Pasquiii. Cette statue si célèbre n'est autre chose qu'un tronc informe, qui sert peut-être encore de borne au coin d'une rue de Rome, et qui fut déterrée il y a plus de troii cents ans. Quelques auteurs ont écrit que rctte antique avait représenté Alexandre ou Hercule; selon d'autres, elle a fait partie d'un groupe représentant Alexandre blessé, et soutenu )iar des soldats. Quoi qu'il en soit, on lui donna le nom do l'asquin, fameux tailleur qui avait sa boutique auprès de l'endroit où elle était dressée. — Ce Pasquin était un homme d'une humeur très-enjouée, une espèce de bouffon, qui tenait les laopos les plus malins et les plus hardis .sur les grands, les princes, les cardinaux, de même que sur les événements de son siècle; et dont la boutique était le rendezvous ordinaire des nouvellistes. Ses bons mots, dont on no faisait que rire, prirent le nom de pasquinades, et on lui attribuait tout ce qui se disait de piquant dans Rome. Pour mieux persuader qu'il en était l'auteur, on suspendait à la statue placée auprès Je sa porte toutes les épigrammes et les placards satiri(|ues qu'inspiraient à certains esprits les affaires du temps. Cet usage se perpétua malgré les défenses des papes, et les punitions les plus sévères; cl, après avoir donné à cette statue le nom même de Pasquin, on qualilia de pasquinades toutes les satires qu'on osait y attacher pendant la nuit. — C'est par analogie que nous avons depuis appelé pasquinadc foute pointure, snilplmi'. ou gravure, renfermant des traits saliriqnos do quoique portée.

fi°AS»'l'l!S'lfiES. — On donne ce nom à des tableaux qu'un peintre de quelque habileté fait dans le goût, la manière et la touche d'un maître. Quel((ues-uns imitent si bien ce goi'it, cette touche et cette manière, que l'imitation est souvent regardée comme un original de l'artiste imité. — Mignard, pour faire pièce à Le Brun, peignit un jour une Madeleine dans le goût du Cuido. Il lui mit sur la tète une calotte de cardinal', et la rhovolnro par-;U'ssus; ollo

était si iiarfailcmcnl imitée, que Le Brun, cl avec lui loul le monde, la regarda comme un tableau du Guide. Mignard seul fut d'uu avis contraire, et prouva que lui-même en était l'auteur en découvrant la calotte qu'il avait cachée sous les cheveux. Le Brun convaincu, lui répondit : » Eli bien ! faites donc toujours des Guides. »

PAVSACiES ET PEIISTCRE D'AIVIUAUX.

— On appelle paysages tous les tableaux qui rojM'èsentent des lieux champéires, des campagnes, des prairies accompagnées de bois, de ruisseaux, de maisons rustiques, de cabanes, de ruines, de châteaux, etc., et où les ligures n'en font i(nc l'ornement et n'y sont qu'accossoires.

Quant ,1 ce qu'on entend \)!ir peintitre du iiimaiid-, la dcsciipliort suivante que M. Jcanron nous fait il'une chasse de PescUo, artiste du (|uinzif'me siècle, et qu'il dit avoir vue à Londri's dans la galerie de sir Fitz Primeray, nous sera sans doute plus agréable qu'une sèche définition de ce terme. Cette description réunit du reste le double avantage de nous offrir une pittoresque explication et ;i la fois un exemple saisissant des deux sortes de peintures qui font le sujet de cet article. La voici :

« Sur un ciel embrasé, semblable à une fumée de volcan mêlée de gerbes de feu, se découpent, d'un coté, une montagne de granit qui lance de (lamboyantes réverbérations, et, de l'autre côté, une forêt dont les rayons du soleil sont impuissants à percer l'épais feuillage. L'ombre aue projette celte forêt couvre une partie de l'arène pouareuse qui s'étend jusqu'au pied des rochers. A l'horizon, un hic surmonté d'une brume ardente se développe à perle de vue. Le centre d'i tableau est occupé par cinq cavaliers qui luttent contre un tigre et deux lions. L'un de ces derniers tombe, percé de lleches. sous un cheval dont il a ouvert le poitrail avec ses ongles tranchants. L'autre déchire de ses dents aiguës la cuisse du plus jeune des chasseurs, tandis ((u'un vieillard frappe de son sabre le tigre qui s'csl élancé, la gueule béante, sur l'un de ses compagnons. Au-dossus de ce groupe, un noir vautour se balance sur ses gi-.mdos ailes, cl semble attendre patiemment la fin du cdinbat qui lui promet un splcndide festin. Dans le lointain, .lu bord du lac, une troupe joyeuse de seigneurs et de dames richement parés, galope au bruit des fanfares du cor, sur les traces d'un cerf qui, tout en arpentant le sol de ses pieds agiles, éventre un des lévriers qui s'acharnent après lui. »

Pcsello, élève de l'assassin Andréa dal Caslagno, sous la discipline duquel il resta jusqu'à l'âge de trente ans, était le plus grand peintre d'animaux, et peut-être aussi le plus habile paysagiste de son lemp^; cl nous ne savons même pas s'il trouverait aujourd'hui dos rivaux dignes de lui. — Ses œuvres sont malheureusement peu connues.

PEIRIXUKB. — La pcinUirc, qui est l'art de rendre les formes des objets, au moyen du trait et des couleurs suivant les règles du clair-obscur, cache son origine dans la nuit des temps. Du plus loin, en effet, qu'elle nous apparaisse dans le» siècles antiques, elle est déjà pleine de force et rayonnante do l'amour des peuples. Voyez les Bhodiens : ils élèvent des temples à leurs peintres, et les vénèrent à l'égal des dieux. La Grèce dresse des statues aux siens; les Amphyctions, pensant que les ouvrages de Polygnote n'ont point de prix, et qu'on ne saurait s'acquitter envers ce grand homme, ordonnent ((iiil soit nourri et reçu aux dépens du public dans toutes les villes de la Grèce, honneur insigne exclusivement réservé aux seuls citoyens dont les actions éclatantes avaient relevé la gloire "de la patrie. Atale, roi de Pergame, oflVc une valeur do, deux cent soixante mille livres d'un sujet peint par Aristide. Jules César achète quatre-vingis talents un tableau qui représentait Ajax. Candaule, le magnifique loi de Lydie, donne l'or à boisseaux pour une peinture de Biilarque, où était figurée la bataille de Magnétos. Dèmétrius sacrifie ses propres intérêts, et pont-ètrc moine sa |iropre gloire, à la conservation d'un tableau de Protogène :— Ce puissant roi, rampé depuis six mois devant Rhodes, se serait infailliblenienl rendu maitre de la ville, en mettant le feu aux maisons voisines, mais il savait que l'une d'elles renfermait un tableau de ce grand artiste, et, plutôt que do l'y faire pi'rir, il aima mieux renoncer à sa

