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ou celui d’ Abraham Diepenbeck. Van-Dyck, plus élé- <r;mt. plus recherché, joignit aux grâces que le génie de Rubens lui avait fait connaître ce goût exquis dont le sentiment même, en suivant le principe général de son maître, le lui lit modifier et adapter à ses propres vues. Il borna son talent au portrait, et, en imitant le Titien, il s’assura la seconde place dans cette partie. L’imagination de Diepenbeck, sans être aussi féconde, a, si je ne me trompe, surpassé en sublimité l’imagination de liubcns Son Bcllérophon, son / UppaltRc, son lxion , son Sisyphe, n’ont pas à redouter la comparaison avec les productions de son maître.
Rembrandt (I), selon ma manière de voir, était un génie de la première classe, pour tout ce qui n’a pas de rapport aux formes. Malgré ses défauts prodigieux, et sans parler du charme de son clairobscur, tel est le naturel de son talent, tels sont la grandeur, le pathétique et la simplicité de sa composition, depuis le sujet le plus élevé et le plus vaste jusqu’au sujet le plus abject et le plus grossier, que l’oeil le mieux exercé, la sensibilité la plus délicate et le goût le plus pur sont arrêtés devant ses "tableaux par une sorte de fascination inévitable. Shakspere seul excepté, nul n’a couvert avec un mérite aussi transcendant tant de fautes impardonnables à tout autre, et que nous sommes tout portés à excuser. 11 disposait avec une supériorité absolue de l’ombre et de la lumière et de toutes les teintes qui dérivent de l’une et de l’autre. Son pinceau exprima avec un succès égal la fraîcheur de l’aurore, l’ardeur d’un soleil du midi, les pâles éclairs et le crépuscule se confondant insensiblement dans la nuit, et il rendit les ténèbres visibles. Quoique pincé pour saisir d’un œil assuré les plus grands phénomènes de la nature, il sentit cependant combien, en la suivant dans ses retraites les plus solitaires, on pouvait répandre d’intérêt sur ce qui était plat et nu, et il cueillit des fleurs jusque dans les déserts. Personne n’a jamais su, comme Rembrandt, transformer un accident eu beauté et donner de l’importance â des bagatelles. Si jamais il a eu un maître, il n’a jamais été égalé par ses imitateurs. La Hollande n’était pas faite pour apprécier son talent. L'école suivante de coloristes se borna â peindre des chaumières, des hameaux, des paysans, des pots à bière, des boucheries, des gelées d’hiver avec les couleurs fraîches d’un jour naissant et le ton chaud d’un soleil d’été.
Si nous tournons nos regards vers la Suisse, nous y trouverons de grands talents sans de grands noms, â l’exception de llans Holbcin et de Francis Mola (2);
(1) Mort à Amsterdam, en 1674, âgé de soixante-huit ans.
(2) Hans Holbcin, de Bâle, mort à Londres, en 1 544, âgé de quarante-six ans. Pierre-François Mola, élèved e Joseph d’Arpino, de François Albani (d’antres ajoutent encore du Guerchin ), né au village de Coldre, dans le Milanais, en 1621, mourut à Home, en 1666.
mais la précision scrupuleuse, le fini achevé et le (oloiis titianesque de llans Holbcin ne seraient que la moindre partie de son mérite, si ses droits â la célébrité de cette suite de groupes emblématiques, connue sous le nom de la Danse de la mort , ne lui avaient pas été contestés depuis peu avec trop de succès. l)e Bellinzone â Bâle, l’invention paîaît avoir été le caractère de l’art helvétique. Les ouvrages de Tobic Slimmer, d a Christophe Murer, de Joseph Amman, de Gotthurd Ringgly, sont des mines d invention; ils présentent un style de dessin qui lient le milieu entre la sécheresse maigre d'Albert Durer et la corpulence bouffie de GoUius.
