LA PRINCESSE CAPTIVE
« Arrêtons-nous ici. dans ces ean\ transparentes Qu’entourent des rochers épais ;
Laissez- moi me baigner : — mes femmes, mes suivantes Attendez mon retour sous ces ombrages frais. »
Ainsi parlait en Silésie
La princesse Emmeline, et d’une blanche main Dénouant ses cheveux, tout à sa fantaisie Dans l'humide cristal elle plonge soudain.
Or voilà que non loin de la nappe azurée,
Sur le plus haut pic de granit,
Se tenait un lutin fameux dans la contrée.
Penché comme un pinson sur le bord de son nid,
A peine il a vu la princesse Qu’un amour insensé s’enflamme dans son cœur:
« Elle m’appartiendra, dit-il dans son ivresse,
Il le faut ! ou j’y perds mon renom d’enchanteur. »
La montagne aussitôt disparaît ; à sa place Un riche et splendide bassin,
Un réservoir de marbre uni comme une glace Se creuse, et le flot bleu murmure dans son sein.
Comme aux bords d'une coupe immense.
Voyez-vous tout autour l’or en cercles régner?
La folâtre princesse en admirant s’avance.
El du pied tâte l’onde avant de. s'y baigner.
Sous les (lots enchantés à peine son corps plonge.
Son corps délicat et charmant ;
Est-ce une illusion? ô prodige ! est-ce un songe?
Le sable, sous ses pieds, se dérobe à l’instant.
ITélas! pauvre et douce colombe,
Un brouillard l’enveloppe alors de tous côtés,
Sa force l’abandonne, et mourante elle tombe Entre les mains du gnome épris de sa beauté.
Quand elle s'éveilla de ce sommeil magique.
La belle était dans un palais.
Mollement étendue en un lit magnifique,
Etoilé de rubis de ses pieds à son dais.
Un jeune homme à noble apparence De soie et de velours vêtu comme un seigneur.
Gardait à ses côtés une humble contenance,
Et ses yeux annonçaient le trouble de son cœur.
« Princesse, lui dit-il, vous êtes ma captive.
Sur tous les esprits souterrains,
Nains, gnomes et kobolds, troupe sans cesse active.
Je règne, et mon pouvoir ne connaît pas de freins.
J'ai des palais d’or et d’ivoire,
Des trésors inconnus dans le monde où lu vis.
Donne-moi ton amour, et je l’offre ma gloire,
El soudain en esclave à ta voix j’obéis.
— Puisqu’il en est ainsi, dit Emma, je souhaite Que tu rappelles à l’instant Mes femmes; — car rester tous deux en tête à tète.
A la longue pourrait devenir malséant. »
Ainsi parle la souveraine.
El le gnome d’aller en un respect profond Cueillir dans son jardin une énorme douzaine De carottes qu’il vient à ses pieds mettre eu rond.
« Touche-les maintenant du bout de ta baguette ;
Ne crains rien, le frêle rameau Contient, au lieu de sève, une vertu secrète.
El tes yeux vont surprendre un spectacle nouveau. »