1J;S BEAI X-AUTS lLl,lJSTi;i;S.

niiii|ii. Ir, cl lcv;i le siri;i'. — (Jiicls iKiuiieiivs de Uuil tjoiirc. on lin mol. ne l'iiri'iil iioinl (Irl'i'n's à la |iciiilun' |iai' les iiOMiilcs anciens! De i|iielle llallense consiiirralion ne l'a-t-un pas enlciiirée ilepuis lors! Et cneore aujdurd'Iini, (|nel enllinnsiasnie, (jucl respecl n'inipose-t-elle pas, |iar ses œu\rrs, à tmiles les nations civilisées!

On ne saurait cependant ranger cet art dans la classe des besoins imlispcnsaldes; mais on ne peut aussi lui refuser de renier ■ à la l'ois l'a^M'aldo et l'utile. Et, en

cl'fet, la repii'senialion i|n'elli' nmis donne des olijels nalurels réveille |ii('si|ue en nous les impressions qu'ils produiraient dans Icni- réalili'. De loniliien d'illusions n'estelle )ias la source! Gr.ice à la peinluie, on peut, au milieu des |dus fortes chaleurs de la canicule, et sans sortir de son ap]iarlenienl, on peut contempler l'hiver avec tout

Pays;

ce ([H'il ,-i de plus rigoui-cu\. A la mic ,\r cet étang glacé, de celle neige ré)iandne. sur l,i sni-l'ai-e de la terre", de ces arbres languissanls el ih'poiiillis de leurs feuilles, de ces buissons couverts de givre, el de toute la naiiire engourdie, l'idée du froid se ré.alise |ionr ainsi dii-e ,'in dedans de nous-mêmes, et nous laisse comme iiu'erlains si la chaleur (pie nous sentons réellenu'nl l'emporle en effel sur le IVoid (pu; imus imaginons. Un aulre talileau nous rapnelle liiut a coup à mins-mémes, en nous fiisant jouir d'une 'pianlilé de lleurs nrlislenieul groupi'es, diml lé froid, ni le chaud, ni la |j|uie n'altèrent la fraichcur et la beauté. — I out aupies, les plus allrayants el les plus savoureux frnils de l'automne se présentent à nos regards; et, s'il y manque de quoi satisfaire l'odorat cl le goût, ne .sommesnous pas amplenu'ut dédommagés par le' plaisir de la ï\;e'? Au moyen de cet arl, nous voyageons encore par mer et par terre,el cela sans èin^ en'hiit aux jiérils de toutes sortes qui assiègent eonslammeiit les voyageurs; nous voyageons sans incpiii^tmle, sans embarras, sans fatigue. Les pays les plus (■hn'gnés n'oni licii de si beau, de si curieux, de si rare, ipie la peinture ne rapp, roche de nous: li'Uiples magniiiipies, obélisques snperlies, merveilles du monde, toul est rassi'uildi'' sans confusion dans les bornes ilioiles d'un cabiiiel. On y envisage sans crainle, mais non sans éumlimi, les lenqii'ies les pins fnrii'uses, les lialailles les plus sanglanles. les iiion(lati(nis les plus déploralib s, et, prés de 'là. les douceurs de la paix. I,i lr,in(piillilé ilu calme, les charmes les jdus sédnisani,, el les plaisirs les pins doux. — D'nu aulre coté, on |M'oméne

laisse errer ses yeux sur de vastes el rianles campagnes; ou \ voM les Irmqieanv pailre dans la )irairie ou bondir sur les coteaux; le lindre biriieril sa lidrie bergère jouir

sans envie, à l'ombre de bosquets charninnls, des plaisirs simples el toujours renaissants de la vie chanipélre. — l'Ins magicienne enfin i|ue l'antique Pylhonisse. la pein- Inre exhume les niorls de leurs tombeaux, pour nous les présenter avec tous leurs traits : nous y reconnaissons un jière, un frère, un parent; leurs vivantes images nous y tiennent, en quelque façon, lieu de leurs personnes; nous conversons avec eux, non pas un instant, mais autant de fois et aussi souvent qu'il nous plail. Un ami, une maitresse, sont-ils éloignés de nous, leurs portraits adoueisseiil les rigueurs de l'alisence, ils réveillent, ils raniment nos sentimenls. ils enlrclienni ni noire amour el noire amilié'.

S'agit-il de considérer l'ulililè' de cet art par raïqiorl .i l'instrucliim : nous voyons que bien peu d'autres nous aident aussi imissamment dans l'étude des eonnaissauecs que nous voulons acquérir. La description la mieux circonstanciée des usages, des plantes, des animaux et des autres choses curieuses de tous les pays, est-elle en effet conqiarable à la représentation exacte que la peinture nous en domic'? Le récit le mieux frappe ]nMduit-il sur nous la même impression que la vue du l'ait lui-nu'me'i' — Un historien ne peut que nous raconter, d'une manière pins mi moins )iassinnnee, les actions des grands hommes. Dans un l.ildeau. nous voyons agir ci's grands lionnnes en personne; nous y lisons leur caractère; nous y considérons leur air et leur maintien, et un hou physionomiste y découvrirait a la fois la pensée ipii les anime el ce que celle pensée est capable de produire.

Kt (|uel secours la peinluri' ne préte-t-elle pas an\ an- Ires arts el même aux sciences! C'est elle (|ui l'oni'uil les plans ,'iu\ arcliilectes. les liiinres à la néonn''Irie, les cartes

aux géographes, (l'esl clic aussi (pii fournit aux méilecins et aux chirurgiens l'arrangenu'ut des libres, des muscles, des vaisseaux, en un mot de toutes les parlies tant inlérieures (|u'exlèrieures du coriis hnmain, el ipii procure aux amaleurs emunn' aux élevés praticiens, sans degoùl el sans effort, les notions si difficiles de l'analoniie.