Les germes de médiocrité que les Tumu lte avaient essayé de répandre en Italie (I) trouvèrent un sol plus favorable, et produisirent une abondante moisson en France. Mêler, dans une composition, un peu de tout ce qui est regardé comme mérite dans b' catalogue de l’art, voilà le principe de la théorie cl le but de l’exécution en France. C’est en France qu’on a commencé à mettre en question le droit de Michel-Ange au titre de peintre. La fierté (b; son dessin, comme ils le disent, la pureté de l’antique et les formes caractéristiques de Raphaël ne sont (pie les moyens d’arriver à la vigueur académique du style nivelé d’Annibal Carrache, et de là ils en appellent au modèle. En composition, ils consultent plus l’art de grouper, les contrastes et la richesse que le sujet ou la convenance : ils puisent leur expression au théâtre. Il serait cependant injuste de conclure de cette marche uniforme que l’école française n’offre pas des exceptions respectables; et, sans parler encore de Nicolas Poussin, les ouvrages d' Eustache Lesueur (2), de Charles Lebrun, de Sébastien Bourdon, et quelques-uns de Pierre Mignard, offrent des beautés originales et de riches matériaux. La suite des tableaux de Lesueur , aux Chartreux, exprime des traits de piété contemplative avec une pureté de style et une manière large et douce qui remue le cœur. Son Martyre de saint Laurent et Ylncendie des livres de magie à Ephèse respirent l’esprit de Baphaël. La puissante intelligence d'un tout, qui n’est signalée que par le feu qui anime chaque partie des Batailles d’Alexandre, par Charles Lebrun, lui donnerait le droit au plus haut rang parmi les peintres d’histoire, si ses caractères étaient moins maniérés, s’il n’avait pas donné aux Argyraspides et à la phalange macédonienne la forme pesante des légionnaires de la colonne trajane, s’il avait distingué les Grecs des Barbares par leurs traits nationaux plutôt que par leur accoutrement et par leur armure. Les Sept œuvres de charité, par Sébastien Bourdon , respirent un pathétique
(1) Par leur école éclectique. V. pages 94 et 9.”».
(2) Élève de Simon Vouet ; il est mort à Paris, en 1655, âge de trente-huit ans. Son compagnon d’études et son jaloux rival, Charles Lebrun, est mort en 1690, âgé de soixante et onze ans.
étonnant et offrent des traits toujours nouveaux. Enfin, dans la Peste de David , par Pierre Mignard, notre sensibilité est excitée par l'expression énergique de la terreur et par des combinaisons de douleur qui ont échappé au Poussin et a Raphaël même.
L’obstination de l’orgueil national (I), peut être plus que la négligence du gouvernement ou le dédain de la superstition, a borné les travaux de l'école espagnole, depuis son origine obscure à Séville jusqu'à sa plus brillante période, dans les limites étroites de l’imitation individuelle; mais le degré de perfection auquel se sont élevés Diego Velasquez, Joseph Ribera et Murillo, dans le même genre et pailles moyens aussi différents qu’heureux, nous inspire une profonde considération pour la variété de leurs talents.
Il ne paraît pas que le génie espagnol ait jamais rendu hommage au grand style : Alphonse Berruguelte et Pellegnno Tibaldi n'ont pas eu de successeurs; maison pourrait être surpris que des yeux et un goût nourris des productions substantielles de Y Epagnolel et de Murillo se soient laissés séduire, sans résistance, par la légèreté enjouée de LucGiordano et par la mollesse affectée de Sébastien Conçu, si l’on n’avait pas vu les mêmes principes employés avec un plein succès dans les plafonds peints par Antoine- Raphaël Mengs, le peintre de la philosophie, comme le désigne son biographe, M. d’Azzara ; mais les cartons des fresques du Palais-Royal de Madrid, représentant l 'Apothéose de Trajan et le Temple de la Renommée, rappellent moins le style de Raphaël, dans les Noces de l’Amour et de Psyché du palais Farncsc, que le fracas fastueux, mais vide, de Pierre de Cor loue.