Mais que la mission d<' la peinture esl bien plus imporlanle enc(n'e! Inilèpemlamment de celle insirnclion siniveut si ardiu' ([u'idle im-ulqne eu nous, sans même ipi'on s'en aperçoive; indè|iendanimenl des plaisii's si variés i|u'idle prcsenlc a loule heure à nos regards el à noire espiil, {le ci'l allrail eimsi.inl (pi'elle <d'fre à la cnriosilé si naluridle de rbonime, de celle innocenle jouissance des sens donl elle ne cesse de mnis cnvirininer; indépend.immenl de ces paisihies seconssi's (|ue parfois elle nuprinie à rame, de ei>s dmu'es larmes ipTelb' l'ail r'i'qiaudre, de

Li:S IJEALXAIliS ILLlSiliKS.

(■■'. Miilli' ii!..ir» du tii'ur inrelle cicnlrise, qu'elle gui-ril, i|iic souvent iiième elle fff;ice: iii(lL'|»eniliuiinicnt de ce ItiU liieii noble s.ius doule. elle leiid vers un aulic |dus élevé, )dus diijiic d'elle el de iiuus, elle lend vers le but moral. Aloi-s elle nous montre, eonimc des modèles à suivre, de uran-les nctious et de iirands ciractéres ; elle affermit par lie nombreux exemples notre marcbc incertaine et cliancelanle. el relove ainsi souvent le voyageur mortel tombé de lassitude et de déirnùt ,i mi-rlieniin de la vie : elle nous forme, elle nous dresse pour les grandes circonstances, nonr les nu)ments solennels; elle écarte de nous les embùclies du mal, et nous conduit, par des sentiers semés de

roses el de Heurs, à la vertu. i|ui esl la lin morale de i'honime. Parfois aussi, on lui voit prendre un vol plus élevé : elle s'élance dans les cieux aliu d'afl'ermir la foi chancelaute; elle porte le llambcau jusque dans les ténèbres de l'inlini: elle soulève le voile des nivstëres; elle nous épouvanle. elle nous console tour à tour; elle nous donne un avant-^'oùt de l'élernili' et de l'immortalité.

JPOKClSi. — Un demandait un jour .1 M. Méry, qui revenait de Londres, où il avait passé se)it ou liuit jours. rommeut il s'y était pris pour se faire enlcudre des braves insulaires. « Parbleu 1 répondit le spirituel écrivain, je li-ur parlais anglais. » .\0le2 que .M. jI 'ry ne connaiss.iit pas alors un seul mol de celle langue ; mais il ne pouvait concevoir que l'on ne parlât pas la langue du pays où l'on se trouvait; et. bien certainement, il se fût servi de la langue italienne à Florence, de rcsi)agnole à Madrid, de la russe à Pétersbour:;. comme il avait fiit de la langue anglaise à Londres.

(.tr, disons donc poiu-is et non poncif; car « il est bien le moins que nous parlions français en France, dit encore .M. Méry. »

Un poncis esl un dessin piqué, au travers duquel on )>asse du charbon pilé contenu dans un sachet. Par ce moyen, le dessin se trouve répété par des points noirs, disposés sur le subjeclile jibicé sous le poncis. — Les peintres disent quelquefois d'un mauvais dessin, fait de routine et sans la nature, que c'est un poncis. — Ce n'est pas flatteur pour le poncis!

l»OKTR,4IT. — Lu portrait est une image de mœurs. 1\ deçrnit être la ressemblance générale et permanente de l'individu. H devrait unir la grande justesse philosophique à la grande justesse mathématique.— Il ne doit donc point être seulement la caricature plus ou moins juste dn personnage, mais l'imai^e de son ànie, de ses mouvements intérieurs, de ses passions, mais l'expression de tout ce mé-

canisme caché i|ui le fait mouvoir en tel ou tel sens. L'est ainsi seulement qu'il esl ressemblant et ((u'il appartieiil vraiment à l'art. On a de tout lcmj)S fait sur les portraits des plaisanteries souvent fort spirituelles : — On mit au bas du portrait de Pasquicr l'épigranime suivante : '

Ici, je suis s;iiis mains; vous di'm^ndez |iouri(uoi

Avocats, c'est pour vous approiulre

Que nul n'observe mieux que moi I,.T loi qui (tes clients nous dclcml de licii prcnlre.

— Une dame fort laide voulant se faire peindre, un autre poêle a décrit ainsi Fembarras du peintre chargé de ce travail :

Kiii|iruiitiint Tml ilc la |icintiii'c.

Suis raison, sans savoir pourquoi, lu voux, elle» la nicc future.

Revivre lonuleuips après loi :

Si je pcigTiaiMl'apiès naluro, Tu i*ou<;irais de ton portrait :

Si j'enibcUissiiisla ligure, Qui diable le rccounailrail?

— On écrivit ces autres vers au bas d'un t.'bloau qui r.'préscntait un babillard :

Ce poi trait vaut mainte pislol ', Il ne saurait ressembler mieux :

Il u'y manque que lu parole, Mais sou original parle assez pour tous Jeux.

— L'auteur de ce quatrain u'élail pas sans doute un gi:ind poète : mais il avait ((uelque esprit : tant de grands versiliçaleiirs qui n'eu ont pasi

— Le malirii'ux Vidtaire s.ivait mordre par excellence : mais C'imnic il savait aussi caresser! .\yant ap|iris que

mademoiselle de Chnrolois s'était fait peindre en habit de cordelier, il s'empressa de lui adresser cet éloge :

Frère Anjxc de Cliarolois, Dis-moi par quelle aventure Le corjon de saint François Scrlà Vénus de ceinture?

Ces vers rimaient au mieux de leur tem|is

— Le même poêle, toujours agréable el délicat, quoique

septuagénaire, vil le portrait de madame la comtesse A...,

et ne put résister à l'envie de lui donner deux baisers.

\'oici comment il sexcnsc en apprenant son transport à

celle danir •

LES 15EALX-AI'.TS ILLUSIRÉS.

\iiiis ne ^imiviv. t'nipiH:!K'f cet himinKii:'*, Faible tribut de quiconque a des veux ; C'est aux morlels d'adorer votre i"iii:jgc; L'original était fait pour les dieux.

Tout le momie connail celte enseigne d'un iieinlre t!e |iorlrails : Ressemblance complète, 50 fr. — vemi-resyniihlniH-c, Ib fr. — Air de famille, 7 fr. oO. Qu'en dites-vous'? VoiM un peintre accommodant, et qui sait mettre sou talent à la |i(irtée de toutes les bourses 1 IVe donueriez-vous pas 30 fr. pour avoir sa ressembla )irc rom-

Pi;t?

RKPEX'tiaa. — Dans la vie comniune, miand ou se repeut d'avoir ronimis quelque faute, on se donne toute la peine du monde pour l'effacer, et encore bien souvent est-ce peine perdue. Dans la peinture, ou se donne beaucoup moins de mal et l'on réussit toujours : il suffit à l'artiste, qui se repenl d'avoir exécute de travers certaines parties de son tableau, de couvrir d'un nouveau travail le travail manqué, et tout est dit : il n'y parait plus. Cependant souvent il arrive, au bout d'un certain temps, que les ligures du dessous poussent à travers celles du dessus; et vous vous figurez quel effet cela doit produire! Souvent aussi l'on s'y prend avec maladresse pour nettoyer un tableau; on enlève les repentirs du peintre, et les malheureuses fautes reparaissent au grandjour. — Dans l'un comme dans l'autre cas, l'amateur qui possède les peintures est désespéré. Mais quelle n'est point sa joie, quand, grattant par désœuvrement une croiite qui hii a coûté neuf livres dix sous, il découvre sous le badigoonnage le pinceau d'un maitre ! Cela s'est vu pourtant et je vais en deux mots vous raconter le fait :

— Du certain M. Lcroi de la Fandigniérc, qui vendait, par là autiuir du dix-huiliénie siècle, une certaine li((ueur pour les maladies de la bouche, et qui, de plus, était grand amateur de peinture; ce M. Leroi de la Fandigniére donc acheta par hasard, A un encan, un grand tableau noir, enfumé, couvert de poussière, qui représentait une espèce d'arc-en-cicl et des espèces de figures humaines. Il donna neuf livres dix sols de cette anti(|uaille. En arrivant à son domiiile, ri s'empressa de la jeter suigneusement dans le premier coin venu ; et celle malhenreiise croûte y eut infailliblement pourri, si, un beau malin iinil était las sans doute de vendre ses burettes, l'envie ne lui était venue de la raiisser avec un iiout de lancette. .Mais (|uel ne fut jioint son étonncmcnt, lorsqu'aprésdeux ou trois couns de grattoir, il aperçut des figures sunérienrement touch(H's 1 Transporté de bonheur, il coin-t faire nettoyer son tableau ; ou eff.xe l'arc-iMi-ciel, ainsi (pie les autres liarbouillageslinnt il est comnie envelopjié, et le siriir Li'roi de la Faiidi-

gni M-o rcconiiait rju'ii possède un clief-d'a'uvre de liapliai-l, nqirèseulant tous les attributs de la prétendue science Inrmélique, et un philosophe alchimiste, occupé de Iravailler au grand nnivre. — Ce tableau, qui pouvaii avoir (piatre pieds de haut sur trois et demi de large, appaitenait au duc de Mantoue, et décorait autrefois, avec d'autres peintures excellentes, les appartements d'un palais que les Allemands avaient pillé. Il est ,i croire cpi'on l'avait ainsi barbouillé pour le transporter furtivement en France. Et voilà comment M. Leroi s'était trouvé faire, sans le savoir, une magnifique opération de commerce; car, de son tableau rie neuf livres dix sols, on lui offrit bientôt quatre-vingt mille francs, qu'il refusa.

RËPÉTITIOIV. — Voici de quelle façon l'on procède dans la rép.'l lion, ou dans l'essai que'l'on fait d'un opéra, avant de le jouer en public. Quand les acteurs connaissent bien leurs parties, on les réunit au théâtre. Chacun, accompagné au piano, dit séparément son rôle. Ensuite, toujours avec piano, on les fait chanter ensemble. Quand l'ensemble est à peu près convenable, on appelle un quatuor, composé d'un premier violon, d'un second violon, d'un alto et d'une basse, ou un double quatuor. Après plusieurs quatuors, quand tout va bien, on appelle le grand orchestre, et l'on commence ce qu'on appelle la vépéMion générale.

Les réiiélilions sont nécessaires pour s'assurer que les copies sont exactes, pour que les acteurs puissent prévoir leurs parties, pour qu'ils saisissent l'esprit de l'ouvrage, et rendent fidèlement ce qu'ils ont à exprimer. Ellesne sont pas moins utiles à l'auteur, qui, souvent, ne sachant pas bien à quoi s'en tenir sur l'effet de certains morceaux. surtout pour les chœurs, fait répéter plusieurs fois de suite le même morceau dans deux tons, afin de choisir celui qui lui semblera produire le meilleur effet.

BESXAUltEK. — M. de Montabert n'aime pas le mot restaurer, qui signifie remettre en bon état une chose gâtée; mais il déteste" le mot restaurateur, qu'il voudrait voir à tout jamais relégué dans les cuisines. M. de Montabert a cent fois raison : — Quelle diable d'idée d'aller voler la langue des marmitons!