Après cet examen de l’art sur le continent, jetons un coup d’œil rapide sur son éclat parmi nous, depuis Henri Vlll jusqu’à présent. I)e cette époque à celle où nous sommes, la Grande-Bretagne n’a cessé d’envoyer des caravanes de nobles et riches pèlerins en Italie, en Grèce et dans l’Ionie, pour rendre hommage aux monuments de l’art et du goût. Non contents de visiter les chapelles obscures, ils ont dépouillé les temples, et nul n’est revenu sans rapporter une bonne part de butin. En plâtre ou eu marbre, sur la toile ou en pierres gravées, les productions des arts en Grèce et en Italie ont été transportées en Angleterre, et l’on peut dire de Londres ce que Pétrone disait de Rome : qu'il était plus facile d’y rencontrer un dieu qu’un homme. Sans rechercher les causes accidentelles ou permanentes de l’inutilité de ces efforts pour fixer le goût général et soutenir l’art, il faut remarquer que, pendant que François 1er s’occupait à rassembler des trésors de pein-
(0 A. K. Mengs a donné la meilleure notice de l’art en Espagne, dans sa lettre a Antoine Ponz, V. les OEuvres de Mengs, 2« vol. Mengs était né à Ausig, en Bohême, en 1728, et est mort a Rome, en 1179.
turc et de sculpture, non pour satisfaire sa vanité et les considérer avec des yeux d’une avarice stérile mais pour répandre les germes du goût en France' oû il appelait, où il employait, où il enrichissait Andrea del Sarto, Ruslici, Rosso, Primalicc , Ccllini et Nicdlo ; en Angleterre, Ilolbein et Torregiano, sous Henri Vlll, et Frédéric Zucchero, sous Elisabeth, étaient condamnés à des ouvrages gothiques ou à la peinture en portraits. Il est vrai que Charles appela près de lui Rubens et ses élèves pour exciter l’étincelle cachée du talent anglais; mais la destinée de ce prince mit obstacle à soi) bon vouloir. Son lils, possesseur des cartons de Raphaël et des richesses de Whitehall qui étaient sous ses yeux, souffrit que Verio salit les murs de son palais, avilit le talent de Lelg à peindre les Limons et les Iphigénies de sa cour, tandis que la manière de Kneller effaçait complètement les traces de goût qui pouvaient guider ses successeurs. Tel était l’éclat aussi honteux que déplorable de l’art anglais, lorsque le génie (h Reynolds, s'affranchissant lui-même de la dépravation maniérée des étrangers et portant ses vues jusqu’aux plus hautes parties de l’art, présenta la première idée de cet établissement au roi, notre fondateur, toujours disposé à entendre et à saisir les propositions utiles. Sa bienfaisance lui a donné promptement un emplacement et un nom, et son auguste patronage une confirmation et un encouragement individuel. Les succès annuellement accrus de trente expositions dans cette enceinte, et celles qui ont été entreprises par des spéculations commerciales, ont fait voir les effets surprenants de cet établissement. Des talents qui se sont créés eux-mêmes ou que les instructions des maîtres ont fait naître, et qui se produisent en masse aux regards de la nation, annoncent assez clairement ce qu’on doit attendre de la concurrence et de l’encouragement public. Jusqu’à quel point ces espérances se sont elles déjà réalisées ou se réaliseront-elles, c’est ce que je n entreprendrai pas d’examiner ici. Soit que les plans adoptés dernièrement, et qui s’organisent aujourd’hui, dans cet intérieur, pour la propagation et le soutien de l’art dans sa dignité, soient appuyés sur le crédit des grands ou abandonnés à leur propre force, ils décideront bientôt ce qu'on doit attendre de l’accord du talent et du génie anglais, et si 1 ecole de peinture de cette nation, qui reclame les premiers honneurs de la poésie moderne et qui a produit Reynolds, Hogarth, Gainsborough et Wilson, voudra se contenter d’une place secondaire parmi les écoles que nous venons d’examiner.
Traduit de l’anglais par !.. MériméS.
[La suite prochainement ■)
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