ItËPAitER. — Il est difficile de bien réparer dans un tableau les outrages du temps ou ceux des hommes. On y arrive cependant, comme nous allons le voir :

— Le fameux tableau d'/o et Jupiter, l'un des chefsd'œuvre du Corrége, passa entre les mains de Philippe d'Orléans, régent de France. A sa mort, le prince son lils, dont la piété, disent les histoires, fut l'édification de la cour et de la ville, trouva trop de passion dans les deux tètes, les sépara de leurs corps, et les jeta dévotement au feu. Coypel, alors premier peintre du roi. témoin de celte fatale exécution, et hors de lui-même, se jeta aux genoux du prince, et lui demanda grâce an moins pour le reste du tableau, qui lui semblait être beaucnup moins dangereux. M. le duc d'Orléans voulut bien lui donner les fragments, mais à la condition qu'il n'en ferait aucun mauvais usage. Coypel le jura, et fut liiièle à son serment: car il destina ces lambeaux à servir d'études à ses élèves. Le peintre du roi mourut quelque temps après; lo et Ju liiler fiirenl mis en vente, et, quoiqu'ils fussent coupés ec trois nun'ceaux, i\l. Pasquier, député du commerce de Rouen, ne crut pas les acheter trop cher en les payant seize mille cinq cents livres. Le peiiilre Collins fut aussitôt chargé par ce connaisseur de réparer l'outrage l'ail à ce délicieux tableau par la piété mal entendue de 51. le duc d'Orléans, et il eut le bonheur de refaire les deux tètes qui mauquaient. de telle manicre (ju'oii les jugea digues du Corrége lui-inèmc. — Ce beau travail fut juslemenl célébré, par le chevalier de Saint-Cermain-Martinel, dans celle jolie épitre dont nous citerons un seul pass.'go •

Quelle est celle lète charmanle, Collins, qu à te beau corps lu viens de rapporter? Du souverain des dieux je reconnais l'annnle, lil le Corré;ie .linsi la dut reprcsenlcr.

Tout V di'cMi' ce uraiid maitre;

Ce loii IVappanl de vérilé.

Ces Irails nui su l'ont rccoiinailre

A leur noble simplicilc:

U:S r.KAlJX-Al'.TS lLLUSTUi;S.

Ccltf douce vivacité

(Juc l'on voit mourir et rciuiilic

Sous les traits de la volupté.

C'est p:ir Ion art qu'Io respire, Hue sur la toile elle soupire Kntre les bras d'un dieu vaimiueur:

Et qu'à travers le flexible nuage Dont lu couvres le séducteur.

Elle reçoit l'ardent liomnwgc Des fenx qu'elle allume en son cœiii' cic.

RÉVEIIiliO^. — Ceux (|iii rcgardciil des ouvrages lie I eiiiliue lie sont, au moins pour la pluparl, que trop euclius à une soite d'indifférence assez resseinhlante ;i l'assoupissement; mais la pratique de cet art fournit quelques moyens, pour ainsi dire mécaniques, de réveiller les assoupis, et c'est ce qu'on appelle des réveillons : réveillons de lumure, réveillons de touche, réveillons de couleur.

11 faut cependant observer, — et je dis cela dans l'intérêt des arlistes. — que les moyens de réveiller son monde diiivenl élre ménages avec art, et employés avec discrélinii. Un lionime assoupi ne sait pas toujours mauvais gré ;i celui i(iii l'éveille d'une manière convenable; mais il ne pardonnerait jamais (|u'on lui fil partir une pièce de quarante-huit sous le nez, ou que l'on battit la générale durant trois quarts d'heure à ses oreilles.

ROUIiEAUX. — Les peintres gothiques imaginèrent de faire sortir de longs rouleaux d'écriture de la bouche de leurs personnages, lesquels rouleaux indiquaient ce (|ue ces personnages étaient censés devoir dire, et même ce c|irils représentaient. — Deux exemples seulciuent feront sentir cumbien cet usage était ridicule.

Un peinlro français, mécontent d'un de ses confrères, t'pia le moment qu'il était sorti et se glissa dans son atelier où, trouvant un grand tableau à peine achevé, il prit un pinceau et écrivit au-dessous des ligures : Ceci est un chien, ceci est un cheval, ceci est un arbre, ceci est un chasseur, etc. — Le peintre ainsi joué ni! fut pas trop content, dit-on.

L'un des descendants de la maison de Li''\i, qui croyait découlev en droite ligne de la sainte Vierge, conservait un tableau fort ancien, représentant un de ses ancêtres à genoux devant Marie. De la bouche de la mère du Christ sortait nu rouleau oi'i ces mots étaient écrits : « Levezvous, mon cousin. » — Un autre rouleau sortait de la bouche du gentilhomme, avec ces paroles : « Je suis dans mon devoir, ma rniisinr. »

— Les ro i(/f« II. (■ ne durent pas faire i'orlnne en France.

SCUliPTl'RE — Nous n'essayerons point de ri

monter à la source de la sculpture. Tant de fables entourent son origine, que le fil d'.Vriane serait lui-même iinimissant à nous guider dans ce labyrinthe. Nous dirons seuleinent, en nous appuyant sur desaulorités compétentes, que l'artdc la sculpture et de la statuaire est beaucoup plus ancien que rarehitecture. 11 semble, pourlani, (tue les premiers hommes auraient dit songer aux moyens (le se loger, avant de s'occuper d'un art qui n'est guère le fruit que du loisir et du luxe. Mais une caverne, une cabane laite de branches d'arbres, voilà où se borna longtemps l'innocente auibitinu de nos premiers pères. A l'abri des injures du temps, ils iiurent chercher à rendre une ligure humaine, et le modèle était non-seulement dans la nature, ils l'avaient même sous leurs yeux. Le plus ancien sculpteur fabriqua donc sans peine quelques ébauches; au lieu qu'il fallut, aux premiers architectes, chercher longtemps dans leur imagination des proportions et des beautés qui ne tombaient pas de même sous les sens.

Quoique la peinture soit aussi un art d'imitation, elle n'a vraisemblablement été cultivée qu'après la sculpture, car il dut être bien plus difficile d'imaginer qu'une surface plane fiitca|iable de rendre le saillant des corps. Poui sculpler, il ne fallut que des yeux; mais, pour peindre, i fallut au moins des connaissances d'optique et de pliy sique.

« Quoi qu'il en soit, dit Rollin, il est bien difficile de démêler dans l'obscurité des siècles éloignés les premiers inventeurs de la sculpture. Son origine remonte jusqu'à celle du monde, et l'on peut dire que Dieu fut le premier statuaire, lorsque, ayant créé tous les êtres, il sembla redoubler d'attention pour former le corps de l'homme. »

Quoi qu'il en soit, dirons-nous aussi, traversons le déluge, et Iiàtons-nous d'arriver aux Egyptiens.

Si les peuples de l'iîgyple ne sont pas les premiers qui aient connu la scnlptuVj, ils ont au moins devancé de beaucoup les Grecs dans la pratique de cet art; mais ils y ont fait peu de progrès. Pline ne nous vante aucun chefd'œuvre de sculpture égy|itieiiiie, lui qui nous fait de si longues, et à la fois de si belles énumérations des ouvrages des artistes célèbres. Plusieurs causes ont arrêté l'essor de ce |ienple, qui écouta presque toujours la loi d'un préjugé barbare. 11 suffira d'en ciler deux principales : — premièrement, en Egypte, on ne s'adonnait point aux arts par goût et par inclination, le fils étant obligé d'y suivre la profession de sou père; en second lieu, les Egyptiens avaient peu d'estime pour leurs artistes, qu'ils rangeaien; dans la classe des manœuvres. Aussi, en général, rien de si pitoyable que leurs productions. Représentez-vous des statues avec des positions uniformes, des visages en avant et sans expression, le corps droit, les bras pendants, les cuisses, les jambes et les pieds roides, et vous aurez une idée peut-être même troj) avantageuse de la manière égyp tienne.

Les sculpteurs d'Egypte suivaient un usage bien singulier. Ils sciaient par le milieu le bloc de marbre qu'ils voulaient travailler, et deux maîtres faisaient chacun une moitié de la figure. On réunissait ensuite les différentes parties, qui se trouvaient, ma foi ! si bien d'accord entre elles, et si bien jointes, (|u'elles paraissaient ne former i|u'un seul bloc et n'être que l'ouvrage de la même main.

Cette pratique bizarre était très en vogue parmi les arti>tes de cette nation, parce (|u"ils ne jugeaient pas. comme les Grecs, d'une li;;:ure par le simple coup d'œil; mais, en rapportant les pioportinns du petit au grand, ils taillaient séparément, et dans la dernière justesse, toutes les pièces qui devaient former une statue. C'est pour cela qu'ils diviNaient le corps en vingt et une parties et un quart. Ainsi, quand les artistes qui devaient exécuter une statue étaient convenus entre eux de la hauteur qu'ils voulaient lui donner, ils allaient travailler, chacun chez soi, les parties dont ils étaient chargés, et elles s'ajustaient ensemble d'une manière qui frappait d'étoniiement.

C'est en cet état que la sculpture arriva chez les Grecs. Mais (|uels perfectionnements ne surent-ils pas lui donner! De quel lustre, de (|uel éclat ne brilla-t-elle point chez ce peuple fortuné, puis(|ue l'expression, le beau fini, le contour le plus gracieux, ((ui distinguent les statues altiques,

LES BIJAlJX-AlilS ILLUSTRES.

les font ciiciiri' ii'i^anlcr ili; liiul runivcis comiiiu les (ilns iidniir.-iljU'^ iiKiili'Ics!

Ilct ,irl |i,issi' eliiiis Rome; mais, comme si la Grèce avail i'|niisé II' i;(''i]ic (|ui conduisait le ciseau des Phidias cl des Praxitèle, la caiiilale du monde ne produit qu'un seul artiste digne d'être cite, le sculfiteur Lenodorc. vivant sons Néron. Puis, ne trouvant phis un seul homme capable de la ranimer, la sculpliii'c dort pendant quatorze siècles, ensevelie dans la lièilciir a^li^hl|ue du moyen âge, et n'est tirée de ce sommeil lélliari;iq\ic que par les efforts surhumains de l'immorlel Michel-Ange. — Depuis lors, elle luit de nouveau sur l'Europe, et, de nos jours, en France surtout, elle accomplit encore des prodiges.

SOPRANO. — Voy. Voix humaine.

SPHINX. — Monstre fabuleux représenté par les peintres et les sculpteurs avec la tête et la gorge d'une lille, et le coips d un lion C(ttL lepiesenlalion singulière signifiait sans doute (pic li foici et le courage devaient constamment dikndu les ^i ices et la fragilité de la rcinme ou ciclnil quebpie lulu Tllégorie de ce genre.

On ph( lit aiiliefois ces li^niis ni nslruenses, en guise d'orninitnls, sui k-> pelions ni di\ iiit des temples, sur

Spliinx.

tes jioilcs et lires des tombeaux. Qiiel(|iies-unes même, les plus gigantesques, servirent de sépulcres à certains rois de l'Egypte. « Le roi égyptien Amasis, dit le voyageur anglais Richard Pockocke, lit tailler, pour y être enseveli, un énorme sphinx d'une seule pierre, longue de cent quarante-trois pieds, et haute de soixante ; la tête a cent deux pieds de tour, (|uatre de large, et chaque oreille a deux pieds de long; la jiartie inférieure du cou en a trcnte- Irois de large, et vingt d'épaisseur. Il est auprès des pylauiides du (laire, et presque entièrement englouti dans le sable, à l'exceplion ilii cou et île la tête. — Si ce colosse rendait autrefois des oracles, ainsi que le présument plusieurs auteurs, on ne pourrait l'attribuer qu'à l'artilicc des prêtres, qui, par des conduits souterrains, se rendaient dans des concavités qu'ils y avaient pratiquées secrètement, et par lesquelles ils répondaient aux demandes qu'on venait leur faire. — La llgnn: de ce sphinx représente une feinuic jusqu'à mi-corps, el, selon certains savants, c'était le buste de la courtisane Rodolphe, née à Oniinlhe, et qui lut tendreineiit aimée d'Amasis. Quelle lireiive plus convaiiicanle d'amour ce monarque pouvait-il lui donner'.' N'était-ce pas, pour ainsi dire, s'ensevelir à j.iinais dan> le sein de sa mailresse? — Les amants nindiriies ne se sont iioint eiieore avisés d'assurer, de cette m.:niere vive el di'licali', (|ue l(>nr passion est éternelle. » S'ÏA'l'llAlRK. — On appelle ainsi l'art de faire des statues, pour le difféiTiicier de l'nrl général de sculp-

ter. — Les niodeines ne sont pas tout a l'ail d'accord avic les anciens au sujet de plusieurs dénominations de co genre. Pline semble entendre, par stnfiiarii. les statuaires en airain, et cela, parce qne ces artistes exécutaient en plastique leurs prototypes ou modèles, pour cnsuile les couler en bronze ; mais ils ne sculptaient point ces s(alues, et, dans ce cas, ils n'étaient point des sculideors, appelés mnriiKinim sndptorcs (sciilpieurs en marines). Les Tiireiilici! ns dilïéiairnt encore de ceux-ci. parce (|ii'ils employaienl dans un même ouvrage l'ivoire, le marbre el tous les métaux.

La statuaire ayant nécessairement suivi toutes les phases de la sculpture, dont elle est partie inhérenle cl inséparable, nous renvoyons, pour Vhistorique de cet art, à l'article Sculptdiie.

STA'I'UJK. — Du mot latin starc (se tenir deboul), nous avons fait statue. On m'objectera peut-êlre que quel- ([ues-niies sont couchées; mais je répondrai qu'on peut les sujiposer fatiguées, cl capables de se lever, au besoin. J'ajouterai, du reste, que l'Académie renoncerait à faindes dictionnaires, si l'on devait se montrer si difiicile sur le.s élymologies. — Y perdrions-nons beaucoup?

Les anciens étaient remplis d'une profonde vénération pour toules les statues, auxquelles ils mettaient souvent de riches couronnes d'or sur la tête. Elieu rapporte l'anecdote suivante : « Un jeune enfant, dit-il, ayant ramas.sé et emporté une lame d'or tombée de la couronne de Diane (statue que l'on voyait dans Athènes), fut conduit devant les juges, qui, touchés de son extrême jcunes.se, cherchèrent les moyens de le soustraire à la rigueur des lois. Ils lui présentèrent, avec la lame d'or, des osselets el antres iliosi s srinlilablcs, propres à faire les plaisirs de son âge. Mais l'enfant prenait toujours la lame d'or, préférablemenl à tout; ce que voyant les juges, ils le firent mourir. »

Dans Rome, régnait le même respect et le même amour pour les figures sculptées; les gardiens des statues qui décoraient le portique d'Oclavie en répondaient sur leur tête. — Il y avait, dans le temple de Junon, un chien de bronze qui paraissait lérber une plaie qu'il avait reçue. Ol ouvrage élail lelleinenl esliiné, qu'aucune somme d'argenl ne piiiivaiil en répondre, il l'ut décidé, par arrêt du jienple, que la vie même des gardiens du temple dépendrait de sa ciinservaliiin. — Tibère ayant fait enlever, de devant les tlieinies (rA;jrippa, une excellente statue, pour en décorer son palais, le ]ieuple romain se révolta, et témoigna si vivenienl son iiiieonlrnlenienl, lorsque l'empereur jiarutaii (béàtic. qu'il le força de l'aire remettre la statue à sa première place.

Pour nous raiiprocher de nos jours, lorsque les français prirent Pavie, en 1527, un soldat italien, noiiimé iloslasius (son nom mérite de passer à la poslérilél, pénétra le premier dans la ville, en affrontant vingt fois la mort. kSou courage fut remar(|ué, et le général français résolut d'accorder un prix à sa valeur. Ce généreux soldai, qui savait combien la ville de Ravenne, sa patrie, regretlait la perte d'une statue de bronze qu'on lui avail enlevée, et qui était pour lors dans la grande place de Pavie, ne demanda que cette statue pour toute récompense. Lautrec, général des h'Oiipes victorieuses, la lui accorda sans peine ; inais les lialiilants de la ville conquise, qui venaient de souffrir le pillage de leurs maisons sans se |d.iiiidre, ne purent snppnrli 'r qu'on vonlùl les priver de ce beau monunienl, el preféivrent donner au soldat nue couronne d'or massif, i(u'il alla aussilol déposer dans la caillé, Irale de Ravenne.

Louis XIV, dans le tein|is de sa Jibis grandi' puissance, lil aehelerà Rome une partie des antiques cpie noll^ possédons maiulenaiil en France. Le souverain pontife, n'osant di'soliliger un miniai-que qui faisait alors Iremlder tnule ri:nrnjie, cunsenlit au Iransporl des slalnes mais on se vit obligé, alin de ménager l'e.sprit du pen|ile el d'éviter une sédilion, de les eiuliarquer |)Cndaiit la iniil el à l'insu de. la cilé papale.

— Cel eiilhousiasme de la pliiparl des sociélés nlnllerne^ pour les cbefs-d'icnvre des aris esl, aujourd'lini, plus qu'une rareli', sans ilnnlc; mais, après loni, je ne vois la liialirre à si gianil èliinnrinenl ijiie pour les léles di'poiir-

vues de toute poésie. — C'est vers r.iiUimiilé qu'il faut reporter nos regards, si nous voulons être bien autrement surpris. Voyez ces peuples si éclairés, et dont l'admiration artistique (admiration stupidc.il est vrai) les porte à croire que certains monuments de leur sculpture ont le pouvoir de s'animer et d'opérer des merveilles ! — Celte sculpture, la plus antique dont les écrivains fassent mention, c'est la statue de sel, qui, s'il faut eu croire les fables de tous les temps, vit depuis plus de quarante siècles, fonrtioDuant à l'intérieur comme une femme inturelle. Celle autre est le colosse de Meninon, qui, chaque matin, rendait des oracles. — Nous n'en finirions pas, si nous voulions citer seulement les noms de toutes les statues miraculeuses. — Jetons plutôt, en passant, un rapide coup d'œil sur celle dernière, moins fabuleuse que beaucoup d'autres, et tout aussi surprenante.

« Le Memuon, nous apprend Philostrate, était de nierre noire, et représentait un jeune homme. Les rayons du soleil, ajoute-t-il, ne dardaient pas plutôt sur ses lèvres, <|u'il se mettait à parler. » Pline et une foule d'autres auteurs anciens se conlenleut d'assurer qu'au lever du soleil il rendait un son à peu prés semblable ,i celui des cordes d'un instrument, touchées avec force, ou bien imitant la douce harmonie d'une lyre. — Dès le temps de Slrabon, la moitié de celte statue fut renversée par un tremblement de terre, et cet auteur affirme qu'il entendit le son qui sortait encore de la partie attachée au piédestal, son as-.ez semblable, dit-il, au bruit que rend un corps dur et sonore sur lequel on frappe.

On voit que les anciens n'élaieut cuére d'accord au sujet du plus singulier monument qu'il y eût dans l'univers, les uns voulant qu'il fût doué de la voix humaine, au lever du soleil ; les autres ne lui donnant que la faculté d'être harmonieux comme une lyre. — Quoi qu'il en soit, le piédestal, ainsi que les janibes, les cuisses et la poitrine, c'est-à-dire tout ce qui reste de la statue de Mciiinon, sont entièrement couverts d'inscriptions grecques et latines, et d'une langue et d'un caractère actuellement inconnus. Elles attestent qu'un nombre iufini de voyageurs furent témoins, en divers temps, du prodige opéré sur la statue par les premiers rayons du soleil.

— Plus d'un sav.int moderne a cherché dans les abimes de la science l'explication de ce phénomène : aucun n'a pu l'y découvrir ; et nous en serions encore à crier au miracle, si l'ingénieux bon sens de l'auteur des recherches philosophiques" sur les Egyptiens et les Chinois, n'eût soulevé, de la laçon suivante, le voile du mystère : «L'Egypte, dit-il, était remplie de souterrains, de groltes, de galeries. Il est plus que probable qu'un rameau de ces souterrains passait directement sous le piédestal de la statue vocale ; en sorte qu'il ne s'agissait que de frapper contre le roc avec un instrument de mêlai, pour faire raisonner le Memnon; et ce qui décelé entièrement cet artifice, c'est que le son ne partait pas de la léte, comme l'insinue Philostrate, mais du troue ou piédestal sur lequel la figure était assise. Quand on a perdu la connaissance de ce souterrain, on a vu cesser aussitôt le phénomène. «

— Au tableau philosophique que nous venons d'esquisser de la crédulité des peuples, occasionnée dans son origine par l'admiration qu'excita la sculpture, nous ajouterions, — si notre cadre était moins restreint, — le récit amusant des tendres passions que firent naître quelques statues. Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de citer les deux traits suivants :

L'amour qu'inspira la Vénus de Gnide, faite par Praxitèle, fut célèbre dans l'antiquité. Cette statue était d une beauté si accomplie, qu'un nombre infini d'amateurs faisaient avec joie quatre ou cinq cents lieues pour se procurer le plaisir de la voir. Les Gnidiens l'avaient placée dans une chapelle ouverte de tous les côtés, afin qu'on pût la contempler de toutes parts sans aucun obstacle. — Lucien en fait la description la plus agré.ible : a Elle ou- \Tait, dit-il, à demi les lèvres, comme une personne qui sourit: elle était toute nue. mais paraissait animée d'un sentiment de pudeur ineffable. Enfin, l'artiste s'était efforcé de sMrmonter la matière; le marbre, amolli sous le ciseau, exprimait les traits les plus délicats du plus beau corps.

— A la vue d'une statue aussi séduisante, coniinue Lucien, Cariclès s'écria comme hors de lui-même : — « 0 «Mars, mille fois heureux d'avoir été surpris avec celte « déesse, et lié avec elle par des cliaines (|ui ne se pouvaient « rompre ! » S'approchant .i ces mots, Cariclès la serra tendrement dans .ses bras et la couvrit de baisers. »

Elien rapporte cet autre fait: — «Un jeune homme ressentit un véritable amour pour la statue de la Bonne Fortune, qui était ,i Athènes, dans le Prytanee. 11 ne cessait de l'embrasser et de la presser contre son cœur. Enfin sa passion s'accrut avec une telle violence, qu'il se présenta devant le sénat, et offrit une somme considérable pour faire l'acquisition de cette sculpture. Les Archontes ne se laissèrent point fiéchir ; alors le jeune homme retourna vers sa chère statue, Tm-na d'une couronne de fieurs et de diverses bandelettes; puis, api-és l'avoir entourée d'oruements précieux, il offrit des sacrifices eu son honneur, et se donna la mort en répandant un torrent de larmes. »

TEMPS. — Ou dit de clia ;ue artiste qu'il a trois ^emps quand il vit jusqu'il un ,ige avancé. Dans le premier sont les essais, les commencements de sa jeunesse, on il n'a pas encore acquis toute la connaissance de son art. ni une liberté, une facilité et une franchise savante de la main, que l'expérience seule peut donner. — Le second temps est celui de sa perfection, relative à son talent et À ses connaissances dans l'art. — Le troisième est celui de sa décadence, ou le déclin de l'âge et les infirmités de la vieillesse appesantissent la main, affaiblissent l'organe de la vue, et souvent ne laissent plus au génie la forer de se produire.

C'est pourquoi l'on dit : Cette oeuvre est d'un tel artiste, mais de son premier temps : ou bien encore : Cette œuvre est d'un tel, et de son bon temps, etc.

L'immortel Titien, parvenu à l'âge de quatre-vingtquinze ans, avait la manie de vouloir sans cesse retoucher ,i ses tableaux qui ne lui paraissaient plus, disait-il, d'un coloris assez vigoureux. Malbeurensement aucune puissance humaine n'eût pu l'empêcher de se corriger.— Remarquez qu'il n'v vovait plus. — Ses élèves étaient désolés. Craignant enfin que le grand homme d'autrefois ne finit par ii.iler tous ses chefs-d'œuvre, ils s'avisèrent de mêler, d.ins les couleurs dont il se servait, une grande quantité d'huile d'olive, qui. comme on le sait, ne sèche point. Dés que le vieillard mettait le pied hors de son atelier, ils couraient effacer sou ouvrage, et nous conservèrent, par cet ingénieux moyen, plus d'une toile admir,-ible. — Le Titien en était à son troisième temps.

TÉXOR. — (Voyez Voix humaine.)

IJvS BEAUX-AinS ILLrSTUÉ?.

TERRIBIiES ((loMoms). — Xc sont ceux d'une prandcni' dr-rnesuvée, et qu'on emploie |ioT)r les ouvrages iivs-élcvces ;m-dessiis de la vne, et |ioni' les iignres giganlesqnes et colossales. — Telle était surtout la manière de Michel-Ange. Plusieurs de ses peintures de Saint-Pierre de llnme ne peuvent même être regardées sans que l'on n'éprouve, à leur vue, comme une sorte d'effroi, ainsi (|n'il arriva, même à Léon X, quand l'artiste florentin, céilant aux instances du gri^id pape, lui découvrit tout ;i r(iup la lerrilde page, encore iniiclievée.du Jvjcmcnt dcrnirr : le saiiil-jièi'c, (lit-on. se rejela en an'iiTC.

VAUDEVILiIiR.

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